Entretiens EPL Les News Rugby — 23 novembre 2012

L’équipe de France féminine de rugby affronte les États-Unis ce samedi à 15h au Stade de France, en lever de rideau du match du XV de France masculin face aux Samoa. Un match que France Télévisions a décidé de diffuser en direct sur France 4. Aux commentaires, le journaliste Jean Abeilhou aura une consultante de luxe à ses côtés en la personne d’Estelle Sartini, ancienne demi d’ouverture et capitaine du XV de France avec lequel elle compte pas moins de 82 sélections, un record. À la veille de la rencontre, En Pleine Lucarne a voulu interroger cette grande dame du rugby féminin français sur la place de son sport dans les médias.

Après le France – Angleterre du dernier tournoi des six nations, le rugby féminin revient à la télévision et semble s’installer sur France Télévisions. C’est quelque chose que vous attendiez depuis longtemps ?

En effet, il s’agit du deuxième match retransmis sur France 4. Je suis très contente que le sport féminin soit enfin diffusé. Le problème actuellement c’est que, dans l’ensemble, le sport féminin n’est pas assez mis en avant. Il existe bien entendu des exception, des grands événements comme Roland-Garros pendant lequel le tournoi féminin est presque aussi installé que le tournoi masculin. Mais, en général, le sport féminin a encore trop peu de visibilité donc tant mieux si les initiatives touchent le rugby. On nous dit souvent que le public n’est pas demandeur mais quand on voit les résultats que le football à pu connaître, cela prouve que, lorsqu’on propose des choses nouvelles, les gens sont réceptifs et intéressés.

Pensez vous que le rugby féminin puisse atteindre la même visibilité que le football féminin ?

Tout le monde s’accorde à dire que pour qu’on parle de vous il faut avoir des résultats. Mais le rugby féminin français les a obtenus ces résultats. L’équipe de France a terminé à la troisième place lors de deux Coupes du monde (2002 et 2006, ndlr), ce qui n’est pas négligeable. Nous avons également réalisé trois grand chelem dans le tournoi des six nations (2002, 2004 et 2005, ndlr). Les résultats sont au rendez-vous. Le problème vient de l’évolution des mentalités. Les médias n’étaient pas prêts à s’intéresser au rugby féminin car il y a une forte connotation masculine, c’est un sport de combat collectif. Ce sont surtout les médias qui n’étaient pas prêts car, quand les gens viennent nous voir au stade, je n’ai jamais entendu de commentaire négatif. Bien sûr, on pouvait faire de mauvais matches mais dans l’enthousiasme, l’investissement, le respect de l’état d’esprit, les gens étaient satisfaits. Je pense que ce sont les mentalités qui doivent évoluer avant tout.

Le fait que le rugby soit « un sport de combat », comme vous le rappelez, n’est-il pas un frein dans la reconnaissance du rugby comme sport féminin aux yeux du grand public ?

Quand on pratique un sport collectif comme le rugby, on joue avec des femmes contre d’autres femmes. On joue avec nos qualités, nos compétences, toutes les particularités propres aux femmes, on ne cherche jamais à se confronter aux garçons ni à les imiter. Pourquoi le rugby serait-il un sport plus masculin que féminin ? Uniquement parce que la majorité des sports ont été d’abord pratiqués par des hommes donc, forcément, la connotation au départ est masculine. Mais regardez au judo. Les filles sont d’excellentes combattantes mais elles n’en sont pas moins femmes, pas moins féminines et mères pour certaines. Je pense qu’aujourd’hui, il faut aller au delà de ces considérations et suivre l’évolution de la société. Chacun doit pouvoir pratiquer l’activité qui lui plait.

Vous aviez déjà commenté le match France – Angleterre de la saison dernière. Comment avez-vous ressenti cette expérience ?  

C’était une expérience très enrichissante. Je vous avoue que cette première fois était assez stressante. Pour tout vous dire, ma première impression était une grosse frustration. J’avais l’impression d’avoir oublié des choses, de ne pas avoir été assez présente et d’avoir manqué d’aisance. Peut-être que le fait d’avoir pratiqué le rugby de haut niveau m’a donné envie que tout soit parfait. En tout cas, je peux confirmer que c’est vraiment un métier, que cela se travaille et que, malgré la préparation, ce n’est vraiment pas évident. Mais c’est un exercice très intéressant et très plaisant.

Vous aviez hâte de recommencer pour appliquer les enseignements que vous avez tiré de la première expérience ?

Bien sûr ! J’espère déjà voir un beau match, dans un contexte un peu particulier. Il s’agit d’un match d’ouverture du XV de France (France – Samoa à 18h, ndlr) au Stade de France donc c’est toujours impressionnant. J’ai revu, et je vais encore revoir avec Jean Abeilhou, le premier match que nous avions commentés ensemble. Nous allons faire quelques petits réglages, voir ce qui n’allait pas, parce que je suppose qu’il devait y avoir un bon nombre d’erreurs. Nous allons corriger tout cela et se mettre dans l’ambiance du match, bien se préparer et essayer de faire au mieux la promotion du rugby féminin et accompagner au mieux ces joueuses qui, j’espère, vont nous livrer une excellente prestation.

Voyez-vous le fait de jouer au stade de France comme une reconnaissance pour le rugby féminin ?

Tout à fait. Depuis quelques années, la fédération a fait d’énormes efforts pour accompagner le rugby féminin, j’espère qu’elle va continuer. Je pense que c’est un bon choix de la part de la FFR, comme de la part de beaucoup d’autres fédérations aujourd’hui. Il faut savoir que le nombre de licenciés masculins a tendance à stagner un  petit peu et je pense que les instances peuvent aspirer à augmenter leurs effectifs en touchant un public féminin. Je pense que l’option prise par les fédérations françaises de football, judo, handball, au même titre que celle de rugby, est la bonne. Elles ont raison de laisser une place au sport féminin.

On voit que les « habitués » que sont le Stade Français et, dans une moindre mesure, le Racing Métro ont du mal à remplir le Stade de France. Vous n’avez pas peur que le stade sonne un peu creux ?

Je ne pense pas car ce n’est pas la première fois que le XV de France féminin évolue au Stade de France. Les filles ont déjà joué après un match des garçons, nous avions même eu l’occasion de jouer une finale au Stade de France. Le plus important c’est de pouvoir jouer dans un grand stade, dans notre grand stade. Ce qui compte avant tout c’est la prestation des joueuses, qu’elles puissent jouer dans de bonnes conditions. Je trouve que c’est une reconnaissance de leur investissement, de leur travail que de pouvoir leur permettre de jouer ici. Le XV de France féminin a déjà eu la chance de jouer à Murrayfield ou à Twickenham, je pense que c’est une juste reconnaissance et peut-être qu’à force les gens viendront. Il faut juste habituer le public, lui donner envie de venir. Peut-être que le fait de jouer en plein après-midi plutôt que le soir permettra d’attirer plus de gens. Après tout, c’est toujours intéressant de voir deux matches pour le prix d’un.

Propos recueillis par Aurélien Blaison pour En Pleine Lucarne

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Aurélien Blaison

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