La semaine dernière tombaient les sacro-saints résultats de l’étude d’audience Médiamétrie concernant les radios. Si certains objecteront, non sans raison, que l’interprétation de ces résultats se termine bien souvent par un « Tout le monde est premier ! », encore faut-il terminer à cette place pour s’en féliciter et s’accommoder des subtilités de ce comptage d’audience (quart d’heure par quart d’heure) qui permet à chacun de minimiser une défaite ou d’amplifier une victoire.

Mais aujourd’hui, c’est bien de victoire dont il s’agit, celle du sport sur RTL. Effectivement, sans remettre en cause le leadership de la radio RMC qui a fait de l’info sportive et du talk ses porte-étendards avec un succès d’audience non contestable, les excellents scores du Multiplex Ligue 1 ou du Club Liza Prolongation sur RTL démontrent que la 1ère radio généraliste de France a aussi su concilier les caractéristiques de son auditoire très grand public avec l’exigence, de plus en plus croissante, d’auditeurs bien plus spécialisés.

Il semblait donc logique d’aller demander directement à Christian Ollivier, le directeur des sports de RTL, d’analyser pour En Pleine Lucarne les raisons d’un tel succès et ce qui démarque sa radio des autres. Sans oublier de nous parler de Bixente Lizarazu et du Tour de France, l’événement sportif qui symbolise sans doute le mieux la 1ère radio de France. Une interview fleuve…comme on les aime à En Pleine Lucarne.

A un quart d’heure près, vous occupez la première place en audience avec votre « Multiplex Foot » du samedi soir qui attire un million d’auditeurs (RMC est 1er mais de 19 à 23h). « Le Club Liza Prolongation »  effectue lui aussi des prouesses. Quelle est votre différence pour encore attirer autant monde ? 

Déjà, il faut arrêter de comparer et de polémiquer avec RMC. Cette station est positionnée à 80% sur le sport alors que nous, à RTL, nous restons une radio généraliste qui propose aussi du sport, beaucoup, 25 heures par semaine, mais sur le plan éditorial, notre curseur est placé sur le sport événementiel, sur les événements leaders. C’est plus qu’un choix éditorial, c’est le positionnement même de RTL.  C’est pourquoi, il ne faut pas nous comparer à une station qui, elle, couvre tous les sports et possède une offre bien plus étoffée.

Prenons un exemple. Il y a quelques semaines, une journée de Ligue 1 se déroulait le dimanche après-midi. Nous n’avons pas couvert cette journée sous forme de Multiplex car je ne peux pas proposer à ma direction un programme foot à 17 heures le dimanche qui ferait peut-être 500 000 auditeurs alors que Philippe Bouvard rassemble 2 millions de personnes au même moment.

« N’oublions jamais que l’on s’adresse au plus large public et pas qu’aux spécialistes »

Alors qu’est-ce qui fait que les gens viennent chez vous plutôt qu’ailleurs ? Prenons, par exemple, le seul élément de comparaison valable, « le Multiplex Ligue 1 » du samedi soir que vous animez et où la concurrence est frontale ?

D’abord, chez nous, la star c’est l’actualité, le championnat de France, le match, l’affiche. Ce ne sont ni le présentateur, ni nos correspondants, même si leurs voix sont aujourd’hui bien identifiées et appréciées des auditeurs, car aujourd’hui nous ne pouvons plus nous contenter de ne proposer que du commentaire de matchs comme on le faisait lors de la création du Multiplex il y a vingt ans (en 1993, ndlr).

Ensuite, il y a la crédibilité de nos correspondants et commentateurs. Ils connaissent parfaitement leur sport, ils peuvent être très techniques, très pointilleux, ce qui renforce la crédibilité du produit que nous proposons. Mais, en même temps, nous n’oublions jamais, même le samedi soir dans un créneau prisé des spécialistes de football, que nous nous adressons aussi à un plus large public.

Un équilibre pas évident à maintenir

Oui. C’est pourquoi notre Multiplex est à deux visages. Il s’adresse aux spécialistes, aux fondus de football, qui sont fidèles à leur rendez-vous, qui y retrouvent l’analyse, la critique et les commentaires qu’ils aiment, mais le programme doit contenter également ceux qui viennent s’informer à un moment donné, durant ce qui est la plus longue émission de la grille puisqu’elle dure quatre heures.

