(replay) Ce matin, à France télévisions, le service public présentait à la presse son calendrier de l’été sportif avec au menu Roland Garros, Tour de France, championnats du monde de natation et d’athlétisme et de nombreux anniversaires sur lesquels nous reviendrons dans un prochain article. C’était surtout l’occasion de coincer Daniel Bilalian après la conférence de presse pour avoir des éclaircissements sur la position de France Télévisions concernant l’abandon annoncé du tournoi de Roland Garros dès la fin de cette édition pour des raisons de restrictions budgétaires. Et nous en avons eu des éclaircissements. Il faut dire que Daniel Bilalian, le directeur des sports de France Télévisions, n’est pas réputé pour sa langue de bois.

On a beaucoup parlé de l’abandon de Roland Garros après cette édition 2013 par France Télévisions pour des raisons de restrictions budgétaires. Qu’en est-il ?

Mais nous n’avons jamais dit que nous voulions abandonner Roland Garros ! Il y a eu amalgame d’informations comme ça arrive souvent. On dit une chose, on nous demande de démentir et ainsi de suite… Comme ça, ça fait parler. Il n’est pas du tout question que l’on ne renégocie pas Roland Garros, mais nous le voulons dans sa totalité. Le lotissement d’un événement comme Roland Garros est très difficile. Autant on peut partager une compétition comme le football car on achète le match à telle ou telle heure, ça dure deux heures et on sait quand ça termine, alors qu’un match de tennis n’a pas de durée prédéfinie, la pluie peut l’arrêter, il va démarrer en retard ou durer cinq heures. Donc Roland Garros sous forme de lots n’a pas de sens.

De plus, pour nous, Roland Garros est un événement qui prend de la valeur sur la durée, grâce à sa montée en puissance sur les 15 jours.  Diffuser uniquement les finales dames et hommes, événements dits réservés, n’a donc aucun sens car ces finales n’ont du succès que parce qu’il y a eu un suspense nous y menant pendant quinze jours. La finale de Roland Garros c’est l’aboutissement d’un suspense. Si on ne diffuse pas ces quinze jours qui précèdent, la finale n’a aucune saveur, aucune valeur. Et pour peu que l’on ait des Français en deuxième semaine, cela augmente la valeur du produit.

Il faut faire très attention : le tennis est un sport populaire, mais pas au point que sur un événement comme Roland Garros je me contente de diffuser la finale. Sans les quinze jours précédents, je ne conseillerai pas à mon groupe d’acheter les finales. Ce n’est pas tout ou rien, ce n’est pas de l’impérialisme, mais, pour France télé, Roland Garros ne vaut que si on en a l’intégralité. Nous ne voulons pas de lotissement. Ensuite, on peut très bien tout récupérer et donner en sous-licences des lots de matchs à des chaînes payantes sur quelques courts. La coupe d’Europe de rugby que nous partageons avec Canal+, il nous suffit d’avoir les premiers choix et on laisse le volume à Canal.

« L’aspect qualitatif est un élément très important dans nos offres »

 Quels sont, selon vous, vos atouts pour conserver Roland Garros ?

Nous sommes les meilleurs (sourire). Non, notre atout c’est l’exposition en clair de la totalité de la compétition. Cela a un sens pour les sponsors. Ensuite, je pense que d’une manière professionnelle, nous produisons dans de bonnes conditions. Et dans un dossier de négociation ce sont des éléments qui comptent. Lors d’une négociation de droits, en France en tout cas, nous remettons deux propositions. La première est qualitative. Elle concerne la diffusion, l’exposition, la production. La seconde est financière. On ouvre d’abord la première enveloppe qualitative et elle est notée. Ensuite, les ayant-droits ouvrent l’autre enveloppe, le chèque, et ils notent aussi. Ensuite, ils font le ratio entre les deux notes pour chacun des concurrents. Un diffuseur peut très bien remporter l’événement en ayant mis un peu moins d’argent mais en ayant une offre qualitative plus intéressante. Nous concernant, nous avons à chaque fois la meilleure note concernant le qualitatif pour Roland Garros puisque nous sommes une chaîne en clair et nous diffusons beaucoup.

