Autres Sports — 07 avril 2012

Chaque année, Paris-Roubaix propose un spectacle hors norme qui attire les initiés du cyclisme mais aussi la curiosité de ceux qui ne suivent pas ce sport en règle générale. Dimanche, ils seront 200 courageux à s’élancer sur les pavés du Nord de la France. Cyrille Guimard, personnage emblématique dans le monde du cyclisme, commentera l’épreuve aux auditeurs de RMC tout au long de l’après-midi. En attendant, il nous livre quelques pistes pour comprendre un peu plus ce qu’est Paris-Roubaix.

 Au delà de votre rôle de consultant pour RMC et Sport+, vous êtes directeur sportif de Roubaix Lille Métropole. Vous avez été à la tête d’équipes prestigieuses. Pourquoi avoir choisi le projet d’une équipe continentale ?

Je suis monté à Roubaix en 2005 dans la mesure où j’étais libre de mon temps. Le président souhaitait que je lui donne un coup de main pour essayer d’avoir un vélodrome couvert à Roubaix. Nous avons aussi eu la volonté de monter une équipe qui puisse courir au niveau professionnel. Le vélodrome va être livré dans quelques mois donc l’objectif est atteint d’autant que l’équipe est en continentale tour et donc professionnelle.

Est-ce une déception de ne pas avoir été invité pour courir à domicile Paris-Roubaix ?

Non. Dans la mesure où cette course est une épreuve World Tour c’est très compliqué. 18 équipes sont assurées d’y participer. Ensuite, quelques équipes continentales sont invitées mais pour notre part, nous n’avons pas le potentiel coureurs pour être sur Paris-Roubaix.

En tant que directeur sportif comment aborde-t’on un Paris-Roubaix avec les coureurs ?

Vous savez, Paris-Roubaix c’est un peu comme le Tour de France. Ce n’est pas la semaine qui précède la course que l’on prépare et que l’on dit « toi tu seras sur Paris Roubaix, toi non ». La mise en place de la structure coureur et encadrement se fait dés le début de saison. Et ensuite la montée en puissance se fait jusqu’au moment du départ avec une préparation spécifique des coureurs et du matériel.

Justement avec une approche plus technique, le matériel est-il préparé différemment sur Paris Roubaix ?

C’est préparé différemment oui. On met un petit plateau plus grand puisqu’il n ‘y a pas de bosses. On augmente également le diamètre des pneus. Sur une course normale, on va être sur du 22 ou 23. Sur Paris-Roubaix on monte sur du 25 voir 27 millimètres. Et puis éventuellement jouer sur la chasse en inclinant un peu plus la fourche. On gonfle également un peu moins pour avoir plus d’adhérence. Mais il faut faire très attention parce que si on dégonfle trop, le risque de crevaison devient plus important.

Quand on est coureur, comment ça se passe dans la tête sur la ligne de départ d’un Paris-Roubaix ?

Avant le départ, il vaut mieux être prêt (rires). Il y a bien sûr toujours de l’appréhension, c’est une course où vous savez en prenant le départ que vous avez très peu de chance de ne pas tomber au moins une fois. Mais c’est comme avant un match de rugby. Vous savez que vous allez entrer dans la mêlée, que vous allez plaquer et être plaqué, ça fait partie des choses normales.

Il y aura peut être de la pluie dimanche. Qu’est ce que ça apporte en plus à la course ?

Ou en moins (rires) ! Il n’y pas de parcours idéal ou de conditions idéales. Quand il pleut, c’est plus glissant mais ça roule moins vite. Cela dit les coureurs doivent être capables de s’adapter à toutes les conditions climatiques. Finalement, c’est comme un match de football, quand vous jouez sur terrain sec ou terrain mouillé, vous adaptez vos gestes en fonction du terrain. Et puis, la plupart des coureurs de Paris-Roubaix ont énormément d’expérience derrière eux. En règle générale, ne viennent sur cette course que ceux qui ont les qualités pour le faire.

Quel type de coureur faut-il être pour remporter Paris-Roubaix ?