Ces derniers viennent picorer. Ils ne vont peut-être pas rester de la première à la dernière minute car le 4-3-2-1 ou le 4-4-2 ne les passionnent pas vraiment, mais ils ont envie de savoir comment se comporte le PSG sur le terrain alors qu’on en a parlé toute la semaine, ils ont envie de découvrir des histoires, ou de découvrir le football de façon un peu différente.

La radio, le samedi soir, reste un média de complément pour de nombreuses personnes qui sortent, vont au cinéma, au restaurant, et, lorsqu’elles rentrent, branchent la radio pour s’informer. Le foot, à la télé, les bloquerait chez eux.

Le Multiplex doit donc harmoniser et rythmer informations, rubriques, commentaires, analyses, interventions, etc, afin de satisfaire tout le monde. C’est une véritable gageure.

« Je suis contre la dictature de l’auditeur »

On pourrait tout de même imaginer que les fondus de foot dont vous parlez sont abonnés à Foot+ et n’ont pas spécialement besoin d’écouter un Multiplex radio.

Ils font les deux ! Et en plus, ils commentent sur les réseaux sociaux simultanément ! C’est la tendance ces derniers temps et je suis bien placé pour le savoir en tant qu’animateur du Multiplex puisque nous faisons également intervenir les auditeurs pendant les matchs. Un exemple : je reçois de plus en plus de messages sur Twitter oui Facebook d’auditeurs qui me disent : « je viens d’entendre à la radio votre commentateur dire qu’il y avait hors-jeu, or je suis devant ma télé et je peux vous assurer qu’avec le ralenti il n’y a pas hors-jeu. »

Donc ces auditeurs écoutent la radio, regardent la télé et commentent sur ordinateur en même temps ! Mon rôle alors, n’est pas d’entrer dans une polémique avec eux, mais d’intégrer ces auditeurs-téléspectateurs à la vie de notre Multiplex en leur demandant leur avis.

Et puis, sans jeter la pierre sur aucun de mes confrères de télé, certains préfèrent sans doute le ton radio, le commentaire permanent, ce son radio inégalable et incomparable, le dynamisme, que ne peut se permettre la télé qui, elle, s’appuie sur des images.

L’auditeur serait-il en train de prendre le pouvoir ?

Non, et ce n’est pas notre volonté. Mais nous notons une exigence énorme de leur part. Qu’ils demandent beaucoup de choses, ils ont entièrement raison, c’est pourquoi, pour les intéresser, les fidéliser et les étonner également, nous sommes toujours en recherche d’innovation, de rubriques différentes, d’habillages sonores originaux et de moyens d’interactivité avec eux. Mais il ne faut pas qu’ils s’approprient complètement l’’antenne.

Je ne suis pas pour la dictature de l’auditeur. On doit leur donner la parole, mais nous devons maîtriser le contenu en tant que professionnels de l’information, car nous ne pouvons pas laisser dire tout et n’importe quoi. Nous avons un rôle d’arbitre. On ne peut pas laisser place à des procès d’intention ou des accusations non fondées par exemple.

Pourtant certains sont vraiment très bien informés.

Oui, certains auditeurs connaissent parfaitement le sport dont on parle, parfois mieux que nos journalistes. Il faut le savoir et avoir l’humilité de le dire. Quand vous faites la moindre erreur, et ça peut arriver, ils vous tombent dessus. Nos journalistes ne doivent donc pas souffrir d’approximation. Si leur vocabulaire n’est pas approprié au monde du footeux, alors une fois, ça peut passer, mais une seconde fois et l’auditeur va voir ailleurs.

« Le sport est devenu une chose très sérieuse, mais il faut aussi qu’il soit divertissant »

Le foot n’est-il pas devenu quelque chose de trop sérieux aujourd’hui ? Avant on l’écoutait. Aujourd’hui, avec l’explosion des talk, on en parle plus qu’on ne l’écoute.

C’est une question de dosage, de positionnement du curseur éditorial. Le sport a pris une place énorme dans la vie des Français, dans la société, avec toutes les dérives qui dépassent largement le cadre du jeu : la corruption, le dopage, les salaires et l’économie du sport, etc. Aujourd’hui, on ne peut plus traiter le football par-dessus la jambe.