Par exemple, sur la coupe de la Ligue de football, il y a 16 matchs et nous les diffusons tous, 8 sur France 4 puis le reste France 3 et France 2. Nous avons 20/20 en qualitatif puisque pour un sponsor il est sûr d’être vu par le plus grand nombre. Le qualitatif dans nos offres est un élément très important. En rugby, M6 était venu sur notre terrain pour les tournées d’automne. Nous l’avons emporté parce que notre prix était intéressant mais aussi parce que nous diffusons la coupe du monde des moins de 20ans, le VI nations des moins de 20 et les féminines, nous avons une émission qui s’appelle Rencontres à XV qui passe de la Fédérale, de la pro D2, etc. Les fédérations et les vendeurs sont sensibles à cet accompagnement de leur sport, même si la somme proposée peut être un peu inférieure ou n’est pas supérieure.

« Notre souci actuel est de ne rien abandonner ! »

Malgré tout votre marge de manœuvre économique est assez limitée pour conserver le tournoi…

Le problème est simple, le sport, avec l’information et le développement numérique sont les trois derniers grands axes d’audience d’un groupe comme le nôtre. Ce ne sont donc pas ces éléments-là qui seront sacrifiés. Il n’est donc pas question d’abandonner le sport. Si vous me proposez un film sur Napoléon à 200 000 euros, je peux trouver un producteur qui me le fait à 150 000. Mais si vous abandonnez le Tournoi des VI Nations, vous n’avez personne d’autre pour vous faire le même produit car il est unique. Dans le sport, quand on abandonne c’est définitif ! Les concurrents reprennent l’événement et vous n’y revenez pas l’année suivante. Les événements dans le sport sont toujours les mêmes, on n’en crée que très peu. On va fêter le 100e anniversaire du Tour de France, le 90e des 24h du Mans, etc… Vous n’allez pas créer un autre championnat de France de foot, un sous championnat du monde de natation…

L’événement, quand vous l’avez, a une valeur et il faut essayer de s’y tenir, mais, si vous en abandonnez un, c’est fini ! Nous notre « The Voice » ou notre « Star Academy », c’est le sport ! Le sport nous permet un contact avec le public qui nous évite de terminer comme une télévision de stock avec des films, des documentaires ou des séries. Le Tournoi des VI Nations c’est un contact avec 6-7 millions de téléspectateurs. Pareil pour le Tour de France pendant trois semaines. En plus, avec la tendance que prend le sport actuellement en allant vers le payant, notre slogan sera « le sport gratuit c’est sur France télévisions ». Je donne toujours cet exemple, dans le feuilleton Beckham au PSG, les téléspectateurs, qui n’ont pas les moyens de s’abonner à une offre payante, ont pu le voir en Coupe de la Ligue gratuitement.

Si vous deviez sacrifier un événement pour faire des économies, lequel choisiriez-vous ?

Je n’envisage d’abandonner aucun événement ! Je me casse tout l’année à essayer d’acheter des droits, je ne pense pas à abandonner ces droits. Je peux en revanche penser à certains allègements dans le cas où certains vecteurs de diffusions disparaitraient, comme par exemple France 4 si elle devient une chaîne différente, ce qui ne semble pas être le cas pour le moment. Dans ce cas, oui, vous pouvez envisager d’abandonner certaines choses. Mais notre souci actuel est de ne rien abandonner. Tout abandon en sport est définitif. Vous pouvez très bien décider de ne plus faire une émission pendant une saison et y revenir l’année prochaine alors qu’en sport, si j’abandonne le tournoi des VI Nations pendant un an , je me vois mal revenir l’année d’après, ce sera trop tard. Vous savez comment sont les bonnes affaires en matière de sport. Le sport est toujours trop cher. Souvenez-vous de la bataille TPS/ Canal+ autour du championnat de France de foot. TPS avait estimé payer le juste prix, Canal+ se plaignait de le payer trop cher mais résultat Canal+ est toujours en vie.

