L'Actu Média Les News — 19 septembre 2012

Tristan Chambon, bloggeur sur le Hufftington Post, ancien collaborateur de IMCA média-sport, et fidèle lecteur d’EPL, s’est penché sur le phénomène du streaming avec cette question : le streaming est-il l’avenir du sport, pour les diffuseurs et ayant-droits notamment ? Un dossier et un débat qui intéresseront bon nombre des lecteurs d’En Pleine Lucarne à n’en pas douter. Voici son article. A vos commentaires.

Dans le domaine télévisuel, Internet est souvent perçu comme un court-circuit aux diffuseurs traditionnels de programmes. Dans le secteur des droits TV du sport, nous pouvons ainsi retrouver une quantité importante de sites qui diffusent en streaming les matches de championnat (y compris des championnats pour le moins exotiques) ou de Ligue des Champions. Il arrive donc fréquemment de se retrouver sur le streaming d’un match de football français, commenté en roumain, en espagnol ou par chance en anglais.

Il en est de même pour la Ligue des Champions de football, disponible en France uniquement par abonnement à BeIn Sport ou à Canal+. Pourtant, ces matches sont disponibles gratuitement sur Internet et accessibles à n’importe quelle personne disposant d’un abonnement Internet, et qui soit prête à subir une invasion de Pop-up publicitaires.

Une nouvelle source de revenus, non une ponction sur les autres

Comme pour le piratage de contenus culturels (films, musique), le streaming de compétitions sportives semble entraîner une perte de revenus pour les diffuseurs officiels. A première vue du moins, car certains objecteront à raison que ceux qui passent par les sites de streaming illégaux pour regarder leur sport favori le font par défaut, faute de pouvoir se payer un abonnement à Canal+ ou BeIn Sport.

Il faut alors percevoir ce phénomène non comme une menace pour les diffuseurs traditionnels mais au contraire comme une source de revenus supplémentaires. Les amateurs de streaming le confirmeraient, si une offre de streaming légale existait, le streaming illégal baisserait de façon drastique.

Sur ces bases, nous pouvons alors imaginer un modèle assez simple, avec un site affilié qui regrouperait les matches d’un championnat où l’internaute irait choisir le match qui l’intéresse, dans une qualité HD (bien supérieure à ce qui est proposé en streaming illégal), avec des commentaires en français. Cela éviterait de chercher cinq ou dix streamings comme actuellement, car les streamings illégaux pullulent de retransmission de mauvaise qualité, qui stoppent régulièrement, ou dans des langues incompréhensibles. Ce modèle peut être financé par la publicité, par un abonnement ou bien un modèle freemium, avec une partie accessible gratuitement (financé par la publicité) et l’intégralité disponible par abonnement.

Un modèle choisi par la NBA

Ce modèle est loin d’être utopique, bien au contraire, c’est un modèle de ce genre qui a été choisi par la NBA, la Ligue nationale de Basket américain, qui contre un abonnement mensuel/annuel permet aux internautes du monde entier d’accéder à la NBA TV, plateforme numérique retransmettant les matches, ainsi que des bonus (interviews, coulisses, focus etc.). Le problème majeur de ce type de système est qu’il ne passe pas par le biais d’un diffuseur. Ce problème n’en est pas un, comme le prouve le système économique de la NBA, qui continue de vendre ses matchs aux diffuseurs traditionnels (CBS, TNT) tout en vendant à côté ses abonnements pour regarder la NBA par streaming.

Un rôle de diffuseur plus complexe

Dans ce type de modèle, et pour prendre un exemple concret, ce n’est pas Canal + qui met à disposition une plateforme de diffusion en streaming, mais la Ligue (pour le championnat français, la LFP). Cela nécessite donc d’être inscrit dans l’appel d’offres, qui pour le championnat français a été remis en jeu l’an dernier pour la période 2012-2016.

