Entretiens EPL Les News Liga — 20 mars 2013

Pour comprendre l’enjeu d’un Clásico entre le Real Madrid et le FC Barcelone, il faut parfois remonter loin dans le passé. De nos jours encore, anecdotes, faits historiques, citations célèbres, les épopées footballistiques d’antan continuent d’articuler le contexte des duels de demain. Et quand ces deux équipes enfilent leur maillot respectif et se donnent rendez-vous dans des stades de 100 000 personnes, la stricte lecture sportive est un non-sens. Madrid Vs. Barcelone, c’est la plus grande rivalité sportive de tous les temps. Parce qu’elle ne s’est jamais interrompue.

Thibaud Leplat, trentenaire, écrivain et journaliste basé en Espagne depuis 2005, collaborateur régulier des médias français (So Foot, TF1, Eurosport, Canal +, TV5, Le Parisien), s’est penché sur cette histoire dans un livre passionnant :  « Clasico, Réal Madrid – Barcelone, La guerre des Mondes »*

L’auteur revient pour En Pleine Lucarne sur l’essence même de cette rencontre qui dépasse le terrain du sport, sur la façon qu’ont les médias espagnols et français de traiter ces chocs et sur notre OM-PSG. Un entretien à lire absolument, avant de tenter de gagner l’un des 5 exemplaires mis en jeu en répondant à 3 questions à la fin de cet entretien.

Tu dis que les espagnols ont tous deux clubs, celui de son lieu de naissance et le Barça ou le Réal, peux-tu nous expliquer cela ?

J’ai indiqué cela dans l’avertissement tout d’abord pour répondre à l’argument de ceux qui dirait : « Ah en France on a la même chose avec le PSG et l’OM ». Et bien non cela n’est pas du tout pareil. En Espagne, il ne s’agit pas d’une question de tribu. Je m’explique, pour un espagnol, son premier club est lié à son village ou sa région car l’on est andalou ou catalan avant d’être espagnol. Ensuite, on choisit le Réal ou le Barça, comme en France on choisit sa mutuelle ou son syndicat. Il s’agit en fait plus d’une interprétation de l’histoire, d’une lecture quasiment politique de l’histoire de l’Espagne. C’est assez singulier dans le monde du football, la question de l’appartenance au Barça ou au Réal est politique, cela dépasse totalement le sportif.

En raison du franquisme, on pense souvent que le Réal est à droite tandis que le Barça serait plus à gauche, inepties ?

Ces deux institutions sont plus anciennes que la démocratie en Espagne et perdurent depuis plus longtemps que la république. Le Barça a été créé en 1899 et le Réal en 1902. Ces deux clubs ont traversé l’histoire du vingtième siècle et ont survécu aux soubresauts politiques espagnols. Le Réal par exemple à plus de 150 « penas » dans le monde entier et notamment en Espagne où quasiment chaque village possède une association du Réal et une association du Barça. C’est-à-dire qu’en terme de maillage, ces deux institutions sont équivalentes voire supérieures aux maillages politiques donc les réseaux d’influences sont énormes. Et cela se voit sur la question des droits télés, sur la question institutionnelle…le Barça et le Réal précèdent la fédération espagnole de football. Au niveau des élites, il est même presque plus important d’être proche du Réal ou du Barça que de la fédération. Et ce n’est pas une question de droite ou de gauche. Le Réal par exemple a été autant de droite que de gauche. Prenons le plus gros syndicat espagnol, il est socio du Réal. Valdano, joueur emblématique du Réal, dit lui-même qu’il est de gauche et traditionnellement la direction du Barça est plutôt conservatrice, Laporta est une exception, L’UPP (parti populaire) est membre du Barça. Gauche-droite c’est une question de moment et d’hommes.

Justement en parlant d’hommes…on cite Mourinho vs Guardiola, Ronaldo vs Messi, Valdano vs Cruyff, Pérez vs Laporta, Di Stefano vs Kubala, penses-tu que les Clasico sont avant tout une affaire d’hommes ?

Non cette opposition dépasse complètement les hommes. C’est un match qui se déroule dans le domaine de la symbolique. Le Clasico n’est plus vraiment du sport, ce sont deux conceptions radicalement différentes de l’histoire de l’Espagne qui s’affrontent. L’une centraliste, par forcément franquiste, mais centraliste autour du nationalisme castillan. Attention, ce n’est pas récent cela date du quinzième siècle et des rois catholiques, et de l’autre l’irrédentisme espagnol : la catalogne, les régions, l’appartenance régionale qui est supérieure à la notion d’état espagnol. L’Espagne en tant que tel c’est une construction politique et la Catalogne à travers le Barça représente un peu cette tradition irrédentiste propre à l’Espagne.

Pourtant, Thibaud, le Clasico fascine le monde entier or j’imagine que ces données historiques, culturelles et politiques essentielles à la compréhension des enjeux du Clasico dépassent allégrement nos contemporains. Alors comment expliques-tu cette fascination ?

