A la Une (slider) Entretiens EPL Les News — 03 septembre 2013

Journaliste à l’Equipe Mag, consultant pour l’Equipe 21, W9 et RTL, il intervient aussi régulièrement sur le plateau du Grand Journal. Vous aurez sans doute reconnu « Mister » Erik Bielderman. De ses premiers stages non rémunérés à sa place de consultant reconnu aujourd’hui, nous l’avons rencontré et abordé avec lui sa carrière et son évolution au sein du groupe l’Equipe. Une carrière bien évidemment marquée par son rapport à l’Angleterre et au club de Manchester United. Entretien.

 A quand remonte votre premier souvenir de sport ?

Ce doit être un Angleterre/France à Wembley, à la télévision, en noir et blanc, chez mes voisins. On habitait dans un HLM sans TV et on est descendu chez les voisins qui avaient 7 enfants. Je crois que ce jour là l’Angleterre a battu la France 5 à 0, c’était en 1969.

A partir de là comment est venue votre passion pour le sport ?

J’étais dans une famille où on était très branché sport de génération en génération. Tout le monde lisait l’Equipe à la maison. Mes premiers souvenirs, ce sont aussi les soirées de Division 1 à la radio. J’écoutais ça dans ma chambre le soir. J’avais des cahiers dans lesquels je notais les buts, les résultats. Je faisais les classements tout seul. A ce moment là mon rêve était de parler à la radio et de commenter les matchs.

Il parait que vous écriviez aussi aux clubs pour leur demander des fanions…

Ca c’est un peu plus tard, à l’adolescence, pour décorer ma chambre. Je n’étais pas un fan des posters qui se déchiraient vite. Ce que je voulais c’était les vrais « trucs » qui arrivent vraiment des clubs, je ne voulais pas de la reproduction. J’écrivais aux clubs pour leur  demander des maillots, et on m’envoyait souvent des fanions. A l’époque je voulais surtout les fanions des équipes hollandaises.

A ce moment là vous vouliez déjà être journaliste ou pas encore ?

Ca a toujours été mon métier numéro un, et après il y avait des deuxièmes choix. Il y a eu archéologue, pilote d’avion, pompier. Tous les trucs de garçon. J’ai même voulu un moment faire l’école hôtelière, je ne sais pas ce qui m’a pris là, j’étais fou. Mais il n’y en a jamais un qui a pris le dessus sur le métier de journaliste.

Quel a été le parcours pour devenir journaliste ?

Je n’avais aucune connaissance dans le milieu, donc je n’ai pas essayé de frapper aux portes et d’être pistonné. J’ai fait des stages d’été non payés, le premier au Figaro. J’ai tenté les concours après le bac, mais je n’avais pas le niveau. Ensuite je suis rentré dans une école de journalisme à Paris (l’ESJ) qui était une école bidon, mais qui m’a permis de voir un peu à quoi ca ressemblait. J’ai fait ensuite une fac de communication et suis rentré au CFJ. Avant de finir le CFJ, j’ai eu une offre d’un journal de Tennis (Le monde du Tennis) qui me proposait de couvrir Roland Garros ; je l’ai acceptée et arrêté avant la fin le CFJ. Mon premier reportage c’est donc Roland Garros 1983 et la victoire de Noah.

Comment se fait l’entrée à l’Equipe ?

Après deux ans et demi au Monde du Tennis, le journal s’est cassé la gueule. Un copain me dit alors que l’Equipe recrutait. Comme j’avais connu des journalistes de l’Equipe dans le milieu du tennis, en particulier Jacques Carducci, je me suis alors présenté. Les débuts ont été très compliqués, je m’occupais du Loto, je passais ma vie à faire des statistiques et des pronostics. Le seul reportage que j’ai fait en deux ans, c’est d’avoir été rencontré le ministre des sports… Gare de l’est.

Comment avez-vous pu évoluer par la suite ?

Je souhaitais aller au foot. Après la création du quotidien Le Sport avec des dissidents de l’Equipe, des portes se sont ouvertes. On m’a tout de suite proposé de rejoindre la rubrique foot en 1986 ou je suis resté jusqu’à la fin de la coupe du monde 1998 avant de rejoindre le Mag.

En parlant de 1998, on sait que la finale de la coupe du monde a été un peu spéciale pour le quotidien. Comment l’avez  vous vécue ?

J’ai eu la chance de faire un papier d’ambiance d’après-match. J’ai pu vivre toute la finale comme un supporter. C’était super facile, mais en même temps, je sentais une pesanteur autour de nous « L’Equipe » et la sensation de ne pas pouvoir vivre cette fête comme les autres français. La sensation d’être porteur d’une chape qui nous plombait.

Si vous deviez garder un souvenir de votre carrière, lequel serait-il ?

J’étais en Roumanie, quelques jours après le début de la révolution en 1989.  J’avais beaucoup de connaissances à l’époque en Roumanie, j’ai donc vécu ça de l’intérieur, dans des familles, c’était fort. Après, c’est surtout ma relation avec Alex Ferguson et la relation de confiance que j’ai pu avoir avec ce club. J’ai passé 25 ans en étant à l’époque proche de Beckham, de Giggs ou de Ferguson. J’ai vécu de l’intérieur ce qu’était vraiment Manchester United.

On parle beaucoup des rapports entre journalistes et sportifs, comment voyez-vous la chose ?

Il y a des journalistes, je prendrai l’exemple de Pierre Ménès, qui ont toujours été très proches des acteurs du sport. C’était aussi l’une de leur plus value professionnelle, d’entretenir des rapports personnels avec les sportifs. Moi, je n’ai jamais fonctionné comme ça ou parce que je ne sais pas le faire ou parce que je ne veux pas le faire. J’ai du mal à aller au-delà du contact professionnel et téléphoner aux joueurs pour aller boire des bières après. Si je rentre dans une relation d’intimité, je ne sais plus faire la part entre la relation amicale et la relation professionnelle. Le seul avec qui on peut s’appeler pour se chambrer comme des copains, c’est Robert Pires.