Cette diversification des revenus pour la Ligue pourrait palier deux points: la baisse relative des droits TV traditionnels et répondre à une demande existante comme le prouve les chiffres d’audiences des sites de streaming illégaux.

Le succès des plateformes numériques sportives en streaming

L’audience des sites de streaming illégaux est relativement importante comme nous le prouve les chiffres révélées par Alexa, institut spécialisé dans la mesure du trafic d’audience des sites Internet. Après analyse succinte, un profil d’utilisateur se dégage, c’est un homme de 18 à 34 ans, soit le coeur de cible de certains annonceurs. Cette population jeune répond de plus au futur bassin de consommateur de retransmissions sportives.

Ces sites connaissent des pics d’audiences faramineux les soirs de matchs: HQFutbol.eu est par exemple le 12000ème site le plus visité au monde dans ces pics. MyP2P.pe capte 0,02% du trafic mondial lors des soirées.

Encore plus parlant, Rojadirecta spécialisé dans la mise à disposition de liens de streaming mais aussi de résumés de matchs est à ce jour le 2300ème site le plus visité au monde et fait partie des cent premiers sites en Amérique du Sud (Chili, Nicaragua, Uruguay) se positionnant en situation de monopole dans ces marchés émergents.

Ces chiffres non exhaustifs ne montrent pourtant que la partie émergée de l’iceberg du streaming illégal étant donné la galaxie de sites qui mettent à disposition des liens les soirs de matchs.

L’illégalité d’aujourd’hui constitue parfois le potentiel de croissance du lendemain. A la manière de la prohibition sur l’alcool dans les années 1920 aux USA, il ne faut pas juger sous le prisme de la légalité ces pratiques mais les considérer comme un potentiel économique certain. Les fédérations sportives nationales et européennes doivent pour répondre à un marché global, apporter des solutions globales. Internet est un réseau qui le permet: profitons-en.

par Tristan Chambon

NDLA: L’exemple pris dans cet article est celui du championnat de football français et de la LFP mais cela est transposable à tous les sports et fédérations. L’UEFA et sa Ligue des Champions de football à la notoriété mondiale serait un modèle parfait pour transposer ce type de modèle économique.

 

 

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Vincent Rousselet-Blanc

(3) Readers Comments

  1. Orange vend une application Ligue1 au prix de 5€. Cela permet de voir l’intégralité (avec des bonus) des matches de L1. La LFP a vendu ses droits pour Mobile et Tablette. On peut imaginer que si une offre de streaming était proposée, elle perdrait di coté de ces droits.

    La différence avec un abonnement à BeIn Sport étant mineure, c’est surtout Canal+ qui serait un peu de la revue. Pourquoi payer un abonnement cher si en plus de BeIn Sport il y a des offres de streaming. Là, Canal finirait par se fâcher.

    Ensuite, cela peut être une façon de vendre des droits et de pouvoir être exposé. Mais pour quels sports et dans quels pays ? Pour les revenus, ce serait vraiment du complément. D’autre part, Il faut également compter les frais de production. Ils doivent être de qualité et couvrir l’ensemble des matchs de la ligue concernée, sinon cela ne sert pas à grand chose.

  2. C’est aussi parfois le seul moyen de regarder une compétition sportive dans un sport dit « exotique » pour la France, je parle par la du Cricket, FootUS, AussieRule entre autres…

  3. J’avais évoqué cette piste pour les sports sous-médiatisés (http://www.socialsport.fr/2011/01/29/les-medias-sociaux-une-chance-pour-les-sports-sous-mediatises/)
    Le streaming peut etre, effectivement, une source de revenus supplémentaires pour les clubs et les ligues. Le développement des écrans nomades (smartphones, tablettes) doit permettre d’offrir aux utilisateurs une possibilité de continuité dans le suivi d’une rencontre, en passant de la télévision, au smartphone et à la tablette.
    A voir si la France est prete…
    Ce que font la NBA et la NFL, par exemple, sont des exemples à reproduire.

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