L'Actu Média Ligue 1 — 31 mai 2012

Vous êtes-vous déjà demandé comment étaient déterminées les dates des PSG-OM, OM-OL et autres gros chocs de la Ligue 1, comment Canal+ choisit ses affiches du « Top Ten », pourquoi rarement le PSG et l’OM se déplacent la même journée dans la même zone géographique, pourquoi la 20e journée ne correspond pas à la 1ère journée des matchs aller, si le calendrier de Ligue 1 était le résultat d’un tirage aléatoire ? Bref, vous êtes-vous déjà demandés comment la Ligue de Football Professionnel fait pour réaliser le calendrier de Ligue 1, dévoilé hier soir lors d’une belle cérémonie à l’occasion des 80 ans du football professionnel ? Et des tas d’autres questions. Eh bien, nous, nous avons voulu connaître tous les secrets de fabrication d’un calendrier de Ligue 1. Et autant dire, pour reprendre une métaphore sportive, qu’un calendrier de Ligue 1 répond à bon nombre de figures imposées et que cela tient parfois de l’acte chirurgical extrêmement précis. Enquête exclusive.

Une structure de calendrier contraignante

La structure du calendrier français est différente de celles autres grands championnats. Prenez l’Espagne ou l’Italie par exemple, les 19 journées aller seront les mêmes que les 19 journées retour. C’est parfaitement symétrique. La J1 sera la J20, la J2, la J21, etc…

Pas en France puisque le retour de la J1 se joue lors de la J38, dernière journée. L’objectif : provoquer un décalage dans l’alternance domicile-extérieur et créer un « pivot » de deux matchs consécutifs à l’extérieur ou à domicile maximum par demi-saison. Ainsi Ajaccio par exemple jouera à Lyon puis à Bordeaux lors de la 5e et 6e journée.

Ce système de « pivot » permet d’augmenter l’intérêt sportif du championnat puisque ces deux matchs à domicile ou à l’extérieur par demi-saison peuvent permettre de creuser des écarts au classement ou de revenir sur des poursuivants en tête, etc…

L’inconvénient majeur du système est que ces « pivots » interviennent à tout moment de la saison. La Ligue doit donc veiller, par exemple, à ce que les clubs du Nord-Est de la France ne reçoivent pas deux fois consécutivement en période hivernale par exemple (4 journées en décembre). C’est pourquoi dans le prochain calendrier 2012/13 , lors des 18e et 19e journées, c’est Toulouse qui recevra deux fois d’affilée, ou Nice (17e et 18e) et non pas Nancy, Valenciennes, Sochaux ou Lille, même si aujourd’hui les terrains sont de plus en plus protégés et adaptés à l’hiver.

Respecter les demandes de Canal+

Canal+, qui paye 420 millions par saison, pour deux matchs, peut, à ce tarif avoir quelques privilèges. L’un d’entre-eux est le premier choix dans le « Top Ten », les dix meilleures affiches. La Ligue doit donc garantir à Canal+ l’assurance que ces dix affiches seront jouées le dimanche soir quels que soient les aléas du calendrier en matière de coupe d’Europe, de coupe de France, de matchs internationaux ou de coupe de la Ligue. Pour ce faire, La Ligue propose à Canal+, une série de dates. Canal+ associe les dates aux matchs qu’il souhaite diffuser. A la Ligue ensuite de les caser dans le calendrier lorsqu’elle le fera en respectant du mieux possible les choix de Canal+.

Ceci fige déjà un certain nombre de matchs dans la saison sur un groupe de journées.

C’est la raison pour laquelle Canal+ peut d’ores et déjà annoncer ses 8 premiers chocs de la première partie de saison. Canal+ s’est gardé ses deux derniers choix « Top Ten » pour plus tard, en fonction du déroulement sportif de la saison, au cas où une équipe inattendue, comme Montpellier la saison dernière, vienne jouer les trouble-fêtes parmi les réputés ou présumés « grands » du championnat (PSG, Lyon, Marseille, Lille).

Ensuite, pour ses autres premiers choix du dimanche soir (il en reste 12 à Canal qui possède un total de 22 choix 1), la chaîne se plie au calendrier établi et devra choisir son affiche du dimanche soir, non plus 3 semaines à l’avance, mais 4 semaines à l’avance (nouveauté du règlement valable aussi pour BeIn Sport bien sûr). A la seule différence que cette année, il n’y a plus de restrictions en matière de nombre de diffusion par club sur la saison, qui était de 12 jusqu’à présent. Ce qui évitera des tunnels de programmation d’affiches peu « sexy » comme Canal+ avait dû en programmer l’an dernier (J26 : Lorient – Rennes, J27 : Montpellier – Caen, J28 Lille – Valenciennes), parmi les moins bonnes audiences de la saison.

