"A l'affiche" Les News Ligue 2 — 18 décembre 2011

Avant les fêtes de fin d’année et une trêve hivernale bien méritée, Eurosport diffuse ce lundi, la dernière « Grande affiche Ligue 2 » de l’exercice 2011. Au programme : un alléchant EA Guingamp (3e) – CS Sedan (6e, avec un point d’écart) comptant pour la 18ème journée du championnat, et l’assurance de voir deux des meilleures équipes de cette première partie de saison. Pour cet ultime rendez-vous, et comme chaque semaine dans le cadre du partenariat passé entre En Pleine Lucarne et Eurosport, Christophe Jammot, toujours aussi passionnant et pointu, avoue être admiratif du travail de l’En Avant, mais aussi dubitatif sur l’équipe sedannaise. Analyse des enjeux de la rencontre. Et joyeuses fêtes à vous jusqu’à la reprise.

Guingamp-Sedan, un match entre deux belles équipes pour terminer cette année 2011 ?

Après une série de 8 matches sans défaite, Guingamp s’est brûlé les ailes vendredi dernier à Tours (défaite 5-1). Une claque qui ne remet pourtant absolument pas le travail de l’En Avant sur la durée.  Le club a fait confiance au même groupe monté de National. Une équipe soudée qui possède le profil pour rester longtemps dans la course à la montée. Sans que ce soit péjoratif, Guingamp doit être un modèle pour les petits clubs. Les Bretons ont fait beaucoup d’efforts et je m’amuse à comparer le stade du Roudourou à San Siro du Milan AC. Tout est bien conceptualisé, en rouge et noir, avec une structure d’entraînement de qualité. Il est plaisant d’avoir des retours sur le terrain après un tel travail en amont.

A l’inverse, Sedan est une équipe très étrange : d’un côté la meilleure attaque, de l’autre une des plus mauvaises défenses (17ème). Quand elle se retrouve empêtrée comme contre Arles-Avignon ce week-end (0-0), elle redevient commune. Je suis dans l’expectative face à une équipe aussi prolifique. Ils sont capables de passer au travers assez régulièrement et alternent le bon comme le mauvais. Laurent Guyot va devoir trouver un équilibre plus juste pour envisager la montée. Sedan a besoin d’allier cette philosophie offensive avec une assise défensive à la hauteur s’il veut s’inscrire dans la durée.

N’est-ce pas étrange de retrouver Guingamp sur le podium, alors qu’elle ne fait partie ni des meilleures défenses, ni des meilleures attaques ?

L’En Avant est vrai groupe avec des habitudes positives apportées par la montée. Il y a une sorte de confiance inébranlable qui s’installe avec les bons résultats, un peu à l’image de Bastia qui ne possède pas la meilleure équipe, mais qui réussit tout ce qu’elle entreprend. Guingamp s’appuie sur l’homogénéité de son effectif et encore une fois, le revers contre Tours n’est qu’un épiphénomène.

La claque reçue par Guingamp peut-elle avoir un impact sur ce dernier match ?

Si j’ai bien compris, Guingamp aurait pu mener 3-1 à la mi-temps, a poussé en seconde période et s’est fait contrer. Gourvennec ne changera pas sa philosophie de jeu pour autant. Contre Nantes en début de saison, l’équipe avait encaissé une défaite assez similaire (3-1) et était parvenue à enchaîner, avec cette série de 8 matches sans défaite derrière. S’il faut perdre une fois tous les 8 ou 9 matches pour réaliser ce genre de série, Guingamp sera très content. Par contre, ils sont dans l’obligation de sortir un gros match pour ne pas cogiter et reprendre leur marche en avant.

Comment expliquez-vous que ces deux équipes comptent pratiquement le même nombre de points (28 pour Guingamp contre 27 pour Sedan) ?

C’est effectivement assez incroyable. J’ai vu la même chose avec Kashiwa Reysol, le champion du Japon présent au mondial de clubs. Cette équipe a connu 8 défaites en championnat, mais compte 16 points d’avance sur le quatrième qui lui n’a perdu que 6 fois. Ils faisaient très peu de matches nuls, donc rééquilibraient la balance comptable avec des victoires. Sedan vit un peu la même chose puisque son goal average n’est que de +4. Pour une équipe dans le haut du tableau ce n’est pas forcément bon signe.

