Les News — 12 mars 2012

Invaincu en 2012, le RC Lens, 12e avec 34 points, reçoit le SC Bastia, leader du championnat avec 49 points, lundi 12 mars à 20h30, sur Eurosport. Plus qu’une simple opposition de Ligue 2, cette rencontre va raviver des souvenirs douloureux pour les deux équipes. En octobre dernier lors du match aller, l’arbitre avait distribué trois cartons rouges et une violente bagarre avait éclaté sur la pelouse corse. Coupable d’une agression sur un dirigeant bastiais, Gabriel Cichero a été suspendu 10 mois par la commission et ne retrouvera les terrains français qu’en juin prochain. Jean-Luc Arribart, qui sera au stade Bollaert pour la clôture de cette 27ème journée, nous présente les enjeux de ce match au contexte très particulier. Le consultant d’Eurosport n’imagine pas une Ligue 1 sans Bastia l’année prochaine, mais ne prend pas le risque de condamner définitivement Lens. Les joueurs sang et or vont devoir poursuivre leur belle série pour croire encore au podium. De leur côté, les Corses se rendent dans le Pas-de-Calais sans pression. Mais avec 5 points d’avance sur Clermont, son dauphin et la ferme intention de l’emporter, pour se rapprocher encore un peu plus de l’élite.

Avec 49 points, Bastia n’est plus très loin de la montée. Combien manque-t-il de victoires aux Corses pour se garantir une place dans l’élite ?

On a coutume de dire qu’avec 18 victoires, une équipe s’assure de monter en Ligue1. Aujourd’hui, il faudrait donc que les Corses arrivent à remporter quatre matches lors des 12 dernières journées pour y parvenir. Avec leur série de huit victoires, un nul et seulement une défaite lors des dix dernières rencontres, on peut imaginer qu’ils atteindront tranquillement cet objectif. L’année dernière seule l’équipe d’Evian était parvenue à remporter 18 succès. Ajaccio et Dijon s’étaient arrêtés à 17 victoires. Vu le classement cette année, on peut même imaginer que la montée se jouera en-dessous. Troyes actuellement au pied du podium, n’a remporté que 11 succès en 27 rencontres. Difficile d’imaginer qu’ils puissent enchaîner sept succès lors des 12 derniers matches.

Les Bastiais vont-ils commencer à calculer ?

A 12 matches de la fin, il est évident que les équipes commencent à regarder sérieusement le classement. Bastia n’avait pas forcément prévu de dominer le championnat de cette manière après être remonté en Ligue 2. Mais cette équipe est très consistante. Ils ont gardé les mêmes joueurs, se sont renforcés intelligemment, et ont su gérer les cas Diallo et Kahzri à la trêve.

Est-ce l’équipe la plus équilibrée du championnat ?

A coup sûr ! On peut avoir que des joueurs rapides, lents, grands ou petits, ce n’est qu’une question d’équilibre. Et Bastia possède un très gros potentiel offensif avec Suarez, El-Azzouzi, Diallo, Kahzri, Robail et Maoulida. Frédéric Hantz a eu le nez creux en allant chercher Rothen pour le replacer devant la défense. Avec sa propreté technique et sa sérénité il est rapidement devenu  la première rampe de lancement de l’équipe. Puis, comme l’assise défensive est forte avec un très bon gardien, l’équilibre est parfait. D’ailleurs, il suffit de regarder les statistiques. Bastia est à la fois meilleure défense et meilleure attaque de cette Ligue 2.

Quel est le rôle de Frédéric Hantz dans cette réussite ?

Il en est l’architecte, le maître d’oeuvre. Il a construit cette équipe en lui donnant l’amour de la victoire, et en la mettant en conditions psychologique et tactique pour la rendre très performante.

Je connais très bien Frédéric Hantz puisque c’est moi qui l’avais fait venir au Mans à l’époque. Je l’avais découvert avec Brive en coupe de France, on avait beaucoup discuté de ses méthodes d’entraînement et je l’avais mis en relation avec Henri Legarda. C’est un coach qui inculque énormément de valeurs à ses joueurs. Il interdit les portables et les casquettes lors des rassemblements notamment. Il réalise un vrai travail de fond et aime surprendre son équipe avec des entraînements « différents » de ce que l’on connait habituellement. C’est arrivé qu’il organise une séance dans le noir pour éveiller d’autres sens chez ses joueurs et qu’ils apprennent à s’écouter, à sentir les déplacements de chacun.

Après deux échecs consécutifs à Sochaux et au Havre, tenter le pari de se relancer en National est un défi osé. Un challenge de la dernière chance puisque sa carrière d’entraîneur professionnel pouvait se terminer s’il ne parvenait pas à s’imposer à Bastia. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a réussi et qu’il est en train de réaliser quelques chose de formidable.

