Entretiens EPL Les News — 11 janvier 2012

Alors que certains se demandent si Al Jazeera Sport France, et Charles Biétry, son directeur, va débaucher du personnel à Canal+, d’autres réaffirment leur attachement à la chaîne cryptée. Après Christophe Dugarry qui a prolongé son contrat, c’est au tour de Pierre Ménès de resigner aujourd’hui un contrat de quatre ans avec le groupe Canal, qui en a fait un de ses journalistes vedettes, entre le Canal Football Club et les Spécimens, les deux émissions auxquelles il participe activement. Avant de replonger pour quatre ans, Pierre tire pour En Pleine Lucarne, un bilan de sa présence depuis deux saisons et demie, revient sur son évolution, sur celle du CFC et des Spécimens, sur ses envies, non sans nous glisser son avis sur la nouvelle concurrence et sur l’arrêt de 100% Foot sur M6, émission qu’il a vu naître quand Estelle Denis l’animait et dans laquelle il avait révélé ses talents de chroniqueur -journaliste à la langue bien pendue.

 

Tu viens de resigner pour quatre ans avec Canal+. A-t-il fallu batailler pour y trouver ta place ou cela s’est-il fait naturellement ?

Les deux. Je dirais qu’il a fallu batailler naturellement. La bataille, elle s’est d’abord faite sur le timing de mes interventions car le CFC est une émission assez longue. C’est aussi une machine bien rodée, techniquement parlant, avec des créneaux de temps de parole à respecter pour laisser place aux images. Hervé Mathoux joue le rôle du métronome du CFC. Comme je n’ai pas d’oreillettes, il a fallu que je m’adapte au rythme. Aujourd’hui, je n’ai toujours pas d’oreillettes, mais je connais parfaitement la mécanique, ce qui me permet de mieux gérer mon temps de parole. Maintenant, quand le débat est intéressant et que j’ai quelque chose à dire, je le dis, même si je sais que parfois ça risque de contrecarrer le timing prévu. Ça énerve Hervé, parfois, car lui il est responsable de ce rythme (rires). Finalement, Hervé qui a dû s’habituer à moi, autant que j’ai dû m’adapter à lui.

Pourtant ces histoires de rythme, tu en avais pris l’habitude avec 100% Foot, sur M6…

Non car même si Estelle Denis tenait aussi bien les rênes de l’émission, là-bas j’avais tout le temps que je voulais. Je pouvais secouer le cocotier aussi fort que je voulais, lui mettre même des coups de hache, ce n’était pas un problème. Sur le CFC, tout est plus encadré. Je peux toujours secouer le cocotier, mais je dois veiller à respecter les téléspectateurs qui viennent pour voir avant tout le film de la Ligue 1. C’est là tout l’art et la difficulté du CFC : s’adresser au plus large public et aussi à un pourcentage d’amateurs qui veulent du débat plus pointu, plus technique. C’est aussi pour cela que l’on a créé le Debrief à la suite de la grande affiche. C’était une excellente idée car il permet de parler de jeu et d’analyse, j’adore et ça cartonne. Résultat, aujourd’hui le CFC attire 1,6 million de téléspectateurs de moyenne (avec des pointes à 1,8 million et un record à 1,9 million, ndlr), ce qui est énorme à cette heure-là très concurrentielle le dimanche et le Debrief près d’un million après 23h pendant quinze-vingt minutes, ce qui est aussi énorme. Deux vrais succès.

As-tu assez de place à l’antenne aujourd’hui, ce qui ne semblait pas être le cas au tout début ?

Oui, aujourd’hui je ne ressens plus aucune frustration. La frustration, je l’ai ressentie les deux trois premiers mois de mon arrivée, justement à cause de ces histoires de timing que je ne maîtrisais pas. Mais avec la création du Debrief et, surtout, de l’émission Les Spécimens, le mercredi sur Canal+Sport, qui a été justement imaginée pour moi ou autour de moi car j’étais le premier Spécimen, j’ai trouvé mon équilibre. Du coup, je n’éprouve plus spécialement le besoin d’être dans les Spécialistes où je devais apparaître en alternance. Et puis retrouver Hervé le lundi en fin de journée à l’enregistrement alors que tu as passé tout le dimanche soir avec, cela donne un peu la sensation de poursuivre le CFC. Je prends énormément de plaisir à changer de registre aux Spécimens puisque j’ai toujours milité pour parler plus de jeu et là je peux le faire.

