Autres Sports Entretiens EPL — 28 juin 2012

S’il y a bien un événement sportif appartenant au patrimoine français, comme aime le dire Daniel Bilalian, le directeur des sports de France Télévisions, c’est le Tour de France, dont la 99e édition débutera le 30 juin, de Liège. Et nous ajouterons, s’il y a bien un journaliste qui appartient au patrimoine du Tour de France, c’est Jean-paul Ollivier, qui nous fait vivre chaque année l’Histoire de la grande Boucle à travers ses petites histoires. Alors, avant le départ de cette 99e édition, nous sommes allés à la rencontre de celui que l’on n’appelle plus que « Paulo la Science ». Qui est-il ? Comment travaille-t-il ? Rencontre avec un passionné dont le Tour est l’unique préoccupation professionnelle de l’année.

Vous êtes entré à Antenne 2 en 1975. Déjà pour couvrir le Tour de France ?

Oui, en 1975. Mais je suis issu de l’Ortf, où j’ai commencé en 1964 et c’était même encore la RTF pour trois mois. Je sortais de presse écrite, de l’Aurore. Je devais faire mon service militaire et l’on m’a demandé de remplir un dossier de coopération technique. A cette époque existait encore le Bataillon de Joinville qui possédait un service de presse. C’était pour moi. Je remplis mon dossier pour y aller mais le Bataillon de Joinville est dissous au même moment et réapparaîtra peu après sous la forme de l’Ecole Interarmées des sports. Moi, on m’envoie à Djibouti, à Radio Djibouti, qui appartenait à l’ORTF. J’y suis rentré le 20 mai 1964 et j’ai fait mon premier journal parlé le jour de mes 20 ans : je suis né le 22 mai 1944. On est obligé de se souvenir (rires). Voilà, j’étais donc journaliste toutes catégories à l’époque.

Et le cyclisme alors ? Ca vous est venu quand ?

J’aimais ça depuis ma jeunesse. Je suis Breton (né à Concarneau), et tout le monde sait que la Bretagne est une grande région de cyclisme. J’ai fait mes premiers articles sur le cyclisme à 17 ans et demi, pour « Vélo Journal ». Déjà tout gamin le Tour de France me bouleversait. Le Tour c’est un événement !

J’ai fait 20 tour de France à la commenter sur une moto (dans les années 1980 et 1990) et dans les commentaires que je faisais je mêlais toujours un peu de culture, de patrimoine. Et lorsque je passais devant un château par exemple, je donnais une anecdote sur le lieu. A cette époque, le public ne voyait pas forcément le monument en question, parce que sur la moto nous n’avions pas d’écrans de contrôle, et quand je passais quelque part, je n’attendais pas, je disais « je passe devant le château… »  Même si les caméras étaient à l’avant ou à l’arrière de la course. Elles n’étaient pas forcément avec moi. Donc les téléspectateurs se sentaient un peu frustrés. Je parlais de quelque chose, je vantais notre patrimoine, qu’ils ne voyaient pas.

Et c’est Charles Biétry qui, en 2 000, est venu me voir pour me proposer de m’installer en position commentateur avec les autres, à l’arrivée, pour parler d’histoire et de patrimoine. Il me disait : « au moins, là, tu aurais l’écran de contrôle et tu pourrais parler sur les images des hélicoptères. Les téléspectateurs auraient ton château et tes infos. » J’ai donc quitté la moto et le commentaire de la course stricto sensu en 2000 pour commenter le patrimoine. Je gardais un peu de commentaires vélo bien sûr, mais l’essentiel de mon travail avait changé. Et c’est intéressant car quand on prend de l’âge on commence toujours un peu à s’essouffler. Là, j’ai retrouvé d’autres de mes passions, l’Histoire et la Géographie, que j’ai pu concilier avec celle du Vélo.

Comment repérez-vous les monuments, les villages, etc. ? Vous faites le Tour avant les autres ?

Non, c’est le réalisateur de France Télévisions qui part en repérage avec une scripte qui note tout, le moindre point d’intérêt. On se partage le travail comme ça. Ils reviennent, me donnent tout et je peux commencer à préparer mes infos. Le Tour de France est devenu mon activité principale, voire unique, dans l’année. Dès qu’un Tour se termine, je pars un peu en vacances chez moi en Bretagne et à mon retour j’embraye sur le suivant. Je commence à penser, pas forcément aux sites car je ne connais pas encore la parcours, mais aux thèmes des rétrospectives, aux angles, que je vais faire. J’en ai 16 à faire pour chaque édition.

Comment ne pas être répétitif même si le Tour a plus de cent ans ?

