Autres Sports Entretiens EPL Les News — 09 novembre 2012

Météorologiste de formation et de passion, Louis Bodin, le « M.Météo » de la Une, connaît bien le milieu de la course en mer pour y avoir participé lui-même. Samedi, il commentera le départ du Vendée Globe en direct sur TF1. En attendant, il nous parle un peu plus de sa passion pour la voile, l’aviation et tout ce qui confronte l’homme aux éléments et à la météo. Fidèles à ses habitudes, En Pleine Lucarne vous propose une interview fleuve… pour ne pas dire océan.

Vous serez au cœur du départ du Vendée Globe, pouvez-vous nous parler du dispositif mis en place par TF1 ?

Toute l’équipe du Vendée Globe pour TF1 sera en place le vendredi dans l’après-midi. Évidemment, les techniciens seront arrivés avant pour mettre en place toutes les possibilités de direct sachant que j’interviendrai dans le 20h de TF1 le vendredi soir. Ensuite on sera prêts pour la journée de samedi à intervenir pour le moment du départ, toujours sur TF1 dans le journal de 13h, au moment du départ et du coup de canon. Et autour de ce 13h, pour LCI à partir de 10h le matin pour la sortie des bateaux et les conditions du départ en matière de météo, sur le plan d’eau, l’état de la mer, la présence de bateaux spectateurs… Et après de 13, jusqu’à 13h45, le suivi des premières minutes de course pour savoir comment se comportent les bateaux et le principaux favoris, en particulier.

Interviendrez vous sur les deux chaînes ou seulement sur TF1?

En priorité sur TF1, mais également sur LCI pour renforcer l’équipe et commenter le départ.

Et après le départ, quel est le dispositif prévu la TF1 pour suivre la course ?

Tout au long du week-end, des alertes au cas où certains concurrents devraient malheureusement revenir au Sables d’Olonne. Les premières heures de course sont souvent un peu pénibles pour certains et peuvent être compliquées par la météo.
Ensuite, tout au long de la course, évidemment, il y aura des reportages sur TF1. Il y aura également des programmes courts qui permettront de suivre en permanence l’évolution de la course. Et moi j’interviendrai dans les bulletins météo lorsque la situation météo sera très particulière ou propice à expliquer peut-être une situation, pourquoi un bateau remonte ou au contraire perd du terrain parce qu’il aurait choisi une mauvaise option. Ou dans une situation difficile, si une tempête s’annonce ou si la flotte devait rencontrer une météo compliquée, raconter un peu ce qui peut se passer.

Vous avez cette expérience de la course, ayant été routeur, notamment de Florence Arthaud et Paul Vatine. Comment vous est venue cette vocation. Par la voile ou par la météo?

La vraie première passion c’est la voile, la mer. Et c’est cette passion-là, avec celle de l’air, j’adore l’air, le pilotage et l’aviation. Mais c’est surtout cette passion pour la mer qui m’a permis d’acquérir une compétence très pointue, très professionnelle, dans un domaine, et comme j’avais une formation plutôt scientifique, la météorologie était une belle porte d’entrée vers ce milieu-là. Ensuite, avec une vraie compétence, avec la possibilité d’apporter quelque chose aux équipages professionnels.

Il faut savoir qu’en voile, on peut pratiquer très facilement de matière amateur, mais dès qu’on veut entrer dans des équipages comme les multicoques, la course au large, ce que je cherchais à l’époque, sans une compétence très pointue il est compliqué d’intégrer les équipes professionnelles capables de gagner une Route du Rhum ou encore des courses en équipage.

Quels sont vous plus beaux souvenirs en compétition ?

Le premier beau souvenir c’est le record de l’Atlantique de Florence Arthaud, mais aussi sa victoire dans la Route du Rhum. Également les deux victoires dans la Transat Jacques Vabre de Paul Vatine, car j’ai participé à toute son ascension. Quand on a commencé à travailler ensemble, il n’avait pas de bateau tout neuf, pas encore de grosse cellule et quand, au fur et à mesure, il a eu les moyens d’avoir un bateau performant, j’ai pu l’accompagner en tant que navigateur et l’aider à remporter notamment la Transat Jacques Vabre à deux reprises. Tous ces moments sont de très bons souvenirs de routage.

Ce rôle de routeur est assez méconnu, pouvez-vous nous le décrire ?

Sur les courses en équipage, c’est un rôle que l’on peut avoir à bord ou à terre. Mais le plus important c’est dans les courses en solitaire. La Route du Rhum, la Transat Jacques Vabre ou les records de traversée de l’Atlantique, par exemple, sont des courses dans lesquelles le routage est autorisé. Dans ces cas, on s’enferme, à terre, dans un bureau, avec en général un couchage, car on vit au rythme du bateau. On a pour rôle d’alimenter le marin, qui est seul sur son bateau et a beaucoup de choses à faire, en informations météo les plus complètes et les plus pertinentes possibles. L’idée c’est de mâcher le travail de navigateur en terme de météorologie et de lui proposer les meilleures routes possibles pour qu’il puisse choisir une option ou l’autre.

