Du 26 mai au 9 juin, le tournoi de Roland-Garros va retenir des millions de téléspectateurs devant France Télévisions ou Eurosport, les deux diffuseurs exclusifs du Grand Chelem parisien. C’est pourquoi, cette année, nous avons décidé de vous emmener dans les coulisses « technos » du Grand Chelem, avec des interviews et des vidéos, grâce à IBM, partenaire technologique de Roland-Garros et de la FFT depuis 28 ans, qui nous a fait le privilège de nous ouvrir ses portes dérobées.

Voici la la suite de notre entretien (partie 1 ici) avec Claire Herrenschmidt, responsable des partenariats sportifs de la marque américaine, qui sera notre guide pendant le tournoi. Et focus sur les secrets de fabrication du site officiel, l’un des sites d’événements sportifs les plus visités au monde.

Pendant la quinzaine nous vous proposerons un reportage vidéo sur les coulisses technologiques abordées dans cet entretien, ainsi qu’une interview d’un marqueur et un entretien avec Sébastien Grosjean, ambassadeur d’IBM.

Le site officiel de la compétition est une référence mondiale pour les amateurs de tennis. Peut-on parler de prouesse technologique ?

Prouesse non, car c’est notre travail, mais fierté oui, clairement, compte-tenu des exigences d’un tel site. Nous sommes dans l’ère du Big Data. La multiplication des équipements et l’explosion des médias sociaux accroissent considérablement le volume de données générées, des données structurées ou non.

Concrètement, comment se déroule votre collaboration au site officiel ?  

Le contenu du site est produit par une vingtaine de journalistes de la FFT. Il comprend les articles, des centaines et des centaines de photos et de vidéos. Ce contenu, une fois réparti dans les rubriques et validé, est mis en ligne le plus rapidement possible. C’est là qu’IBM intervient avec sa solution de gestion de contenus adaptée au temps réel et permettant le respect du processus éditorial.

Nous avons une équipe d’une douzaine de techniciens américains sur place, dans les coulisses de Roland-Garros, dont certains sont arrivés une semaine avant le début du tournoi pour s’assurer de la mise en place des serveurs locaux et de la technologie nécessaire à la transmission des données. Puis, pendant le tournoi, l’équipe se compose de huit à dix personnes, plus spécialisées sur la gestion du contenu, afin de répondre au moindre besoin d’un journaliste du site ou s’assurer de la bonne diffusion des statistiques en temps réel.

Cette année, l’application vedette du site sera donc encore « Slam Tracker », renouvelée l’an dernier ?

Oui, bien sûr. L’IBM SlamTracker s’avère être l’outil idéal pour vivre un match. Pour ceux qui ne connaissent pas encore, le SlamTracker™ permet la visualisation des données et des statistiques en temps réel, et, grâce à un logiciel d’analyse prédictive d’IBM (SPSS) délivre les clés du match. Cette application et ce logiciel nus ont permis d’analyser huit ans de données du Grand Chelem, soit plus de 41 millions de points échangés, et d’identifier les comportements des joueurs en fonction de leur adversaire.

A l’aide de ces données statistiques historiques, l’outil classe les performances de chaque joueur pour les différents schémas de jeu dans l’historique des face-à-face. Et si c’est la première rencontre entre les deux, des joueurs avec des styles similaires sont analysés.

Cette analyse prédictive fournit les critères clés – ce que les joueurs doivent faire pour remporter un match – connu sous le nom de « Clés du Match ». Par exemple, une « clé » peut être le pourcentage de premiers services gagnés ou le nombre de points remportés en moins de trois échanges. La progression du joueur sur ses clés est actualisée en temps réel sur le SlamTracker™. De manière générale, le joueur qui atteint le plus grand nombre de ses trois clés principales est celui qui a le plus de chances de remporter le match.

Pendant un match, chaque performance des joueurs est mesurée et mise à jour en temps réel sur rolandgarros.com, fournissant aux entraîneurs, aux fans et aux médias un niveau plus précis de compréhension lors du déroulement du match. L’année dernière 45 516 points joués ont été analysés pendant les simples Messieurs et Dames.

Je suis allé sur le site et j’ai aussi vu proposés, des graphiques sous forme de courbes. C’est quoi exactement ?

Ce sont les courbes représentant la dynamique d’un match, avec les moments forts et les moments faibles, les points clés du match, les pics de performance. Cela permet de voir en « Live » qui prend le dessus sur l’autre et pendant combien de temps. Il est intéressant de voir la progression de ces courbes, une par joueur, de voir à quel moment un match bascule, sur quel genre de points, une série d’aces par exemple.

Les pros du tennis se servent-ils de ces données ultra-précises ?

Oui. A commencer par exemple par Sébastien Grosjean, un des coachs de Richard Gasquet, qui analyse ces statistiques après chaque match pour décrypter ce qui a marché ou non. C’est un outil idéal de travail pour les entraîneurs. D’ailleurs, Sébastien Grosjean, cette saison, a accepté d’être notre ambassadeur technologique afin de promouvoir l’utilité de ces statistiques. Les joueurs eux sont avides d’avoir un autre regard sur le match, autre que celui qu’ils ont ressenti, un regard plus objectif, chiffré.

J’ajoute que ces données sont calculées pour les quatre tournois du Grand Chelem et sont donc, à ce titre, encore plus pertinentes car elles offrent un historique élargi. Chaque année ces données sont donc encore plus précises.

