Entretiens EPL JO 2012 Les News — 22 mai 2012

Journaliste et animateur incontournable des grands événements sportifs diffusés par France Télévisions, Laurent Luyat est le véritable homme-orchestre du service public. Vous le voyez beaucoup à l’antenne, mais le connaissez-vous pour autant ? Grâce à cet entretien fleuve réalisé par Bastien Kossek pour son site « Hors format » et pour « En Pleine Lucarne« , qui en reprend une partie (c’est dire si elle est longue !), celui qui véhicule toujours malgré ses 40 ans passés une image de jeune premier n’aura plus de secrets pour vous. Ou beaucoup moins en tout cas.

Commençons par évoquer vos premiers souvenirs de sport.

Mon premier souvenir de sport, c’est une finale de championnat de France de rugby. J’étais tout petit et j’avais été marqué par le contraste entre les joueurs qui hurlaient de joie, et ceux qui pleuraient. Ça m’avait vraiment interpellé. J’avais trouvé ça beau, toutes ces émotions différentes. Ensuite, mes grands souvenirs sont, en réalité, deux défaites. France-Allemagne, évidemment, à Séville en 1982. Et McEnroe-Lendl, à Roland-Garros 1984. Deux fois où j’ai pleuré comme un gamin…

Donc deux mauvais souvenirs.

Oui, c’est vrai. C’est drôle. J’ai presque envie de dire que les mauvais souvenirs marquent plus que les bons. Ça reste ancré dans la mémoire. C’est fou quand même !

On doit également retracer vos souvenirs de téléspectateurs, puisqu’on peut dire que vous étiez un « enfant de la télé ». Passionné de sport, mais également bercé par les émissions de variétés.

Les Carpentier, Guy Lux. J’aimais bien les émissions de Guy Lux, dans les années soixante-dix. Il avait des décors un peu psychédéliques, des couleurs, des paillettes, ces micros très longs, très impressionnants, ces chanteurs, et ce public qui hurlait dans la salle. J’adorais ça ! Ce côté direct, foule en liesse. C’était ça que je voulais faire, j’en parlais déjà à mes parents alors que je devais avoir cinq, six ans. J’étais obnubilé par ça, je voulais faire des émissions de variétés. D’ailleurs, dès l’âge de dix ans, je m’en souviens très bien, j’ai commencé à m’enregistrer dans ma chambre avec un magnétophone et un micro. Je faisais mes premières émissions. J’écrivais tout, il y avait un conducteur. J’y mettais des chansons, des interviews. Quand j’interviewais, je faisais les questions et les réponses (rires). Dans mon esprit, il y avait toujours une caméra en face, je m’adressais à elle. J’ai fait ça pendant des années. Faut être un peu fou…

Guy Lux, c’est lui qui a précipité la naissance de cette vocation.

C’est vrai. Et c’est marrant, parce que la première interview que j’ai réalisée, c’était lui. C’était un peu plus tard, au Progrès, où l’antenne de Grenoble existait encore, à l’époque. J’étais pigiste sportif. Et, avec Guy Lux, j’y avais été au culot. Il animait l’émission « Interglaces » à l’occasion d’un match entre Grenoble et Briançon, au Palais des Sports. J’étais arrivé en lui disant : « Je viens vous faire une interview pour le journal Le Progrès ». Je crois que le patron du Progrès, à cette période, était un de ses potes parce qu’il m’avait accueilli à bras ouverts (sourires). Il m’avait dit « Venez, on va aller à mon hôtel, je vous offrirai un verre au bar ». Je l’ai fait monter dans ma voiture, ma toute première bagnole, une vieille Peugeot 104. J’avais honte ! Après, je disais à mes potes : « Regarde, y’a Guy Lux qui est monté là ! » (rires). Il a été vraiment sympa. Ensuite, j’ai envoyé l’interview à une sténo du Progrès à qui j’envoyais, généralement, mes comptes-rendus de quatrième division féminine de basket. Et l’interview est passée ! J’étais très fier, à tel point que je l’avais faite parvenir à Guy Lux, par la suite.

On est alors en 1985. Vous continuiez, en parallèle, vos études… scientifiques !