Les souhaits des clubs : un système de points

Chaque club de Ligue 1 exprime un certain nombre de souhaits à la LFP avant l’établissement du calendrier.. et parfois avant même la fin du championnat pour ceux qui sont assurés de se maintenir.

Pour ne pas que ce soit l’anarchie dans les demandes, la Ligue 1 offre à chaque club un « porte-monnaie » de 100 points. Muni de ce carnet de tickets, un club « achète » ses voeux en leur donnant une valeur. Ce qui permet à la Ligue de savoir très précisément ce qui est important pour les clubs, car la Ligue est là pour satisfaire le foot professionnel français dans son ensemble et pas uniquement PSG, Marseille ou Lyon…ou Canal+.

Ainsi, par exemple, Caen pourrait absolument vouloir recevoir le PSG à une date précise de l’année parce qu’elle correspond à une fête régionale ou à un événement (anniversaire ou fête annuelle du club, etc…) et en faire un match de gala. Le Club peut estimer ce souhait à 50-60 points par exemple. Il ne lui en restera donc plus que 50 à partager entre ses différents autres souhaits. Nancy peut en revanche demander à jouer la 5e journée à l’extérieur parce que la ville possède un contrainte locale à cette date, un autre club préfèrera se déplacer deux fois à tel moment, et un autre encore peut demander à ne pas recevoir de grosses équipes à telle période parce qu’il a, par exemple, un certain nombre de joueurs africains participant à la CAN, etc…

La Ligue récupère l’ensemble des vœux, qui sont sans limite, et essaye d’en satisfaire au maximum, ceux ayant le plus de points prioritairement bien sûr. Le respect de ces vœux impose donc dans le calendrier d’autres blocages de dates.

Les exigences de la LFP

Après avoir tenu compte des souhaits de Canal+ et de ceux des clubs, la LFP doit aussi respecter certaines de ses exigences propres afin de constituer un calendrier équilibré et attractif pour tout le monde.

1/ La LFP constitue deux groupes de clubs parmi les huit les plus réputés – on ne dira pas les plus grands pour respecter tout le monde -, mais disons ceux le plus souvent aux premières loges du championnat à savoir Paris, Lyon, Marseille, Lille d’un côté, et de l’autre Bordeaux, Saint Etienne, Rennes et Montpellier. Il reste donc 12 clubs de L1, moins huppés.

La Ligue applique le principe suivant : chaque groupe est séparé en deux. Sur une moitié de saison, deux clubs du premier groupe (PSG, Lille, OM, Lyon) joueront des clubs moins cotés le plus souvent à domicile, les deux autres cadors le feront le plus souvent à l’extérieur, puis on inversera sur la deuxième partie de saison. Pareil pour ceux du 2e groupe (Bordeaux, Rennes, ASSE, MHSC)

L’objectif de cette répartition ? Assurer à tous les clubs ne faisant pas partie de ces deux poules de 4 de ne pas recevoir tous les « gros » sur la première moitié de saison afin de maintenir l’intérêt de leurs supporters pour les matchs retours. Imaginez qu’Evian reçoivent PSG, Marseille, Lyon et Lille, Bordeaux, Rennes et Saint-Etienne aux matchs aller, ceci signifierait qu’il n’y aurait aucun gros clubs à domicile pour les matchs retours : ce qui peut fortement contrarier la politique d’abonnements ou l’affluence au stade.

Ensuite pour des raisons sportives (ne pas plomber les petits clubs), la LFP fait en sorte qu’un club qui ne fait pas partie de ces deux groupes de 4 ne rencontre deux « gros » consécutivement. Eviter donc que Reims enchaîne PSG et l’OM par exemple. Mais c’est plus difficile à appliquer compte-tenu de toutes les exigences que l’on vient d’énumérer depuis le début.

Les points de détails :

Le calendrier une fois établi dans ses grandes lignes, que l’on vient de vous exposer, tout le reste devient chirurgical. La LFP par exemple essaye, pendant les périodes hivernales, de faire jouer les clubs du grand quart Nord Est dans les régions au climat plus accueillant

Nouveauté cette année : la LFP évite dans la mesure du possible que les clubs dont les supporters sont réputés difficiles (PSG, OM, ASSE, Nice, Montpellier…) ne se déplacent pas dans les mêmes zones géographiques en même temps. On évitera un Lille-PSG et un Valenciennes-OM la même journée par exemple, même si avec la nouvelle répartition de la Ligue 1 du vendredi soir au dimanche soir, ces cas de figure seront plutôt rares.

