"A l'affiche" Football Les News — 01 mars 2012

Benfiquistas, Portistas et amateurs de football portugais, le grand moment est enfin arrivé : l’heure du match de l’année a sonné au Portugal. Vendredi 2 mars, 21h15, Ma Chaîne Sport sera au Stade de La Luz, à Lisbonne, pour le clasico entre Benfica et Porto en ouverture de la 21ème journée de Liga Sagres. Un derby qui revêt une importance toute particulière puisque les deux clubs sont co-leaders du championnat à 10 journées de la fin. Et qui dit match portugais sur MCS, dit forcément Nicolas Vilas. Passionné et toujours très pointu, le commentateur a accepté de se pencher sur cette rencontre au sommet pour En Pleine Lucarne. Analyses des difficultés rencontrées par le FC Porto, retour sur le transfert de Lucho et explications du renouveau de Benfica… le présentateur de Tribune Foot évoque la situation des deux équipes à quelques jours de ce choc haut en couleurs.

 

Que peux-tu nous dire sur ce derby ? Comment est-il vécu au Portugal ?

Benfica-Porto est le seul vrai clasico au Portugal. L’attente autour de ce match est immense. En plus, le scénario est fantastique : les deux équipes sont à égalité à 10 journées de la fin. Même si la plupart des joueurs sont étrangers, ils sont conditionnés par le club et les supporters. Ils savent ce que représente cette rencontre. Par contre, les observateurs sont inquiets parce que le match a été avancé à vendredi en raison du huitième de finale retour de Ligue des Champions entre Benfica et le Zenith Saint-Petersbourg. Soit, deux jours après les matches amicaux des sélections nationales. Si l’on cumule les joueurs appelés avec leurs pays évoluant à Benfica ou Porto, une trentaine d’internationaux auront joué en semaine. Il y a donc un gros point d’interrogation sur l’état de fraîcheur des deux équipes et le spectacle qu’elles pourront proposer.

Peut-on dire que le vainqueur de ce match sera champion ?

Les entraîneurs Vitor Perreira (Porto) et Jorge Jesus (Benfica) font preuve de prudence dans leur communication. Ils tiennent à relativiser l’enjeu de ce match. Mais il est évident que si une équipe s’impose vendredi, elle aura toutes les chances de remporter le titre. Après, on n’est pas à l’abri de contre-performances comme vient de connaître Benfica (un nul et une défaite) qui comptait encore cinq points d’avance sur Porto il y a deux semaines. Personne n’aurait pu prédire ce revirement de situation. Et c’est ce qui rend cette rencontre encore plus palpitante !

Après le flop de l’an passé (Porto termine champion avec 20 points d’avance), Benfica a fait beaucoup d’efforts l’été dernier pour exister à nouveau. Entre la Ligue des Champions et le championnat, cela à l’air de bien fonctionner ?

Benfica est très fort et Porto l’est un peu moins. Jesus à fait venir des jeunes joueurs à fort potentiel avec Nolito, Rodrigo, César, Witsel et pris un gardien sûr en la personne d’Artur. Oscar Cardozo est le meilleur buteur du championnat, Pablo Aimar est fantastique. Ils sont sortis premier de poule en Ligue des Champions devant Bâle, qui vient de taper le Bayern et Manchester United qui réalise une saison incroyable en Premier League. Offensivement, c’est vraiment plaisant. D’ailleurs, cela faisait 37 matches de championnat que Benfica n’avait pas marqué durant deux matches de suite.

D’ailleurs, comment sens-tu ce match retour de Ligue des Champions entre Benfica et le Zenith ?

Même s’ils ont perdu (3-2) à l’aller, je suis très confiant. Je les vois bien se qualifier. Et derrière on ne sait pas vraiment ce qu’il peut se passer. En finissant premier de leur groupe, ils ont envoyé un signal fort. Benfica a les moyens pour inquiéter beaucoup d’équipes et je me refuse à parler de bon tirage en cas de qualification pour les quarts de finale. C’est une grosse équipe et il ne faut pas sous-estimer son effectif ni minimiser son parcours.

En quoi Porto est-il moins fort ?

Le club a perdu deux éléments indispensables l’été dernier avec les départs de Falcao (Atletico Madrid) et André Villas Boas parti entraîner Chelsea. C’est très peu et beaucoup à la fois. Vitor Perreira, l’adjoint de Villas Boas, a été nommé à la tête de l’équipe. Mais dès son arrivée, il a eu des déclarations surprenantes, arrogantes. Il a tout de suite voulu légitimer sa nomination en s’appuyant sur sa présence dans le staff l’an passé. Comme pour dire qu’il avait aussi sa part de responsabilité dans les succès du FC Porto. Même si c’était vrai, les supporters n’ont pas vraiment compris. Ensuite, concernant le domaine sportif, il montre certaines limites dans sa gestion du groupe. Il a eu beaucoup de mal au début de saison quand Guarin, Hulk, Alvaro Perreira ou Rolando manifestaient leurs envies de départ. Idem quand il a fallu remobiliser une équipe un peu démotivée après avoir tout gagné la saison passée.

Quelque chose s’est-il cassé ?

Pour la première fois cette saison, Porto a beaucoup recruté et à des prix inhabituels. Sur l’ensemble de l’année, ils ont d’ailleurs déboursé 80M d’euros, ce qui représente le record du club. D’habitude, les joueurs ont des profils bien particuliers. Ils sont toujours très jeunes et souvent sud-américains. Alors même si Porto a de nouveau activé cette filière avec les arrivées de Kléber, Danilo, Iturbe, le second a débarqué de Gremio pour 17M par exemple ! Et cet hiver, le buteur autrichien Marc Janko, déjà très bien connu des services puisqu’il a 28 ans, a rejoint l’effectif. Je crois que ces choix de la part des dirigeants en disent long sur l’état des lieux. Effectivement, quelque chose s’est cassé et les temps vont devenir difficiles financièrement.

