Vous vous en souvenez peut-être, nous vous avions informé de la tenue des premiers Etats généraux du sport féminin en équipe organisés par le club de basket féminin de Bourges les 16 et 17 mai dernier avec pour l’un des mots d’ordre : halte au mépris du sport féminin dans les médias. Ces premiers États Généraux ont ainsi réuni les acteurs concernés : pouvoirs publics, collectivités territoriales, experts, responsables de fédérations sportives, sportifs et sportives de haut niveau, entreprises et journalistes.Avec, pour lancer les débats, sous couvert de Valérie Fourneyron, Ministre des Sports, de la Jeunesse et de l’Education Populaire et de la Vie Associative, Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des Droits des Femmes. Que s’y est-il dit ?

Le premier thème des débats nous intéressait tout particulièrement : « Quelles solutions face au manque de médiatisation du sport féminin ? ». Y participaient entre autres : Fabrice Jouhaud, Directeur de la rédaction de L’Equipe, Céline Géraud, ancienne judoka, présentatrice de Stade 2, Denis Masseglia, Président du comité national olympique et sportif français, Céline Dumerc, meneuse au Tango Bourges Basket et capitaine de l’équipe de France, et encore Candice Prévost, ancienne attaquante du Paris Saint Germain et de l’équipe de France de Football, aujourd’hui consultante sportive chez Eurosport. Un beau plateau.

Pierre Fosset, le Président du Tango Bourges Basket, n’a pas fait dans la dentelle pour lancer les débats : « La médiatisation, c’est la clé du problème. Le sport féminin en équipe est méprisé en France. Les sports collectifs féminins sont pourtant de plus en plus performants en France ». Et de faire référence aux belles performances réalisées aux JO par les équipes de France de basket avec l’argent des Braqueuses, de football et de handball. Les clubs de Lyon en football et de Cannes en volleyball.

« Ce mépris, poursuivra-t-il, se concrétise par une médiatisation très déséquilibrée en faveur du sport masculin ». Une affirmation basée sur les résultats d’un rapport du CSA stipulant que 85% des retransmissions télévisuelles sont exclusivement consacrées aux sports masculins.

95% de nos lecteurs sont des hommes qui ne s’intéressent pas au sport féminin (L’Equipe)

On en a donc débattu. Avec comme premier bouc-émissaire, Fabrice Jouhaud, seul représentant de la presse sportive.

« Dans son édition de jeudi 16 mai, lui lance-t-on bille en tête, une colonne au total a été consacrée aux filles sur la totalité du journal. Ridicule. La médiatisation, c’est pourtant la clé du succès pour le sport féminin. Sans retombées médiatiques, il est difficile d’attirer des sponsors. Et sans sponsors, impossible de générer d’autres moyens financiers que ceux accordés par les collectivités. Les grands médias (télé, radio et presse écrite) pourraient donner chaque semaine les résultats des championnats des sports collectifs féminins, comme le fait déjà la PQR. Cela ne leur coûterait rien, mais assurerait une visibilité aux clubs et aux joueuses toute l’année. Car actuellement, la médiatisation se cantonne aux phases finales. »

Ce à quoi le patron de la rédaction de l’Equipe a répondu, avec un réalisme désarmant : « Je n’ai pas de problème à dire : accordons plus de place au sport féminin, mais il faut aussi des retombées. 95% de nos lecteurs sont des hommes qui ne s’intéressent pas au sport féminin . Il faut être démago pour décréter d’un coup que le sport féminin devient une priorité. Si nous décidons de le promouvoir davantage en considérant que c’est d’utilité publique, par exemple avec une rubrique dédiée, pourquoi ne pas nous attribuer des aides à la presse ? ».

Ce que l’on peut traduire de la manière suivante : dans une politique économique de retour sur investissement à court terme, ce n’est pas l’augmentation de la présence du sport féminin qui, pour le moment en tout cas, fera plus vendre de journaux à Fabrice Jouhaud. Et l’Equipe n’est pas là uniquement pour faire plaisir à tous, mais aussi pour vendre.