Oui. D’ailleurs, le bac, j’ai eu du mal à l’avoir ! Je l’ai passé deux fois quand même. J’ai redoublé deux fois, je ne m’en cache pas (rires). Je foutais pas grand-chose. Ce sont de bons souvenirs. C’est à cette époque-là que je suis entré à Radio France Isère, en 1987.

L’entrée à Radio France Isère a été déterminante pour la suite. Comment cela s’est-il déroulé ?

Un an plus tôt, j’avais passé un coup de fil au responsable des sports, qui m’avait dit qu’ils avaient déjà suffisamment de pigistes, qu’ils n’avaient pas de place. Il m’a quand même demandé de lui laisser mon numéro de téléphone. A l’époque, ce n’était pas le portable, c’était celui du domicile de mes parents. J’ai tout de suite pensé que c’était une manière polie pour me dire qu’ils ne voulaient pas de moi. Ce qui est fou, c’est qu’un an plus tard, en plein été 87, mon père me dit : « Ils ont appelé, ils voudraient que tu les rencontres ». Et c’est comme ça que j’y suis entré. Je n’ai quasiment jamais eu de piston. Tout s’est toujours produit un peu par hasard, par chance. Je l’avais provoquée, c’est vrai. Mais tout ça s’est passé en décalé, il a fallu que je sois patient, mais les choses se sont faites.

Après deux ans à Radio France Isère, vous devenez l’animateur de la matinale de Fréquence Nord. L’année 1992 marque vos premiers pas à la télévision, sur France 3 Grenoble. En 96, vous êtes aux commandes du journal télé de la chaîne.

Il est vrai que je n’ai pas brûlé les étapes, et ça m’a servi, car je pense que je suis un peu lent pour apprendre les choses, malgré tout. Il me faut du temps (sourires). Finalement, je pense avoir eu besoin de toutes ces années pour me perfectionner. Cela dit, j’ai été à l’antenne dès la fin de l’année 92. Ils m’ont mis au journal des sports qui s’appelait « Trois par trois », que je présentais en plateau et en binôme. Et puis j’étais également au journal du week-end, là aussi nous étions deux à présenter. Je m’occupais des petites brèves qui venaient émailler le journal. Surtout, ce qui m’a servi, c’est que j’enregistrais tout. Toutes mes interventions. Sur cassettes VHS, à l’époque. Quand je rentrais chez moi, je regardais, et je ne voyais que les défauts, évidemment. J’étais assez nerveux, je faisais beaucoup de gestes. Tout ça m’a permis de corriger la gestuelle, le ton. A cette période, quand je bafouillais trois fois, je ne dormais pas de la nuit (rires) !

… En parallèle, la radio m’avait appris à poser ma voix. Au début, j’avais tendance à parler un peu fort. Un réalisateur m’avait même demandé : « Mais pourquoi tu cries ? ». Du coup, en mettant le casque plus fort, j’avais corrigé ça.

Votre arrivée à Paris, c’était en 98. Là, vous intégrez la toute nouvelle chaîne Régions. Vous y réalisez une interview par jour.

C’est ça, une chaîne lancée par France 3 sur le bouquet TPS (NDLR : dont le groupe France Télévisions était co-actionnaire). En plus c’était des interviews d’une heure, un peu à la « Mon Zénith à moi » (NDLR : émission conçue et présentée par Michel Denisot, entre la fin des années quatre-vingt et le début des années 90) dans la forme. Là encore, j’ai appris beaucoup de choses.

Suite à cette expérience, tout s’enchaîne. Vous devenez joker sur l’émission « Tout le sport », « Le journal de l’Euro » en juin 2000, les J.O de Sydney, cette même année…

Les J.O de Sydney, c’est assez drôle. Quand je suis arrivé, Patrick Chêne était le patron des sports. Et pour les olympiades, c’était Gérard Holtz, Pierre Sled, et moi qui devions assurer la présentation. Venant d’arriver, on m’avait donné la tranche vingt-trois heures-cinq heures du matin. Il s’est trouvé que, entre-temps, Patrick Chêne s’en va, et, c’est Charles Biétry qui le remplace. Très vite, il écarte Pierre Sled avec lequel il avait un contentieux. Gérard Holtz, quant à lui, part au J.T de treize heures. Je me retrouvais tout seul, pour seize heures de direct (rires) ! Bien sûr il a fait venir Christophe Josse de Canal+, et nous nous sommes partagés l’antenne par session de quatre heures. Ça faisait donc huit heures en direct quotidiennement.

