Dès demain débuteront les premiers tours de qualifications du légendaire GP de Monaco (voir le programme Tv). L’occasion de demander à Thomas Sénécal, le rédacteur en chef de la F1 sur Canal+, de tirer un premier bilan de l’arrivée de Canal+ dans le milieu et de nous parler de ce Grand Prix pas comme les autres. Les satisfactions, les révélations, les améliorations à apporter, l’impact de la F1 sur les abonnés, Monaco, les pilotes français…tout y passe.

Après cinq Grand prix et, ce week-end, celui de Monaco qui arrive, quel premier bilan pouvez-vous faire de l’entrée de Canal+ dans la F1 ?

Comme vous le précisez, ça ne fait que trois mois et cinq Grands Prix que Canal+ s’est lancé dans l’aventure de la F1 et ce n’est donc que le début de cette belle aventure. Maintenant, avec un peu de recul, et parce que nous avons testé en cinq Grands prix les différentes configurations avec des courses tôt le matin ou à 14h, en Europe ou à l’autre bout du monde, nous n’avons vraiment pas à rougir de ce que nous proposons à nos abonnés. Nous n’avons connu aucun loupé, le rendu à l’antenne pendant les courses est excellent, Formula One, le mag s’installe doucement, nos consultants sont très bons, le produit provoque de l’engouement chez nos abonnés et des retombées médiatiques intéressantes.

Bien sûr, je considère que nous devons tous encore roder certaines choses, mais, franchement, et dans les conditions d’urgence dans lesquelles nous avons agi depuis le début de la saison, je trouve que nous avons déjà atteint un très bon niveau, qualitativement.

Et en audience ? Comment analyser le fait que votre meilleure audience soit de un million de téléspectateurs, soit un différentiel parfois important avec ce que faisait TF1 la saison dernière, même si il ne faut surtout pas comparer les deux modes de diffusion, clair et payant.

Je vous avoue que je ne me soucie pas des audiences car nous ne sommes pas soumis à des performances à l’audimat dans la mesure où nous installons tout juste la Formule 1 sur Canal+ et que cela prend du temps. Je sais juste que le produit est très apprécié par nos abonnés, qu’il génère de nouveaux abonnements et qu’il faut aussi encore nous laisser du temps pour créer des habitudes, non seulement auprès des abonnés, mais aussi auprès de ceux qui ne savent pas encore  à quoi ressemblent la F1 traitée à la façon Canal. Maintenant, la chaîne est très satisfaite des audiences du début de saison. Mais il est évident que le contexte économique ambiant n’est pas favorable. Mais il est rassurant de voir que les gens continuent à venir. A nous de leur donner l’envie de venir en proposant un produit de qualité, supérieur à ce qu’il était avant. C’est une question de temps, ça ne peut pas se faire en un ou deux mois et nous avons signé pour un long bail.

 

« Donner l’envie aux gens d’en voir plus »

 

Formula One, le magazine en clair de la F1, est-il le moyen privilégié d’attirer du monde ?

Oui car, justement, il est en clair et permet à tout le monde d’avoir un aperçu du traitement de la F1 sur nos antennes. Il satisfait déjà ceux qui ne peuvent pas s’abonner. Mais on peut aussi imaginer qu’après avoir vu nos résumés des temps forts des courses, nos sujets, les interventions de nos consultants, certains aient alors envie la prochaine fois de voir des courses en entier, de vivre la F1 de façon plus complète. La saison est encore longue et si, sportivement, elle tient ses promesses, alors les gens viendront.

Alain Prost nous apporte énormément en tant que consultant, les résumés sont bien faits, les consultants plateau sont crédibles, le magazine propose aussi un peu de détente, de moments légers avec Thomas Thouroude. Formula One reflète assez bien le ton et la qualité de notre traitement de la F1. Et là encore il va falloir beaucoup plus de temps que pour un autre magazine pour installer Formula One car c’est un magazine certes récurrent, mais pas hebdomadaire puisqu’il dépend des Grands prix et n’a que 19 numéros dans l’année. Mais je suis très satisfait de son rendu antenne, il est en très gros progrès.

Rien n’étant parfait, quels sont les points que vous souhaiteriez améliorer au regard de ces trois premiers mois d’expérience ?