Retrouver Guingamp sur le podium après 17 journées ne vous surprend donc pas ?

Un peu comme Bastia, Guingamp a opté sur la continuité en conservant la quasi totalité de son groupe de la saison dernière. La Ligue 2 est un championnat très homogène et l’En Avant possède le profil pour se mêler à la lutte après une grosse saison en National. J’aime bien ces équipes avec une volonté de s’inscrire dans la durée, de faire confiance aux mêmes joueurs, je trouve cela rassurant. Après, la compétition fait qu’il est possible de se retrouver dans les équipes de tête grâce à 3 victoires, comme mal en point après 3 mauvais résultats. Rien n’est décanté.

N’avez-vous pas l’impression qu’ils surfent sur la réussite de Thibault Giresse depuis maintenant un an et demi ?

Toutes les équipes possèdent des joueurs « locomotives » et Giresse fait partie de ceux-là à Guingamp. Il a déjà connu une descente en National avec Toulouse et avait découvert cette aventure aux côtés de joueurs comme Julien Cardy, aujourd’hui à Tours. A un moment donné, il s’est retrouvé en fin de contrat, et a décidé de signer à Guingamp pour évoluer dans un autre contexte. Pour un garçon comme lui avec un nom difficile à porter, c’est intéressant qu’il soit devenu un joueur majeur de cette équipe. Au fil du temps, il a su exister avec son prénom, sa patte gauche et passer au-dessus des confrontations.

A-t-il souffert de cette comparaison avec son père ?

C’est une famille discrète, très humble. Une fois que l’on connaît Alain, le papa, il est très chambreur. Plus que Thibault, davantage sur la réserve. Il n’est pas exubérant mais possède une vraie volonté et un véritable volume de jeu sur le terrain. Même s’il n’est pas au niveau de son père, il fait sa petite carrière et je trouve cela hyper rafraichissant.

Guingamp a perdu un véritable patron avec le départ de Bakary Koné à Lyon.

Même s’il joue un petit peu moins à l’heure actuelle, Koné réalise des choses fantastiques avec L’Olympique Lyonnais. Du jour au lendemain, ce garçon qui évoluait en National, a eu le niveau Ligue des Champions et a même qualifié l’OL au tour préliminaire (Buteur à Kazan au match retour). Ce transfert prouve que Guingamp se trompe très rarement et atteste de la qualité de son travail. Au niveau des jeunes, des recruteurs, des infrastructures, ce club est sain.

Que pensez-vous de Jocelyn Gourvennec en tant qu’entraîneur ?

Noël Le Graët, encore président du club à l’époque, a souhaité lui donner les rênes de l’équipe. Un virage à 180 degrés pour le club, qui avait l’habitude jusqu’ici de faire confiance à des entraîneurs d’expérience (Lacombe, Zvunka, etc). Après un passage difficile avec la Coupe de France et la relégation, Guingamp a décidé de repartir de l’avant avec un coach totalement novice. Un choix couillu mais réfléchi. Gourvennec a fait une belle carrière, c’était un joueur posé avec le regard toujours levé pour organiser. Il a conservé ce souci du détail en tant qu’entraîneur et affiche volonté de bien faire jouer son équipe. Il a selon moi, le profil pour aller assez loin dans le métier. Même s’il monte en Ligue 1 avec l’En Avant, je lui souhaite qu’un jour Guingamp soit trop petit pour lui.

Un profil totalement différent de celui de Laurent Guyot à Sedan ?

Guyot doit se relancer après un parcours chaotique avec Boulogne la saison dernière. Il est passé par de mauvais moments et cela reste un traumatisme pour un jeune entraîneur dans le mode professionnel. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, les coachs ont besoin d’être virés pour être enfin vaccinés. Et cette saison, je trouve Guyot soulagé d’avoir été remercié pour la première fois. Son approche est dorénavant beaucoup plus souriante, sereine et tranquille qu’elle ne l’était à Boulogne. Et au niveau du terrain, il contribue notamment à faire de Sedan la meilleure attaque du championnat.