Vous avez été propulsé très vite sur un événement de cette importance. Aviez-vous conscience du poids de la responsabilité de gérer une antenne comme celle-là ?

Non, pas vraiment. J’avais déjà un peu d’expérience avec France 3 Grenoble, quand même. C’est pour ça que je l’évoque souvent, c’est vraiment là-bas que j’ai appris la télé. Je leur dois beaucoup à ce niveau-là. Sydney, c’était il y a douze ans, j’étais plus jeune et je n’avais, peut-être, pas forcément conscience, j’étais assez décontracté. Et puis, je peux vous dire que quand vous faîtes huit heures d’antenne par jour, si vous avez une petite appréhension, elle disparaît très vite. Je me suis vraiment senti bien durant ces J.O, j’avais la confiance de Biétry, pour le coup. Un bon environnement. Tout s’est très bien passé.

Vous évoquez Biétry. On a parfois dit de vous que vous étiez son protégé.

Je ne pense pas qu’on puisse dire que j’étais son petit protégé. Je pense qu’il m’aimait bien, c’est vrai. D’ailleurs, la première décision qu’il a prise, lorsqu’il est arrivé, a été de me confier « Le journal de l’Euro » dont vous parliez à l’instant. Ce n’était pas prévu, au départ. Ensuite, sur les J.O, c’est vrai qu’il m’a fait confiance. Suite à ça, certains ont dit que j’avais pris un peu la grosse tête. Biétry, c’est le genre de choses qu’il ne faut surtout pas lui dire. Peut-être que j’avais pris la grosse tête, un petit peu, je sais pas. Si ça a été le cas, ça n’a de toute façon pas duré. Du coup, il m’avait mis, en quelque sorte, au placard ou à la soute. Ça, il le fait avec beaucoup de gens. Et puis après, il m’avait ressorti. C’est quand même lui qui m’a fait présenter « Stade 2 », lorsque Christian Prudhomme partait pour une longue période commenter le Tour de France. Il partait le préparer dès la mi-juin, et prenait, suite au Tour, un mois de vacances. C’est Charles qui m’a confié la présentation tout au long de l’été. Je lui dois aussi, quand même.: m’avoir donné autant d’antenne à Sydney, le magazine de l’Euro, « Stade 2 ». Après, c’est un personnage assez particulier, Charles…

On peut imaginer que vous avez été sondé à propos de BeIn Sport.

Oui et non. Le « problème », c’est que j’ai la chance de présenter des événements très importants sur France Télévisions. Aller sur BeIn Sport, ce doit être très intéressant mais ça signifie tirer un trait sur Roland-Garros, sur le Tour de France, sur les J.O, sur le Tournoi des six nations, sur les soirées foot. Vous voyez ce que je veux dire ?

Vous confirmez qu’il y a bien eu une approche de sa part…

Oui, oui. Mais, ça n’a pas été très loin. (semblant vouloir évacuer le sujet) On s’était vu lorsqu’on avait reçu un prix commun de la part de l’Association des écrivains sportifs, en 2010. J’avais reçu un prix ce jour-là.

Ouvrons une parenthèse au sujet de votre décennie passée à Europe 1. Que retenez-vous de ces années ?

J’y ai passé sept ans et c’est un très bon souvenir, vraiment. De 2001 à 2008, j’ai présenté les Multiplex, notamment. On a fini, nous étions leaders sur la case horaire.  La dernière année, j’ai même vécu la montée de Grenoble, mon club de cœur, en Ligue 1. Dans le studio, on était trois potes grenoblois, il y avait du champagne. On est allé sur les Champs-Elysées après ce Multiplex, vraiment un super souvenir.

En mai 2008, à peine quelques jours après l’arrivée de Thierry Clopeau à la tête de la direction des sports, vous quittez la station, dans des conditions encore floues aujourd’hui. A l’époque, il vous propose une quotidienne, ce que votre contrat avec France Télévisions vous interdit.

