Autres Sports — 03 mars 2012

Thierry Adam nous a récemment présenté la saison de cyclisme 2012 à laquelle France Télévisions accordera une nouvelle fois une place majeure sur ses antennes. Aujourd’hui, c’est son comparse au micro, Laurent Jalabert qui s’est prêté au jeu du question/réponse. A l’occasion de Paris – Nice qui débute sur France 3, l’homme de Mazamet reprend son rôle de consultant. En tant que cycliste, il a remporté trois fois consécutivement Paris-Nice entre 1995 et 1997. C’est donc un spécialiste de la « course au soleil » qui nous détaille le parcours et les forces en présence de ce Paris-Nice 2012.

 

 

Lors d’une récente interview, Thierry Adam nous a révélé que vous souhaitiez rester à ses côtés pour commenter plutôt qu’être sur la moto. Pourquoi ce choix?
 
Tout d’abord parce que j’ai pris énormément de plaisir la saison passée à commenter. Je suis resté 8 ans sur la moto en tant que consultant.On ne s’en rend pas forcément compte mais c’est compliqué et usant physiquement. La position est très inconfortable. L’avantage, c’était bien sûr d’être au coeur de la course. Après en cabine, on trouve d’autres points positifs, je peux avoir une vision globale de l’événement, je peux apporter une analyse plus posée et intervenir plus souvent, même si le but n’est bien sûr pas de monopoliser l’antenne.

En fin d’année j’ai voulu savoir quel était le sentiment général, chez France Télévisions. Visiblement, ils étaient contents de moi, notamment Daniel Bilalian, le directeur des sports. Donc voilà, Je pense que c’est bien d’évoluer, j’espère que ça va durer longtemps et j’ai envie de vivre pleinement cette expérience.

 

Parlons un peu de Paris-Nice, comment trouvez-vous le parcours?
 
Bien ! Paris-Nice ça dure 8 jours, c’est une course par étapes longue, surtout pour un début de saison. Je crois que c’est un parcours équilibré et intéressant. Il y a des étapes statégiques comme celle de Mende. Mais aussi la montée finale sur le col d’Eze qui va être déterminante et puis des étapes piégeuses pour alimenter le tout; notamment celle d’Orléans ou celle vers Vassivière qui peuvent être très piégeuses. Comme toujours sur Paris-Nice, c’est un coureur complet qui l’emportera.

 

Que pensez-vous de la liste des engagés ?
 
J’ai remarqué que le peloton et notamment les leaders s’intéressaient de plus en plus à Paris-Nice. Pendant de nombreuses années, ils ont boudé cette épreuve pour Tirenno-Adriatico. Tout simplement parce que l’épreuve italienne était plus proche des classiques et notamment de Milan San Remo. Et pourtant si on regarde le gagnant de Milan San Remo l’année dernière (Matthew Goss), il sortait de Paris-Nice où il avait d’ailleurs gagné une étape. Donc je ne sais pas si ça vient de Goss, mais cette année, il y a une très belle participation. Et depuis quelques années, il y a vraiment une amélioration au niveau des engagés. Je pense qu’on va se régaler cette année avec des garçons comme Wiggins, Leipheimer, ou Valverde et puis les Français également avec Voeckler, Coppel et Chavanel pour ne citer qu’eux.

 

Vous parlez de préparation pour les classiques, justement Paris-Nice est vrai objectif pour les coureurs ou plus une phase préparatoire ?
 
Je pense que les leaders présents sur ce Paris-Nice, s’ils peuvent remporter la course, ils ne s’en priveront pas. Après, c’est vrai que les coureurs de classiques sont plus souvent des puncheurs que des coureurs d’une semaine. Je pense qu’ils vont surtout essayer de remporter des victoires d’étape. Beaucoup vont venir pour peaufiner leur condition physique. Tu peux ressortir de cette course avec un moral gonflé à bloc, parce que les sensations ont été bonnes. A l’inverse, un coureur qui n’a pas été dans le rythme et qui joue les classiques, ça peut devenir très inquiétant. Paris-Nice c’est un bon baromètre pour savoir où on est est.

 

La saison dernière, Tony Martin s’était imposé gràce à ses qualités de rouleur, le parcours de cette année peut-il également lui convenir ?
 
Il lui convient moins ! Je pense qu’il sera un des favoris pour le prologue, mais il aura face à lui d’autres spécialistes comme Wiggins. Il trouvera ensuite sur son chemin la montée vers Mende qui est très exigeante et où il n’est à mon sens pas le meilleur. Le contre la montre au col d’Eze est moins fait pour lui que celui de l’année dernière,c’est un contre la montre en côte et court. C’est impossible qu’il creuse un écart aussi important que l’année dernière sur les grimpeurs comme Valverde. Ce sera vraiment plus compliqué pour lui de gagner Paris-Nice.

 

Selon vous, le vainqueur de l’étape de Mende, qui est à priori la plus difficile et que vous connaissez par coeur, sera-t-il également le vainqueur de Paris-Nice ?
 
