Comme lors de chaque match de Ligue des Champions et de l’équipe de France diffusé par TF1, Frédéric Calenge, le journaliste de Téléfoot, se mue en « homme de terrain » et va se poster derrière le banc de touche du camp français. De là, il guette tout ce que le téléspectateur ne peut voir à l’écran, tout en gardant un  oeil sur le match, prêt à intervenir en direct. Une place privilégiée qui fait de lui un observateur différent des commentateurs et des consultants placés en tribune. Nous lui avons donc demandé de nous parler de l’affiche Olympique Lyonnais – Ajax Amsterdam de cette avant dernière journée de phase de poule, diffusée mardi soir 22 novembre à 20h45 sur TF1. Poule dans laquelle les Lyonnais ont presque l’obligation de remporter leurs deux derniers matchs pour se qualifier en 8e de finale.

Et comme Frédéric Calenge est un journaliste plutôt discret dans les médias, c’était l’occasion pour En pleine Lucarne de le faire parler aussi de son métier d’homme de terrain, de ses goûts en matière de football, de Téléfoot auquel il collabore activement, de son énergie à promouvoir le compte Twitter de l’émission ou encore du PSG. Bref, cet entretien à la fois « affiche » et coulisses médias, signe le retour des fameuses interviews fleuves comme on les aime sur En pleine Lucarne !

TF1 avait le choix entre deux matchs décisifs lors de cette avant-dernière journée. C’est finalement Lyon-Ajax Amsterdam que vous diffuserez plutôt qu’OM-Olympiacos.

Oui, c’est le match où règne le plus grand suspense puisque l’Ajax Amsterdam possède trois points d’avance au classement sur l’OL (7 contre 4). Si Lyon veut se qualifier pour les 8e, ils doivent impérativement l’emporter pour que tout se joue sur la dernière journée. Mais je le sens bien pour les Lyonnais car ils n’ont pas déçu en Ligue des Champions, même si l’on prend en compte les deux défaites contre le Real Madrid, qui est vraiment l’équipe la plus forte d’Europe en ce moment. Ils ont bien maîtrisés leurs deux premiers matchs à Amsterdam et contre Zagreb.

Une dernière journée où l’Ajax recevra tout de même le Real Madrid, qu’il ne sera pas facile à battre, alors que Lyon se déplacera à Zagreb, face au Dynamo, qui n’a pas remporté un point dans sa poule.

C’est exact sauf que le mercredi 7 décembre, lors de cette dernière journée, l’Ajax Amsterdam recevra un Real de Madrid probablement assuré de la première place car je ne les vois tout de même pas perdre contre Zagreb à Santiago Bernabeu mardi soir. Il leur suffit d’ailleurs d’un point pour terminer en tête de la poule. Or, si l’on regarde la date de ce dernier match de phase de poule de Ligue des Champions, il se déroulera trois jours avant le choc de l’année en Espagne, le fameux le Clasico, contre le FC Barcelone programmé le samedi 10 décembre.

Franchement, si le Real Madrid se qualifie mardi soir pour les 8e de finale, je ne vois pas José Mourinho aligner son équipe titulaire contre l’Ajax. Ce qui signifie que les Néerlandais, qui joueront la qualification sur cette dernière rencontre en cas de défaite à Lyon, peuvent très bien battre un Real Madrid très diminué. Lyon doit donc non seulement battre l’Ajax mardi mais aussi aller l’emporter à Zagreb le 11 décembre. Dans ce cas, et même si l’Ajax l’emporte contre le Real Madrid, Lyon ira en 8e (puisque l’on jugera meilleure différence de buts dans les matches de groupe disputés entre les deux équipes concernées. Lyon ayant fait 0-0 au match aller, un petit 1-0 suffirait mardi, ndlr.)

Ça doit être jouable non ? L’Ajax n’est plus un ogre du foot européen ?

Non, c’est sûr, mais cela reste une bonne équipe, avec une culture du jeu offensif héritée de ses glorieux aînés, même si elle est moins talentueuse, avec moins de noms prestigieux. Mais l’Ajax a un nom prestigieux à défendre. C’est une équipe qui fonctionne par cycles. Je mets cette équipe au niveau des Lyonnais actuellement, avec un léger avantage aux joueurs de Rémi Garde qui ont acquis l’expérience de ces grands rendez-vous depuis une dizaine d’années, même si en championnat on a vu l’OL peiner face aux gros, avec deux défaites contre le PSG et Lille.

