Patrice Dominguez c’est un peu notre « Thierry Roland » du tennis : un consultant historique, incontournable et, surtout, respecté dans le milieu. Ceux qui suivent le tennis, l’écoutent depuis 1978 ! Aujourd’hui, après une très riche carrière il est consultant pour RMC/BFM TV et pour France Télévisions. Et à l’heure des premiers échanges de balles à Roland-Garros, pendant lequel il officiera au quotidien sur ses deux médias, il nous raconte l’évolution de son métier, celle de la médiatisation du tennis et donne son avis sur l’éventualité d’un transfert des droits de Roland-Garros vers la télévision payante.

Patrice, pourriez-vous nous rappeler votre parcours de consultant qui a débuté, en 1978 !

L’occasion s’est effectivement présentée sur Europe 1 en 1978 alors que j’étais encore joueur. Petit, j’étais un fan du Tour de France à la radio où j’écoutais Fernand Choiseul et Jacques Anquetil. Puis Roger Piantoni et Pierre Albaladejo…ces gens-là ont été en fait les premiers consultants. Et j’ai toujours souhaité expliquer mon sport avec la même passion, la même technique. Et d’ailleurs, ce qui est amusant, c’est que mon premier badge, en 1978 donc, ne portait pas la mention de consultant mais « Explicateur ». Tout est dit dans ce mot là pour un consultant. Parce que, à côté du journaliste qui pose le cadre, qui raconte le déroulé du match, le rôle du consultant est d’être à côté, d’être une béquille « technique et tactique », c’est-à-dire être plus dans ce que l’on nomme aujourd’hui le « Inside » du joueur. Et voilà.

Je suis resté 29 ans à Europe 1 puis, suite à un changement de stratégie au sein de la radio, je suis parti. Ensuite, après une période d’environ un an sans intervention dans les médias, j’ai eu l’opportunité de rejoindre l’équipe d’Alain Weill, qui me faisait du pied depuis quelque temps, pour devenir consultant tennis sur RMC et BFM TV avec Sarah Pitkowski.

Avec France Télé, j’ai eu 2 périodes. Avant d’être Directeur Technique National et après, car, dans mon rôle de DTN, j’avais un conflit d’intérêt. J’ai donc repris il y a 5 ans environ et j’en suis ravi.

Radio/Télé. Cela fait des semaines chargées…Comment trouvez-vous le temps d’écrire des livres comme le Roger Federer que vous sortez en ce moment ?

Chargées…oui, surtout pendant les périodes qui correspondent aux droits détenus par mes employeurs type Roland-Garros, Fed Cup, Coupe Davis. J’interviens souvent sur RMC, mais la radio c’est plus souple. Avec les portables maintenant…le rôle de consultant a d’ailleurs bien évolué. Avant il fallait se rendre en studio. Désormais, on peut intervenir de partout. Aujourd’hui c’est donc plus facile.

En dehors de cet aspect technique, quelles différences voyez-vous entre votre rôle de consultant radio et consultant télé ?

Ce sont des exercices totalement différents. La radio c’est très synthétique, les modules sont très courts. Là où l’on était sur des papiers de 1mn15 il y a 10 ou 15 ans, aujourd’hui on est sur des durées de 40 à 50 secondes. Il faut donc pouvoir donner une ou deux idées en 40 secondes. C’est assez amusant à faire. De tous les médias que j’ai faits, je trouve la radio le plus séduisant. C’est un média extrêmement précis, réactif. Et comme il n’y a pas l’image, il faut pouvoir raconter, faire rêver les gens en une ou deux phrases.

A RMC j’ai retrouvé le côté enthousiaste, avec par moment un côté iconoclaste, par moment un peu plus soft. Il y a un ton, une liberté d’expression qui est absolument formidable. Beaucoup plus de liberté que dans l’écrit ou la télévision ; notamment sur le service public où il faut faire plus attention.

 

« Je me vois comme le Yves Calvi du tennis »

 

Vous avez deux casquettes, dirons-nous : consultant-commentateur et consultant-analyste, quelles différences voyez-vous dans ces rôles ?

Ce sont des cadres. Il ne faut pas trop déborder. A la télé, par exemple, où je m’entends très très bien avec François Brabant, lui est plus dans le descriptif, le fonctionnement, les statistiques du match. Nous sommes vraiment en phase. Surtout sur Roland Garros, où les matchs sont un peu plus longs  en raison de la terre battue, car là on peut divaguer un peu plus, raconter des histoires comme on dit.

Ma particularité par rapport à d’autres est que je m’intéresse beaucoup à l’histoire du tennis. J’utilise donc des références de matchs, de livres, etc. Je travaille beaucoup aussi avec le réalisateur à qui je demande parfois de montrer, s’il le peut, des séquences de jeu pour les décortiquer et mettre en avant la technique -sans en faire trop. Mon souci est : le téléspectateur qui veut passer un bon moment tout en apprenant quelque chose. Si j’osais me comparer à lui, je me vois comme le Yves Calvi du tennis.