C’est la première décision qu’il a prise. Je crois que je n’étais pas sa tasse de thé. Cette quotidienne, c’était impossible. Et puis, je passais du Multiplex, qui était un rendez-vous phare de la station en ce qui concerne le sport, à une quotidienne sur une radio numérique, Europe 1 Sport. Là, c’était l’inverse de Grenoble, je passais de la première division au championnat amateur. J’en avais un peu gros sur la patate, au départ, car j’aimais vraiment cette radio et les gens qui y travaillaient. Heureusement, je n’ai pas eu l’occasion de gamberger longtemps car lors de cet été 2008, j’enchaînais avec Roland-Garros, le Tour de France, et les J.O de Pékin. Mais je sais qu’un jour je reviendrai à Europe 1.

D’ailleurs, ça avait failli se faire l’été dernier sur Europe 1, sur le Multiplex. On m’avait proposé vendredi, samedi, dimanche. Et c’était un peu compliqué. J’avais beaucoup de choses, beaucoup d’événements ici, avec, notamment, la Coupe du Monde de rugby. Je n’aurais pas pu démarrer les Multiplex avant la fin octobre.

Parlons maintenant votre image, la façon dont vous êtes perçu, et votre positionnement dans l’univers télévisuel. Vous avez déclaré, à l’occasion d’un portrait qui vous était consacré dans la presse belge, « Je n’aime pas laisser indifférent ».

Comme tous ceux qui font ce métier, je pense. Quand on fait de la télé, on est un peu cabot, vous savez.

«Vous avez encore l’image du « petit jeune ». Comment analysez-vous cette perception du public, alors que cela fait plus de dix ans que vous êtes aux manettes d’émissions nationales ?

Vous avez totalement raison. Le truc, c’est qu’à dix-huit ans, j’en faisais quatorze. A vingt, j’en faisais dix-huit, etc. C’était d’ailleurs un peu pénible. Les gens, peut-être sans le vouloir, pouvaient parfois être méprisants avec moi. Aujourd’hui, alors que j’ai pas mal dépassé la quarantaine, c’est plutôt profitable, ça m’aide (sourires). Je ne crois pas être différent, à la télé, de ce que je suis dans la vie.

Estimez-vous que le public, en raison du paiement de la redevance, est plus dur avec les animateurs et journalistes du service public, et qu’il ne pardonne rien ?

Les téléspectateurs de Canal payent un abonnement, mais Canal leurs donne exactement ce qu’ils veulent. Ce sont des férus de sports, qui attendent des émissions et des analyses très pointues. Nous, la différence, c’est qu’on s’adresse à tout le monde. Quand on fait Roland-Garros, on s’adresse à celui qui regarde le tennis une fois par an, mais aussi au passionné de tennis, qui suit tous les tournois sur les chaînes payantes. On parle à tous ces gens-là, ce n’est pas facile de tous les convaincre. On se doit d’être grand public, et également un peu pointu.

Ce sont donc peut-être les spécialistes, les initiés, qui vous reprochent ce côté trop grand public.

Exactement. Ils ne comprennent pas ça. Bon, malheureusement, c’est comme ça. On est un grand groupe de télévision, on s’adresse à tout le monde, voilà.

Que pensez-vous des réactions autour des propos vulgaires de Candeloro, en avril dernier, à l’occasion du tirage au sort des demi-finales de la Coupe de la Ligue ?

Sur l’histoire Candeloro (il soupire), j’ai trouvé la polémique ridicule. Philippe, je le connais depuis des années, je l’ai reçu à de nombreuses reprises. Quand vous avez Candeloro sur un plateau, vous savez à quoi vous attendre. En plus, pour le coup, le contexte était un peu particulier, car c’était le soir où Mohammed Merah était retranché dans son appartement. On devait faire vingt-cinq minutes de magazine suite au match PSG-Lyon, et le « Soir 3 » nous avait demandé de ne faire seulement quinze minutes pour laisser place à l’actualité. On a donc eu droit à un condensé de Candeloro sur quinze minutes (rires). Sachant que j’avais les « off » à gérer, les résumés de matchs, l’arrivée des présidents de Lyon et de Quevilly, je ne l’ai pas trop repris : je l’ai laissé un peu faire. De toute façon, il n’y avait vraiment pas de quoi en faire tout un plat. Ça ne reste que du foot, que de la télé. Parfois, il faut arrêter de se prendre la tête.