Mais de son côté, en championnat des Pays-Bas, après 12 journées, l’Ajax souffre aussi puisqu’elle n’est que 5e au classement (5V, 5N, 2D,ndlr) avec déjà 11 points de retard sur  le leader AZ Alkmaar. Et si l’équipe marque beaucoup (2e attaque avec 32 buts, ndlr), elle en encaisse aussi pas mal (11e défense avec 20 but encaissés, ndlr). Je vois Lyon s’imposer mardi soir. Allez, disons 1-0 ou 2-1.

Comment préparez-vous ces matchs ?

Je me rends à Lyon la veille du match pour assister aux entraînements des deux équipes puis aux conférences de presse avec l’entraîneur et un joueur de chaque équipe. Ce qui me permet de me mettre dans l’ambiance, de récolter des informations de dernière minute, les dernières rumeurs et déclarations, l’état de forme de certains joueurs, choses qui pourront m’être utiles quand je serai sur le bord du terrain pendant la retransmission ou utiles à Christian Jeanpierre et Bixente Lizarazu qui commenteront quand j’en ai pour eux. Ça me permet aussi de me familiariser avec des joueurs que je ne connais pas toujours bien, ceux de l’Ajax bien sûr. Surtout que depuis le bord de la pelouse je ne vois pas le match de la même façon que les téléspectateurs ou commentateurs.

Justement, de quelle façon appréciez-vous ce match en tant qu’homme de terrain ?

Déjà, j’ai une place bien définie qui est juste à côté du banc de l’équipe française ou de l’équipe de France puisque je fais les deux. Donc je dois avoir un œil sur le banc de touche et l’autre sur le terrain. Mon rôle n’est pas spécialement d’apporter des infos sur les joueurs, ça c’est Christian et Bixente qui le font, il est surtout de relater ce que les téléspectateurs ne voient pas à l’écran, c’est-à-dire les joueurs qui partent à l’échauffement, ce qui se passe sur les bancs de touche, etc. Maintenant, en écoutant les commentaires dans le casque, si j’ai une info qui complète celles des commentateurs, je peux me permettre de la donner à l’antenne.

Quant au match, bien sûr, je l’apprécie différemment dans la mesure où je suis au niveau des joueurs. J’ai une vision beaucoup plus écrasée qu’à la télé ou en tribune, mais j’ai en revanche une perception plus réelle quant à l’impact physique, la vitesse de jeu, et je vois parfois mieux certaines actions que les téléspectateurs ou commentateurs car elles se déroulent juste sous mes yeux et là je suis capable d’intervenir avant même que le ralenti ne confirme ce que je dis. Mais je n’interviendrai jamais pour donner mon avis s’il y a hors-jeu ou non par exemple, car là je ne suis pas idéalement placé. J’apporte donc un regard différent puisque je ne vois pas le match de la même manière.

Avez-vous un nombre défini d’interventions ou pouvez-vous le faire vraiment quand vous le souhaitez ?

J’interviens d’abord en fonction des faits de jeu. Mais j’ai une totale liberté. Mon micro est toujours ouvert et je parle absolument quand j’ai quelque chose à dire. Maintenant je dois faire attention à certaines choses. Je n’interviens jamais sur des phases offensives. Déjà pour ne pas couper les commentateurs, surtout s’il y a une occasion ou, le pire pour moi, de parler au moment où il y aurait un but. Je ne dois jamais leur couper la parole. Donc pour intervenir j’attends des phases de jeu plus neutres, un dégagement aux six mètres, une touche, etc… Je fais vraiment bien attention à tout ça.

Expliquez-nous pourquoi, en Ligue 1 par exemple, l’homme de terrain se permet d’aller faire des interviews sur le banc de touche pendant la rencontre alors que ça n’arrive jamais en Ligue des Champions ou pour l’Equipe de France.

