Dimanche 29 avril, l’ASM Clermont-Auvergne a rendez-vous avec son histoire, en affrontant le Leinster – champion d’Europe en titre – en demi-finale de la H Cup. Les spectateurs et supporters n’ayant pas pu se rendre à Bordeaux seront sur France 2, à 16h pour suivre la rencontre commentée par Matthieu Lartot et Raphaël Ibanez. Et justement, après le Tournoi des VI Nations, Matthieu Lartot présente pour En Pleine Lucarne, ce match tant attendu. Avec une pointe de chauvinisme que personne n’osera contredire. Explications.

Cette demie entre Clermont et le Leinster n’est-elle pas, finalement, une finale avant l’heure ?

Compte-tenu de l’autre demi-finale (Ulster – Edimbourg, NDLR), inédite et surprenante, effectivement ce match  a des allures de finale. Comme l’était l’an dernier la demie entre le Leinster, déjà, et Toulouse. Mais pourtant nous avons eu aussi une finale incroyable juste après entre les Irlandais et Northampton.

Le club auvergnat est-il en train de s’imposer comme une référence européenne, ce qui n’était pas tout à fait le cas jusqu’à présent ?

En tout les cas, c’est le meilleur résultat de l’histoire de Clermont sur la scène européenne. De ce point de vue là, c’est une marque incontestable d’une émergence au plus haut niveau. Après, des demies, c’est bien de les jouer mais il faut surtout les gagner. J’ai envie de dire que c’est le match le plus important de la saison pour l’ASMCA. C’est à Bordeaux, c’est contre le champion d’Europe en titre. C’est l’année ou jamais. Enfin c’est l’année où Clermont paraît le mieux armer pour remporter cette H Cup. Et même faire le doublé, ce que n’a jamais réussi à faire Toulouse, à part en 1996 mais c’était une autre époque… Clermont devient une valeur sûre de la coupe d’Europe, c’est une certitude.

Pensez-vous réellement que le doublé est réalisable ?

C’est difficile à dire. Imaginons que Clermont soit champion d’Europe. C’est toujours compliqué de se remobiliser après un titre. C’est ça la vraie difficulté pour Clermont, comme pour Toulouse par le passé. Sur le papier, les Jaunards ont les moyens d’être champion de France et d’Europe pour deux raisons : le squad est énorme, avec un recrutement excellent à toutes les lignes. Deuxième raison, cette année, entre les deux compétitions il y a un laps de temps de quinze jours qui pourrait permettre de se recharger les batteries et se remobiliser sur la conquête d’un nouveau titre.

Peut-on regretter que ce match se joue à Bordeaux et non pas à Clermont, au stade Marcel-Michelin ?

Le règlement de l’IRB est simple, il faut que le stade puisse accueillir plus de 20 000 places assises pour ce type de rencontre. Et là, le Michelin ne répond pas à ce genre d’exigence. Mais on peut regretter qu’il soit délocalisé à Bordeaux, ce qui constitue un véritable déplacement pour les Clermontois, ce n’est pas simple. Même si on avait pu voir que le public s’était déplacé en nombre à Saracens. D’ailleurs, Bordeaux n’était pas le premier choix. Clermont avait d’abord demandé à jouer au Parc des Princes ou à Lyon. Après, c’est en France, donc ça revient aussi au même…

Quels enseignements tirer de la victoire face à Montpellier (22-9), vendredi dernier en Top 14 ? Les observateurs parlaient du MHR comme d’un « mini-Leinster »…

