Entretiens EPL Football Les News — 13 août 2013

Ce sont encore les vacances et nous avons donc décidé de vous emmener aux Etats-Unis où beIN Sport a lancé également une chaîne. Nous nous sommes intéressés à la vedette locale, le « Alexandre Ruiz » américain en quelque sorte, Jeremy St. Louis, un des grands noms du journalisme sportif en Amérique du Nord. Ce Canadien de 41 ans, formé à l’école de la Fox est désormais présentateur/animateur/producteur sur beIN Sport USA. Il a accepté d’accorder un entretien exclusif à En Pleine Lucarne… site dont il avait déjà entendu parlé ! Il nous parle de son parcours, et du dispositif beIN Sport USA.

Pouvez-vous vous présenter brièvement pour les lecteurs d’En Pleine Lucarne ?

Tout d’abord j’aimerais vous dire que c’est un véritable honneur d’avoir été sollicité par votre site ! On ne me demande pas souvent de faire ce genre d’interviews, contrairement à ce qu’on pourrait croire. Donc ça me fait énormément plaisir. Je trouve votre site absolument impressionnant , donc j’ai un peu d’appréhension mais je suis néanmoins ravi– donc merci encore !

Je m’appelle Jeremy St. Louis et je suis une personnalité de la télévision en Amérique du Nord (Miami, en Floride, pour être exact). Je suis un expatrié canadien « descendu » ici avec mon épouse Terri Leigh, également journaliste sportive, pour travailler pour beIN Sport après le lancement de leur offre américaine. J’ai une grande expérience dans le football (soccer comme ils disent ici…) après avoir passé une décennie en tant que présentateur attitré d’un programme footballistique appelé Fox Soccer Report. FSR (comme nous l’appelions) est diffusé à la fois au Canada et aux États-Unis et a une audience moyenne de quelques millions de téléspectateurs . De ce côté du monde, c’est l’une des émissions référence concernant notre sport. Elle m’a permis de vivre de merveilleuses expériences professionnelles. Je m’occupais de ce programme depuis sa création en septembre 2001, jusqu’à février 2011. C’était une formidable expérience et j’ai travaillé avec des gens formidablement doués.

Après avoir quitté le programme, j’ai pris le poste de directeur de l’information à Golden West Radio, un radio de la province du Manitoba, au Canada. J’avais senti qu’il était temps pour moi d’accepter un nouveau challenge et je suis retourné où j’ai commencé dans ce métier, c’est-à-dire l’information radio. Je ne suis resté à ce poste que 18 mois avant de déménager à Miami mais encore une fois, ce fut une expérience extraordinaire. Golden West offre une couverture radio depuis plus de 40 décrochages de l’Ouest canadien et alors qu’ils sont présents généralement dans des petites villes de 20.000 personnes, ils offrent un service d’information locale de qualité et c’est une chaîne qui progresse très rapidement. J’ai appris énormément pendant ces dix-huit mois.

Mais… Le football me manquait. L’offre d’une chaîne comme beIN qui démarre n’arrivant pas deux fois dans l’existence, ma femme a sauté sur l’occasion et je l’ai suivie dans cette aventure.

Pour vous identifier un peu mieux, vous êtes LE journaliste qui a eu la primeur de l’information du départ de José Mourinho vers le Real Madrid. De la bouche de Wesley Sneijder, après la finale de C1 remportée par l’Inter en 2010.

Au printemps 2010, j’ai effectivement eu la chance d’être envoyé à Madrid pour couvrir la finale de l’UEFA Champion’s League entre l’Inter Milan et le Bayern. Après avoir passé une semaine sur place à récolter des informations et à faire des interviews, j’étais bien évidemment conscient de la possibilité qu’après le match, l’entraîneur portugais annoncerait son départ vers la Casa Blanca.