Même si le CS Sedan-Ardennes était déjà la meilleure attaque la saison passée ?

Sedan a toujours eu une tradition de jeu plutôt porté vers l’attaque avec Alex Dupont ou Bruno Metsu par exemple. Une philosophie qui semble se poursuivre avec Laurent Guyot, malgré le fait que ce soit un ancien défenseur. C’est un pied de nez sympathique qu’une équipe dirigée par un ancien défenseur central soit meilleure attaque.

La venue d’Ulrich Ramé s’inscrit-elle dans une volonté du club de stabiliser sa défense ?

Un gardien va te faire gagner un ou deux matches et te prendre un point précieux sur un duel avec l’attaquant, mais il ne peut pas tout arrêter. L’expérience de Ramé est obligatoirement un plus pour les jeunes sedannais mais son caractère très fermé rend forcément cette transmission plus compliquée. Très sincèrement, compte tenu du vivier de jeunes gardiens talentueux et dynamiques que possède la France, je trouve cela surprenant de la part des dirigeants d’être allés chercher Ulrich Ramé.

A l’image de Guingamp, Sedan possède quasiment le même effectif que la saison passée ?

Après avoir connu la coupe d’Europe il n’y a pas si longtemps, le président Urano ne souhaite plus mettre les mêmes moyens que par le passé. Avant le club recrutait des joueurs au-dessus de la moyenne, aujourd’hui c’est davantage le système D. Chaque année Sedan se présente comme un candidat potentiel à la montée, et cale régulièrement aux moments importants. Il faudra voir si une politique raisonnable peut lui permettre de remonter en Ligue 1.

Pourquoi n’arrivent-ils pas à franchir le palier ?

Beaucoup de clubs ont besoin de 4-5 ans pour se stabiliser et envisager une remontée dans l’élite. Un peu comme un golfeur qui baisserait son handicap, Sedan réalise quelques performances intéressantes, mais son niveau n’est pas encore consolidé. Même s’il y a des contre-exemples récents avec Arles-Avignon ou Evian-Thonon-Gaillard, je crois qu’un club doit être un candidat sérieux pendant quelques saisons pour passer à l’étage supérieur.

Bien qu’ayant la meilleure attaque, Sedan ne possède pas vraiment de buteur digne de ce nom (Fauverge et Diallo comptent 4 buts marqués), est-ce un handicap dans les moments importants ?

Je ne crois pas que ce soit forcément rassurant pour un entraîneur d’avoir un joueur qui aspire tous les ballons. Le jour où Mathieu Duhamel qui a marqué 50% des buts de Metz (8 sur 16), va se blesser, Dominique Bijotat sera en grandes difficultés. Selon moi, Laurent Guyot doit se réjouir d’avoir autant de solutions, c’est une force pour une équipe. D’ailleurs, à l’époque de Rouxel, Guivarc’h et Carnot, Guingamp avait la réputation de pouvoir marquer dans toutes les zones du terrain. Et même si Sedan ne compte pas de serial buteur dans ses rangs, si cinq joueurs totalisent trois buts, l’équipe ne sera pas loin du podium à la fin de la saison. Tant que le collectif continue d’être au service, Sedan pourra tenir la cadence.

A quel type de rencontre vous attendez-vous ?

Je vois une grosse pression guingampaise d’entrée. Sedan doit s’attendre à souffrir et aura l’occasion de mettre en avant ce tempérament dont je parlais tout à l’heure. J’ai un petit doute sur l’absence de caractère et dans cet environnement avec un stade garni, il sera intéressant de voir le comportement de cette équipe. A l’image des chiffres : meilleure attaque et une des plus mauvaises défenses, je ne sais pas de quel côté basculera la saison de Sedan. Attention, je ne suis pas alarmiste ni inquiet pour eux, mais je suis curieux de voir leurs prochains matchs.

propos recueillis par Anthony Davière (3e année école de journalisme de Nice) en exclusivité pour En Pleine Lucarne

photos : Eurosport

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Anthony Daviere

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