On peut déjà dire que Clermont s’est bien préparé la victoire est la meilleure des préparations. Après, je ne sais pas s’il y a d’autres enseignements car oui Montpellier est peut être une copie réduite du Leinster car il envoie beaucoup de jeu, mais sur ce match ils n’ont tout simplement pas joué. Donc ce n’est pas comparable. Ce qui est encourageant pour Clermont cette saison, c’est cette défense impressionnante. Ils encaissent peu d’essais. Aux Saracens, ils ont défendu sur leur ligne dans les dernières minutes alors qu’ils avaient déjà gagné. Aujourd’hui, leur défense est incroyable comme leur conquête. Ils ont des bases solides. Mais il ne faut pas se leurrer, le Leinster c’est autre chose que Montpellier. Même si les Héraultais avaient fait match nul contre les Irlandais lors du premier match de coupe d’Europe (16-16 à Yves-du-Manoir, NDLR). Or, lors du match retour, ils avaient explosé (victoire du Leinster 25-3)

Le Leinster est une équipe taillée sur mesure pour la H Cup. Avec un effectif composé de la moitié de l’équipe d’Irlande, comme d’habitude. C’est leur objectif principal sur une saison. Sur les dernières saisons, les Leinstermen sont au minimum demi-finalistes voire vainqueurs, comme en 2009 et 2011.

Clermont est capable de changer de système tactique dans un même match, c’est une force pour s’adapter et affronter le Leinster…

Aujourd’hui, dans le rugby moderne, il est indispensable de savoir changer de système en cours de match. Les équipes le font plus ou mois bien et Clermont le fait parfaitement. Ce qui peut changer la donne, ce sont les conditions climatiques à Bordeaux, ce dimanche. On annonce beaucoup de pluie et une pelouse grasse. Ca peut changer pas mal de choses. Le Leinster a une équipe très solide dans tous les secteurs de jeu, mais je ne suis pas sur qu’il ait les forces nécessaires pour rivaliser avec l’ASMCA dans le jeu au près ou dans les rucks. C’est peut être une bonne nouvelle pour Clermont qui est vraiment capable de leur faire du mal dans ce secteur et sur 80 minutes.

Dans le staff du Leinster, il y a Joe Schmidt, l’ancien entraîneur-adjoint de Cotter à l’ASM. Peut-il donner quelques ficelles à son équipe en connaissance de cause ?

Oui, évidemment, mais en face il y a le deuxième ligne clermontois Nathan Hines qui a été champion d’Europe l’an dernier avec le Leinster. On va dire qu’ils sont à égalité. Mais Joe Schmidt connaît par cœur cette équipe de Clermont et il a pu donner quelques indications à ses joueurs. Nathan Hines en fera de même de l’autre côté. Il sait comment les Irlandais abordent ce genre de rencontre.
Sur le plan symbolique, c’est vrai que c’est un match particulier pour Schmidt, car c’est « l’adjoint » qui va affronter le « maître ». Même si celui-ci s’est émancipé et a obtenu des résultats incroyables. C’est des retrouvailles sympathiques autour de ce match. Nous ne pouvions pas espérer mieux en termes d’affiche, c’est la demi-finale rêvée.

Selon vous, est-ce que le quart de finale perdu en 2010 par Clermont, au Leinster (29-28), peut avoir une importance, notamment dans les têtes des joueurs toujours présents ?

Les Clermontois doivent surtout se dire que ce jour là, ils n’étaient pas passé loin de créer un exploit colossal en s’imposant là-bas… Forcément que c’est quelque chose qui est ancré dans les mémoires clermontoises, et notamment celle de Brock James qui avait loupé une pénalité dans les derniers instants du match. Mais on sait que James est en très grande forme depuis quelques semaines. Le paramètre psychotique est  très important. Il suffit qu’il rate une son entame et ça peut le paralyser pour le reste de la partie. Ou alors il peut claquer un drop de 50 mètres et jouer sur un nuage, comme il l’a fait aux Saracens en entrant à la 3ème minute (après la blessure de David Skrela, NDLR). Mais je ne pense que cette demie va se gagner grâce à un seul joueur. Tout le groupe clermontois sera à 200%. Car en face, c’est quand même la référence… Personnellement, j’ai vraiment en mémoire cette finale remportée l’année dernière face à Northampton (33-22). A la mi-temps, pas une seule personne présente à Cardiff ce jour-là, aurait misé un centime sur une victoire du Leinster qui perdait 22 à 6. Les Irlandais ont fait une deuxième mi-temps époustouflante. Ils ont des ressources incroyables.