La saison dernière, on t’a mis Christophe Dugarry plus souvent sur le plateau du CFC pour faire ton contre-poids. Tu en avais besoin ? « Duga » te stimule plus que Elie Baup ou Daniel Bravo ?

Non, d’abord parce que je connaissais Daniel, Elie et Christophe bien avant le CFC et que j’avais déjà relations déjà très amicales avec eux. Mais j’adore l’élégance de Christophe, déjà à l’époque où il était sur le terrain et maintenant à la télé, sa façon de dire les choses aussi. Quand j’étais journaliste à l’Equipe, dès que j’allais l’interviewer je savais que je rentrerais au journal avec de quoi remplir un vrai article, avec des choses intéressantes. C’est pareil maintenant.

Daniel Bravo, je l’aime beaucoup aussi car c’est un vrai bosseur. Il prend toujours des notes et je me moque d’ailleurs souvent de lui à ce propos. Daniel a compris qu’il ne suffisait pas d’avoir un nom ou d’avoir connu une brillante carrière de joueur pour se glisser dans un fauteuil de consultant. Consultant c’est un boulot et il progresse beaucoup.

Quant à Elie, je l’apprécie beaucoup car il aime bien venir me chercher et je suis content qu’il y ait en plateau des personnes qui ne soient pas d’accord avec moi, ça enrichit le débat.

On se souvient, à ton arrivée au CFC, de la levée de boucliers de certains accusant l’émission de « se beaufiser ». Aujourd’hui, il semblerait que tout se soit calmé, le CFC fait de super audiences. Aurais-tu enfin convaincu le public que tu n’étais pas qu’une grande gueule ?

Je pense que les gens qui me considèrent uniquement comme une grande gueule, soit ne me connaissent pas, soit ne m’écoutent pas. Un exemple très précis. Dimanche dernier, j’ai sorti, pendant vingt secondes, un propos plutôt technique concernant Gaël Kakuta, l’espoir Français qui n’a pas réussi à Chelsea. Je disais en substance que Chelsea, depuis toujours, avait du mal à intégrer des joueurs qui demandaient le ballon dans la profondeur. Cette réflexion n’intéressait sans doute que 15% de nos téléspectateurs, mais j’étais content de l’avoir dit.

Aujourd’hui, certaines femmes m’interpellent dans la rue pour me prendre en photo pour leur mari, me disent qu’elles apprécient regarder le CFC. C’est donc qu’on arrive à capter tous les publics. Nous avons trouvé la bonne formule. Ce qui ne nous empêche pas de toujours réfléchir à des évolutions possibles. D’autant plus qu’une certaine concurrence se fait aujourd’hui connaître. Mais bon, je pense qu’on a le temps de voir.

Comment ça ?

J’aimerais quand même dire deux ou trois choses sur Al Jazeera Sport. C’est la troisième attaque contre Canal+. Il ya eu TPS, puis Orange Sport qui, elle, avait des moyens pour acheter un match de Ligue 1 (le samedi soir, ndlr) à 260 millions d’euros la saison. Al Jazeera a acheté un peu de Ligue 1, des matchs de Ligue des Champions et d’autres choses encore. Mais ils vont les diffuser où ? Charles Biétry a beau parler dans la presse, on ne sait toujours pas où cette chaîne, ou ces chaînes (il y en aura deux normalement, ndlr), seront diffusées : Le câble ? L’Adsl ? Satellite ? Les qatariens ne sont pas des mécènes, ils font du business. Même s’ils sont prêts à perdre de l’argent, il va falloir que ça marche : on fait de la télé pour être vu !

Et le jour où Al Jazeera fera une émission qui sera vue par 1,8 millions de téléspectateurs, il va se passer du temps et je serais peut-être à la Baule à sucrer des fraises en déambulateur.

 « Personne ne se désabonnera de Canal+ »

Aujourd’hui, crois-tu que les abonnés Canal vont se dire : « j’arrête Canal et je prends Al Jazeera Sport ? » Non ! Personne ne le fera. A la rigueur, les vrais fondus de sport, qui en ont les moyens financiers, la prendront en complément.