Aujourd’hui vous êtes journaliste à l’Equipe Mag, consultant sur l’Equipe 21 et W9 ; vous intervenez aussi régulièrement sur RTL et Canal+, racontez nous comment vous organisez tout ça ?

En fait tu as presque une double vie. Tu as une vie professionnelle qui occupe 100% de ton temps, c’est la vie du journal. Je suis avant tout un journaliste du groupe l’Equipe. Tout ce que je fais à coté ne peut être fait que sur mes temps de repos. Ca mobilise pas mal d’énergie de se dire une fois la journée finie, je vais aller à la radio ou à la TV. C’est plus contraignant dans ton équilibre familial, mais j’adore ça. J’adore faire de la télé ou de la radio et j’adore le débat et la contradiction.

De toutes ces casquettes, laquelle préférez-vous ?

Je crois que je suis profondément multicarte. J’aime tout. J’adore être dans ma chambre avec mon ordinateur, me dire je vais raconter une histoire ou écouter la cassette d’une interview que j’ai pris plaisir à faire et avoir du plaisir à la retranscrire. A la télévision j’aime le débat, j’aime les émissions nerveuses, décontractées. Je pense que la télé doit se rapprocher du modèle d’internet, le marché est saturé de télés institutionnelles.

Et ce poste de Président de l’Equipe du soir, c’est pour quand ?

Jamais. Mémé (Olivier Ménard) aime bien distribuer les rôles et avoir des snipers. Dans son esprit je suis un sniper, donc il ne peut pas m’institutionnaliser et il ne peut pas me tempérer. Il me met souvent à sa droite, je crois savoir que dans le plan de table, c’est la place du « fouteur de m….. ». Je dois être dans les recordmans de cartons rouges.

Venons-en à l’Angleterre, d’où vous vient cet amour pour ce pays et pour le football anglais ?

Ce sont d’abord mes voyages en Angleterre à 13-14 ans pour apprendre l’anglais, j’ai adoré ce pays, je m’y suis senti bien. Plus tard, au CFJ, on m’a envoyé en échange linguistique, j’y ai fait des reportages sur le début des hooligans. J’ai vécu un match dans l’une des tribunes à West Ham. Là tu as les vagues où tes pieds ne touchent plus le sol, où tu te fait pisser dessus ; j’ai adoré cette communion, ces chants. Je me suis dit c’est le pays du foot.

Quels sont vos « must do » en Angleterre ?

Il faut aller à Anfield, mais choisir un match essentiel. Tu peux être déçu par un Liverpool-Swansea ; en revanche contre Manchester, Chelsea ou Everton, il  faut y aller, c’est magique. Il faut aussi aller à Old Trafford parce que c’est un temple ; là aussi il faut choisir ses matchs. Ce sera toujours moins bien en termes d’ambiance qu’à Anfield, mais ce stade est mythique. J’aime bien aller à St James Park, mais je n’ai jamais ressenti ce que beaucoup de gens qui y vont disent ressentir. Je n’ai pas été transporté.

Venons-en à Manchester, l’année a été marquée par le départ de Ferguson. Comment avez-vous vécu la nouvelle ?

Doublement mal. D’abord parce que je ne m’y attendais pas. Je l’avais interviewé, je crois être le dernier à avoir effectué un entretien en  « one to one » avec lui au mois de mars, je n’en ai pas vu d’autres depuis. Je n’ai pas ressenti à ce moment là (juste avant l’élimination contre le Real) qu’il allait partir. Je suis triste parce que c’est un mythe qui s’en va, je ne le voyais jamais partir. L’autre truc c’est que je  n’ai pas eu de chance puisque ca c’est passé la semaine ou j’ai pris des vacances. Ca restera un regret d’avoir manqué ce moment là.

Comment voyez-vous La Premier League cette saison ?

C’est une saison pour Chelsea. Manchester United est en reconstruction ; City ne fait que reconstruire, Arsenal est toujours aussi limité dans  ses moyens. Tottenham progresse, mais ce n’est pas encore ça. Je ne vois pas comment, avec Mourinho, qui connait la maison, comment Chelsea ne peut pas être champion cette année.

Pour finir Erik, que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Continuer à être profondément polyvalent ; voir l’Equipe 21 pouvoir avoir les moyens de ses ambitions et prendre de l’envergure. Mais surtout, continuer à m’amuser. Je fais un métier qui est quand même sympa, je veux rester un journaliste de terrain et ne pas être un responsable en backstage. J’ai autant de plaisir à aller à Castres faire une interview de rugby, qu’être sur le plateau de l’Equipe 21. J’adore ça. Je ne suis pas en quête d’une révolution, mais juste d’une évolution de toutes ces facettes du métier qui me plaisent.

propos recueillis par Mahmoud Bougermouh pour En Pleine Lucarne

@bouguermouhm

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Mahmoud Bouguermouh

(4) Readers Comments

  1. ahh ok j’ai pigé^^ Merci pour la reponse ;)

  2. A quelques mois de la Coupe du Monde, l’Equipe avait lance des attaques personnelles assez crades contre Aimé Jacquet. Le rédacteur en chef avait mangé son chapeau après la victoire des Bleus.
    A mon avis, le journal s’en mord encore les doigts…

  3. suis-je trop jeune pour connaitre cette histoire de coupe du monde 98 et du quotidien l’equipe?! je suis pas contre une explication svp :)

    • Deux mots : aime jacquet :)

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