Vint alors l’idée d’imposer des quotas de présence du sport féminin d’équipe dans les médias où cela peut se faire, c’est à dire prioritairement le service public télévisé. Et c’est là que l’info de ces Etats généraux est tombée lors de l’intervention de Najat Vallaud-Belkacem :

« Valérie Fourneyron va prendre des mesures pour prévoir davantage de diffusions pour le sport féminin sur les chaînes en accès public. Le décret de 2004 fixant la liste des 27 événements sportifs majeurs retransmis à la télévision et accessibles gratuitement est en cours de modification pour y inclure plus de sport féminin, notamment du football et du rugby. »

Rappelons qu’actuellement six de ces événements « hors jeux Olympiques » sont consacrés au sport féminin : finales de Championnat du monde et d’Europe de basket, de hand, et demi-finale et finale de la Fed Cup, quand la France y participe, finale dame de Roland-Garros (voir liste complète). Insérer plus de foot…et de rugby ? En foot, on peut imaginer coller à ce qui se fait pour les hommes : finale de la Ligue des Champions, matchs de l’équipe de France de football inscrits au calendrier de la FIFA, match d’ouverture, demi-finales et finale de la Coupe du monde de football, demi-finales et finale du Championnat d’Europe de football, voire la Finale de la Coupe de France de football. Mais le rugby… Le tournoi féminin des VI Nations est aujourd’hui médiatisé sur France 4 risque de disparaître pour des raisons économiques. La coupe du monde ?

Céline Géraud, journaliste à France Télévisions et présentatrice de Stade 2, n’est pas favorable à ces quotas « ni au fait d’imposer les choses, y compris en légiférant. Il y a un vrai combat mené par les télévisions ; une vraie concurrence. J’aime le sport féminin mais il faut une vraie cohérence entre les choix qui sont faits et le niveau de la compétition. Tout n’est pas bon à retransmettre en sport féminin, c’est un fait. Montrer des stades vides ou encore un match remporté 8 à 0 dessert le sport concerné », prévient-elle.

Et de rappeler que France Télévisions a tout de même consacré « 600 heures au sport en 2012 dont 550 à des compétitions mixtes hommes femmes. Il faut aussi tenir compte des coûts de production », argumente-t-elle. Et ce n’est pas dans un contexte de politique d’économies drastiques dans le service public que l’on voit les choses s’arranger. A moins que l’Etat, en légiférant, donne aussi au service public les moyens de produire ou d’acheter les droits de ces événements qu’il veut imposer.

Céline Géraud a cependant fait une proposition pleine de bon sens, pour appliquer une idée qui se fait déjà dans le handball français par exemple : « pourquoi ne pas miser sur la mixité ? Les finales de Coupes de France, ou encore les Coupes du monde et championnats d’Europe pourraient, par exemple, être organisés aux mêmes dates et sur le même lieu, ce qui apporterait plus de visibilité au sport féminin et optimiserait les frais de production. Mais il faut pouvoir s’entendre sur un calendrier commun. »

Des solutions ? Oublier la télé

Il est bien beau de dresser des constats, alarmants pour certains, encore faut-il envisager des solutions pour y remédier. La première : oublier la télé ! « Il faut du volontarisme pour imposer le sport féminin en équipe. La télé reine, c’est fini ! Ce ne sont pas les télés ou les grands médias qui viendront à nous mais l’inverse », juge Philippe Bana, DTN à la Fédé de handball, qui propose aussi d’organiser des stratégies de ventes des droits télé, d’investir sur les applis smartphone ou encore d’utiliser davantage et pourquoi pas de « mutualiser entre différents sports une Web TV, avec un budget qui est d’environ 6000 euros et où les personnes intéressées par nos équipes sauront et viendront facilement nous trouver. » Cette dernière idée n’est autre que celle que doit développer l’Equipe 21, première chaîne gratuite de sport sur la TNT, grâce à un accord passé avec le CNOSF, impliquant la création d’une plateforme numérique qui proposerait justement l’ensemble de ces sports moins ou peu médiatisés. Où en est-on de ce projet d’ailleurs ?

« C’est aux Ligues et aux Fédérations de créer l’événement pour accroître leur visibilité et susciter l’intérêt des médias », renchérit Jean-Pierre Siutat, président de la FFBB. « Nous l’avons fait avec l’Open de la LFB. Il faut trouver des astuces pour promouvoir notre sport et valoriser ses performances. L’Euroligue, où Bourges vient encore de briller après avoir conquis trois titres, mériterait davantage de considération. Tout comme le championnat de France, l’un des plus équilibrés et des plus attrayants en Europe. Maintenant, je propose de créer un fonds de développement du sport féminin qui serait financé en partie par les paris sportifs et la taxe Buffet, destiné à garantir la parité d’ici 2020. »

Fin du débat sur la médiatisation de ce sport féminin d’équipe qui se sent si méprisé. Que doivent penser alors les sports féminins plus individuels (athlétisme, tennis…), non invités à la discussion ?