Maintenant, je n’ai aucune agressivité contre Al Jazeera Sport France. Elle va donner du boulot à des journalistes, créer une émulation, stimuler la créativité de la concurrence. Je suis ravi. Je suis surtout ravi de voir ce que Canal+ proposera dès la saison prochaine, et pour quatre saisons, car nous aurons une offre Ligue 1 infiniment supérieure à celle actuelle, avec deux matchs par journée et des critères de premier choix pour notre affiche du Dimanche plus avantageux pour Canal+. Sans oublier les 13 premiers choix en Ligue des Champions qui, jusqu’à preuve du contraire, ne sont pas moins bien que ce que Canal+ possédait avant. En tout cas, nous sommes toujours présents et plus que présents avec notre savoir faire.

Platini : un grand écart digne du Bolchoï

J’aimerais aussi dire un mot sur Michel Platini, le patron de l’UEFA. Il me fait marrer. Il a effectué quelques sorties médiatiques sur le PSG version Qatar en critiquant ce côté foot business de QSI, etc…Et quelques semaines après, il donne les droits de la Ligue des Champions à QSI, les patrons d’Al Jazeera, mais aussi l’actionnaire majoritaire du PSG !

Michel Platini montre donc une certaine souplesse au niveau des adducteurs parce que là le grand écart est digne du Bolchoï ! En fait, Platini illustre bien la maxime : « faites ce que je dis, pas ce que je fais ».

Revenons à ton expérience Canal+ que tu as décidé de prolonger de quatre ans…

Oui, ici je suis heureux, libre, et ça marche. Il ne m’est pas venu une seconde, malgré la concurrence qui arrive, de me poser la question de partir ou pas. Moi, je quitte mes jobs quand je ne suis plus heureux. A Canal, je le suis et la discussion avec Cyril Linette n’a pas pris cinq minutes ! Ce que je fais ici, je ne pourrais le faire nulle part ailleurs, ni avec la même liberté. Donc la question ne s’est même pas posée et je n’ai pas attendu de voir ce que la concurrence pourrait proposer. J’ai clairement fait savoir que ma priorité était à Canal.

Les Spécimens, c’est vraiment l’émission que tu imaginais, que tu espérais ?

Oui, c’est un vrai moment de plaisir, que ce soit avec Nathalie Iannetta quand elle n’a pas la Ligue des Champions, ou avec Messaoud Benterki qui la remplace parfois. Et puis on a une équipe de spécimens qui fonctionne super bien, avec des consultants en grande forme et qui ont énormément progressé depuis l’année dernière. D’ailleurs, ils ont tellement progressé que, du coup, j’ai moins à prendre la parole que la saison dernière où je devais supporter un peu plus le poids de l’émission sur mes épaules. Je suis très heureux d’en faire partie.

Un petit mot sur la disparition de 100%Foot sur M6 ?

On s’est échangé quelques mails avec Estelle (Denis) et bien sûr que nous sommes tristes car c’était un peu notre bébé à une époque. Mais bon le bébé a grandi sans nous, est devenu adulte.

Maintenant, au-delà de ça, je ne comprends pas ce que M6 fait avec le sport. Quand on voit combien Al jazeera a payé pour obtenir la Ligue 1 (90 millions d’euros, ndlr), je me dis que c’était dans l’économie, dans les prix de M6 et que la chaîne, si elle avait voulu bien s’implanter dans le milieu, aurait pu investir dedans et se construire une vraie place dans le foot.

Quant à l’émission, elle a été sacrifiée. Parfois elle commençait à une heure du matin, voire plus. Après on a beau jeu de dire que les audiences baissent, etc. Du coup, M6 la remplace par une rediffusion d’une émission de Paris Première (Zemmour et Naulleau) et fait encore des économies. Mais bon, M6 est aussi devenue la 3e chaîne nationale, devant France 3, c’est donc que leur politique est sans doute la bonne.

100% Foot était quand même une des rares émissions de plateau de la chaîne. Après, mon désintérêt viscéral pour Vikash Dhorasso a fait que j’étais devenu assez peu client, mais c’est dommage pour les autres. Et puis quand j’ai quitté M6, on m’a dit « tu verras, tu vas te faire bouffer à Canal, tu fais l’erreur de ta vie, etc. ». Aujourd’hui, deux ans et demi après, 100% Foot n’existe plus, et il n’est pas dit que si j’étais resté elle existerait encore, et moi je m’éclate dans le Canal Football Club qui cartonne.