A la fin du match, j’ai quitté notre plateau au bord du terrain et étant donné que j’avais une accréditation américaine (le marché nord-américain devient un très juteux marché pour l’UEFA), j’ai eu droit à un peu plus de latitude qu’un journaliste européen. Quand les joueurs ont commence à défiler en zone mixte, nous étions en direct sur Fox au Canada et aux Etats-Unis, et la question qui se posait à tous était « Mourinho a-t-il décidé ? ». Au moment de mon entretien avec Wesley Sneijder, il m’avait alors glissé que Mourinho avait dit à l’équipe qu’il quittait le club. Ce n’est qu’après que j’ai découvert que nous avions été les premiers à sortir l’information ! Je pense que comme nous avons eu un assez bon feeling, et comme il y avait l’euphorie de la victoire et tout cela, il était alors assez à l’aise pour le révéler. Je faisais juste mon boulot, je ne pensais pas à l’éventualité d’une exclusivité. Sulley Muntari & Massimo Moratti m’ont plus tard dans la soirée confirmé l’information, en direct.

Ce qui est le plus drôle dans l’histoire (et qui est par ailleurs aussi un de mes plus grands regrets), c’est que Mourinho se trouvait dans une cabine juste à côté de la mienne avec son fils, en entretien avec un autre journaliste. J’étais le prochain sur la liste à pouvoir l’interviewer, et j’étais absolument prêt à l’interroger en direct. Mais… Juste au moment où il en eut terminé et qu’il s’avançait vers moi, on m’a dit dans l’oreillette que je devais retourner au poste commentateur! J’ai donc dû éconduire José Mourinho, qui n’attendait qu’une chose : se faire interviewer. J’étais furieux, ça je peux vous le dire–mais bon, c’est la loi du direct. J’avais juste besoin d’une minute supplémentaire, que je n’ai pu décrocher à cause de la retransmission. J’ai juste pu le féliciter et lui souhaiter bonne chance pour son prochain poste.

J’ai lu sur votre ancien blog que vous considériez la finale de Champion’s League comme le plus grand évènement que vous ayez couvert. Extrêmement surprenant pour un Nord-Américain…qui a couvert le Superbowl en vivo !

Je sais! Vous savez ce qui est encore plus choquant? J’adore la NFL ! J’ai joué au football américain pendant mes années universitaires et c’est un des sports que j’affectionne le plus… Mais une finale de Ligue des Champions est un événement supérieur au Superbowl.

Pourquoi ?

Celle de 2010 était particulière – et quand vous êtes dans le stade, qu’il y a l’hymne de la Champion’s League qui retentit, et que vous entendez les fans chanter de tout leur coeur, ce sont des émotions incomparables! Le Superbowl est un évènement épatant– et cela vaut son pesant de cacahuète – mais la finale de la C1, c’est quelque chose. Quelque chose d’absolument inoubliable, vraiment. Même à l’aéroport en quittant la ville madrilène après la rencontre, nous avons rencontré des Nord-Américains pensant la même chose. C’est juste, beaucoup plus fort que le Superbowl à mon sens.

Pas trop dur pour un Canadien de faire son chemin au pays de l’Oncle Sam ?

Je ne vais certainement pas dire que cela a été simple! Mais cela a plus à voir avec le climat qu’ autre chose. Nous sommes venus avec ma femme de la ville la plus froide au monde, avec une population de plus de 600.000 personnes. Il n’est pas rare au Manitoba qu’il fasse la plupart du temps -40 ou -50° C dans la période de janvier/février. Ici, à Miami, il fait toujours au moins 25°C … Il m’arrive assez étonnamment de remarquer que le froid me manque de temps en temps mais je vis en Floride, donc mes plaintes au niveau de la chaleur floridienne ne trouvent jamais écho quand je retourne au Canada.

Ce qui est super avec les employés de beIN Sport USA, c’est que je fais partie d’une entreprise très multi-culturelle. Je travaille avec des gens du Honduras (Carmen Boquin notamment, présentatrice sur beIN Sport 2, la version espagnole) , Colombie, Espagne, Angleterre, Canada – donc il y a de facto beaucoup d’expatriés et comme nous tâchons tous de nous adapter à la ville, à la culture, à la météo, nous avons d’autres personnes avec qui partager nos expériences. Et qui donc, comprennent de quoi nous parlons! beIN Sport USA est vraiment une magnifique expérience.

Comment arrivez-vous à beIN Sport ?

Comme je l’ai déjà dit, ma femme a été engagée en premier. Après que nous soyons arrivés, elle a glissé aux décideurs de beIN Sport USA que j’étais quelqu’un qui avait une grande expérience de ce sport et que je serais un atout pour eux s’ils avaient besoin de renforts. J’ai donc décroché une entrevue avec les dirigeants de la chaîne. Finalement, vu ma large expérience du football et de l’antenne, ils avaient besoin d’un certain temps pour me trouver le poste adéquat et leur permettre de profiter de toute mon expérience et connaissance.