Je travaille donc beaucoup avec le réalisateur. A l’antenne, on décortique quelque chose à un moment, une position de pied, de main, de tête…on n’en parle plus ensuite, mais ce détail peut revenir plus tard dans les ralentis et parlera aux téléspectateurs. C’est ma petite cuisine à moi. J’essaie de travailler en équipe et de me servir de tout le monde.

 

« Au même titre qu’un joueur, un consultant se doit d’être bon »

 

Dans la longue histoire de nos consultants, y en a-t-il un qui vous sert de modèle, par rapport à ce souci pédagogique que vous avez ?

Jacques Anquetil était extraordinaire. Il  avait une analyse au scalpel. Il ne parlait pas beaucoup mais…lorsque je l’ai rencontré, j’en tremblais, j’avais pourtant déjà 35 ans (rires). Albaladejo aussi, il m’a beaucoup inspiré. Après, Guy Roux analyse très bien aussi. Aujourd’hui, au niveau consultant…il y en a beaucoup. Le rôle de consultant s’est en fait amélioré parce que les journalistes ont fait de leurs côtés beaucoup de progrès, si j’ose dire. Ils nous acceptent mieux, ils nous utilisent mieux, et en fait, cela marche mieux.

Certains entraîneurs ou sélectionneurs critiquent ouvertement « ces ex-joueurs devenus consultants… ». Comment vous placez-vous par rapport à ce débat ?

Franchement, je pense qu’un consultant est un expert, donc, à certains moments il peut être élogieux, à certains moments critique, voire même censeur. On le prend pour ça. On peut dire qu’un consultant a raté un match, qu’il s’est trompé sur une action au même titre qu’un joueur mais un consultant, en tant qu’expert, se doit d’être bon ; ce qui ne signifie pas passer la pommade toute la journée. On est dans une situation de critique, mais la critique est souvent positive. Et puis si le match n’est pas bon, on peut le dire.

Personnellement, avec François, avec qui je passe 10 h par jour pendant 15 jours, nous ne sommes pas là pour survendre l’évènement. On essaye d’être dans l’explication de ce que le téléspectateur a sous les yeux et après de lui faire vivre au maximum la situation.

Après…je sais que certains joueurs de foot n’ont pas apprécié les critiques lors du dernier mondial, mais étaient-ils si irréprochables que ça ? Ceci dit, c’est souvent l’entourage du joueur qui n’apprécie pas les critiques, car le joueur sait, lui, s’il a été bon ou pas.

 

« La télé est le premier sponsor du sport »

 

Vous qui avez été aussi éditorialiste (Sport 24), directeur des sports (La Cinq) comment percevez-vous, dans la catégorie sport, le paysage audiovisuel français actuel ?

Le sport a considérablement évolué via la télévision principalement. C’est vraiment la télévision qui influe la nature même du sport. D’abord il y a les sports qui sont télévisés et ceux qui ne le sont pas…Il y a donc un profond déséquilibre, en dehors des jeux olympiques. En même temps, c’est la télévision qui fait vivre le sport, la télé est le premier sponsor. Ensuite, les droits ont connu une forte inflation et les télés sont parfois tentées de vendre ou survendre les évènements qu’elles paient forts chers. Il y a donc une course à l’armement et à la promotion en même temps. Cela profite à certains grands sports…essentiellement le football. Nous sommes donc dans un profond déséquilibre. Mais on ne peut pas le reprocher à la télévision qui ne fait que montrer ce qu’elle a de plus fort en audience.

Il n’y  a qu’une période où tous les sports sont montrés, ce sont les jeux olympiques où l’évènement même porte les disciplines sportives. Dans ce cadre-là, le service public remplit sa mission au maximum.  Je pense que l’on est tout de même, en termes de montant de droits sportifs, arrivé à un point de saturation, on ne pourra aller au-delà.

Et la place du tennis dans cette évolution…craignez-vous que Roland-Garros atterrisse dans le panier de diffuseurs cryptés et qu’à partir de ce moment-là le tennis y perde de sa notoriété ?

Je le pense. Vraiment je le pense. Les grands tournois reposent sur du marketing et donc sur de l’exposition. Une fédération est confrontée à un souci économique, mais aussi de promotion et de développement du sport. Et le fait d’être aujourd’hui sur 3 chaînes, avec le service public, est un atout considérable en termes d’exposition. C’est une valeur ajoutée qui sera très difficile de retrouver sur un autre canal. Même si on associe un diffuseur crypté et un diffuseur disons hertzien, par exemple Canal Plus et M6, et bien il n’y aurait pas la même dynamique que nous avons maintenant avec France 2, France 3 et France 4.

Au niveau de la fédération, je ne suis pas sûr que les éventuelles recettes supérieures qu’elle pourrait obtenir avec un diffuseur privé compenseraient la perte d’exposition. C’est un mauvais calcul je pense. Il y a certes plus de 170 pays qui diffusent Roland-Garros, mais en France c’est du patrimoine national, équivalent au Tour de France. C’est un rendez-vous que l’on attend chaque année. L’exposition est très importante. Quand Wimbledon a joué la carte des networks parallèles et a fait la course au fric, ils ont beaucoup perdu en exposition et, dix ans plus tard, ils sont revenus en arrière. Et ils ont eu raison. En dehors du football, tous les sports ont la nécessité de développer leur audience. Et aujourd’hui Roland Garros, pendant quinze jours, possède une exposition extraordinaire.

propos recueillis par Romain Allaire, en exclusivité pour En pleine Lucarne

Mini bio

En 1978, il devient le premier joueur de tennis français à passer aux commentaires sportifs. Il a débuté sur Antenne 2 et Europe 1.