L’émission « La grille », je pense, celle que j’anime avant la course. Il faudrait que l’on arrive plus à se poser. Mais c’est extrêmement compliqué car « La grille » est l’émission la plus dure à faire et elle par définition imprévisible. C’est comme si nous étions en train de jouer un match de foot, on se demande toujours s’il faut suivre l’action ou la créer, passer à l’attaque ou attendre… Depuis le début de saison, tout ce que l’on peut préparer pour l’émission vole en éclats dès qu’elle commence (rires). Nous sommes toujours dans l’improvisation et j’aimerais trouver le moyen de limiter ce paramètre, de caler plus de choses, de préparer plus de sujets ou d’interviews pour ne pas courir après plusieurs lièvres à la fois car sur la grille de départ ça peut partir dans tous les sens parfois. Mais, comme je le répète, nous n’avons que cinq Grands Prix dans les jambes et il est évident que plus la saison avancera plus nous trouverons nos marques. Les axes de progression sont nombreux mais, quand même, tout roule super bien depuis le début. Notre duo de commentateurs, Julien Fébreau et Jacques Villeneuve, est performant, pointu et très complémentaire. Et eux-aussi iront en s’améliorant et en élevant leur niveau de jeu au fil des Grands prix. Laurie Delhostal, qui est peut-être la plus novice dans le milieu, commence à trouver ses marques. Et Franck Montagny est, selon moi, l’une des révélations de notre organisation.

 

Montagny, c’est notre couteau-suisse !

 

Ah oui ?

Oui. Bien sûr, il avait déjà l’expérience de la F1 à la télé, mais rarement en direct sur les Grands prix et pas comme nous l’utilisons. Franck, avant, faisait du plateau dans une émission. Là, il est plongé dans le feu, dans le direct, sur la grille et à haute dose et, sincèrement, il m’étonne. Comme c’est un personnage un peu inclassable, avec du tempérament, une grande liberté d’expression, toujours en éveil, électron libre. Il est capable de coups de génie, capable d’aller se coucher sous une Mercédès avant le départ pour montrer un détail aux téléspectateurs. Nous lui faisons faire aussi des sujets enregistrés, des lancements plateau face caméra. Il découvre vraiment l’outil télé. Montagny, c’est notre couteau-suisse !

Et vous concernant, comment jugez-vous vos prestations ?

Moi ? Je suis comme un poisson dans l’eau à l’antenne, parce que j’adore cet univers, j’en connais tous les codes. Je me régale ! Maintenant, une autre facette de mon activité est de gérer l’équipe, l’organisation backstage. Mais, là encore ce travail est facilité par toute une équipe, jeune, très soudée, qui a été plongée dans une super aventure et qui la vit ensemble depuis trois mois. Quand nous partons sur des Grands prix overseas, nous passons quinze jours ensembles donc ce n’est pas un cliché que de dire que nous formons un vrai collectif qui s’entend bien. J’arrive donc plutôt bien à jouer sur les deux tableaux, c’était la difficulté à surmonter en début de saison.

« Monaco, c’est un Grand Prix de gala »

 

Etant donné que vous côtoyez toutes les télévisions étrangères sur les circuits, vous inspirez-vous de ce que font certaines ?

Sans s’inspirer, je regarde bien évidemment. Surtout les télés britanniques comme Sky ou BBC qui sont des modèles. C’est un peu normal car les Britanniques sont des passionnés de sports mécaniques, et pas uniquement de F1, ils ont cette culture. C’est toujours intéressant d’observer comment ils traitent leurs sujets, leurs plateaux, etc. Et puis nous ne sommes pas en concurrence avec ces chaînes, il y a une certaine solidarité même avec elles et nous échangeons assez régulièrement sur nos façons d’aborder la F1. Maintenant, et toute modestie gardée, je pense que les autres chaînes peuvent aussi venir regarder ce que nous faisons et qu’il y a certainement des idées à prendre chez nous aussi. Quand je vois comment nous avons géré les qualifs de Melbourne avec la pluie qui nous a contraints de remplir deux heures d’antenne avant qu’elles ne reprennent, je me dis que nous sommes vraiment performants et respectés dans le milieu.

Un mot sur ce grand prix de Monaco qui se tiendra ce week-end. Est-ce vraiment un Grand prix à part ?

Définitivement oui ! C’est un Grand prix magique, à part de tous les autres de par son environnement, Monaco respire la F1, cinq pilotes y résident, le paddock est planté sur le port avec l’odeur de la méditerranée. Puis il y a ses conditions de course, l’histoire qu’il véhicule. Ici tout est ++. Plus compliqué » en termes d’installation, plus compliqué physiquement car c’est un énorme défi physique pour les pilotes, plus difficile mentalement aussi car si tu sors c’est le rail directement et ça peut faire très mal, plus Glamour aussi. Monaco c’est aussi Senna, Schumacher, des coups de génie, des grandes heures de l’histoire de F1.