Je ne crois pas qu’il y a un type de coureur. Il faut être bon c’est tout. L’année dernière, Van Summeren a gagné, il fait presque deux mètres. Nous avons aussi vu des coureurs de 1m65 le gagner. Il faut en avoir très envie c’est tout. Quand vous prenez un coureur comme Marc Madiot qui n’était pas techniquement l’un des meilleurs. Grâce au cyclo-cross et à sa volonté de dompter cette course, il a réussi à la remporter deux fois. Il faut malgré tout reconnaître que quand vous êtes cyclo-crossman, vous avez une notion de la glisse et de la dérive un peu plus pointue que les purs routiers. Cette spécificité est très importante sur Paris-Roubaix.

La chance entre-elle en compte dans le dénouement de cette course ?

La chance ? Non pas du tout! La malchance oui. Et la malchance, en règle générale, c’est une faute du coureur qui la provoque. Pour preuve, les grands coureurs ont en général moins d’incidents que ceux qui ont des qualités de pilotage un peu moins bonnes sur les pavés.

La tranchée d’aremberg a t-elle vraiment une importance capitale dans le dénouement de Paris-Roubaix ?

C’est un des passages clés qu’il faut bien négocier. Vous pouvez perdre la course là, cependant vous ne pouvez pas la gagner non plus. J’ai envie de vous dire que le secteur qui fait véritablement la différence, c’est le Carrefour de l’Arbre. A la sortie de celui-ci, la hiérarchie est implacable.

Boonen peut-il perdre ce Paris-Roubaix ?

J’ai plutôt envie de dire, est ce qu’il peut le gagner? Dans l’autre sens, ce n’est pas forcément ma notion (rires). C’est rarement le super grand favori qui l’emporte. Je pense que le danger peut aussi venir de chez lui. C’est très compliqué à gerer chez Omega Pharma Quick Step. Il y a deux coureurs , à savoir Terpstra et Chavanel qui à mon avis sont aussi forts que Boonen. Les trois peuvent gagner donc ça dépendra des circonstances de course. Maintenant est ce qu’on va accepter que Chavanel joue sa carte? Ce n’est pas le cas pour l’instant. Il est un peu prisonnier de Boonen.

Que correspond le mieux au profil de Boonen ? Paris-Roubaix ou le Tour des Flandres ?

Je ne pense pas qu’une des deux lui correspond plus. Il a gagné trois fois chacune de ces deux classiques, ça fait un partout balle au centre (rires). Vous savez à ce niveau, l’écart entre les coureurs est vraiment minime. D’un jour à l’autre ça peut varier. C’est toujours très difficile de faire le doublé Tour des Flandres-Paris-Roubaix. Il faut que les circonstances de course soient favorables et ce même si Cancellara n’est plus là.

Pour Frédéric Guesdon ce sera le dernier Paris-Roubaix. Vous avez un mot à dire sur ce coureur ?

Je le connais depuis qu’il a 18 ans donc ça fait un moment. Je pense que ça sera sa dernière course. Bon après, s’il marche bien, rien ne l’empêche d’aller jusqu’à la fin de saison. Quoiqu’il en soit ce sera son dernier Paris-Roubaix. J’espère qu’il arrivera entier et qu’il fera une belle course, même si physiquement il n’est pas au top après sa chute en début de saison. Mais c’est bien, c’est une belle histoire ce coureur. Et puis quand vous gagnez un Paris-Tours derrière Paris-Roubaix, ça commence à faire un beau palmarès.

Pensez-vous qu’un Français peut lui succéder dimanche ?

Oui oui ! Il y a déjà Chavanel, on peut aussi compter sur Tony Gallopin qui sera débarrassé de Cancellara. Après c’est un peu plus aléatoire, cela dépendra des circonstances de course. Et puis à plus long terme, des coureurs comme Sénéchal, Demare et même Adrien Petit peuvent tirer leur épingle du jeu sur ce parcours.

Petite question pour finir, vous avez été directeur sportif de Bernard Hinault, comment fait-on pour le convaincre de venir sur Paris-Roubaix, une course qu’il ne portait pas dans son coeur ?

Il ne faut surtout pas lui casser les pieds avec ça (rires)! Et puis un jour ou l’autre il y vient. Il ne faut jamais aller contre la nature; tant qu’il n’a pas envie, il n’a pas envie. La suite on la connait. Un jour il décide de venir mais pour la gagner. Et il la gagne avec le maillot de champion du monde sur le dos.

propos recueillis par Romain Puissieux pour En Pleine Lucarne

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