C’est paradoxal en fait. C’est le point de départ du bouquin : comment se fait-il qu’une problématique locale puisse intéresser 500 millions de personnes. C’est ça qui est fascinant dans ce match là. Le contenu de la rivalité change en fonction du public. Chacun s’identifie à une conception, à une manière de voir les enjeux territoriaux. Par exemple, les enjeux se sont déplacés dans le Golfe… Le Qatar sponsorise le maillot du Barça et d’ici peu, Fly Emirates, va équiper le Réal. Cette rivalité bipolaire parle à tous. D’un côté, le Barça où le système prime sur l’individu et de l’autre, le Réal, où c’est le héros qui est mis en avant. Au Réal on croit beaucoup au génie, à l’individu, au grand joueur. Au Barça on croit plus à l’équipe, au système. Et ce modèle –bipolaire- est transposable à toute la société.

En France, penses-tu que l’on a conscience de cette problématique certes universelle mais assurément singulière ?

Je trouve que l’on n’a pas encore pris en compte la mesure de cette rivalité. Je trouve que l’on maltraite le téléspectateur, le lecteur…en lui imposant une ribambelle de chiffres et de statistiques qui ne disent pas grand-chose si ce n’est l’ampleur sportive. Mais en France, on ne va pas au-delà de ça, on reste bloqué sur une lecture primaire du jeu. Le Clasico dépasse l’analyse statistique d’autant que les chiffres on peut leur faire dire un peu n’importe quoi. Le vrai terrain de jeu du Clasico c’est l’Histoire.

A côté, notre classico à nous, le fameux OM-PSG parait bien léger, non ?

Disons que le OM-PSG ne va pas au-delà de l’enjeu sportif. On peut certes y déceler une opposition entre la province et Paris mais cela ne va pas au-delà. Ceci dit il y a des explications à ce constat. Ces deux clubs français sont jeunes, leurs oppositions sont récentes et aussi parce que l’on n’a pas encore abordé cette rivalité là à partir d’éléments historiques, sociologiques ou philosophiques à la hauteur de l’opposition. La conception espagnole du Clasico ne vient pas de moi, c’est une réalité partagée par beaucoup. Des types comme Valdano ou Javier Maria ont mis des mots sur cette rivalité et c’est ça la particularité de ce match. Il y a tout un bagage intellectuel qui permet de transcender l’aspect sportif.

Cette volonté d’intellectualiser le football différencie t’elle nos compatriotes des espagnols ?

C’est assez paradoxal en fait. Car en France on serait peut-être plus prêt à entendre ce genre de discours parce que nous sommes traditionnellement un pays assez cartésien et philosophique. L’Espagne n’est pas un pays philosophique. En revanche le sport a transcendé la société parce qu’il a servi aux espagnols pour lutter contre l’Etat. Le sport est profondément ancré dans la société espagnole. En France, on est resté bloqué sur des enjeux sportifs. Je suis sur que l’on pourrait appliquer ce genre de pensée aux OM-PSG mais on ne le fait pas. Qu’est-ce que c’est l’identité du PSG ? Qu’est-ce que c’est l’identité de l’OM ? Personne ne s’est penché dessus alors qu’il y a des identités propres à ces deux clubs. Les Espagnols te parlent du jeu de Reims, de Nantes mais en France, non. Je ne sais pas pourquoi mais c’est une réalité.

Cette rivalité, assurément profonde, est-elle aujourd’hui entretenue voire exacerbée par le Réal et le Barça ?

Plus ces deux clubs s’opposent, plus ils grandissent. Ils ont besoin l’un de l’autre, ils ont besoin de s’opposer comme le jour et la nuit, le bien et le mal. C’est une opposition structurante. On ne peut pas concevoir l’un sans l’autre. Le premier match de l’histoire du Réal c’est contre le Barça ; le Barça qui gagne 3-1 en 1902. Le joueur emblématique du Réal c’est Di Stefano, un joueur qui au départ était promis au Barça. Le plus grand adversaire du Réal c’est le Barça. L’histoire de l’un c’est la névrose de l’autre.

La rivalité est certes très forte cependant l’équipe nationale espagnole n’a jamais été aussi brillante qu’aujourd’hui or elle est constituée principalement de joueurs du Réal et du Barça…nouveau paradoxe ?

Totalement. L’équipe nationale n’a jamais été aussi catalane qu’aujourd’hui tant dans le jeu que dans les joueurs. Par exemple, en finale de la coupe du monde 2010, il y avait 8 joueurs formés au Barça et pendant ce temps-là, la catalogne n’a jamais autant formulé son envie de quitter l’Espagne. Jusqu’à présent, l’équipe nationale était plutôt d’inspiration madrilène donc basée sur la furia avec des gens comme Raul ou Camacho et maintenant c’est le contraire. L’inspiration est catalane  -le groupe avant tout- bien que guidée par un entraineur madrilène (Del Bosque) ! L’équipe nationale est philosophiquement proche du Barça et pourtant la catalogne boude cette équipe…C’est tout le paradoxe de cette nation.

Le 26 mars prochain, il y a Espagne-France, vu de là-bas, est-ce un évènement ou un non évènement ?

Un non évènement ! L’enjeu il n’est pas là. Le match sera diffusé et regardé mais…aujourd’hui l’Espagne c’est un peu le Brésil…disons qu’elle regarde les autres avec un peu de condescendance.