Qui réalise ces statistiques de matchs, vitesse du service, points gagnants, etc. ? La FFT aussi ?

Non, là c’est IBM qui prend en charge cette partie. Nous faisons appel à ce que l’on appelle des marqueurs, disposés par deux sur les vingt courts. En revanche, les radars de vitesse pour le service ne sont disposés que sur les sept courts télévisés et les « clés du match » ne sont disponibles que pour les matchs de simple. Les radars de vitesse pour le service sont installés au milieu des bâches de fond de court.

Les marqueurs sont des personnes non salariées d’IBM, même si elles sont reconnaissables à leurs polos IBM. Ils ont tous des profils différents, connaissent très bien le tennis et sont embauchés par la FFT uniquement pour le tournoi. On prend souvent les mêmes d’une année sur l’autre, certains font ça depuis dix quinze ans (EPL vous proposera l’interview d’un marqueur, ndlr).

Ces marqueurs sont chacun responsables d’une console digitale sur laquelle ils entrent les scores et les données du match, au fur et à mesure. Ils font une pause et sont changés toutes les heures, à l’image de ce qui se passe avec les arbitres ou les ramasseurs de balles. Sur leur console, ils entrent non seulement le score, mais aussi la qualité et la nature du point : si le service est un ace, où il atterrit dans le carré de service, les coups gagnants, les fautes directes ou provoquées, ils comptent les échanges, bref, toutes les informations permettant de produire les statistiques.

Les chaînes de télévision reçoivent ces informations ou produisent-elles leurs propres statistiques ?

Ces statistiques représentent une source de données unique. Elles alimentent donc le site et des applications mobiles développées par Orange et c’est extrêmement rapide. Faites l’expérience de regarder un match à la télé et de vous connecter sur le site simultanément, vous verrez ce que signifie la notion de temps réel chez nous. Ces données étant uniques, ce sont par conséquent celles qu’utilisent aussi les car-régies de France Télévisions.

Nous avons dans chacun des huit cars-régie de production télé un statisticien IBM qui dispose d’un poste de travail spécial. Il reçoit toutes les données des marqueurs immédiatement calculées en statistiques et en graphiques, en anglais et en français. Le statisticien avertit alors le réalisateur lorsqu’il a une statistique intéressante à montrer. Et le réalisateur décide ou non de la passer. Les données, cette année encore, serviront aussi à alimenter la télé connectée au standard HbbTV (Hybrid Broadcast Broadband télévision) que met en place France Télévisions suite à une expérience réussie avec IBM en 2011.

Quelles sont les nouveautés du site officiel version 2013 ?

Comme chaque année, nous essayons avec la FFT d’apporter un plus comparé à l’année précédente en étudiant de près les résultats et les statistiques d’accès aux différentes pages. En 2013, par exemple, nous proposons un accès facilité pour les malvoyants. Les personnes malvoyantes pourront désormais accéder au site en bénéficiant d’une lecture sonore, grâce à une toute nouvelle technologie – « Read » – permettant de rendre audible les textes d’une page web. Nous faisons également un effort d’intégration de réseaux sociaux toujours plus important : Facebook, Twitter, Pinterest, Instagram, Google +, My-Share.

Nous sommes même capables, autour de thématiques, de mesurer et d’analyser en temps réel le sentiment des internautes et des fans sur des milliers de blogs, posts, news ou tweets, grâce à un outil qui s’appelle l’IBM Social Media Analysis.

Nous améliorons aussi la navigation avec notamment des menus et des boutons de plus grande taille. L’esthétique a également été retravaillée, avec davantage de photos et de vidéos accessibles dès la page d’accueil.

On parlait de vitrine et on a bien compris l’intérêt de vos systèmes pour les fans de tennis ou les pros, médias, coachs et joueurs. Mais que peuvent en espérer vos futurs clients, votre cœur de cible ?

Pour Roland-Garros, IBM utilise tout simplement les mêmes algorithmes analytiques que ceux qui servent à nos clients institutionnels, les entreprises.  Nous aimons montrer à nos clients notre savoir-faire sur le tennis car derrière nos clients ont un besoin d’analyses de données dans leur secteur d’activité pour améliorer leurs performances au même titre que les tennismen en ont besoin. Nous pouvons ainsi appliquer nos méthodes « tennis » d’analyse prédictive, dans le domaine de la distribution par exemple, ce qui est souvent le cas avec les historiques de vente, de panier de la ménagère, l’analyse des tickets de caisse en grand volume, ce que les gens achètent, à quelle période de l’année…

Roland-Garros nous sert également d’immense laboratoire. Nous allons par exemple cette année mettre en place une opération technologique novatrice avec Peugeot, autre partenaire officiel du tournoi. Pendant la durée du tournoi, nous équiperons des véhicules de la marque (Peugeot Ion, voitures électriques) de différents capteurs. Nous collecterons les données en temps réel en nous déplaçant autour de Roland-Garros. Ces données seront alors traitées pour prévoir par exemple un coup de chaleur à venir, un pic de pollution, etc. Des tableaux de bord seront produits, avec des seuils d’alerte qui peuvent conduire à des décisions. Cette expérience peut intéresser les maires des villes ou des communautés urbaines pour améliorer la vie des habitants.

Cette initiative est en lien direct avec un des axes de croissance statégique d’IBM, Smarter Cities. A travers ce programme IBM souhaite développer les usages des technologies au service des nouveaux défis qui s’imposent aux collectivités.

Propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc en exclusivité pour En Pleine Lucarne

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