En octobre 1990, il succède à Pierre Cangioni en devenant le directeur des sports de La Cinq, il aura sous sa tutelle des journalistes et animateurs comme Christian Prudhomme, Patrick Tambay, Jean-Louis Moncet, Éric Bayle, Jean-Luc Roy, Philippe Bruet ou encore Christophe Cessieux jusqu’à sa suppression le 12 avril 1992.

En 1992, il est de retour sur France Télévisions comme simple consultant et commentateur des matchs de tennis de Roland-Garros et de Coupe Davis avec Lionel Chamoulaud jusqu’en 1998.

En 1999, il devient éditorialiste sur le site internet Sport24.compuis pour le quotidien L’Équipe et depuis 2003, il commente les matchs de tennis diffusés sur Paris Première avec Jérôme de Verdière.

Depuis les Internationaux de France de Roland-Garros 2007, il est consultant et spécialiste tennis sur RMC avec Sarah Pitkowski, Éric Salliot et Jean-François Pérès suite à son éviction d’Europe 1 par Arnaud Lagardère. Alors qu’il a collaboré pendant plus de 27 ans sur l’antenne d’Europe 1.

En 2008, après le départ de Guy Forget sur Canal+, il est rappelé par France Télévisions. Le rédacteur en chef au service des sports François Brabant confie à Télé 2 Semaines : « Les négociations devaient rester secrètes, mais effectivement Patrice Dominguez va nous rejoindre. Patrice a une parfaite connaissance du jeu, de l’histoire du jeu et de la télé. C’est la Rolls des consultants.

Consultant pour l’agence RMC Sport, Patrice Dominguez est chroniqueur tous les dimanches dans les Grandes Gueules du sport animée par Gilbert Brisbois et Serge Simon sur RMC. Il est régulièrement invité dans le Moscato Show.

En 2011 et 2012, il commente la finale des Masters de Paris-Bercy et celle des Masters ATP de Londres sur W9.

Share

About Author

Vincent Rousselet-Blanc

(9) Readers Comments

  1. J’ai appris de retour à Genève le décès de Patrice Dominguez étant moi
    même journaliste pour une Web tv,c’était un grand journaliste.A son épouse
    et ces enfants mes condoléances.

  2. « Une fédération est confrontée à un souci économique, mais aussi de promotion et de développement du sport. »
    Ah si les organisateurs (fédérations et ligues) pouvaient méditer sur cette phrase ! Et je ne pense pas particulièrement au tennis, mais surtout à la L1, la F1, l’athlé, la Pro A et j’en oublie.
    Les calculs à la petite semaine pour engranger un maximum de revenus à court terme causent la perte de ces compétitions. Aujourd’hui qui seraient capable :
    - en foot, de citer 5 joueurs de Nancy, Brest, Toulouse ou Bordeaux
    - en basket, de rappeler la finale de l’an dernier
    - …

    Qu’on ne s’étonne pas du manque de culture sportive et de sponsors par la suite.

  3. Pourquoi ne pas imaginer le groupe M6 développer l’offre sur ses deux chaines, M6 et W9 ? Tout le monde reçoit la TNT désormais.
    Mais il est vrai que le groupe M6 est souvent très proche de ses sous.

  4. dire qu’il ne peut pas rivaliser avec les 3 autres que sont djokovic, murray ou federer c’est ne rien connaître au tennis. Certains ont avancé que l’ère nadal federer est révolue et qu’on vit l’ére djokovic-murray. c’est vraiment du n’importe quoi. Nadal possède toujours les ressources pour dominer ces deux joueurs et c’est ce qu’il va nous montrer à condition que ses blessure le laissent tranquille.

  5. Bon, les organisateurs veulent plus de droits pour maintenir le Tournoi à niveau. Il est très compliqué d’agrandir et les droits TV sont faibles finalement.
    D’un autre coté, France TV n’a pas les moyens, il reste quoi ?

  6. De toute façon je pense que France télé n a plus les moyens et la fédé n acceptera pas une baisse des droits je pense qu’ en septembre rolland Garros changera de diffuseur en tous cas en payant

  7. Moi la seule raison qui fait que je suis pour que le tournoi change de diffuseur, c’est que les journalistes et les consultants de France Tv sont des chèvres ! A part Dominguez qui est pour moi le meilleur commentateur de tennis avec Verdier, toute la brigade de F Tv c’est pas possible.

  8. Roland Garros fait parti du patrimoine sportive français et tout les français peuvent le regarde gratuitement .

  9. Puisse la FFT vous entendre cher Patrick.
    Roland-Garros doit rester sur France Télévisions.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>