Thomas Lombard est aujourd’hui devenu l’un des consultants phares du rugby sur Canal+. Avant de le retrouver au micro ce week-end pour le match de H Cup entre Toulon et Leicester (dimanche 7 avril, 17h30 sur C+Sport), il nous a accordé une interview tout en profondeur sur son rôle de consultant, à la fois à la télé et à la radio (où il officie également, sur RMC), sur le traitement médiatique du rugby, mais aussi sur ses envies, et notamment celle de devenir journaliste si l’occasion se présentait. Avis aux directeurs de rédaction qui pourraient récupérer là un excellent élément. Cet entretien marque également le début d’une série consacrée aux consultants et leur vision de leur métier. A suivre donc.

 

Thomas, comment se compose ta semaine de consultant ?

Cela démarre le lundi matin avec la lecture de la presse, notamment anglaise, pour connaitre les faits du week-end, car je garde toujours un œil acéré sur le championnat anglais. Je regarde aussi ce qui traite du Super Rugby (hémisphère sud) notamment parce que j’en commente en semaine. En ce qui concerne le Top 14, là c’est de l’info quotidienne. Par semaine, généralement, je fais un match du Top 14 le week-end, une émission : Les spécialistes Rugby. Parfois, un match du championnat d’Angleterre le lundi, ou une émission Lundi Rugby sur Sport +,  ainsi qu’un match du Super Rugby. J’ai aussi des activités sur RMC où je participe au Moscato Show, le jeudi, et parfois aux Grandes Gueules du Sport le samedi ou le dimanche.

Cela fait des semaines chargées ?

Oui. Ceci dit, j’arrive tout de même à m’aménager des plages pour d’autres activités…

Consultant radio/Consultant télé, quelles sont les différences ?

Si l’on parle du commentaire pur, à la radio, à partir du moment où les gens n’ont pas accès aux images, il faut être beaucoup plus vivant, quitte à être un peu exubérant dans son commentaire, pour faire vivre ce qui se passe sur le terrain. En même temps, la ligne éditoriale entre RMC et Canal Plus est totalement différente. A Canal Plus on est dans l’expertise, la technique, sans être dans la retenue. On se doit d’avoir une certaine éthique et précision ; c’est pour cela que l’on fait appel à nous, anciens joueurs ou entraineurs. Tandis que sur RMC, il y a une liberté de ton qui est voulue, voire même souhaitée, quitte parfois  à aller à la limite. Mais pour ça, disons qu’il y a des personnages plus truculents que moi…

Tu parles de Vincent Moscato ou de Serge Simon ?

Evidemment, je pense plutôt à Vincent qui excelle dans ce rôle là. Il ne faut surtout pas d’ailleurs qu’il en sorte ; c’est son fonctionnement, c’est son état d’esprit. Il est comme ça et il est bon. Serge est quelqu’un de très intelligent, de très cultivé, qui est capable de parler du rugby, mais aussi de tous les sports. C’est quelqu’un avec qui il est très intéressant d’échanger. On va plus au fond des choses qu’avec Vincent qui lui est plus dans l’humour et la dérision. Moi je garde sur l’antenne mon rôle de consultant qui explique ce qui se voit. J’essaie toujours de donner des éclairages plutôt que des avis un peu péremptoire ou spectaculaire.

Tu as deux casquettes, dirons-nous : consultant-commentateur et consultant-analyste, quelles différences vois-tu dans ces rôles ?

Je n’en vois pas beaucoup en fait. Personnellement, j’essaie toujours d’expliquer ce qui se passe. Alors lors dans d’un match c’est à partir de la gestuelle de l’arbitre ou des approches tactiques et lors d’un magazine, sur des sujets plus généraux, j’essaie de faire des comparaisons avec les rugbys que je côtoie ou que j’ai côtoyé. C’est pour ça que j’ai besoin de lire, de me tenir informer de ces autres rugbys. Je trouve que comparer les problématiques, les solutions, les approches, est essentiel.

C’est comme cela que je conçois le rôle de consultant. Pour moi son boulot c’est non seulement de décrire ce qu’il voit, mais aussi d’amener un éclairage plus global, et pour cela il faut voir ce qui se passe, ailleurs.

Et en plus, tu es consultant pour l’agence Sella Communication…une autre facette du métier de consultant ?

