Vous croyiez peut-être avoir tout vu, tout entendu, sur François Gabart, après son exploit, lui qui a remporté le Vendée Globe Challenge sur son tout nouveau 60 pieds IMOCA, « Macif » pour sa première participation. Mettez donc de côté toutes ces bribes d’infos et autres images retenues d’ici et là et posez vous devant Canal+Sport le jeudi 4 avril à partir de 20h45. C+Sport consacrera à ce marin d’exception une heure de documentaire dans sa case Grand Format : « François Gabart, coureur au large ». 64 minutes exactement, réalisées par Yves Legrain Crist, qui a suivi lemarin pendant deux ans, récoltant au passage quantité d’images inédites, pour comprendre qui est l’homme et comment a-t-il pu réaliser cet exploit. Entretien avec le réalisateur qui signe là un documentaire digne des « Yeux dans les Bleus ».

Teaser 1

 

Miser sur François Gabart deux ans avant son exploit au Vendée Globe, vous avez eu du nez dites-moi…

En fait, j’avais réalisé un premier documentaire sur la course au large, il y a trois ans qui s’intitulait « Les marins de la vallée des fous », tourné au pôle Finistère où s’entraînent les grands marins, et dans lequel j’ai rencontré et filmé François Gabart qui débutait sa carrière dans le domaine. Il n’avait rien gagné à l’époque. Mais lorsque je l’ai rencontré, il ne m’a pas fallu plus de cinq minutes pour voir que cet homme était déjà exceptionnel. Un homme simple, passionné, bosseur comme jamais et surtout, ce qui m’a frappé, déterminé. Il avait déjà quelque chose de différent, un truc en plus. François Gabart navigue depuis l’âge de six ans Je l’avais d’ailleurs mis en vedette dans ce premier documentaire, avant un Desjoyaux ou un Jourdain. Quand j’ai appris que François allait s’inscrire pour la première fois au Vendée Globe, je l’ai recontacté pour lui proposer ce documentaire intime sur sa préparation et sa course. Il a accepté et j’ai recommencé à le suivre 8 mois avant le départ.

Vous a-t-il imposé ses conditions ?

Non, nous discutions de tout. Pour tout ce qui est avant le Vendée Globe, c’était facile car on pouvait se voir et décider ensemble des scènes à filmer. Mais je savais aussi que lorsque la course viendrait, je ne maîtriserais plus les images et le son. Nous avons donc trouvé ensemble un mode opératoire et surtout un ton à trouver lorsqu’il se filmerait et raconterait sa course en inside, une fois seul à bord. Or ce n’était pas facile pour lui de parler à une caméra. Nous avons donc convenu que dans ses vacations, il s’adresserait à quelqu’un. A moi. Pourquoi moi ? Parce que je ne suis pas un spécialiste, pas un marin professionnel et c’était l’assurance que François me parle de façon plus humaine, moins technique. Et ce film veut avant tout montrer l’homme, l’être humain comme je l’appelle dans l’intimité d’une aventure. Ce n’est pas un documentaire de résumé de course. De toute façon Canal+ n’en aurait pas voulu. La condition, pour Canal, était d’avoir un film intimiste. C’était aussi la mienne. Je voulais montrer ce que cela fait de s’inscrire dans un Vendée Globe, ce que ça implique comme sacrifices, comme investissement, comme travail, comme émotion surtout.

Apparemment, quand on voit le documentaire, François Gabart a joué le jeu de l’humain et de l’intime au-delà de toutes les espérances…

Oui car ce qui est bien avec lui c’est que lorsqu’il dit oui, non seulement il ne revient jamais sur sa décision mais, en plus, il joue le jeu à 100%. Il suffit de regarder les images du documentaire que diffusera Canal+ et que vous avez vues en effet.François n’a jamais triché. Même lorsqu’il allait mal, même lorsqu’il craquait parfois, il allait se poster devant sa caméra. Il a tout donné, comme il le fait dans la vie.

Teaser 2

 

Sa victoire fait de ce film un documentaire similaire, dans l’intensité, à « Les yeux dans les Bleus » non ?

