Pour son retour, « du côté de la locale » avait besoin d’un événement. Non, pas le week-end de Pâques mais le derby entre l’OGC Nice et l’Olympique de Marseille. Pour cette 30ème journée de L1, les voisins méditerranéens se disputeront – dimanche à 14h sur BeIn Sport 1 – une place pour la Ligue des Champions. En Pleine Lucarne profite de la disponibilité du journaliste radio Dominique Poulain pour inverser le modèle : un « local » dans un média national. Durant presque deux décennies, « Doumé » s’enflammait au rythme des clubs azuréens sur RMC. Aujourd’hui sur Radio France, le « supporter » vivra ce derby « presque » comme d’habitude.

« Doumé », votre timbre de voix légendaire sévit désormais sur les ondes du groupe Radio France.

J’ai changé de radio au mois de septembre dernier après 18 ans au service des sports de la radio RMC. Suite à plusieurs concours de circonstances, j’ai cessé toute activité avec RMC. Le premier média à prendre contact avec moi fut Radio France. Comme je souhaitais continuer à faire de la radio, j’ai accepté la proposition de Jacques Vendroux, chef des sports du groupe.

Le traitement de l’information est-il différent entre les deux radios ?

Ce sont deux schémas opposés. Le premier mois, j’ai dû faire beaucoup d’efforts pour m’adapter car sur RMC on pouvait s’enflammer. Nous avions des objectifs, parfois même des consignes, il fallait faire le spectacle. Quand vous êtes derrière le micro et qu’il n’y a pas l’image, faire le spectacle pour nous signifiait hurler le plus possible ! Chose que je ne peux plus me permettre désormais.

France Info c’est plus carré, tout est minuté à la seconde près et les commentaires sont différents. Sur RMC, les retransmissions étaient quasi-intégrales, nous devions faire vivre le match. A l’inverse d’Info où l’intervention est programmée aux huit minutes de chaque heure ou avant le rappel des titres lorsque c’est un match important par exemple. Le but n’est pas de faire de direct mais de raconter les faits.

On me demande de faire des papiers, des enrobés, c’est plus excitant. Je refais le boulot d’un journaliste radio.

 

En découle forcément une nouvelle manière de travailler.

Journalistiquement parlant, cela me convient très bien. RMC c’est la priorité au direct en mettant des joueurs au téléphone après le match par exemple. Aujourd’hui on me demande de faire des papiers, des enrobés, c’est plus excitant. Je refais le boulot d’un journaliste radio. Attention je précise, ce n’est pas une critique envers mon ancien employeur, c’est le schéma qui veut ça. Cette manière de faire me manquait un peu car au fond, c’est le propre du journalisme. Tu vas enregistrer tes sons, écrire et construire ton reportage en soignant à toujours mettre une petite info en plus.

Si les deux minutes sont demandées pour le lendemain matin, tu ne peux pas seulement te contenter de raconter. Il faut aller plus loin dans l’analyse, tu te dois d’être plus pointu. Pour exemple, le soir où l’AS Monaco gagne contre Lens, j’ai privilégié le fait que l’ASM n’avait rien faire en L2 et surtout pourquoi. Et pas le résultat en lui-même.

Vous parlez de Monaco, une équipe que vous suivez depuis plusieurs années comme l’OGC Nice. Possédez-vous ce petit côté supporter ?

C’est marrant parce que moi je n’ai jamais pensé que je l’étais derrière mon micro, mais il y a tellement de gens qui me le signale que je me dis, ils ont raison ! Pourtant, je me suis toujours efforcé à ne pas l’être. Je me rappelle, quand José Cobos (NDLR : ancien joueur du Paris Saint-Germain et capitaine emblématique de l’OGC Nice) faisait faute dans la surface, je le disais, pénalty indiscutable. L’an dernier, lorsque Renato Civelli se fait exclure dans la saison, avant que l’arbitre ne prenne sa décision, j’ai annoncé : si l’officiel applique le règlement il est dehors et Civelli a bien été expulsé. J’essaie de m’y maintenir pour garder une certaine crédibilité. J’ai des potes, lorsqu’ils commentent, je les entends crier qu’il y a une faute dans la surface pour leur équipe. Le soir je vais vérifier à la télé si la faute était réelle ou non !