Sportivement, les Dragons n’ont pas passé les poules en Ligue des Champions et viennent de se faire corriger par Manchester City en Europa League, comment est perçu cet échec ?

Comme une véritable catastrophe. Ne pas sortir d’un groupe composé de Nicosie, Donetsk et le Zenith, pour une équipe comme Porto, ce n’est pas normal. Mais le plus grave concerne le budget qui devait être conditionné par une qualification en huitièmes de finale. Le club va devoir se serrer la ceinture. Cela n’a d’ailleurs pas traîné puisque Guarin (Inter) et Souza (Grêmio) ont été prêtés pour alléger la masse salariale et Cristian Rodriguez devrait en faire de même assez rapidement. Lucho est arrivé gratuitement et ce n’est pas un hasard s’il a fait un gros effort financier. Après, en ce qui concerne l’élimination face à City, ce n’est pas une surprise. Quand on voit le niveau de jeu des dernières semaines, personne ne se faisait d’illusion. Même si le score est très sévère au match retour et l’exclusion de Rolando a changé beaucoup de choses (4-0).

En parlant de Lucho, quel regard portes-tu sur ce retour ?

Déjà il faut dire que le mec a été accueilli comme une star. Lucho il est chez lui à Porto ! Il est parti deux ans et demi, c’est comme s’il n’avait jamais quitté le club. Dès son premier match il marque un but fabuleux, ce week-end il tape la barre sur une frappe de 30 mètres. Même si ce n’est pas encore le joueur que l’on a connu avant son départ à l’OM, il est de nouveau en confiance. Il voulait à tout prix revenir et n’a pas hésité à faire un effort sur son salaire. Et puis, Lucho a un charisme fantastique. Même s’il ne parle pas, sa présence fait lever les foules. Il va être un appui très important pour Perreira qui a du mal à tenir son vestiaire. Avec son expérience, son amour du club et son professionnalisme, son retour ne peut qu’être positif.

Avec ces problèmes financiers, Porto ne risque-t-il pas de se séparer de ses meilleurs joueurs comme Hulk par exemple ?

Il faut bien se mettre en tête que le championnat portugais n’a jamais eu pour vocation d’attirer des stars et de les garder. Les équipes comme Benfica et Porto font venir des jeunes joueurs, les aident à grandir et à s’affirmer en Europe pour ensuite les revendre à un très bon prix et réaliser une plus-value. Donc effectivement, Porto va perdre des joueurs mais comme cela a toujours été le cas.

Pour le moment, aucun club n’est prêt à payer la clause libératoire de Hulk, fixée à 100M par le président Pinto Da Costa. Chelsea a fait une offre à 35M mais on n’en sait pas davantage. C’est pareil du côté de Benfica d’ailleurs. Simao, Coentrao, Di Maria viennent tous de cette politique. Même si Coentrao n’a pas été remplacé qualitativement, puisque c’est impossible, le club tourne toujours.

Peut-on dire que Benfica est favori ?

Encore une fois, tout dépendra de la forme physique dans laquelle les joueurs reviennent de leur sélection nationale. Beaucoup de données entrent en compte pour ce match. D’un côté, Benfica vient de laisser échapper cinq points, de l’autre, Porto a perdu son invincibilité de 55 matches consécutifs contre le promu Gil Vicente (3-1)! Voir Porto prendre une claque pareille face à une équipe qui accède à l’élite, c’est une vraie surprise. Et pour la petite histoire, le record est donc toujours détenu par Benfica avec…56 matches sans défaite.

Autre élément très important : on connait l’arbitre qui officiera pour cette rencontre. Il s’agit du même arbitre que lors du 5-0 infligé par Porto à Benfica, il y a un an et demi. Et les Benfiquistes n’ont toujours pas digéré. Savoir que vendredi ce sera le même arbitre réveille en eux des mauvais souvenirs.

Peut-on au moins imaginer un match enlevé ?

Historiquement, ces rencontres se terminent rarement sur des 0-0. Il y a souvent beaucoup de buts et avec la force de frappe des deux équipes, on peut légitimement penser que le spectacle sera au rendez-vous. C’est très difficile voire impossible de donner un favori, l’enjeu est trop important et les équipes trop proches l’une de l’autre pour se prononcer. Même si Porto a concédé quelques résultats nuls à l’extérieur cette saison, cette rencontre reste un derby face au rival historique, et qui plus est pour prendre une option sur le titre de champion. Peu importe qui sort vainqueur, je n’ai pas de préférence et je ne me risquerai pas à un pronostic. Le mieux que je puisse vous dire, c’est que mon ami Raymond Domenech a joué le match nul (rires) !

Propos recueillis par Anthony Davière (3e année école de journalisme Nice) pour En Pleine Lucarne

PS : Anthony recherche un stage pour l’été. Faire offre à @anthonydavière

Share

About Author

Vincent Rousselet-Blanc

(3) Readers Comments

  1. meme moi je peu le faire

  2. Un jeune qui connait parfaitement le football portugais,lucide et qui arrive tres bien à faire comprendre la complexité actuelle de la situation des clubs portugais… Nico,un futur grand sur nos ondes…

    Saraiva A.

  3. Le choc de la Liga Sagres. Le titre pourrais ce jouer ce soir.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>