Aujourd’hui, vous vous sentez à mi-chemin entre animateur et journaliste ?

Oui. D’ailleurs, ça ne m’a jamais dérangé d’être catalogué comme animateur. Quand on dirige un plateau, il faut y mettre de la convivialité, savoir aiguiller le téléspectateur. Je pense que la suite de ma carrière ira encore plus vers l’animation. Peut-être. Cette année, je fête mon dixième Roland Garros, toujours avec autant de plaisir ; mais je ne suis pas sûr que, dans dix ans, je serai encore sur la terrasse de Roland. Peut-être que je ferai autre chose…

Je respecte énormément ceux qui vont au bout, mais je souhaiterais, à un moment donné, passer de l’autre côté de la caméra. Attention, pas tout de suite, disons dans une quinzaine d’années. De toute façon, si vous n’avez plus envie, si vous n’êtes plus motivé, ça se voit à l’antenne ,et là, c’est la réaction en chaîne. L’envie, ça c’est le moteur…

Mon ambition, c’est de prendre du plaisir, parce que ça permet de le transmettre ensuite au téléspectateur. La première chose qui compte, c’est l’avis des téléspectateurs sur mon travail. Je m’adresse d’abord à eux. L’audience, bien sûr, elle est très importante. « Village Départ », l’an dernier, a très bien fonctionné, parce qu’on a su « cibler ». Les gens, sur France 3, l’été, ils veulent voir des tubes, taper dans les mains, chanter, etc. Si je fais venir Benjamin Biolay ou Arthur H, je suis complètement à côté de la plaque. On va faire très chic, très parisien, point. Il faut faire en fonction du public. Mais non, ce n’est pas une obsession. Surtout aujourd’hui où l’audience se dilue de plus en plus. Si on ne pense qu’à ça, on se tire une balle, parfois.

Dans quelques jours, vous présenterez les évènements sportifs majeurs de cette année : le magazine « Objectif Londres », Roland-Garros, « Village Départ » durant le Tour de France, les J.O..C’est un programme de fou, non ?

Ah oui, là c’est intense, comme en 2010. J’avais fini sur les genoux. Mais bon, c’est tellement génial. A l’heure où on observe toutes les problématiques posées par les droits télés, avec des événements qui se divisent, se partagent, ou même se piquent, on se dit qu’on a quand même une chance incroyable de travailler à France Télévisions. Les événements que l’on propose sont fédérateurs. Enchaîner Roland Garros, le Tour et les Jeux Olympiques, c’est extraordinaire. C’est au moins deux des trois événements sportifs qui rassemblent le plus de monde. Et Roland, ça reste prestigieux. La motivation, l’envie sont donc là, et bien là. C’est ce qui permet de garder la forme pour faire tout ça.

Que répondez-vous à ceux qui critiquent le manque de variété de sports diffusés sur le service public ?

On essaie de proposer un maximum de sports, mais, on ne peut pas tout faire car, obtenir le droit de diffusion de chaque sport a un coût. On reste « le plus grand terrain de sport ». Quand on diffuse les Championnats du Monde d’escrime, même si ça marche fort aux J.O, on sait que l’audience ne sera pas forcément au rendez-vous. A la fin du mois, on diffuse aussi les Championnats d’Europe de gymnastique, bon. On diffuse de la pétanque, vous l’avez vu. On peut aussi le faire  grâce à France 4 et France Ô, qui diffusent beaucoup le sport. Ça nous permet d’élargir l’offre. Mais c’est vrai qu’on n’en fera jamais assez : il y a tellement de choses à diffuser.

Un mot sur l’institution « Stade 2 », que vous avez présentée au milieu des années 2000. A l’époque, l’audience culminait entre deux et trois millions de téléspectateurs chaque dimanche. Aujourd’hui, ces chiffres ont été divisés par trois. Quelles sont vos explications ?