Pas obligatoirement ! Si le peloton arrive groupé au pied de Croix-Neuve, on peut avoir un écart faible entre les leaders. Entre le premier et le dixième je pense qu’il peut y avoir 1 minute d’écart. Mais entre le premier et le deuxième, c’est fort possible qu’il n’y ait qu’une poignée de secondes. Par contre, le coureur qui arrivera à distancer ses adversaires sur cette montée, ça voudra dire qu’il est le plus fort. Du coup, il sera obligatoirement présent sur le Col d’Eze.

En fin de compte, je pense quand même que celui qui est le plus fort à Mende aura de fortes chances de gagner Paris-Nice. Par contre, on ne saura pas avec certitude qui a gagné avant la dernière étape. Il y a une vraie volonté des organisateurs de ménager le suspense jusqu’au bout cette année. C’est vrai que les années précédentes, on restait un peu sur notre faim le dernier weekend.

 

Paris-Nice est une course qui vous a souvent réussi. Comment faut-il l’aborder pour gagner ?
 
Déjà dans une très bonne condition physique, ça c’est sûr! Mais aussi avec une motivation à toute épreuve. Il semblerait qu’il fasse beau cette année, mais quand on passe dans le centre de la France à cette période de l’année, il faut être prêt à souffrir et à surmonter les aléas de la météo. Il faut être un coureur complet et toujours rester bien placé pour ne pas se faire piéger par des bordures. Ensuite sur la première étape clé, il est important de marquer de son empreinte la course et prendre tout de suite un ascendant psychologique sur ses adversaires.

 

Question au sélectionneur de l’équipe de France. Les JO de Londres devraient sourire à un sprinteur. Un jeune comme Arnaud Démare, qui brille actuellement, peut-il faire partie de l’équipe olympique ou la longueur de l’épreuve est-elle trop importante ?
 
L’épreuve est longue, c’est sûr! Tout d’abord tout le monde dit que ça devrait sourire aux sprinteurs, mais moi je ne suis pas d’accord. Ce sont les Jeux Olympiques, tous ceux qui seront présents voudront rammener une médaille. Le parcours, on l’a découvert l’été dernier lors de l’épreuve pré-olympique avec une distance réduite à 140 kilomètres et seulement deux tours de circuit contre neuf aux JO. Ceux qui vont faire le déplacement à Londres ne vont pas venir pour regarder Cavendish faire le sprint. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que lors de l’épreuve pré-olympique, Cavendish avait fait rouler ses gars d’entrée de jeu, mais il y avait également deux équipes amateurs de Grande Bretagne qui roulaient avec. Aux Jeux, il ne faut pas oublier qu’il n’y a que 5 coureurs par équipe dont un leader qui reste au chaud. Donc pour contrôler la course, ça risque d’être compliqué.
 
Pour revenir à la question, est ce que Demare peut être sélectionné? Il est sur ma liste des pré-sélectionnés que j’ai remise au comité olympique. J’avoue qu’il me surprend, il est très rapide. Maintenant, je ne sais pas s’il peut tenir 220 kilomètres, je ne sais pas non plus s’il va faire le Tour. Parce que honnêtement, je pense que les sélectionnés sortiront du Tour de France. Une semaine après l’arrivée sur les Champs-Elysées, les coureurs qui ont le plus de jus sont ceux qui ont fait la Grande Boucle. Et puis il y a un autre problème, je ne peux sélectionner que quatre coureurs. Il n’y aura donc pas de place pour tout le monde.

 

Quand on est coureur, attache t-on autant d’importance aux JO que les athlètes des autres disciplines ?
 
Oui ! C’est peut-être différent parce qu’on a d’autres objectifs tout au long de la saison, contrairement aux sports dit « Olympiques ». Les athlètes des autres disciplines se préparent avec dans le viseur les Jeux Olympiques. Mais pour un cycliste ça reste quand même important. Une médaille aux JO, c’est une reconnaissance planétaire.

 

Revenons à Paris-Nice, Thierry Adam a annoncé qu’il voyait bien Chavanel briller sur Paris-Nice, êtes vous d’accord ?
 
Pourquoi pas ! Sylvain marche bien. Le problème c’est que je ne suis pas certain qu’il pourra faire ce qu’il veut. L’équipe Omega-Pharma Quick-Step vient sur ce Paris-Nice avec une grosse équipe. Tony Martin et Leipheimer seront logiquement les leaders de l’équipe. Ça m’étonnerait énormément qu’ils viennent sans ambition et pour assister Sylvain. Je pense que Chavanel aura un rôle de franc tireur comme il a l’habitude de faire. S’il a une ouverture, nul doute qu’il saura sauter sur l’occasion.

 

Quel est votre favori pour ce Paris-Nice ?
 
Je vais vous donner mon podium. Dans le désordre, je vois bien Wiggins, Leipheimer et Valverde. Et à surveiller un degré moindre, Tony Martin et Frank Schleck. Le problème c’est que chez Sky et Omega Pharma, je ne vois pas trop qui sera leader et je crois qu’eux-mêmes ne le savent pas non plus (rires). Comme souvent, c’est le déroulement de la course qui révèlera les leaders.

propos recueillis par Romain Puissieux (3e année Ecole journalisme de Nice) pour En Pleine Lucarne

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