Oui. Le rugby et ses valeurs sont très proches du monde de l’entreprise. En particulier  dans le  management des équipes, où en rugby, quand tu perds un match, t’as un pied dans la crise et quand tu en perds deux, tu es dedans et…comment gère-t-on ça, comment mobilise-t-on les coéquipiers ; le fait d’être un groupe, d’avoir cette interactivité entre les individus pour parvenir à la performance ; ce sont des problématiques que l’on retrouve dans le monde de l’entreprise. C’est pour cela que l’on fait appel à nous, anciens joueurs.

Toi qui commentes régulièrement les matchs de l’Hémisphère Sud à partir d’un signal international fourni, vois-tu des différences de traitement entre la réalisation française et la réalisation de là-bas ?

Je n’en vois pas énormément. Ceci dit, à travers la coupe d’Europe par exemple, on mesure l’importance d’avoir un réalisateur qui connait la musique. Je ne devrais pas le dire mais…lorsque l’on va en Italie, parfois, c’est une catastrophe. A Canal Plus, on a vraiment des gars de qualité, qui s’impliquent…Dans l’hémisphère Sud, je trouve qu’ils font plutôt bien leur boulot, ils ont d’ailleurs été les premiers à utiliser la « Ref Cam » (ndrl : la referee cam est une caméra installée sur l’arbitre, nouveauté technique expérimenté par Canal Plus récemment), généralement, ils sont assez novateurs notamment en ce qui concerne la présentation des statistiques. Les anglais, eux, ont une espèce de super loupe, que je trouve merveilleuse. Mais on a aussi des qualités.

Pour revenir à la France, dans la longue histoire de nos consultants, y  a-t-il un qui te sert de modèle ?

Non. Chaque consultant est singulier dans son rôle. Certains sont surement plus proches de mon style, mais il faut avoir son originalité. Au même titre que les journalistes, il faut avoir sa propre personnalité. A la rigueur, je m’identifie plus à une somme de travail ou à une manière de faire, en particulier en ce qui concerne la relation avec les clubs et les joueurs. Parce qu’être un bon consultant, c’est aussi avoir des facilités d’échanges, connaitre les bonnes informations. Là-dessus, travailler avec quelqu’un comme Eric (Bayle)…c’est une pointure. J’aimais bien aussi, Thierry Gilardi, d’autant qu’avec l’histoire du Stade Français (ndrl : Thierry Gilardi était en plus de son métier de journaliste vice-président du Stade Français Rugby), il y avait un côté « affect ». Ce sont deux personnes dont j’aime l’approche.

« Commentez » ses copains qui sont encore sur le terrain, c’est difficile ?

Ce n’est pas simple en effet. On se demande toujours si on ne va pas en dire trop ou ne pas en dire assez. Maintenant, en étant intelligent, on peut faire passer des messages sans être dans le cirage de pompe. En même temps, je pense, j’espère, que les gens sont assez objectifs par rapport à ça…quand un joueur est bon ou mauvais, ils le savent. Ce n’est pas la peine de pointer cet aspect là. Personnellement, je vais plutôt essayer d’insister sur ce qui est beau, sur ce qui est bien fait. Je trouve qu’à l’antenne, c’est le minimum : mettre en relief la performance plutôt que l’échec.

Pourtant certains entraineurs ou sélectionneurs critiquent ouvertement « ces ex-joueurs devenus consultants… »

Il y en a effectivement certains qui critiquent et puis deviennent consultant ensuite (rires).

Comment te places-tu par rapport à ce débat ?

Il y a aujourd’hui tellement de pression, tellement d’enjeux, que les gens qui sont investis au sein d’un club ont du mal à garder de l’objectivité. C’est à dire qu’ils perçoivent beaucoup de choses comme des attaques, pensent même qu’il y a un parti pris. Ce que je peux comprendre. Mais attention, on n’est pas là-dedans. On a un ressenti, une analyse qui n’est peut-être pas la leur, mais en aucun cas on a un parti pris. C’est le même débat pour les arbitres. Beaucoup de gens confondent la performance d’un arbitre et sa neutralité. C’est-à-dire qu’on dit : « Quand un arbitre est mauvais, c’est qu’il est malhonnête ». Pour moi, c’est un non sens. On a tous intérêt à être bon et quel que soit le match. Des gens disent parce qu’exemple : « Ah Thomas Lombard, il est pour le Racing ou le Stade Français parce qu’il y a joué ». Non. C’est même plus embêtant, pour nous, de commenter ces matchs là parce que comme tu le disais tout à l’heure, on connait les joueurs, les dirigeants…et cela n’est pas toujours simple.