« BeIN Sport se rapproche d’un traitement plus émotionnel du match »

 

 

Toi qui es aussi un homme de télévision, perçois-tu des différences entre le traitement audiovisuel des matchs retransmis en Espagne et en France. Entre le dispositif disons plus analytique des français et la « passion » espagnole…

C’est tout à fait ça. En Espagne, on a accepté que le football c’était avant tout de l’émotion avant d’être de l’analyse. Prenons le mot « but » qui en français est monosyllabique, assez fermé et le mot « goal ». Il se crie ce « goal » comme une forme d’orgasme prolongé. Cette différence là est fondamentale pour comprendre la différence de traitement et ceci que ce soit en télévision, en radio et même en presse écrite. Le football est un prétexte à s’émouvoir, à vibrer même si le match est médiocre.

D’autant qu’il y a beaucoup de buts en Espagne (en tout cas plus qu’en France…) et notamment lors des classico…certains observateurs avisés disent que Bein a racheté les droits de la Liga, pour la France, que pour le classico. Est-ce vrai ?

Je n’en sais rien mais ce qui est sur c’est que ce classico est le meilleur produit d’appel possible de la Liga.  En tout cas, ce que j’ai remarqué dans le traitement de Bein sport c’est qu’ils essayent de se rapprocher un peu de ce qui se fait en Espagne c’est-à-dire vers un traitement plus émotionnel du match. On sent une volonté de leur part de laisser un peu tomber le côté expertise. Je pense notamment à Omar Da fonseca et Benjamin Silva, que j’aime beaucoup. Tout le monde sait maintenant que Da Fonseca est un fan du Barça et je trouve ça assez nouveau dans les médias français d’assumer dorénavant ses préférences, ses amours mêmes. Après je trouve dommage que l’on maltraite un peu le spectateurs en l’abreuvant de chiffres et d’analyses parfois un peu vaseuses…au détriment de l’émotion pure du jeu.

Pour finir, entre la Coupe du Roi aller-retour, la liga aller-retour, la champions league, etc…est-ce que tu penses que trop de Clasico tue le Clasico ?

Non pas du tout. Des Clasico il y en a eu je crois 250 et on regarde toujours car chaque match a une histoire différente. Il y a toujours une bonne raison de regarder un Clasico. D’ailleurs, souvent l’équipe la plus en difficulté s’impose dans le Clasico, c’est ça qui est fou dans ce match là… De tout façon, avec le Clasico, on n’est plus dans le sportif on est dans une question d’honneur, dans une question politique, d’Histoire. On n’est pas que dans du sportif ! C’est au-delà…

Propos recueillis par Romain Allaire pou En Pleine Lucarne

*Edition Hugo Sport (15, 95 euros). 256 pages

JEU : êtes-vous un expert du Clasico ?

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- Contre quelle équipe le Real Madrid perd-il deux fois de suite la Liga lors de la dernière journée au profit de Barcelone dans les années 90 ?

- Sur quel score s’est soldé le premier match de Cruyff contre le Real en 1974 ?

- Quel joueur français a disputé le plus de « Clásico » ? : Zidane, Varane, Benzema …

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Vincent Rousselet-Blanc

(16) Readers Comments

  1. je vous signale que trois gagnants ne se sont pas encore manifestés !

  2. 1) Tenerife

    2) 5 à 0 pour la team F.C.barcelone

    3) K. Benzema

  3. 1 – Le CD Tenerife
    2 – 5-0 pour le FC Barcelone
    3 – Karim Benzema

    • 1 – Le CD Tenerife
      2 – 5-0 pour le FC Barcelone
      3 – Karim Benzema

  4. 1°) Tenerife

    2°) 5-0 pour le Barça

    3°) Benzema

  5. 1) CD Tenerife
    2) 5-0 pour le Barça
    3) Benzema

  6. 1) Tenerife

    2) 5-0 pour le F.C Barcelone

    3) Benzema

  7. 1) Tenerife

    2) 5-0 pour barcelone

    3) Benzema

  8. 1. Tenerife
    2. 5-0
    3. Benzema

  9. 1 – Le CD Tenerife
    2 – 5-0 pour le FC Barcelone
    3 – Karim Benzema

  10. Toujours ca nous a fait plaisir le classico mais vive le real madrid et je respecte le barca par ce que c est un grand clube avec sa composition de grand joueurs et donc voila ca nous a toujours augmenter l adrinaline

  11. 1 – Le CD Tenerife
    2 – 5-0 pour le FC Barcelone
    3 – Karim Benzema

  12. 1 – Le CD Tenerife (3/2 en 1992 et 2/0 en 1993).
    2 – La barça gagne 5-0
    3 – Benzema

  13. 1 ) Tenerife
    2 ) 5-0 pour le barca à madrid
    3 ) benzema (19 matchs pour 4 buts)

  14. 1. Tenerife
    2. 5-0 au Bernabéu
    3.Benzema

  15. 1) Le real madrid perd contre Tenerife
    2) le real perd 5-0
    3) zidane

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