La LFP prend également les 40 premiers matchs de la saison dernière (les 4 premières journées) et fait en sorte qu’ils ne se reproduisent pas cette saison pour ne pas donner le sentiment d’un calendrier systématique. Pas toujours évident, la preuve avec un PSG-Lorient d’ouverture 2012/2013 qui était déjà celui de la saison dernière. Ce sera pourtant le seul doublon avec Lorient-Nancy (J4)

Le calendrier final réalisé…au Canada !

Evidemment, n’allez pas croire qu’une fois tous les critères réunis, les responsables du calendrier à la LFP s’amusent à faire leur cuisine interne avec un tableau Excel ! Non, ils partent au Canada, à 400 kms de Vancouver, où se trouve la seule société spécialisée dans la réalisation de calendriers sportifs complexes, notamment les calendriers de compétitions nord-américaines : Optimal Planning Solutions. Cette année, le voyage s’est déroulé le 21 mai et il a fallu 4 jours à la société pour réaliser le calendrier final que voici.

Enquête : Vincent Rousselet-Blanc en exclusivité pour En Pleine Lucarne

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Vincent Rousselet-Blanc

(13) Readers Comments

  1. ça ils ne le disent pas à l’Equipe du dimanche. A la base, j’ai l’impression que ça partait quand meme d’une bonne intention ce système, mais que par la suite ça a été completement detourné.

  2. Superbe enquête. J’espère que la Ligue 1 va rapporter gros sur http://www.conseilsparissportifs.fr/

  3. Pingback: Revue de web #9 – Euro 2012 et matchs truqués

  4. Tout d’abord ,Très belle enquête super intéressante ,plein de choses que je ne savais pas.
    Qu’est ce que ça change de voir de vrais enquêtes journalistique et non des trucs banales que l’ont retrouvent sur tout les sites

    Pour l’info sur la non restriction de la diffusion des clubs,il faudrait sans doute revoir la répartition des droits tv et enlever la partie qui est donné avec le nombre de diffusions.

    Car la on va avoir une quinzaine de clubs et supporters de ces clubs lésés ce sera toujours les mêmes de diffusés ,non seulement les supporters ne pourront pas voir leur clubs a la tv mais en plus les clubs seront pénalisés financièrement.

    Cette répartition était déjà injuste auparavant et la ça le sera encore plus

  5. passionant !
    par contre le cas du PSG-Lorient est vraiment regrettable, j’ai du mal à croire qu’ils pouvaient pas l’eviter
    et les supporters de Montpellier qui posent pb ???
    et enfin une bonne nouvelle pour les supporters, le délai de 4 semaines avant les choix tv

  6. Pingback: Football : les calendriers des Ligues 1 et 2 dévoilés pour la … – Metro France | C-Sport.com

  7. Pingback: Ligue 1: le calendrier de la saison 2012-2013 est arrivé – L’Express | Côtes Ligue 1

  8. Enquête très intéressante !

    Par contre je suis moyennement d’accord avec la réflexion « A la seule différence que cette année, il n’y a plus de restrictions en matière de nombre de diffusion par club sur la saison, qui était de 12 jusqu’à présent. Ce qui évitera des tunnels de programmation d’affiches peu « sexy » comme Canal+ avait dû en programmer l’an dernier »

    Le championnat de France devrait impliquer tous les territoires, et au lieu de ça on nous monte en épingle un championnat de 4 ou 5 grosses équipes. C’est plus valorisant pour les médias quand on compare avec l’étranger (en même temps il suffit de voir les résultats européens des clubs français pour se rendre compte du gentil trompe-l’oeil) mais c’est oublier 15 ou 16 équipes, qui représentent en gros 35-40 millions des 65 millions de français.

    L’exposition est donc inéquitable, et derrière la répartition des droits télé l’est aussi (un bon exemple sur la saison qui vient de finir : la bourgogne).

  9. Youhou, magnifique enquête !! Bravo

  10. La LFP faisait une journée special DERBY il n y a pas si longtemps… Ce n’est plus le cas !

    Dommage car on avait des

    OL / STETIENNE
    LILLE / VALENCIENNES ou LENS
    MARSEILLE / MONTPELLIER
    TOULOUSE / BORDEAUX

    la même journée

  11. Top!!
    Merci pour cette enquête

  12. Super enquête !

  13. Et bien voilà qui est bien plus intéressant qu’un copier-coller de communiqué de presse déjà lu par ailleurs ! Merci.

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