Pour revenir à tes activités à la radio…personnellement, je trouve que le rugby à la radio est à la traine par rapport au traitement du football…on ne comprend pas grand-chose, les commentaires sont souvent en retard ou tout du moins bourrés d’ellipses. D’après toi que peut-on améliorer dans ces retransmissions radiophoniques ?

Pour moi, c’est d’abord une question d’investissement. Les journalistes envoyés sur les matchs ne sont pas toujours au fait des subtilités du rugby, de même, ce sport n’étant pas leur spécialité, ils n’ont pas toujours l’entrain nécessaire à une radiodiffusion. Ensuite, il manque souvent l’apport d’un consultant…les radios n’ont pas les moyens de s’offrir des consultants pour tous les matchs. Et puis, le foot prend souvent le direct sur le rugby. Sur RMC, au niveau rugby, on fait souvent des « points » sur le match, le rythme des commentaires n’est donc pas le même. Par rapport à RMC, Canal a la chance d’avoir plusieurs antennes de diffusion et donc peut proposer en intégralité et en simultané plusieurs matchs.

Pour finir, Thomas, te vois-tu poursuivre ta carrière médiatique ?

Oui…après, nous les consultants, on sait que nous sommes de passage. Chaque année, des joueurs s’arrêtent ; ce qui fait d’eux des consultants potentiels. Mon souhait est de durer le plus longtemps possible car je prends beaucoup de plaisir lors de mes interventions. Après, si cela s’arrête, je n’exclus pas de passer de l’autre côté en devenant non plus un consultant mais un journaliste. Cela pourrait être pour moi et pour Canal Plus, par exemple, une reconversion intéressante, car cela aurait du sens. C’est-à-dire prendre quelqu’un de manière brute, lui apprendre un métier et l’accompagner sur le long terme tout en le fidélisant. En même temps, il faut qu’ils jugent que j’en suis capable et que je leur redonne la satisfaction qu’ils me feraient. Mais en tout cas, si l’occasion se présentait, c’est quelque chose qui me plairait.

propos recueillis par Romain Allaire en exclusivité pour EPL

photos : @C+/R.Allaire

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Vincent Rousselet-Blanc

(6) Readers Comments

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  2. Bonjour,
    Mr LOMBARD est compétant sur l’analyse du rugby Français et étranger, il en donne des explications compréhensibles pour le plus grand nombre, mais il a une fâcheuse manie de ne pas être objectif selon les équipes qui la charge de commenter. Mr BAYLE et lui même lors du mach Stade Toulousain Stade Francais il nous ont démontré la passe en avant sur le premiers essai Toulousain avec un révélateur, cela est très bien mais il faudrait l’employer sur tout les match retransmis pour avoir une équité parfaite. J’ai fait un petit mot aux spécialiste et j’attends toujours une réponse serait ils nombrilistes? ou ne veulent ils pas l’équité qu’ils défendent.
    Dans l’attente Cordialement Guy GARCIA garcia.g@sfr.fr

  3. Merci pour cette belle interview, longue et riche comme on les aime. Thomas Lombard est un excellent consultant toujours précis dans ses explications. Eviter de confondre neutralité et performance quand on aborde le sujet d’un arbitrage, c’est rare dans le milieu. Heureusement qu’il est là.

  4. Merci pour cet interview.
    Lombard est un des meilleurs consultants rugby. Sobre et compétent.
    C’est sur que c’est pas le mec le plus drôle de la terre mais au moins il décrypte parfaitement et apporte les infos nécessaires.

  5. Merci pour cet entretien ;) Effectivement, Thomas est plus qu’un consultant « classique ».

    Ceci dit, si je peux me permettre : Thomas devrait se « lacher » un peu plus sur Canal+.
    Sans faire dans le « Moscato », sur Canal+; il faut bien reconnaitre que les commentaires manquent souvent de « vie »… C’est pareil, ils peuvent se tutoyer entre eux.
    La convivialité va si bien au rugby et au sport en général. ;)

    Pour comparer, j’aime bien l’esprit de l’émission de rugby sur Eurosport. C’est sérieux et technique et cela reste convivial.

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