Parce que toutes les compétitions UEFA ou FIFA sont extrêmement réglementées et cadrées. L’UEFA interdit évidemment d’aller parler au banc de touche pendant la rencontre. Nous avons juste le droit à une interview au retour aux vestiaires à la mi-temps et en fin de match. Et ces interviews sont elles aussi réglementées dans la durée puisque je n’ai pas droit à plus d’une minute trente. C’est pour ça que je ne peux faire que deux joueurs en fin de match. L’entraîneur, je le fais surtout à la mi-temps car il a plus de choses à nous dire généralement et sur le déroulement de la première mi-temps et sur ses objectifs pour la 2eme.

J’ai un peu plus de liberté avec l’équipe de France où là on arrive à s’entendre pour faire une interview de Laurent Blanc avant le match par exemple. Et, en fin de match, à deux minutes de la fin, je dois décider avec le producteur avec qui je suis en liaison depuis le car-régie les deux joueurs à interviewer, ou plus généralement l’entraîneur et un joueur.

Les joueurs sont-ils obligés de répondre à vos sollicitations ?

Non, il n’y a pas d’accord règlementé mais jusqu’à présent aucun n’a refusé de s’exprimer au micro de TF1 en fin de match. En UEFA, je passe par l’officier de presse pour lui communiquer les noms des joueurs que je veux avoir au micro et ça se passe toujours bien.

Vous êtes très actif sur le compte Twitter de Téléfoot (@telefoot_TF1) C’est une initiative personnelle ou une demande de la chaîne ?

C’est une volonté commune. J’ai repris le compte Twitter de l’émission en début de saison, au départ de David Astorga. Nous avions 3 000 followers. Aujourd’hui nous en comptons près de 9 000. Ma position privilégiée aux entraînements à Clairefontaine, au contact des joueurs, fait que je peux donner des informations que les autres n’ont pas la possibilité de fournir. Et j’ai remarqué dans les messages que je reçois une forte demande de la part des lecteurs pour ce type d’informations. Et beaucoup de remerciements de leur part.Et comme je suis journaliste, c’est un moyen d’expression complémentaire très intéressant qui permet d’informer un peu plus nos téléspectateurs. Mais je ne tweete bien sûr jamais pendant les matchs ! Je réponds aux questions Twitter après le match en revanche.

Votre rôle ne se limite pas à être homme de terrain. Vous faites aussi des reportages et des rubriques pour Téléfoot. La belle vie non ?

(rires) Je suis le plus heureux des journalistes sportifs ! Les semaines de match de l’équipe de France je suis pas mal pris à Clairefontaine, mais le reste du temps, oui, je pars réaliser de sujets comme celui sur Benzéma vu par Mourinho récemment dans l’émission. Et puis quand je suis homme de terrain, les matchs ne s’arrêtent pas pour moi à la 90e minute. Je dois aussi assurer les interviews d’après-match pour le Téléfoot du dimanche, interviews de trois joueurs et de l’entraîneur, que je réalise dans le studio TF1 installé dans les coulisses du stade où se joue la rencontre.

Concernant les reportages, j’ai une assez grande liberté car je suis moins attaché à un club comme peuvent l’être certains collègues de la rédaction des sports de TF1 qui eux peuvent ne suivre que l’OM, que le PSG ou que Lyon. Quand j’ai débuté à Téléfoot, il y a dix ans, après un stage de fin d’études, j’ai été pigiste puis j’ai suivi pendant deux ans l’OM, puis deux ans l’AS Monaco par exemple. Aujourd’hui, je fais mes reportages en fonction des matchs que je couvre sur le terrain en Ligue des Champions ou en équipe de France.

Commenter un match c’est quelque chose qui vous attire ?

Je n’y pense pas spécialement. Je suis encore jeune, j’aime ce que je fais actuellement car c’est très équilibré. Maintenant, peut-être que dans quelques années, ça me donnera envie. Mais franchement, je suis très heureux avec ce que j’ai à faire aujourd’hui.

Pour terminer et vous connaître un peu plus, quel est le football que vous aimez ?