Le Leinster est une équipe très complète depuis des années, mais elle n’était pas aussi performante derrière. Et ça, c’est la patte Joe Schmidt dans les lancements de jeu. C’est redoutable. Les joueurs sont impressionnants. Quand on voit Brian O’Driscoll, qui n’avait pas joué depuis des mois, être à ce niveau là et déjà trouver des repères tactiques, ça en dit long sur la qualité de cette équipe. C’est la référence de jeu en Europe.

Ce match sera aussi le théâtre de nombreux duels entre internationaux ou grands joueurs, n’est-ce pas ?

Le premier sera évident. C’est celui des buteurs, entre Brock James et Jonathan Sexton. L’influence aujourd’hui du jeu au pied dans le rugby international est prédominante. Je compare ces matches là à un France-Irlande par exemple. C’est du très très haut niveau. Ce n’est pas du tout comparable avec le Top 14. On atteint des temps de jeu presque supérieurs à un match de Tournoi des VI Nations. Les pics de forme sont pour cette période de l’année.

Si le temps est vraiment mauvais, avec beaucoup de pluie, le rôle des troisièmes lignes va être primordial. Dans ce registre les Irlandais sont très armés avec O’Brien ou Heaslip. En face, c’est la seule tuile pour Clermont, c’est l’absence de Vosloo qui est joueur très important dans le dispositif. Mais l’ASMCA est très bien équipée aussi avec Julien Bonnaire, Elvis Vermeulen et Alexandre Lapandry. Je pense vraiment que devant, Clermont est supérieur au Leinster. Ma crainte, ce serait plutôt derrière tellement les Irlandais ont des joueurs de grand talent. Sur l’aile, Fitzgerald est très bon, évidemment la paire de centre D’Arcy-O’Driscoll et puis également Rob Kearney qui est peut être le meilleur arrière d’Europe à l’heure actuelle. Il n’y a même pas besoin de pointer un joueur plus qu’un autre, car à tous les étages, ce sera un gros combat.

Quelle tactique les Jaunards doivent-ils adopter au coup d’envoi ?

 Il faudra avoir la capacité à faire basculer le match et il faut impérativement qu’ils aient la main sur cette rencontre. Il faudra qu’ils imposent leur jeu car s’ils laissent jouer le Leinster, ce sera très difficile. Clermont doit faire le même match que lors du quart de finale contre les Saracens. Ils doivent être intraitables en conquête. Le système défensif avait été étouffant pour des Anglais qui n’avaient jamais trouvé la parade. Clermont a progressé ces dernières saisons là-dessus. Si l’ASMCA est capable de reproduire la même chose contre le Leinster, elle aura déjà fait une bonne partie du boulot. Il y a des joueurs qui ont tous les atouts pour gagner ce type de match. Avec beaucoup d’expérience et des internationaux. Si tout ça est respecté, derrière, je ne vois pas bien ce qui peut leur arriver. Mine de rien, le fait de recevoir, ça pèse souvent dans la balance. Le Leinster n’est jamais la même équipe quand il joue à Dublin ou loin de ses bases. Montpellier en est l’exemple parfait lors de la phase de poule. L’avantage du terrain est très important à ce stade de la compétition. Je les vois aller en finale et de toute façon, je pense que Clermont sera champion d’Europe cette année ! En plus, ils ont l’ambition d’aller chercher les deux titres cette année ! Clermont a pris une autre dimension depuis son titre en 2009. Il y a eu un recrutement avec des joueurs au calibre assez impressionnant. C’est une équipe, qui en terme d’effectifs, a des touts qu’elle n’avait pas dans le passé. Et faire en sorte de concurrencer Toulouse, la référence française des ces quinze dernières années.

Propos recueillis par Thomas Perotto pour En Pleine Lucarne

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