C’est un Grand prix à part, car il n’est pas significatif sur une saison ; il est tellement différent des autres. Ses critères de performance ou de confort d’installation sont totalement différents de ceux exigés ou proposés le reste de la saison. Et celui qui l’emporte ici n’offre aucune garantie pour le reste de la saison alors que l’on peut tirer plus de leçons d’une victoire ou d’une contre-performance sur d’autres circuits. Organiser un grand prix dans Monaco c’est comme organiser une course de motocross dans ton salon : c’est une course unique et de nombreux pilotes échangeraient deux trois victoires dans la saison contre une à Monaco. C’est le Grand prix de gala de la saison avec son magnifique décorum. Et puis, cette année, je ne suis pas sûr que celui qui parte devant arrive devant.

Que dire de nos pilotes Français depuis le début de saison ?

Ils se débrouillent plutôt bien au regard de leurs moyens respectifs. Jules Bianchi et Charles Pic n’ont pas les voitures pour figurer dans le Top 10 et nous n’avons jamais dit qu’ils en feraient partie. Maintenant, ils sont présents, consistants, constants et terminent devant leur coéquipier d’écurie. Jean-Eric Vergne possède une meilleure voitures que les deux autres et il est aux portes de réussir quelque chose dans la saison. Il est tout près de crever l’écran. Mais tous sont jeunes et s’installent dans la F1 avec pas mal de talent. Quant à Romain Grosjean, il a lancé sa saison à Bahrein avec un podium et je pense que l’on entendra parler de lui dans l’année. Il a une bonne voiture et le potentiel pour briller.

Et le pilote qui vous impressionne le plus depuis le début ?

Fernando Alonso ! Car il s’est lancé dans une saison qui s’annonce folle avec un coup où il se met dehors et l’autre coup où il remporte le Grand prix ! Sa victoire au Grand Prix d’Espagne, devant son public, fut un énorme moment, le plus intense de ce début de saison. Et ce pilote est celui qui, pour le moment, nous offre le plus de matière. Il y a toujours quelque chose à raconter sur lui. Je voudrais aussi mettre en évidence Roseberg qui m’épate en qualifs. C’est une belle surprise.

Propos recueillis en exclusivité par Vincent Rousselet-Blanc pour En Pleine Lucarne

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Vincent Rousselet-Blanc

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  4. Je pense que Canal gagnerait en redifusant le grand prix en clair le dimanche soir (comme en angleterre et en italie) a la place de leur magasine.
    Car celui-ci n’as aucun interet quand on aime la formule 1: car un resumé de 5 min, avec plein de blabla autour, et surtout enorment de pub; cela ne peut pas satisfaire le public.
    En rediffusant la course, cela leur couterait moins cher, et surtout ferais plus d’audiance.
    J’espere que par la suite Canal fera une femetre en clair avec le grand prix, comme on voit en Angleterre et en Italie: malgre l’arrivée de sky sport, les telespectateurs qui n’ont pas les moyens, ne sont pas privé de grand prix

  5. Cet interview a un côté on se regarde le nombril entre potes… à commencer par le tutoiement, on se croirait à une rencontre entre 2 vieux copains.
    Ca le fait pas et surtout chez Canal, il en leur faut moins pour ça !

    • Parce que si je le vouvoie ça change son discours ?

      • Oui Vincent, je pense que ça change la tonalité et l’impression que cela dégage pour moi lecteur qui ne suit pas du milieu des médias directement.
        Je croyais que le vouvoiement était une règle, mais je me trompe peut être.

        • Tu as raison j’ai rectifié et en régle Generale je vouvoie toujours dans les retranscriptions ou en télé ( regarde les itv média sport 365) mais la j’ai tout fait dans l’urgence et je n’ai pas change les trois tutoiements ;) c’est fait!

  6. Le début des essais de F1 a la priorité sur les 1/4 des masters 1000 de tennis (je précise que je suis fan de tennis, et dans une moindre mesure de foot, mais n’ai jamais été le moins du monde été intéressé par la F1) … et le pire c’est la tête des commentateurs de Canal+ qui présentaient le tennis et qui lancent le basculement avec un sourire enthousiaste comme si tous les abonnés étaient ravis … c’est ce genre de choses qui énervent chez Canal+ : ils ne respectent pas la diversité, n’ont que le « premium » à la bouche.

  7. Bien sûr qu’il fait laisser un peu de temps à Canal, les droits ayant été acquis à la dernière minute, ça n’a pas dû être évident.

    Pour moi c’est surtout le magazine formula one qu’il faudrait faire évoluer, il ne me donne pas du tout envie et au vu des audiences je ne dois pas être le seul.

    Après Canal fera peut être un premier bilan à la fin de la saison mais je pense qu’ils ont encore le temps avant la fin des droits pour savoir si ils voudront garder la f1 ou pas.

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