C’est un rôle qui existe sur le Vendée Globe ?

Sur le Vendée Globe, le routage n’est pas autorisé. Le seul travail que l’on puisse faire en météorologie se passe avant la course. On fait ce que l’on appelle un « roadbook », on prépare toutes les situations possibles en fonction des zones de navigation, qui permet de faciliter le travail du marin. Quand il a plusieurs choix possibles, il pourra, en fonction de ce qu’il rencontre réellement sur l’eau, avoir une capacité d’analyse un peu plus rapide et plus performante. On élabore un bon nombre de scenarii.

La longueur de la course, le fait d’être en solitaire, l’absence d’assistance, font-ils du Vendée Globe la dernière grande aventure dans le monde du sport ?

C’est certain qu’en matière de voile, et certainement dans le sport en général, on trouve peu d’aventures dans lesquelles on se confronte de cette façon à une nature qui reste encore très hostile. Même si le parcours du Vendée Globe a été, à mon avis, un peu édulcoré dans la mesure où les concurrents ont des portes à franchir alors qu’avant il n’y avait pas d’autre consignes que faire le tour du monde et revenir aux Sables d’Olonne. Maintenant il y a des portes à franchir, des endroits où l’on ne peut pas aller. Bien sûr, cette volonté de limiter les risques reflète l’évolution de la société mais cela n’est plus tout à fait la même épreuve. Mais, en même temps, cela reste une grande aventure. Il faut aller dans le Pacifique, dans l’Océan Indien, seul sur un bateau très rapide, dans des mers un peu compliquées où il faut tout gérer à bord, y compris la météo, car il n’y a pas d’assistance autorisée. Il est évident que cela reste une aventure dangereuse, unique et il faut être particulièrement bien préparé et motivé pour pouvoir l’affronter et avoir une chance d’arriver au bout.

Pour en revenir à votre rôle, jongler entre la météo et le sport comme le Vendée Globe, c’est une façon d’allier vos passions ?

Exactement. À partir du moment où on a envie d’aller sur l’eau, de naviguer sur les plus beaux bateaux, de participer à cette aventure de la course au large, l’idée c’est d’être le plus performant, d’être plus performant que le voisin, même si le voisin est souvent un copain, et quand on est sur l’eau la solidarité compte avant tout.

Pour présenter le départ du Vendée Globe, allez-vous vous attacher principalement au côté météo où à l’aspect global de la compétition ?

À la compétition dans son ensemble. La météo est le côté que je connais le mieux, mais j’ai également participé à la préparation d’Yves Parlier pas exemple sur plusieurs Vendée Globe, donc je sais bien tout ce que cela représente. J’insisterai surtout sur l’énorme préparation, sur la grande solitude qui va s’emparer d’eux. Quand on part comme cela, on quitte des pontons avec des milliers de gens, au moment du départ il devrait y avoir plus d’un million de spectateurs et, d’un seul coup, on se retrouve tout seul sur un bateau, dans un milieu hostile, en se demandant si l’on n’a rien oublié, tout prévu. Un fois qu’on est parti, il n’est plus question de faire demi-tour ou de s’arrêter en route, il faut vraiment faire avec ce que l’on a à bord. Mais il ne faut pas non plus emmener trop de choses pour ne pas être trop lourd. Tout cela se joue à l’expérience, à la préparation. Les marins qui font le Vendée Globe ne sont pas là par hasard.

Présenter une compétition à la télévision, c’est juste pour le Vendée Globe ou c’est quelque chose que vous recherchez plus régulièrement ?

J’adore le sport, je suis très sportif et j’ai fait de la compétition, mais si je dois intervenir médiatiquement c’est dans un domaine dans lequel j’ai une compétence. Et ce sera essentiellement en mer. C’est un domaine dans lequel je pense pouvoir commenter, apporter une petite touche supplémentaire, car je l’ai vécu moi-même et c’est une vraie passion. Par exemple j’ai commenté sur Canal+, sur Eurosport également, mais aujourd’hui la météo et ce que je fais sur TF1 et RTL m’occupent déjà bien.

Entre la voile et les médias, votre cœur balance ?

La chance que j’ai aujourd’hui c’est de pouvoir raconter mon métier. J’étais météorologiste, j’ai pu pratiquer dans la voile, dans l’aviation ou encore en montagne. Pouvoir le raconter au plus grand nombre, sur les deux médias leader en France en télévision et radio, c’est une chance incroyable. Donc aujourd’hui, c’est ce qui me passionne le plus parce que j’ai envie de raconter, de partager. Si en parallèle on m’offre la possibilité de faire quelques commentaires et quelques pas de nouveau dans la voile, je m’en saisis aussitôt. Comme actuellement avec le départ de ce Vendée Globe.

propos recueillis par Aurélien Blaison, en exclusivité pour En Pleine Lucarne

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Aurélien Blaison

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