Déjà, les chaînes de la TNT n’étaient pas encore sur le marché, ça joue. Après, je l’ai présentée entre 2004 et 2005. Mais je n’ai pas trop à analyser ceux qui sont passés après moi. Ce que je souhaite, c’est que ça continue, car, comme vous dites, c’est une « institution », c’est vrai. Tout a changé aujourd’hui, avec internet…

Et les chaînes d’informations sportives en continu.

Tout à fait. L’an prochain, L’Equipe TV débarque sur la TNT, vous imaginez ? Les gens pourront voir les images d’actualités chaque quart d’heure. Le contexte est difficile ; c’est pour ça que j’estime que la survie de « Stade 2 » passe par une remise en question du fond et de la forme. A un moment donné, ça sera nécessaire. On ne peut plus faire ce que nous faisions il y a dix ou vingt ans.

Tout à l’heure, vous évoquiez la possibilité de faire « autre chose ». De la variété par exemple ?

Oui, oui, c’est ce que j’aimerais. Mais c’est très difficile, en fait. J’ai toujours eu des caps à passer dans ma carrière. Le premier a été de faire ce métier. Bon, j’étais à Grenoble, mon père était assureur, je n’avais aucun lien avec ce métier. Ensuite, le deuxième cap a été de venir à Paris. Très difficile aussi, quand même. A un moment donné, je déprimais un peu, je me disais : « Comment je vais faire ? ». Je n’avais pas de contacts. Finalement, j’y suis arrivé. J’avais envoyé une K7 à Jacques Ségui (NDLR : journaliste, co-créateur de l’émission « Tout le sport »), rédacteur en chef de « Tout le sport », c’était en 1995. Il m’a rappelé trois ans plus tard, en 98. Je ne sais pas comment il avait réussi à avoir mon numéro, d’ailleurs. Il s’était souvenu qu’un jeune de France 3 Grenoble l’avait contacté. Et maintenant, mon troisième cap serait de basculer dans le divertissement. Je pense que, des trois, c’est peut-être le plus difficile, parce que les gens nous cataloguent dans une spécialité.

« Village Départ » peut vous servir de passerelle entre les deux univers.

Pour moi, cette émission est un bonheur incroyable. Pendant trois semaines, je suis au contact du public, en direct. Je mesure la chance que j’ai d’animer une émission comme celle-là, très festive. Il n’y en a pas tellement, si vous regardez bien. Des émissions en public, en direct, avec des variétés, il y en a très peu. Et ça marche.

propos recueillis par Bastien Kossek pour « Hors Format » et « En Pleine Lucarne »

Lire l’intégralité de l’interview

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Vincent Rousselet-Blanc

(4) Readers Comments

  1. LAURENT TU EST SUPER J ESPERE QUE TU VAS FAIRE UNE GRANDE CARRIERE A LA TELEVISION RESTE TOUJOUR LE MM TU ES UN JOURNALISTE QUE L ON ECOUTE ET REGARDE AGREABLEMENT SALU LAURENT TA VOISINE DU DESSUS COURS BERRIAT

  2. Bonjour,
    Les éditions Pascal Galodé ont le plaisir de vous informer de la parution prochaine de l’ouvrage « Crever le plafond » de l’auteur Mathieu Meranville. Aujourd’hui, des études scientifiques tendent à prouver que l’homme a presque atteint ses limites physiques. Ce document retrace les plus grandes performances sportives de ces dernières années et pose la question essentielle de savoir si les sportifs ne sont que les dépositaires voire les victimes de cette course à la performance qui gangrène l’ensemble de la société !
    Un document à ne pas manquer et qui, peut-être, serait susceptible d’intéresser monsieur Laurent Puyat pour une petite chronique. Puis-je obtenir son adresse e-mail ?
    Je reste à votre disposition si besoin,
    Très cordialement,

  3. super interview : questions précises et réponses souvent passionnantes! Il est bon ce luyat!

  4. Excellente interview qui fourmille de détails. Un journaliste toujours plaisant à voir à l’antenne qui colle très bien avec le ton de ses émissions.

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