En termes financiers, le sport est un domaine très cher contrairement à l’information par exemple. A France télé, le sport a le même budget que l’information, sauf que pour nous un événement coûte de l’argent en production. L’élection présidentielle est un événement gratuit, enfin aujourd’hui pour le moment (rire), l’économie en matière d’information concerne juste le fonctionnement, sur le sport nous n’avons pas la même économie, il faut produire.  Et puis, même si l’on peut négocier ici et là, un événement sportif a un prix, une valeur, vous ne pouvez à un moment pas descendre en dessous de ce prix à l’infini, même si vous vous retrouvez tout seul à le négocier.

Il reste des possibilités d’acquérir des matchs de coupe du monde 2014, au Brésil, donc LA coupe du monde par essence. Les économies à réaliser par le service public vous priveront-elles de cet événement ?

Nous verrons. Le propriétaire des droits dans sa totalité n’est pas hostile à l’idée de partager cet événement qui lui a coûté très cher (sourire). Le fera-t-on ou pas, je ne sais pas car il y a aussi la coupe du monde de rugby 2015, où là aussi le propriétaire des droits est enclin à négocier. On verra mais il y a des choses sur lesquelles il faut s’y prendre très longtemps à l’avance et d’autres, comme pour ces deux événements par exemple, où le mieux est d’attendre parfois, pas le dernier moment mais les mois qui précèdent. Puis il y a aussi l’Euro 2016 avec des matchs encore disponibles. Mais effectivement nous sommes dans une économie de restriction financière, de rationalisation sans nuire à la qualité du produit. Parce que chez nous les gens ne viennent pas voir seulement des compétitions, ils viennent voir des spectacles, une compétition enrichie.

Prenez l’exemple du programme court que nous vous avons présenté ce matin (et dont on vous reparlera, ndlr) que l’on diffusera pendant le Tour de France à l’occasion de son centenaire. Il est intéressant car cela va nous amener un public qui va réfléchir sur l’événement Tour de France dans sa portée hors du sport pur. Le Tour ce n’est pas seulement la  course mais il marque par exemple la vie politique ou l’histoire de la société ou du pays. Vous verrez des programmes sur 1947, le premier tour de l’après-guerre, l’année 68 à travers le tour de cette année-là, le phénomène Poulidor, la France des transistors au bord de la route bref, des tas de choses comme ça. Et nous proposerons même en prime time sur France 2, quelques jours avant le départ du Tour, un documentaire colorisé sur l’histoire du Tour de France. Ce sont tous ces programmes qui font que le public est intéressé par le vélo et passe par France télé.

Notre public est un public de passage, pas de passionnés, même s’il y a de fins connaisseurs, il vient pour avoir des émotions, rire, pleurer, entendre la Marseillaise, etc.

Propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc

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Vincent Rousselet-Blanc

(7) Readers Comments

  1. Il n’a pas été poser la question de savoir pourquoi ont a le droit à un gros plan de lui à chaque direct sur FTV (réalisation française bien-sur) ce qui est sommes toutes inutile à part flatter son égo.

    • Canal fait la même chose avec cyril linette

      • C vrai tu as raison Vincent mais c’est assez agaçant quand même

  2. En coupe de la ligue, tous les matchs ne sont pas diffusés. 2 huitièmes de finale ne l’ont pas été cette saison et 5 seizièmes de finale non plus.

  3. Faut qu’il arrête avec le centenaire du tour de France ! L’épreuve a été créée en 1903 ! Il ne sait vraiment pas de quoi il parle …

    • C’est le 100ème tour de France car il y a des années où il n’a pas eu lieu

  4. C’est plein de bon sens mais il est sacrément gonflé de dire que pour qu’une finale ait de l’interet, faut suivre toute la compétition et dans le meme temps, faire l’impasse sur tous les sports co depuis 25 ans… sauf les finales qd y a des Français et qui n’ont, forcément (je suis ok avec lui) aucun interet

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