Mes confères et moi-même, nous priions presque pour que l’OGC Nice se maintienne.

 

Cette affection en devient presque logique ?

Quand Nice ou Monaco encaissaient un but, j’essayais de crier aussi fort pour l’équipe adverse même si intérieurement ça m’ennuyait un peu car on souhaitait qu’elles tournent bien. Sur les trois dernières saisons, mes confères et moi-même priions presque pour que l’OGC Nice se maintienne en Ligue 1.

Pareil lorsque Monaco est descendu en Ligue 2. On se dit que c’est terminé les matches entre l’AS Monaco et Marseille ou Paris. Quand le club de la Principauté effectue son parcours en Ligue des Champions en 2004 (NDLR : finale perdue contre le FC Porto (0-3), j’étais derrière le club pour espérer commenter la finale au stade de Gelsenkirchen en Allemagne. C’est le côté journalistique qui veut ça. Si Nice gagne ou perd ça n’a pas de répercussion sur mon salaire.

Dimanche, Nice et Marseille s’affrontent pour une place en Ligue des Champions. Vous devriez intervenir plus d’une fois et surtout prendre plus de plaisir à l’antenne ?

Effectivement car l’actualité est également moins riche qu’en semaine. Donc, sur un match à 14h comme Nice – Marseille, les interventions se feront aux 8 et 38 de chaque heure et bien évidemment lors de chaque but. Maintenant si dans les quinze premières minutes l’une des deux formations mène 3-0, la donne pourra changer. C’est évident, c’est mieux de commenter deux équipes qui jouent l’Europe que Nice opposé au dernier du championnat ou un relégable par exemple.

En réalité, nous n’avons pas à faire ce distinguo. Soyons honnêtes, de la même façon que pour les joueurs, commenter un Nice – OM reste plus enivrant. Pas besoin de motivation, elle est toute naturelle. J’ai déjà été confronté à cette situation et c’est le danger : nous avons tendance à ouvrir le micro et s’enflammer, s’exclamer à tire-larigot pour finalement s’apercevoir que le match est une purge. L’auditeur n’a pas l’image mais on ne peut lui mentir et commenter à chaque fois comme une finale de Coupe du Monde.

A force de le rabâcher tout au long de la semaine, les joueurs en prennent conscience

 

Côté sportif, la rencontre entre les deux villes s’annonce prometteuse.

Les années précédentes, Marseille se déplaçait à Nice en tant que favori. Dimanche, ce ne sera pas forcément le cas même si l’OM est 3ème de L1 et Nice 5ème à trois points derrière. La pression est sur l’OM qui doit absolument décrocher l’Europe, pas l’OGC Nice. Quand Claude Puel est arrivé, il a déclaré que le projet s’inscrivait sur trois ans. Si le Gym n’est pas européen l’an prochain ce n’est pas une catastrophe.

De toutes façons personne ne s’attendait à ce parcours, pas aussi vite en tout cas. C’est un cliché de journaliste mais j’espère que l’enjeu ne tuera pas le jeu. Nice est la troisième meilleure formation à domicile quand l’Olympique de Marseille est celle qui voyage le mieux après le PSG.

Pour finir Doumé, un derby reste un derby. Une certaine fierté régionale sera en jeu ?

Peu importe l’adversaire, un joueur rentre sur le terrain pour gagner. Après, dans sa tête, il peut se dire je vais vaincre pour les supporters. Le sentiment de rivalité est important et à force de le rabâcher tout au long de la semaine, les joueurs en prennent conscience mais au départ ils ne font pas attention à cette suprématie régionale.

Propos recueillis en exclusivité par Steeven Devos pour En Pleine Lucarne.

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(2) Readers Comments

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