On sait que tu ne manques jamais de projets. Quels sont les prochains ?

L’écriture surtout. D’abord l’écriture d’un script pour un film noir sur le football dont j’ai l’idée ! Je travaille dessus actuellement avec Dominique Farrugia. Ensuite, j’ai envie d’écrire une comédie et un film historique. J’ai aussi des projets d’édition de livres, dont un avec Kyriakos Kaziras, le photographe animalier qui est devenu un ami et dont je vous avais parlé sur En Pleine Lucarne, et un autre qui serait un livre de cuisine déconnant avec un ami restaurateur.

Propos recueillis en exclusivité pour En Pleine Lucarne par Vincent Rousselet-Blanc

photos DR/Canal+

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Vincent Rousselet-Blanc

(5) Readers Comments

  1. La bonne nouvelle c’est qu’il n’apparaîtra plus dans les Specialistes, la mauvaise c’est qu’il sera encore quatre années sur la chaîne…
    En fait il va rester dans les deux émissions qui ont le plus baissé dans mon estime ces derniers mois: CFC n’est pas assez technique et pointu, seul Elie Baup est intéressant, avec les reportages insolites qu’ils diffusent de temps en temps.
    Quant aux Specimens c’est devenu le néant complet : d’une subjectivité sans égale sur la chaîne, sous fond de guéguerre froide entre anciens présidents ou dirigeants de l’OM et du PSG, qui passent leur temps à pratiquer la langue de bois entre eux, ou régler leurs comptes quand cela les arrange(Moutier vs Leonardo il y a peu, Villeneuve « l’homme qui sait tout sur tout » vs Colony Capital… très souvent). Qu’ils changent leurs invités ce sera déjà un bon début.
    Et pour en revenir à Monsieur Menes je trouve son attitude envers Monsieur Benterki complètement déplacée : l’humour n’excuse pas tout et cela frôle souvent le manque de respect envers le présentateur.
    Bref, pas sûr que les choix éditoriaux de Canal soient les bons pour les prochaines saisons, et contrairement à ce qui dit Monsieur Menes les vrais fans de ce sport dont je fais partie attendent impatiemment l’arrivée des nouvelles chaînes de Monsieur Biétry et des qataris.

  2. Bonsoir Vincent,

    Encore une fois une super interview sur ton site. Très content de retrouver Pierre Menes sur Canal Plus durant 4 ans. Tout comme Dugarry d’ailleurs ! Enfin des gars qui ont un autre regard sur le football ! A bientôt

  3. Dommage pour 100% foot. Mais la reconversion Canal est prometteuse!

  4. Pas sûr que Mathoux ait pris les rênes des Spécialistes JUSTE pour que Ménès l’intègre et puisse être canalisé. C’était surtout pour renforcer son prestige face à l’arrivée de CFoot à la même tranche horaire et aussi pour assurer une certaine cohérence CFC / Spécialistes. (même si Del Bello était vraiment très très bon à la tête de l’émission).

    Sinon, belle interview. Je ne sais pas s’il est vraiment TRES optimiste concernant le non-succès à venir d’Al Jazeera ou s’il est hypocrite (ou même inconscient), mais je pense que Canal doit quand même avoir les foies devant une telle puissance économique (contrairement aux moyens assez limités de TPS et Orange).
    Attention aussi aux droits des championnats étrangers qui, s’ils étaient récupérés par AJ, réduirait considérablement l’offre de Canal.

    Par contre, même s’il défend sa maison, c’est vrai que la décision de Platini, le mec qui défend les petits clubs et le fair-play financier donne la LDC au plus offrant alors qu’AJ n’a pour l’heure ni équipe dirigeante, encore moins de journalistes, aucune chaîne et aucun canal. Tout en oubliant ce qu’a fait Canal+ pour la LDC ces dernières années.

    Bref, pour finir, au moment où il a quitté M6 pour Canal, je me suis inquiété, et finalement, la CDM aidant, il a réussi à bien se fondre dans l’équipe et je l’apprécie bien (même si pas toujours d’accord avec lui).

  5. Ménès quitte donc les spécialistes (assidu pendant 3 mois) alors que mathoux avait pris la présentation pour soi disant le canaliser…
    Del bello peut l’avoir mauvaise…

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