Oh, il y a plein de choses. Il existe plein de faits divers dans le Tour et les gens sont sensibles aux faits divers. Si vous placez les gens dans le petit secret des choses alors ils vivront le Tour autrement. C’est tout l’objectif de mon travail : faire participer le téléspectateur et ceux qui sont au bord de la route à l’histoire du Tour. Mais avant l’histoire, il faut trouver des images qui l’illustrent. C’est mon objectif premier. Et si je n’en ai pas assez, parfois je repars sur place, à l’endroit exact où se déroulait l’histoire, je me mets en plateau et je raconte. Je passe donc mon temps dans les livres, dans les archives, à appeler certains anciens coureurs, à chercher des histoires de coureurs, des anecdotes historiques. Je suis en contact avec tous les villages et villes de France pour récupérer des informations. Bien sûr, sur certaines étapes un peu redondantes, il m’arrive de répéter un peu les mêmes choses, mais j’essaye toujours, dans la mesure du possible de me renouveler chaque année. Mais ça reste intéressant. Et je suis loin d’être lassé.

Vous n’avez jamais eu envie de les écrire dans un livre ces histoires ?

Si et je vais le faire l’an prochain à l’occasion du 100e Tour de France. Je sortirai 100 Histoires du Tour (aux éditions Palatine). Ca c’est génial car il y a eu des personnages passionnants, des histoires incroyables.

On dit que le Tour a pris la géographie et l’histoire aux Français. Le Tour d’utilité publique ?

Je ne sais pas, mais si c’est le cas c’est normal. Et en plus, je dis toujours que je réconcilie aussi l’homme et la femme. Sans faire de généralités, l’homme vient surtout devant le Tour pour la course, pour la performance, et la femme pour découvrir notre beau pays à travers les superbes images de paysages que France télévisions en donne chaque année.  C’est un événement familial. On n’a pas fait ça pour attirer les femmes devant l’écran. Notre patrimoine avait besoin d’être mis en valeur et le Tour de France qui attire des millions de téléspectateurs est un vecteur fantastique, il véhicule plein de choses. Maintenant, je n’ai pas à me glorifier d’instruire les gens, c’est mon métier, ma passion. Je transmets mes passions c’est tout. Et quand j’arrive à trouver un petit secret, une petite histoire nouvelle, je suis très heureux en me disant « tiens, celle-là, ils (les téléspectateurs, ndlr) vont l’avoir ! ».

Les téléspectateurs vous procurent certaines histoires ?

Ca peut arriver mais généralement ils se contentent de me témoigner leur satisfaction. Sauf quelques-uns qui, eux, sont très pointilleux, et n’hésitent pas à m’écrire si je ne suis pas extrêmement précis. Un jour que le Tour passait dans le Maine et Loire, je parlais d’un château, celui de Baugé. J’ai donné des tas d’infos historiques, touristiques, insolites parfois, et j’ai conclu par « ce château abrite le syndicat d’initiative. » Le Tour se termine et je reçois une revue de presse au bureau. Là je découvre que mon commentaire fait la Une du Journal régional local, le Courrier de l’Ouest, avec un titre énorme « Paulo la science » pris à défaut à Baugé ». Qu’est-ce que j’avais encore raconté comme connerie (rires) ? En fait, le journaliste a fait 6 colonnes juste pour dire que je devais mettre mes fiches à jour car le château n’abritait plus le syndicat d’initiative. C’était dingue, j’avais donné toutes les infos intéressantes et on me reprenait sur ce détail insignifiant.

J’ai découvert qu’il avait existait un autre « Paulo la science » comme on vous appelle, en la personne d’Elie Wermelinger, en 1952, membre de l’organisation du Tour qui s’était fait le spécialiste de cet aspect touristique en diffusant même un guide « le Petit Wermelinger ».

Oui, Elie Wermelinger, on s’est connu même. Je l’aimais bien, c’était un homme épris de culture. Il a travaillé sur le Tour jusqu’au début des années 70. Il avait un petit bureau à l’Equipe, minuscule, et on passait notre temps à discuter car il était intarissable. Et quand je voulais partir, il sortait du Chablis d’un petit réfrigérateur et ça repartait.

Ca ne vous manque pas d’être au cœur de la course ?

Non…ce qui me manque peut-être c’est de ne plus être au départ. J’aimais ce côté convivial des village départ, on rencontrait les gens, les coureurs, on les saluait, on échangeait, on discutait avec tout le monde. J’aimais beaucoup ça. Mais bon, être et avoir été… (sourire)

Propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc pour exclusivité En Pleine Lucarne (mention obligatoire)

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Vincent Rousselet-Blanc

(5) Readers Comments

  1. J’aime beaucoup regarder le Tour de France pour les coureurs mais aussi pour voir les paysages et le patrimoine très bien commenté.