En même temps, le football reste aussi, il ne faut pas l’oublier, un divertissement qui doit pouvoir permettre aux gens qui ont leurs soucis personnels, économiques, professionnels de se dire : « bon là, je vais décompresser un peu en écoutant un programme sportif ».

Les enjeux du sport sont importants. Aux présentateurs et aux journalistes de replacer ces enjeux dans leur contexte et de les décrypter, mais aussi de nous laisser nous éclater avec un match, nous détendre.

Le sport est quelque chose de très sérieux, mais on ne doit pas toujours le prendre au sérieux, il faut être capable de le traiter avec recul et légèreté aussi. D’ailleurs à RTL, notre ligne éditoriale concernant le sport c’est : « Info, impertinence, humour ». Je tiens beaucoup à ce que l’on respecte ces trois points.

Concernant les talks, chez nous, je veux avant tout que les échanges soient constructifs et pas faire du bruit pour rien. Je ne me vois pas monter sur la table avec nez rouge et me mettre à parler plus fort que l’autre pour pouvoir lui dire que j’ai raison ou pour montrer que mon émission est plus dynamique que les autres. Nos talks n’empêchent jamais les débats, les divergences d’opinion, mais ils doivent apporter quelque chose et répondre, comme je l’ai dit plus tôt, aux trois critères que nous nous fixons : info, impertinence, et humour.

Parlons d’info puisque c’est important pour vous. Comment lutter avec des groupes comme Canal+ avec Infosport+, RMC Sport ou encore l’Equipe, sur ce terrain ? De quels moyens disposez-vous ?

Nous avons 13 journalistes à la rédaction sport et une vingtaine de correspondants partout en France et dans les endroits stratégiques d’Europe (Allemagne, Angleterre, Italie, Espagne). Chaque jour, ces journalistes nous font remonter énormément d’informations. Informations que nous prenons le temps de vérifier, plutôt deux fois qu’une, avant de les donner. Donc, au niveau de l’info, en ce qui concerne les fondamentaux en tout cas, nous y arrivons.

L’explosion d’Internet a-t-elle modifié votre façon de travailler ?

Non, pas notre façon, car la recherche de l’info et sa vérification restent les mêmes. Internet a juste accéléré l’ensemble du processus. Mais nous ne voulons pas céder à l’urgence, nous ne recherchons pas le scoop pour le scoop, même si nous vivons pour sortir ce genre d’informations. Ce qui ne nous empêche pas de scruter ce qui se passe sur Internet car, parmi toutes les infos que l’on y trouve, vérifiées ou pas, parfois on peut sentir de petites choses qui nous permettent ensuite de faire notre travail. Il est sûr que nous vivons dans une hyper-concurrence avec Internet, la télé, les radios, les nouveaux supports.

« Pourquoi prendre d’autres consultants alors que nous avons les référents ? »

Parlons un peu de l’autre succès de votre grille sport : Bixente Lizarazu qui entame sa 3e saison. C’est un peu votre réussite aussi ?

C’est en effet moi qui l’ai découvert et qui lui ai proposé de rejoindre RTL. Je l’ai rencontré pour la première fois en 1993, quand il a débuté en équipe de France. Son personnage m’intéressait car il avait beaucoup de choses à dire. Nous avons sympathisé. Je savais aussi qu’il avait déjà fait de la radio, sur Wit FM et qu’il aimait ça.

Il tranche avec la concurrence. Lizarazu est quelqu’un de calme, qui ne s’emballe pas à au micro, qui est souvent en retenue même.

Oui, vous avez raison, et c’est pour ça qu’il est précieux pour nous, car il vient en complément d’autres personnalités de l’antenne complètement différentes. Nous avons le Eugène Saccomano exubérant, le Pascal Praud dandy, le Christophe Pacaud plus en rondeur, consensuel. Cet assemblage de caractères répond aux différentes attentes des auditeurs.

