Hier matin, nous vous faisions part du communiqué des premiers Etats généraux du Sport d’équipe féminin qui se tiendra à Bourges mi-mai, stigmatisant un « mépris » de la société pour le sport féminin. L’actualité nous offrant sur Eurosport, samedi 13 avril à 21h, une belle demi-finale de Ligue des Champions de foot féminin 100% française, entre l’Olympique Lyonnais et Juvisy, nous avons demandé à Arnaud Simon, le directeur adjoint d’Eurosport, de nous donner son sentiment sur le message que fontt passer ces Etats généraux ainsi que son opinion concernant l’état actuel et le futur du  développement du sport féminin.

Arnaud, quel est donc ce mépris dont parlent les organisateurs des Etats généraux ?

Je ne sais pas, je n’avais pas vu ce communiqué avant de le lire sur En pleine Lucarne. Je suis un peu surpris, mais à Eurosport nous ne nous entons pas visés du tout par ce message car s’il y a bien une chaîne qui oeuvre pour le sport féminin, qui l’accompagne, c’est la nôtre, ce que confirme des études du CSA ou du site consacré au sport féminin Sportiva infos. Nous avons bien sûr été invités à participer à ces Etats Généraux. Je trouve ces propos, ce terme de « mépris », assez curieux car il ne faut surtout pas aborder la problématique du développement du sport féminin dans la radicalisation ou la stigmatisation, ce serait contre-productif. Cela dit, il est nécessaire aujourd’hui de parler du développement du sport féminin, notamment celui d’équipe ; Et, en cela, le foot féminin est aujourd’hui un fer de lance de ce développement et cet OL – Juvisy, que nous diffuserons samedi, est une formidable vitrine, un modèle pour le sport féminin.

Justement, n’y en aurait-il pas que pour le foot féminin finalement ?

Non, c’est juste qu’il faut que certains reconnaissent qu’il y a des disciplines plus porteuses que d’autres, que tous les sports féminins n’ont pas la même maturité, le même potentiel médiatique, les mêmes performances, les mêmes figures de proues ou les mêmes moyens. Le foot possède un énorme avantage sur les autres, c’est son universalité. Et, bien sûr, bénéficie des bonnes performances des Françaises sur le terrain. Maintenant, il faut s’en servir et non le stigmatiser. Quand je vois l’impact, toute proportion gardée, de la demi-finale de Ligue des Champions entre l’OL et Juvisy, avec des passages au JT de TF1 ou des articles dans le Parisien, je pense que les Fédérations, les clubs ou toute autre instance du sport féminin, devraient prendre exemple sur l’engagement de la Fédération Française de Football et de personnes comme Jean-Michel Aulas à Lyon ou Noel Le Graet pour développer leur sport avant d’adopter une certaine agressivité comme celle qui se dégage du texte que tu as publié ce matin.Quand on voit un Didier Deschamps venir assister à France – Canada (diffusé sur Eurosport, ndlr), ce sont des signes que l’on ne voyait pas les années d’avant.

Et donc ne pas faire porter le chapeau aux médias qui ne diffusent pas assez de sport féminin…

Oui, d’autant qu’il ne faut pas oublier, pour prendre l’exemple d’Eurosport, que nous avons fait notre part, contribué à construire autour du foot féminin, et nous continuons à le faire. Quand nous avons décidé de diffuser la D1 féminine la saison dernière, elle n’existait pas médiatiquement. Nous avons décidé, avec la FFF, de diffuser les petits clubs, de créer un univers pour les annonceurs et les sponsors, de construire un univers foot féminin dans son ensemble. Aujourd’hui, si 80% de l’audience du foot féminin sur Eurosport vient d’amateurs de foot masculin, 20% sont représentés par un nouveau public. C’est très encourageant.Il faut reconnaître également les efforts de france télévisions ou de Direct8. on ne peut donc pas dire que nous ne faisons rien pour le sport féminin.

Maintenant, nous ne sommes pas philanthropes non plus et Eurosport a bien sûr un intérêt à s’investir ainsi, car, en forgeant une popularité au foot féminin, nous construisons aussi notre propre développement dans un monde où les droits télé deviennent inabordables pour des chaînes de sport comme la nôtre. Eurosport fonctionne par abonnement, par conséquent, en devenant la chaîne du foot féminin, nous nous créons  un public, une audience et des abonnés. Et pour cela, nous avons accepté de partir de zéro, de retransmettre des matchs compliqués car la D1 féminine propose de gros écarts de niveau entre les clubs. Mais c’est un passage obligé du développement d’Eurosport et du foot féminin français. Si bien que, regardez, la saison prochaine, après deux ans de diffusion de D1 sur notre chaîne et sur France TV, le PSG passera au statut professionnel, Juvisy optera pour le statut semi-professionnel avec des entraînements aménagés, il y aura toujours Lyon, le championnat va prendre de la consistance. Et dans deux ans, on s’attend à ce que certains grands clubs pros comme l’OM développent sérieusement une section féminine. Il faut être patient, mais c’est le sens de l’histoire.

