Samedi soir prochain, le 20 avril à 20h50, Jérome Alonzo commentera sa première finale de Coupe de la Ligue (St Etienne – Rennes) pour le compte de France Télévisions où il est consultant depuis le début de la saison. Logique donc que dans notre série sur « les consultants, et après Thomas Lombard, le consultant rugby de Canal+, nous nous intéressions à l’ancien gardien de but des verts (finalistes). Avec son franc parler et sa sympathie habituelle, Jérome n’élude aucune question.

Peux-tu nous rappeler ton parcours de consultant ?

J’ai commencé très vite, dès que j’ai arrêté ma carrière de joueur professionnel, en fait. C’est Orange Sport qui m’a recruté durant deux saisons, c’est avec eux que j’ai fait mes armes. Puis, l’année dernière, j’ai eu la chance d’avoir ma propre émission sur L’Equipe Tv, avant qu’elle ne devienne L’Equipe 21. J’avais même deux émissions hebdomadaires donc beaucoup de Taf, ce qui m’a permis de bien apprendre le métier. Et puis le grand plongeon, cette année, avec France Télévisions. (il collabore aussi à la chaîne Sport365, ndlr)

France Télévisions et notamment la finale de la coupe de la ligue, samedi prochain, c’est tout de même une autre exposition…non ?

Oui, c’est effectivement une autre exposition. Je mesure totalement la chance que m’offre France Télé d’être son consultant foot avec Manu Petit. C’est d’ailleurs un honneur d’être avec lui. Ensuite  faire des matchs de deux, trois, quatre millions…ou Stade 2 qui est souvent à 2 millions, cela change. Dès le lendemain, savoir combien de personnes t’ont écouté…c’est une pression supplémentaire. Mais cela ressemble à ce que j’ai connu toute ma vie ce n’est donc pas fait pour me déplaire. C’est un vrai, beau, challenge comme je les aime.

En quoi ?

Tu sais, tu fais de la télé. Si tu en fait sciemment, comme je l’ai choisi, personne ne m’a forcé, c’est pour t’adresser au plus grand nombre de personnes, pour véhiculer ton point de vue. Que tes idées soient entendues -partagées pas forcément, et heureusement d’ailleurs- mais entendues par le plus grand nombre c’est un objectif. Après il y a des gens qui apprécient ce que je fais, d’autres  non… c’est une forme de mise en danger. Mais bon j’ai été gardien de but et la mise en danger, je connais. Maintenant, je suis à France Télé, j’ai un volume de matchs moins important que si je bossais à Canal ou à BeIn mais ce n’est pas grave. Je fais des beaux matchs, je fais ma première finale, samedi. Je suis donc un homme heureux et épanoui grâce à ce que je fais à France Télé.

En parlant de samedi et cette finale de la Coupe de la Ligue qui va opposer Saint-Etienne à Rennes, comment l’as-tu préparée ?

Ecoute, on se parle souvent avec Fabien Lévêque. On a beaucoup regardé les matchs de Saint-Etienne et de Rennes. Pour moi, suivre Saint-Etienne, où j’ai passé 4 ans de ma vie, c’est un petit plus facile car j’en connais les moindres rouages et méandres mais, tu sais, la finale, ce n’est pas le match le plus difficile à préparer parce que on en connait tous les acteurs. C’est beaucoup plus simple de commenter ce genre de match que ceux que j’ai par exemple fait l’été dernier lors des JO où t’as que des gars de moins de 22 ans venant de pays que parfois l’on connait très mal…Cette finale de samedi, c’est assez simple en comparaison.

En parlant de la finale, j’entends déjà les supporters rennais clamer « Alonzo, il est partial, c’est un ancien de Sainté », comment souhaites-tu par anticipation déminer la chose ?

Je n’ai pas à déminer. Se serait totalement démagogique de dire que mon cœur ne va pas battre pour un club en particulier. Evidemment, si j’étais un spectateur lambda, mon cœur battrait pour les verts. Maintenant, si les gens pensent que pendant 2 heures je vais être pro-stéphanois ce sont des gens qui ne comprennent rien à mon travail. Je vais évidemment être totalement impartial. Si Saint-Etienne fait un match pourri, je le dirai, je l’analyserai et je dirai pourquoi…si Saint-Etienne met une raclée à Rennes, la même chose. Je serais très heureux pour les Rennais et en particulier pour Fred Antonetti, que j’admire, que les Rennais gagnent. Maintenant qu’une frange de supporters Rennais dise que je serais partial, je peux le comprendre…mais que les gens soient bien certains que durant 2 heures, en tant que journaliste, je n’aurai aucune préférence. En dehors de ça, personne ne pourra m’empêcher d’avoir des clubs de cœur. Et c’est comme ça.

Christophe Dugarry qui est pour moi l’un des meilleurs consultants actuel est marseillais et girondins de cœur et ses commentaires sont excellents. L’appartenance du cœur ne change rien à la qualité du travail. C’est donc un faux débat que je démine avec beaucoup de facilité et d’humour car c’est de la connerie profonde. J’aime Saint-Etienne, je respecte profondément Rennes. Et basta. Point à la ligne.

Y a-t-il un ton « Alonzo » ?

Et bien, oui…il parait. Moi je m’écoute très rarement parce que je ne me supporte pas (rires). J’ai du mal à me voir donc…mon auto-critique se fait par le biais de mes proches qui sont justement très critiques et très pointus sur ce que je fais. Mais oui, il y a un ton. Un ton qui se veut naturel. Il est comme moi quand j’étais joueur. Je ne suis pas un donneur de leçon. J’essaie d’expliquer pourquoi un gardien à fait un arrêt ou prit un but, pourquoi ce geste est sublime ou non ou pourquoi l’arbitre siffle à tel moment…ne pas se mettre à la place du joueur mais plutôt dans sa tête, c’est là mon positionnement. Je suis plus dans l’analyse émotionnelle et psychologique du moment que dans le 4-4-2 ou le 4-3-3.