Vous avez offert à Bixente une seconde émission le jeudi, « le Club Liza prolongation » qui a elle aussi tout de suite très bien fonctionné. C’est un peu l’homme providentiel non ? (rires)

C’est un homme qui travaille avec les notions de plaisir et d’envie comme critères principaux, contrairement à d’autres qui pourraient le faire pour la notoriété par exemple. « Liza » est heureux de faire ce qu’il fait chez nous, sinon il n’accepterait pas nos propositions. Mais il faut le convaincre ! J’ai passé le mois d’août à lui montrer ce que la « prolongation » pouvait lui apporter de nouveau, car Liza ne veut pas refaire les mêmes choses. Et il est à la fois journaliste et consultant, même s’il n’aime plus trop ce dernier qualificatif (sourires). « Le Club Liza Prolongation » lui a permis d’entrer en contact direct avec les auditeurs, d’être le consultant de référence pour les auditeurs. Et il adore ça. Alors que le lundi, il est dans son rôle de journaliste, avec « le Club Liza », plus éditorialisé, qu’il maîtrise et conduit seul. Il est donc très équilibré entre ses deux fonctions, journaliste –consultant.

« Bixente Lizarazu a énormément progressé »

Là où certains embauchent plusieurs anciennes figures du football, vous n’avez que Bixente Lizarazu pour figure de proue, si l’on s’en tient aux anciens pros bien sûr. Pourquoi ce choix unique ?

Nous n’en avons pas besoin de plus. Dans chaque sport traité à RTL nous avons opté pour ce choix d’un consultant unique mais reconnu du plus large public : Fabrice Santoro pour le tennis, Christophe Dominici pour le rugby, Laurent Jalabert pour le cyclisme, Alain Blondel pour l’athlétisme et Liza. Un beau club des cinq non ? Pourquoi en prendre d’autres alors que nous avons un référent dans chaque grande discipline ? Je comprends la concurrence qui en engage plusieurs, avec l’offre plus étoffée qu’est la leur, mais pour RTL, en termes de visibilité et de positionnement nous sommes très heureux de nos choix.

Bixente deviendra-t-il un bon journaliste ?

Oui, car il aime notre métier, il veut vraiment l’exercer de façon professionnelle et y travaille beaucoup. Déjà à Pékin, en 2008, pour les JO, il était curieux, ouvert à tout. Il a toutes les qualités pour devenir un bon journaliste. Je disais tout à l’heure qu’avant de donner une info nous aimions la vérifier à l’aide de deux sources. Liza , lui, c’est plutôt quatre sources qu’il lui faut ! Il est super pointilleux.  Et quand nous discutons d’un sujet, si je suis trop évasif, c’est lui qui me parle d’angle ! Il connaît la hiérarchie des informations, il a appris à écrire ses lancements, à mettre en forme ses analyses… Depuis qu’il est chez nous, il a énormément progressé.

Que lui manque-t-il aujourd’hui ?

(il réfléchit) Alors là, je ne m’attendais pas à cette question. C’est une colle ! Je ne sais pas (il réfléchit longuement). Je pense qu’il a trouvé le bon rythme, la bonne cadence, la bonne voix. Si, peut-être qu’il n’entre pas assez dans le match avec les auditeurs le jeudi soir. Il aime partager son point de vue avec eux, mais parfois je lui dis qu’il a le droit de ne pas être d’accord avec eux et qu’il peut l’exprimer un peu plus, pour le débat. Liza est un garçon courtois, poli. Vous voyez, ce n’est pas un énorme défaut, c’est de la forme surtout et ça se corrige facilement (sourires).

« Le Tour de France, c’est RTL »

Un de vos autres gros piliers en matière de sport c’est le Tour de France…

(il embraye, passionné) C’est un moment unique, énorme. Cela fait 27 ans que je le couvre pour RTL et chaque année j’ai hâte qu’il reprenne.

Le Tour de France, c’est RTL. C’est un sport populaire, au sens le plus noble du terme. Je veux dire par-là qu’au-delà de la compétition elle-même, qui est passionnante, pendant trois semaines, le Tour de France nous fait aller à la rencontre des Français, de nos auditeurs, nous fait découvrir la France. C’est toujours une expérience incroyable, enrichissante, humainement très forte. Il y a un lien de proximité très fort, formidable, incomparable, entre la radio et les auditeurs pendant le Tour. Il faut vraiment le voir sur le terrain. Quand nous avons proposé par exemple à Laurent Gerra de venir faire des directs le matin sur le Tour l’an dernier, c’était génial. C’est un moment très important pour RTL. C’est pourquoi nous donnons à cet événement toute sa valeur sur notre antenne avec une couverture maximale.

Un dernier mot ?

RTL est éternelle ?….(rires)

propos recueillis en exclusivité pour En pleine Lucarne par Vincent Rousselet-Blanc

photos : RTL

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Vincent Rousselet-Blanc

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