    En ce moment, je regarde l’étape vers Peyragudes et la traversée de la Barousse. Mr Ollivier ne s’est trompé que sur une chose : l’histoire du château de Bramevaque. En lisant l’interview, j’ai compris comment il a pu faire une telle erreur.
    Bramevaque n’est pas le château des comtes de Comminges et ne date pas du 12ème et 13ème siècle, ceci est une invention des élus pour soi-disant amener du monde en Barousse, en 1993. Je dois avouer avoir été copieusement « engueulée » parce que je contestais !
    Je me permets de vous donner la véritable histoire (je suis docteur en histoire spécialité mentalités et forêt pyrénéennes) :
    - les Romains ont truffé tout l’empire de tours de guet donc la particularité était de ne pouvoir y pénétrer que par une porte à l’étage (échelle que l’on retirait en cas d’attaque)et en particulier le long des lignes montagneuses pour se protéger d’attaques de brigands entre autre.
    - quand Charlemagne crée les marches aux frontières de son empire, l’Espagne est occupée par les Arabes. Dans les Pyrénées Centrales, il crée le comté de Comminges (sur le territoire du diocèse du Comminges)et celui de Bigorre qui deviennent ennemis à sa mort. La guérilla chrétienne s’est installée dans les montagnes et mène la vie dure aux Arabes qui tentent à de nombreuses reprises d’envahir le royaume franc par les montagnes mais ce sont des hommes du désert et les montagnards les repoussent facilement.
    - Ils ne sont jamais entrés en Barousse ni dans la vallée de la Garonne car de l’autre côté du port de Suert, c’est le même paysage de défilés et de montagnes qu’en France et les chrétiens avaient construit des forts militaires-monastères qu’ils appelaient casernes d’où les moines-soldats les repoussèrent. Ils y mettaient toute leur vigueur car celui qui avait tué le plus d’ennemis recevait une charge ecclésiastique.

    - Après 1035, date de la dernière « invasion » qui se termina par la défaite des Arabes à Sarrancolin, le comte d’Aure à qui appartenait la Barousse depuis la fin du 10ème-début du 11ème siècle (jeux d’héritages : en effet les descendants des comtes de Comminges et Bigorre quand la charge ne fut plus élective se sont partagés les territoires, la plupart du temps les armes à la main. Le comté de Comminges fut cantonné sur la rive droite de la Garonne et tout le luchonnais, le comte de Bigorre lui contestant la vallée du Larboust)et qui était vassal du roi d’Aragon – les pyrénéens avaient plus de contact avec l’Aragon qu’avec la France où les communications étaient difficiles – décide avec justement ce roi Ramiro de bâtir tout le long d’une ligne de montagnes juste à l’entrée des défilés français, une ceinture de fortifications. Les tours romaines furent rebâties sur le même modèle en certains endroits et dans d’autres plus « modernes » car le site était plus défensif. Tout autour on éleva des murailles qui protégeaient le fort.

    - En Barousse, la population n’excédait pas 200 à 300 habitants répartis sur environ 18 tout petits villages (difficultés à défricher les forêts qui appartenaient aux seigneurs et à l’évêque du Comminges. Ils décidèrent de bâtir une forteresse là où il y avait la tour de Bramevaque. Il est vrai que le site était difficile d’accès et pour dominer une vallée couverte de forêts sauvages, il fallait des bâtiments pouvant faire vivre une garnison et le seigneur quand il venait. On pouvait croire à une invasion venue de Sarrancolin par le port de Laouet au-dessus de Ferrère et d’autres par la route des villages nichés dans les montagnes mais certains comme Izaourt ou Siradan ne se trouvaient pas là où ils sont actuellement tellement le paysage était difficile et sauvage, les rivières s’étalaient et les fonds de vallées étaient couverts de marécages et Alan, Ilheu, Aveux par exemple n’existaient pas.
    Il était donc plus à craindre une invasion par la montagne, plus facile. Mauléon n’existait pas mais la tour fut construite au 10ème siècle également, Ourde et Ferrère n’avaient qu’une ou deux dizaines d’âmes.
    - A partir de 1050, le comte d’Aure donne le territoire de Labarthe qui comprend la Barousse, à son fils cadet qui prend le nom de baron ou vicomte de Labarthe c’est selon les sources. La Barousse restera dans l’escarcelle de cette famille jusqu’au 14ème siècle. Puis deviendra Pays d’Etat avec Aure, Labarthe, et Magnoac.

    Je vous prie de m’excuser pour vous avoir donné ces précisions mais bon, beaucoup de touristes rigolent quand ils voient les panneaux « château des comtes de Comminges », je serai désolée que l’on dise que vous ne lisez pas les bonnes fiches, vous nous faites tellement rêver ! Merci beaucoup de votre érudition. Et pardon pour avoir écrit aussi long !

  2. Est-ce que vos images et commentaires des tours de Frances existent en D.V.D.

  3. Bravo pour votre blog et ses articles

  4. le tour de france permet aux municipalités de se faire de la pub mal placée car on donne 70000euros pour faire passer le tour dans notre village et on nous taxe avec des fourrieres et des pv pour renflouer les caisses par la suite.je suis au chomage j’ai amené ma maman de 85ans au cimetiere et quand j’ai voulu prendre ma voiture « fourriere et amande »j’avais dépassé lheure de dix minutes et deux heures plus tard la caravane du tour n’etait toujours pas arrivée,merci le tour,voila comment on renfloue les caisse du patrimoine et celle de la mairie pimpante,fiere,et exploitante des habitants en plus des impots…..le reste.une femme en colère…..

  5. Nous chez sport Actus, on adore regarder le tour de France ou comme ils disent souvent « le tour de la France ». Les commentaires de Jean Paul Ollivier se font rare par rapport aux précédentes années mais toujours aussi utiles.
    Bravo et pourvu que ça dure.
    Un article pour information sur le Tour de France cycliste sur le blog d’actualité sportive Sport Actus

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