La direction des sports de France Télévisions te laisse libre là-dessus ou au contraire t’invite à « tout lâcher », histoire de proposer un nouveau ton sur France Télévisions… Disons, moins classique.

Tout à fait. Je suis en prise directe avec François Brabant, qui est le second de Daniel Bilalian. C’est lui qui m’a recruté. Très souvent, on discute après les matchs ou l’on s’envoi un petit SMS et au début, mais ce n’était pas un reproche, il me disait de ne pas être sur Stade 2 lors de mes commentaires. Et c’est vrai, moi j’ai été formé sur le débat et pas comme consultant. Je suis plus à l’aise d’ailleurs dans le débat en tout cas à mes débuts. Disons que je trouve que j’étais plus moi en plateau qu’en situation de commentateur. Et donc, François m’a invité à me lâcher. Moi j’avais très peur de tout ramener à moi, je déteste ces gens qui ramènent tout à eux, et donc j’évitais de le faire. Alors qu’effectivement les gens avaient peut-être envie d’entendre un pro comme moi, avec 17 ans de carrière s’exprimer sur ce qu’un gars comme moi aurait fait dans telle situation et donc j’ai rajouté cette notion.

Maintenant, j’arrive à mettre le doigt sur un mauvais geste. Un consultant est consulté, comme son appellation l’indique, et donc j’avais parfois l’impression d’être un peu trop gentil, un peu trop neutre, tu vois. J’ai donc appris. J’avais toujours dit à mes patrons de France Télé : si cela ne va pas, il faut me le dire tout de suite. Et donc, nous avons eu des discussions très constructives à mes débuts. J’arrive beaucoup mieux aujourd’hui à avoir un esprit de critique et à propos, je pense.

Tu évoquais Dugarry, est-ce qu’il y a d’autres consultants que tu admires ou tout du moins dont tu t’inspires ?

Admire, tu peux le dire. Ils ne sont pas dans le foot. Il y en a trois dont je m’inspire au niveau du ton. Il y a Jacques Monclar, au basket, qui est pour moi le meilleur consultant tout sport confondu. Parce que c’est une bible, parce que c’est une voix avec un ton un tout petit peu nonchalant. Il t’amène à lui. Il a des expressions toute à lui, géniales.

J’adore aussi Guy Forget quand il commente le tennis. Pareil, il a cette voix un peu lancinante qui t’amène avec lui, très douce. Et c’est très dur le tennis parce que tu ne commentes pas l’action mais les ralentis.

Puis Fabrice Tarnaud au golf. J’aime ces gens qui ne s’excitent pas et qui te font vibrer quand même. Et où techniquement, ces gens t’apportent une touche que la personne lambda peut comprendre, c’est très important.

Etre consultant sur France Télévisions, cela t’aide t’il pour ton magazine « Surface » et ton association « balles blanches » en faveur des enfants hospitalisés ?

Non, pas du tout en ce qui concerne Surface. Par contre pour « Balles Blanches » oui dans la mesure où ma présence sur France Télévisions implique plus d’interviews et donc à travers moi, l’association peut en profiter et tant mieux.

Surface, qui va fêter ses 4 ans la semaine prochaine, avec Andréa Pirlo en couverture, se suffit à lui-même. Dans l’absolu, Surface n’a plus besoin d’Alonzo (rires). L’équipe est extraordinaire et se débrouille très bien sans moi. Tant mieux parce qu’avec mon boulot de consultant j’ai beaucoup plus de travail que lorsque j’étais joueur.

Et justement, Jérôme, comment vois-tu ton avenir médiatique ?…Parce que la Coupe de la Ligue c’est bien mais la Champions League, c’est mieux, non ?

C’est ce qu’on dit, on me parle souvent des volumes de match sur France Télé. Mais, moi, tu sais j’ai la reconnaissance du ventre. Je n’oublierai jamais que France Télé m’a offert un virage important dans ma vie médiatique. Donc pour l’instant j’ai des vues nulle part. Je sais qu’à l’inverse il y a des bruits de couloirs, que cela bouge tous les ans. Mais pour l’instant j’ai encore un an de contrat avec France Télé et il est hors de question que j’aille voir des gens dans leur dos ou quoi que ce soit de ce genre. La Coupe de la Ligue c’est très bien, la Coupe de France c’est très bien, j’adore faire Stade 2. J’adore Céline Géraud et Fabien Lévêque avec qui, en particulier, j’ai noué des vraies relations de travail et d’amitiés. Donc la Champions League c’est génial mais pour moi c’est devant la télé. Je ne peux te dire ce que je ferai dans 5 ans mais pour l’instant mon avenir c’est à France Télé et nulle part ailleurs.

D’autant qu’il y a beaucoup de choses encore à faire à France Télévisions ?

Mais oui, plein de choses. Avec Manu Petit on a été recrutés dans ce rôle là, pour apporter quelque chose qui n’existait pas forcément à France Télé. Un petit plus. Et c’est super gratifiant que l’on compte sur toi. Chez Canal ou Bein il y a déjà des gens qui ont beaucoup d’expérience. Est-ce que j’aurai ma place chez eux ? Je ne suis pas sur. Et puis de toute façon la question ne se pose pas pour l’instant puisque je suis très très heureux avec Fabien et Céline. Pour l’instant j’ai leur confiance, ils ont la mienne et donc tout va bien.

propos recueillis en exclusivité pour En Pleine Lucarne par Romain Allaire

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Vincent Rousselet-Blanc

(1) Reader Comment

  1. Un super gars ;)

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