En France, la plupart des chaînes concurrentes du groupe beIN Sport ont critiqué sa façon de faire : financement par le fonds d’investissement souverain du Qatar, achats conséquents et importants de droits télévisuels, recrutement de journalistes travaillant chez la concurrence. Ressentez-vous un semblant d’hostilité aux Etats-Unis?

Très franchement, non. Je sais que le marché en Europe est très différent ce qu’il se passe ici. Ici, le marché du journalisme sportif est en fait très petit. Forcément, il y a toujours de l’appréhension quand un nouvel acteur fait des vagues, comme beIN Sport mais en terme d’hostilité ou d’animosité – je n’ai rien perçu de la sorte. A titre d’exemple, j’ai reçu de nombreux messages et mots d’encouragements de confrères journalistes sportifs à travers toute l’Amérique septentrionale!

Vous avez suivi votre femme, Terri Leigh, sur la chaîne basée à Miami. Ici en France, il y a peu de couples amenés à travailler ensemble à l’antenne. Est-ce une façon plus américaine de faire? Et cela nous vous amène pas de problèmes ?

C’est également assez rare ici, en fait. Il doit y avoir certainement des journalistes à l’antenne mariées à des personnes en coulisses (producteurs, techniciens, etc), mais il est très rare que deux personnes fassent de l’antenne sur la même chaîne et soient mariées. La plupart des chaînes ont probablement des règlements contre de telles choses de manière à éviter tout conflit…

Ce qui est super, c’est que nous faisons le même métier. Donc nous pouvons nous soutenir et fournir des indications l’un à l’autre. Terri est une personne formidable, la meilleure personne que j’ai jamais rencontré – et je ne dis pas ça parce qu’elle est ma femme. Si vous posez des questions à son sujet, tout le monde va vous dire qu’elle est une femme de grande qualité. Maintenant, je ne vais pas mentir et dire qu’il n’y avait pas de l’appréhension à travailler ensemble au départ, mais nous avons rapidement corrigé cela et nous avons une relation de travail formidable. Et nous travaillons aussi très bien avec d’autres collègues! Et nous sommes aussi très professionnels, donc en mesure de séparer vie professionnelle et vie privée.

Parlons de votre facette de producteur. Pouvez-vous nous parler de cette émission que vous produisez et co-présentez, The Locker Room? En quoi est-ce que cela consiste exactement (journalistes, présentateurs, éditorialistes ?

The Locker Room est une fenêtre de discussion et émission de débat créee par beIN Sport USA. Je suis le présentateur principal (seulement en anglais) et également producteur du programme, cette fois en espagnol & en anglais.

Sur beIN Sport 1, nous avons une équipe de spécialistes confirmés tel que Bodo Illgner (vainqueur de la Coupe du Monde 1990 et ancien joueur du Real Madrid), Ian Joy (ancien joueur de MLS et de 2. Bundesliga), notre commentateur Ross Dyer et notre consultant phare Ray Hudson (ancien joueur de Newcastle United et de MLS).

Sur beIN Sport 2, elle est animée par la plus que talentueuse Ana Cobos (photo gauche) (ex-Marca TV) avec des journalistes de premier plan que sont Pablo Marino, Miguel Serrano, Jorge Ottati et José Hernandez.

Chaque semaine, nous discutons, débattons et exposons les grands évènements du football européen et mondial. C’est un challenge formidablement enrichissant, aussi bien à l’antenne qu’en coulisses. Je suis tellement chanceux de travailler avec des collègues aussi talentueux, anglophones ou hispanophones. Ils ont une connaissance incroyable de ce sport et je suis seulement là en maitre de cérémonie, pour diriger le débat. Ce sont eux, les vraies stars de l’émission.

Et l’autre programme à votre charge, The Express Xtra ?

“The Express Xtra” est notre programme d’informations et résumés de matches du week-end. Il est animé par l’ancienne journaliste de Real Madrid TV et co-présentatrice de la cérémonie du FIFA Ballon d’Or 2012, l’Anglaise Kay Murray (photo à droite) et le génial Ian Joy. J’en suis aussi le rédacteur en chef.