Comment le staff, les joueurs, l’entraîneur vivent cette situation ? S’attendaient-ils à réaliser une telle saison ?

Même s’ils étaient confiants, je ne pense qu’ils envisageaient un parcours aussi remarquable.  D’autant plus que Clermont et Reims marchaient plutôt bien en début de saison. Le club a fait confiance au groupe qui a fait ses preuves l’an passé et l’effectif a été renforcé intelligemment. Avec cette place de leader et le jeu produit, les dirigeants ont au moins la confirmation qu’en faisant les choses de façon cohérentes, on peut réussir.

Tout l’inverse de Lens finalement  ?

Le début de saison a été marqué par un remaniement complet de l’effectif. Lens a misé sur des jeunes, des vieux briscards de ligue 2 et a dû faire face à une période adaptation puisqu’un nouvel entraîneur est arrivé. Malgré toute sa compétence, Jean-Louis Garcia a eu besoin d’un peu de temps pour trouver la bonne carburation. Pour en avoir souvent parlé avec lui, il savait que ce serait difficile. Les résultats sont un peu mieux depuis quelques semaines, l’effectif est au complet et les joueurs ont repris confiance. Il lui manque certainement une série de succès pour se prouver et prouver à ses supporters qu’elle a aussi des capacités.

Après, ce qu’il se passe en coulisse et l’incertitude liée à l’actionnariat n’aide pas à travailler dans la sérénité. Gervais Martel et ses histoires de garde à vue, de brigade financière, de promesses avec des entrepreneurs, tout ça est forcément déstabilisant. Le Crédit Agricole est intervenu au profit du président lensois pour gérer les finances du RC Lens devenues inquiétantes. Même s’il paie aujourd’hui quelques paris un peu trop osés qui lui ont couté cher, j’aime beaucoup Gervais Martel. C’est un passionné, une locomotive qui emmène tout le monde dans son sillage. Il a du sang rouge et jaune qui coule dans ses veines. Il en est malade de son club, c’est sa vie !

Dans quelle situation sportive se trouvent les lensois ?

Leur classement est assez étrange puisqu’ils sont à huit points du podium et à sept points de la zone rouge. Je ne peux donc pas dire que la montée soit pliée, on le saura après le match contre Bastia. Ils ont le potentiel pour faire une série mais c’est maintenant que cela va se jouer. S’ils s’imposent, ils poursuivront leur spirale positive et enverront un signal fort à toutes les autres équipes. Avec 35 000 supporters qui vont pousser à Bollaert, ils peuvent devenir très compliqués à battre. Par contre, une défaite viendrait mettre un terme aux bons résultats et anéantirait tout les espoirs de Ligue1. Le ressort serait cassé. Ils termineraient alors la saison en regardant dans le rétroviseur pour éviter de se faire des frayeurs quant à la zone de relégation.

Que pensez-vous de cette rencontre face à Bastia ?

Lens joue son va-tout et va être obligé d’emballer le match très vite en mettant une énorme pression sur Bastia. Et puis avec l’histoire du match aller, ils auront une formidable envie de l’emporter. Cette rencontre va se disputer dans un environnement spécial. Lens reçoit le leader mais aussi une équipe qui lui a fait beaucoup de mal en première partie de championnat. Je ne juge pas les évènements mais ce qu’il s’est passé à eu des conséquences importantes pour l’équipe de Garcia. En plus, il s’agit de la dernière cartouche pour les Sang et or dans la course pour la montée. Cette partie est chargée d’enjeux à tous les niveaux !

Dans quel état d’esprit seront les Bastiais ?

C’est un match particulier et ils savent bien qu’ils seront attendus. Cependant, ils connaissent la fragilité de Lens à domicile. Donc les Bastiais qui sont en pleine confiance viendront avec l’envie de l’emporter. Ils savent qu’ils vont être bousculés mais ont l’habitude et resteront concentrés. Comme cette équipe ne joue jamais pour garder un résultat, elle fera tout pour prendre les trois points. Les Corses sont tranquilles. Même en perdant à Lens, ce ne sera pas un drame. Il y a une forme de sérénité envers le jeu et leur efficacité offensive. Le seul facteur qui peut jouer en leur défaveur sera dans leur capacité à garde leurs nerfs et ne pas craquer face à l’émotion de ce match. Dans un stade comble, les décisions de l’arbitre seront également très importantes. Il devra absolument tenir compte des évènements du match aller et calmer tout de suite les esprits pour éviter de devenir l’acteur principal de la rencontre.

propos recueillis par Anthony Davière pour En Pleine Lucarne

Share

About Author

Vincent Rousselet-Blanc

(2) Readers Comments

  1. Pingback: go learn web98.

  2. Une victoire de plus qui rapproche les Bastiais de la montée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>