C’est un compliment et très flatteur de me comparer à ce film ! Tout ce que je peux dire c’est que ce film est magique ! François Gabart a accompli quelque chose d’exceptionnel à 29 ans, pour sa première participation. Et, oui, le fait qu’il y ait la victoire au bout renforce l’émotion du documentaire. Mais il aurait très bien fonctionné sans cette victoire aussi, car j’avais envisagé toutes les options et donc une manière de raconter sa vie, son intimité, son exploit, sans que cela ne soit lié obligatoirement à une victoire.

Maintenant ce Vendée Globe acquis permet sans doute à mon film une exposition bien plus importante, notamment sur Canal+ que je remercie car je tiens à dire que c’est la seule chaîne qui ne m’ait pas dit non lorsque j’ai présenté mon projet. ils ne l’ont pas financé mais ne m’ont pas rejeté. Et lorsque je les ai recontactés une fois le film réalisé, ils ont accepté immédiatement de me recevoir. Au départ, pour le produire, je n’avais l’accord que de chaînes bretonnes. Et une partie du financement s’est faite grâce à Internet et au site TousCoProd. Des Internautes anonymes qui ont cru au projet ont financé une partie du documentaire. Merci à eux.

Ce film est également enrichi de très nombreuses séquences inédites…

Oui, c’est ce qui le rend magique car ce projet a été entouré, je ne pourrais pas expliquer pourquoi, par une gentillesse extrême. Le père de François Gbart, par exemple, m’a bloqué des images exclusivement pour moi. Il a par exemple filmé l’arrivée de son fils à laquelle je ne pouvais pas participer car elle se déroulait en mer. Et a capturé des moments intenses qu’il m’a réservés. Tout comme il m’a réservé des archives inédites de François lorsqu’il était enfant alors que tous les médias le sollicitaient pour les diffuser après la victoire de François. Autre exemple, le 2e assistant du réalisateur de cinéma Bertrand Tavernier m’a contacté un jour pour me dire qu’il avait filmé la mise à l’eau du bateau de Gabart et que si je voulais les images il me les donnait. le Pôle Finistère aussi a filmé des images inédites qu’ils m’a données. Puis il y a les images de François lui-même, à bord, qui sont très fortes. sans oublier tous les témoignages de ses proches, de marins, etc.

Ce film ne s’adresse donc pas uniquement aux spécialistes de voile…

J’espère bien que non. Bien sûr cela intéressera les spécialistes, mais je souhaite également que ce film parle à tout le monde, à des gens comme moi qui ne s’y connaissent pas spécialement bien mais pour lesquels l’humain est important, car la voile est sous-médiatisée alors que, dans une période de crise de la société, ce sport véhicule des valeurs importantes, de dépassement de soi à l’extrême comme l’a fait François, de découverte de soi-même dans la difficulté, de solidarité aussi, car quand un marin chavire, les concurrents se détournent pour l’aider laissant la compétition de côté, etc. On a perdu ça en ce moment avec le football par exemple où l’on ne retrouve plus cette envie de se dépasser chez les joueurs. Et puis l’aspect business n’a pas pris encore le dessus sur ces valeurs même s’il s’agit de trouver des sponsors pour concourir dans une Vendée Globe ou une Jacques Vabre ou encore une Route du Rhum. D’ailleurs, si la voile était plus médiatisée, certains marins pourraient voir leurs rêves facilités, ils trouveraient des sponsors plus facilement et feraient connaître plus largement leur passion à tous. Et nous en avons des marins d’exception dont on ne parle presque jamais. Ces valeurs, on en a besoin aujourd’hui et je trouve vraiment dommage que la voile ait si peu d’exposition médiatique à l’année.

propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc en exclusivité pour En Pleine Lucarne

diffusion : Jeudi 4 avril à partir de 20h45 sur C+Sport

Rediffusion, le samedi 6 avril à 15h55 sur CANAL+ et sur CANAL+SPORT, le dimanche 7 avril à 19h25, en clair.

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Vincent Rousselet-Blanc

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