Concevez-vous vos programmes de façon spécifique, c’est-à-dire selon la communauté à laquelle vous vous adressez? Qu’elle soit de langue anglaise, ou de langue espagnole ?

Evidemment, avec des publics différents en anglais et en espagnol, une partie du contenu doit être prise en charge différemment, sur quelques subtilités. C’est effectivement un défi. Heureusement, j’ai une équipe de producteurs qui sont habitués à traiter les deux marchés et me donnent quotidiennement un aperçu et des conseils sur ce qui irait le mieux, pour quel public . Beaucoup des feuilletons que nous exposons sur nos antennes peuvent être utilisés sur les deux canaux, mais, par exemple, la Liga n’a vraiment un public de fidèles que sur notre chaîne hispanophone. Pas nécessairement sur notre version anglaise. De sorte qu’elle n’est pas autant mise en valeur et traitée sur beIN Sport 1. Inversement, la Premier League a une énorme audience du côté anglophone, mais pas tellement du côté hispanophone.

C’est un équilibre délicat mais nous essayons de satisfaire les goûts de nos téléspectateurs au mieux. Étant donné que mon expérience dans le football est très large – j’ai couvert presque chaque ligue/tournoi majeur(e) que vous connaissez – j’essaie de diversifier nos programmes du mieux possible. Je veux que notre public s’informe sur le football international en général et pas seulement sur le football européen. Des compétitions comme la Copa Libertadores, la Copa Sudamericana, la Ligue des Champions d’Asie, la Copa do Brasil, etc… sont de grands événements qui méritent un minimum de couverture.

Pour moi, il est question de grandir notre sport, et avec l’aide de nos téléspectateurs . Je pense que c’est essentiel – et j’ai pour espoir que le public puisse le remarquer et le prendre en compte.

Que peut-on vous souhaiter pour le futur, et quelles sont vos prochaines échéances ?

Mes échéances prochaines consistent en continuer de m’adapter à Miami et à la Floride du Sud, tout en aidant à la croissance de beIN Sport USA. Et donc aussi, découvrir la culture de cette magnifique région.

Le personnel de beIN Sport à Miami est très énergique, impliqué et engagé à faire de ce canal un acteur incontournable du marché nord-américain. Nous ne sommes pas ici à court terme et le but c’est de faire de notre chaîne l’une des chaînes de sport haut de gamme en Amérique du Nord. Nous sommes seulement sur le marché depuis 8 mois et  nous avons déjà fait d’énormes progrès tout en obtenant la confiance de millions de foyers. Nous allons continuer à améliorer notre produit et travailler pour devenir un must pour le monde du sport, de ce côté du monde. Avec la Coupe du Monde brésilienne en point d’orgue de cette saison, nous allons faire cela avec plaisir !

Interview réalisée en exclusivité par Bruno Ahoyo pour En Pleine Lucarne.

 

 

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Bruno Ahoyo

(11) Readers Comments

  1. Les couples à l’antenne on en a bien un avec Sabattier et Ianetta. Non ?

    • Oui, mais j’ai préféré ne pas parler nommément de ce qui relève de la vie privée :-)

  2. ah ok desole arabem je pense pas qu il peuve transferer les images et les infos

  3. Ah C’est sympa d’aller faire un article sur bein sport USA ! Bonne initiative Mr Rousselet ! :)

  4. Les droits pour la France c que pour la France etc

    • Je parle de programmes (documentaires, banque d’image, etc…), pas de droits.

  5. Très intéressant. ;)

    BIS USA a-t-il à son catalogue les droits de sports majeurs (Football, Basket, Baseball) aux Etats-Unis ? A la lecture de l’interview, il me semble que non.

    Des programmes sont-ils échangés entre BIS France, USA et Indonésie ? Quelles sont les synergies au niveau du groupe.

    • Pour les sports majeurs aux USA, entre les ESPN, NBC, Fox etc., tu te doutes bien que le BIS américain fait avec ce qu’il trouve pour attirer les gens.

  6. oui j sais m que les finales moi je parle de la saison completes

  7. C’est diffusé par LEquipe 21

  8. J aimerai bien que beinsport ou canal avec sport plus prenne l initiative de diffuser du basket universitaire c un sport spectaculaire surtout la march madness

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