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Vincent Rousselet-Blanc

(10) Readers Comments

  1. J’espère que le débat légitime sur la place du sport féminin ne va pas occulter le débat tout autant légitime sur la place des petits sports ! Valérie Fourneyron a raison de dire que la place du sport féminin est insuffisante à la télé, mais elle n’aborde le problème que sous l’angle du… football, sport qui est lui-même surexposé jusqu’à l’overdose! C’est peut-être pas politiquement correct de dire ça, mais quand je vois les chaînes gratuites s’intéresser au foot féminin, je ne peux pas m’empêcher de penser « pfffff, ENCORE du football » ?

    J’espère que la Ministre des Sports tiendra bon sur Roland-Garros mais aussi qu’elle n’oubliera pas sa promesse d’obliger les chaînes gratuites à diffuser les matchs des Equipes de France (basket, volley, handball, hockey sur glace notamment) lorsqu’elles arrivent en demi-finale de Championnats d’Europe ou du Monde. Avec le décret actuel, une équipe de France de handball qui décroche une médaille de bronze ou même une équipe de France de volley qui arrive en finale (le volley ne fait pas partie de la liste des évènements protégés !) peuvent ne jamais être diffusés en clair! Et pourquoi ne pas rajouter à la liste le Grand Prix de Monaco, qui est également un évènement planétaire en Formule 1 ? Le gouvernement doit élargir la liste des évènements protégés!

    • Assez d’accord avec toi et le service public doit jouer son rôle de service public si l’on joue sur les mots. Mais il faudrait que le gouvernement finance Ftv pour acheter les droits, les produire, alors qu’on prend le chemin inverse celui des économies drastiques.

  2. Fab, un grand bravo, pas grand chose à ajouter…
    Les competitions mixtes st effectivement une belle piste à creuser

    En revanche, si bien sur on doit aller sur internet diffuser gratuitement (ou pas) des images qd ça passe pas à la tele, il serait aberrant de penser que ça suffit à remplacer la télé

    Déjà que la tele payante est tres penalisante par rapport à la tele gratuite

  3. Merci Vincent pour ce compte-rendu. Par où commencer ?

    1) « Que doivent penser alors les sports féminins plus individuels (athlétisme, tennis…), non invités à la discussion ? »
    Bizarrement, les sports individuels féminins ne sont pas aussi mal lotis que les sports collectifs. A l’heure de Rolland-Garros, l’exposition du tennis féminin est quasiment identique à celui des hommes. Pareil pour l’athlé ou la natation.
    D’abord les compétitions se déroulent pendant les mêmes périodes, ce qui permet aux organisateurs et aux TV de mutualiser leurs coûts. Ensuite, la compétitivité y est très élevée. Donc ton interrogation n’a pas vraiment lieu d’être.

    2) Je ne fais pas partie de ces 95% des lecteurs (occasionnels) hommes qui ne s’intéressent pas au sport féminin. Et si c’était le cas, l’Equipe fait un très mauvais calcul ! A l’heure du culte du corps parfait, les sportifs du dimanche et autres amateurs des clubs de gym sont souvent des femmes. Et ne parler que des résultats masculins et du sport seulement dans une logique de performance leur fait et fera perdre des lecteurs à moyen terme.
    L’Equipe, en étant malheureusement le seul quotidien sportif, devrait également s’ouvrir à « l’hors stade » en racontant des histoires, des parcours… Ça intéresserait les femmes mais aussi les hommes !

    3) Le problème n’est pas la médiatisation des sports féminins mais des sports autres que le foot masculin. Sans faire le procès de l »Equipe, au fil des années, ils se sont totalement centrés sur cette discipline.

    4) Je suis totalement contre une médiatisation factice des sports féminins. Pourquoi obliger les TV à en diffuser davantage si elles n’en voient pas l’intérêt ? La balle est prioritairement dans le camp des fédérations : à elles de créer l’événement, de profiter de la médiatisation (relative) des garçons.