Comment ne pas être amoureux du style de jeu de Barcelone ? Moi je suis très Barça, très Arsenal, amoureux de ce jeu court, à une touche de balle, le foot spectaculaire, le foot moderne. J’ai aussi découvert cette année une équipe du Real Madrid impressionnante dans le jeu, plus collectif, vite. Ils ont vraiment progressé et c’est actuellement celle qui joue le mieux. Le FC Barcelone cette année aura un adversaire de taille, et pour la Ligue des Champions et pour le titre de champion d’Espagne. Et je me régale à l’avance, après les phases de poules, d’aller dans des stades comme le Nou Camp, San Siro ou Old Trafford. J’ai une chance énorme.

Le foot à la télé, vous en êtes un gros consommateur ?

Oui, je suis un énorme consommateur, et beaucoup en différé car lorsque je suis homme de terrain je ne vois pas le match comme un téléspectateur. Donc, après le match, je le regarde à nouveau, en accéléré souvent, pour me donner une autre idée de la rencontre que je viens de couvrir.

Revenons sur la Ligue 1 pour terminer. Le PSG champion ?

C’est vrai qu’ils ont tous les atouts en main pour le devenir. Mais je pense que ce ne sera pas si facile qu’on veut bien le dire. Moi, je vois bien un retour des Lillois. Ils vont probablement être éliminés de la Ligue des Champions s’ils ne réussissent pas à remporter leurs deux derniers matchs. Pour peu que leur parcours en Europa Ligue soit également écourté, ils vont pouvoir reporter toutes leurs forces sur la Ligue 1. Je n’enterre pas les Lillois et je les vois bien revenir au contact du PSG. Il ne faudra pas négliger Lyon aussi, surtout si eux aussi n’arrivent pas à franchir la phase de poule de Ligue des Champions.

De toute façon, l’ambition pour ces clubs ce n’est pas de remporter la coupe d’Europe mais de se qualifier chaque année pour la Ligue des Champions ce qui leur permet d’engranger une vingtaine de millions d’euros de droits télé. La Ligue 1 est donc un objectif bien plus important pour Lille ou Lyon car ils restent réalistes quant à leur niveau européen.

C’est dommage de dire ça mais mieux vaut participer chaque année à la Ligue des Champions, en espérant qu’une année soit la bonne, plutôt que de jeter toutes ses forces dans cette compétition qu’on a peu de chances de remporter pour le moment étant donné les moyens financiers des clubs français qui ne leur permettent pas d’avoir des effectifs assez conséquents pour jouer sur tous les tableaux. La Ligue 1 est donc un objectif prioritaire.

C’est pourquoi le PSG ne va pas se débarrasser aussi facilement de ses poursuivants. Maintenant, si Michel Platini arrive à imposer le fair-play financier à tous les clubs européens, là ça pourra changer car les clubs français eux respectent les consignes de la DNCG.

propos recueillis en exclusivité pour En Pleine Lucarne par Vincent Rousselet-Blanc

photos : TF1/Gérard Bedeau /DR

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Vincent Rousselet-Blanc

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  3. Espérons que la victoire sera présente et que les Lyonnais montreront qu’ils sont toujours là en Europe…
    En tout cas ce match risque d’être vraiment intéressant à suivre.

  4. @Daniel : c’est pareil avec la ligue2 sur Eurosport.
    Malgré leur très mauvais classement, c’est très souvent Monaco ou Lens qui est diffusé.

    • Dès la semaine prochaine sur EPL on parlera de tous les clubs de Ligue 2…et de Lille, promis….

  5. On vous en a souvent parlé sur EPL en tout cas…

  6. Bonjour les journalistes sportifs de Téléfoot, j’ai une question à vous poser. Je suis un supporter du LOSC et je voudrais savoir pourquoi les matchs de Ligue des champions de Lille ne sont jamais retransmis à la tv sur TF1 ? Pourtant c’est le LOSC qui est le champion de France en titre et j’ai l’impression que vous accordez plus d’attention et d’importance aux 2 autres clubs qui sont l’OL et l’OM. A croire qu’il y a que 2 clubs qui représentent la France en Ligue des champions. Je considère que c’est un manque de respect pour le LOSC et ses supporters ainsi que pour tous les fans de football en France. Je vous remercie d’avance de répondre à ma question. Allez le LOSC, allez Lille !!!!

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