Le sens de l’histoire ?

Oui, il est évident que la société se féminise et qu’il faut de plus en plus un équilibre représentatif de cette féminisation. Là encore, à Eurosport on ne peut pas nous taxer de ne pas le faire. Non seulement nous diffusons le sport féminin, mais nous mettons aussi les femmes à l’antenne, dans nos émissions, en plateau, consultantes, etc… Mais, attention, il ne faut pas féminiser pour féminiser. C’est un peu comme les quotas de chansons françaises à la radio, encore faut-il que les chansons françaises soient assez bonnes pour être diffusées. C’est la même logique dans le sport : il faut de la performance sur le terrain pour être reconnu, pour être médiatisé ou susciter l’intérêt d’annonceurs ou de sponsors désireux de développer votre discipline. Il est évident qu’il y a une prise de conscience à avoir sur le développement du sport féminin et en cela les Etats généraux du sport d’équipe féminin représentent une excellente initiative car il faut mettre tout le monde autour de la table. Et dire aussi, même si ça peut heurter certains, que tous les sports ne sont pas à égalité, par exemple, face aux exigences télévisuelles. Prenez le squash, par exemple, qui est un sport superbe. En télé, il ne donne rien malheureusement. Il faut l’accepter et réfléchir à ce que l’on peut faire évoluer pour que ça change. Ce qui signifie parfois aussi de repenser les salles de sport, les stades, pour intégrer la notion télé, les exigences d’une retransmission.

Ce qu’à fait canal+ avec la D1 de hand masculine l’an dernier ?

Oui. Canal a rendu le championnat plus « sexy », l’a mis en valeur dans sa réalisation télé. C’est très important l’image. C’est ce que nous faisons ou tentons de faire avec le foot féminin par exemple. Mais là-aussi il faut comprendre que cela demande des moyens financiers, des coûts de production. Bref, c’est à tout un système de développement du sport féminin qu’il faut penser, pas uniquement à la partie visible de l’iceberg qui est la médiatisation. La médiatisation, la plupart du temps, n’est presque que l’aboutissement de ce développement, le résultat de performances sportives sur le terrain, même si, je reprends notre cas, nous avons décidé de construire et de ne pas attendre que la discipline soit au top pour la diffuser, pour les raisons que je vous ai expliquées plus haut. Il faut également comprendrz que les chaînes de télé doivent aussi obéir à des exigences de rentabilité, d’audience. Bref, c’est, je le répète, en se mettant tous autour de la table et en repensant le système complet que le sport féminin se développera. Pas en stigmatisant untel ou untel. Les médias ne sont pas responsables du développement du sport féminin, mais y contribuent.

Il n’y a donc pas de « mépris » du sport féminin ?

Non, je ne le pense vraiment pas et je pense que ce terme répond à une frustration, que je comprends, d’une sous-médiatisation du sport d’équipe féminin alors que l’on s’est régalé cet été à Londres aux JO avec le basket français par exemple. Je sais la Ministre des Sports très impliquée dans cette volonté de développement, mais il ne faut pas que cela crée une impatience agressive. Il faudra du temps mais on y viendra. Profitons de l’impact du foot féminin aujourd’hui pour prendre modèle sur la volonté réelle de ses acteurs pour le développer.

Un des freins au développement du sport féminin en France n’est-il pas encore culturel, ancré dans les mentalités ? Du genre, le sport c’est une histoire de mecs ?

Il est évident que ça en fait partie. Regardez, pour caricaturer un peu, il n’est pas étonnant de voir que plus l’on monte vers le Nord, jusqu’aux pays scandinaves et plus le sport féminin occupe une place importante, dans des sociétés où la place de la femme est bien plus prise en considération. Et plus l’on va vers le Sud,  plus c’est l’inverse. C’est grossier comme schéma, mais c’est une réalité.  Mais je reste persuadé que dans quelques années l’Espagne ou l’Italie possèderont des équipes de foot féminines ultra-compétitives comme le sont celles de Suède ou d’Allemagne aujourd’hui. Je le répète, ça va dans le sens de l’histoire, dans le sens de la féminisation des sociétés. il suffit d’être volontaire, de vouloir que ça change, de se structurer à tous les niveaux. Après, il ne faut pas cacher que certaines disciplines auront plus de potentiel que d’autres, mais sans la volonté de tous de s’inscrire dans cette spirale de développement, ça ne peut pas évoluer. Et puis, franchement, je pense que les femmes ont vraiment beaucoup à apporter au monde du sport. il faut plus de dirigeantes, plus de responsables, il faut amener cet équilibre dans les clubs, dans les fédérations car je suis persuadé que le regard d’une femme sur le monde du sport peut amener de l’ouverture, une certaine pacification aussi, des opinions différentes et on a sans doute beaucoup à apprendre de la façon dont les femmes vivent le sport de manière générale.

propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc, en exclusivité pour En pleine Lucarne

Retrouvez OL – Juvisy, 1/2 finale de Ligue des Champions, samedi 13 avril sur Eurosport à 21h.

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Vincent Rousselet-Blanc

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