    Pourquoi ne pas organiser les play-offs au même moment, ne pas faire un all-star game commun, ne pas programmer des levers (ou baissers) de rideau, créer des événements récurrents avec un sponsor national ou même une journée porte-ouverte ? L’exemple du rugby à Nantes ce week-end devrait être développé : ils sont allés là où ils sont peu présents.

    Conclusion : oui, le sport collectif féminin est maltraité médiatiquement mais il n’est, à mon avis, pas assez bien défendu par ses organisateurs. Surtout, ils devraient définir une politique de développement : veulent-ils s’implanter dans les grandes villes, rester avec une culture universitaire (beaucoup de sportives sont actuellement étudiantes), s’ancrer dans des villes de taille moyenne ? De leur réflexion découlera de la stratégie à mettre en place pour développer leur visibilité.

    • Et je rajouterais : pourquoi l’équipe de France de basket féminin ne joue pas un seul match à Paris alors que l’Euro est organisé en France et qu’elle a connu un gros élan de sympathie suite aux JO ?
      Je ne crois pas que ce soit la faute de la presse !

    • Je parlais d’exposition en clair pour l’individuel hors si Roland garros passe en payant et si france tele poursuit ses coupes pour faire des economies il ne va plus rester grand chose. Et je pense qu’on aurait pu inviter tous les sports féminins a la réflexion. Pour le reste suis totalement d’accord avec toi.

      • Dans ce cas Vincent, ça signifierait une perte pour l’ensemble de la discipline concernée (donc pas seulement du tennis féminin). Je me permets de reprendre le commentaire que j’avais laissé sous l’excellente interview de Dominguez.

        « Une fédération est confrontée à un souci économique, mais aussi de promotion et de développement du sport.  » (Dominguez)

        Ah si les organisateurs (fédérations et ligues) pouvaient méditer sur cette phrase ! Et je ne pense pas particulièrement au tennis, mais surtout à la L1, la F1, l’athlé, la Pro A et j’en oublie.
        Les calculs à la petite semaine pour engranger un maximum de revenus à court terme causent la perte de ces compétitions. Aujourd’hui qui seraient capable :
        - en foot, de citer 5 joueurs de Nancy, Brest, Toulouse ou Bordeaux
        - en basket, de rappeler la finale de Pro A de l’an dernier
        - …
        Qu’on ne s’étonne pas du manque de culture sportive et donc de sponsors par la suite.

        Vincent, quelqu’un a -t-il posé lors de ces Etats Généraux ma question sur l’absence de l’Euro de basket féminin à Paris ? Si oui, quelle a été la réponse ? Si non, tu peux la garder dans un coin lorsque tu intervieweras le président de la Fédé ou Patrice Dumont / David Cozette (Sport+) ? Merci d’avance

        ps : j’adore lorsque tu traites de ce genre de sujets.

        • Merci. Fan et je regrette de ne pas avoir Plus de temps pour en traiter plus d’où les interview/ assez longues qui compensent un peu

        • Fab pas fan :)

          • Vincent me vient une idée pour ton blog : et si tu laissais des journalistes, des sportifs, des acteurs du monde médiatique, des philosophes ou économistes passionnés de sport… publier des tribunes ? Une ou deux fois par mois pour ne pas perdre la vocation première de ton blog.

            Sur des sujets tels que le dopage, la médiatisation, les nouveaux usages et comportements liés au sport, l’économie de telle discipline, les événements sportifs protégés, les réseaux sociaux, la politique des chaines de TV, la réalisation du sport, les paris, l’impact de tel événement sur le tissu économique…

            Par exemple, je ne sais pas si tu as vu passer l’info ces derniers jours mais la NBA s’est alliée à Twitter pour publier des mini-résumés de vidéos. Pourquoi ? Quel modèle ? …
            Autre exemple, pourquoi TF1 délègue à TMC la Coupe de Confédération, et pas à Eurosport ou même à NT1 (qui retransmet le Mondial des clubs en décembre) ? Quelles visées ?

            En plus, cela aurait plusieurs avantages pour ton blog :
            - qu’il ne serve pas à faire un bilan mais aussi de susciter le débat (j’aurai adoré que M. Fosset réponde ici par exemple)
            - l’animer surtout qu’on va entrer dans la douceur de l’été, calme cette année en événements sportifs
            - te décharger de son actualisation régulière
            - t’amener de nouveaux visiteurs réguliers sur le site

            Qu’en penses-tu ? Bon, reste le plus dur : trouver des personnes qui ont des choses intéressantes à raconter.

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