Ligue 1 — 05 novembre 2011

Après une petite pause le week-end dernier, Grégoire Margotton revient au micro de la grande affiche de Ligue 1 du dimanche soir, le 6 novembre à 21h00, sur Canal+, avec Christophe Dugarry et un Bordeaux – PSG qui, malgré l’écart au classement entre les deux équipes, aura valeur de test pour les deux formations. Pour En Pleine Lucarne, le commentateur vedette de Canal+ se penche sur ce match et tente d’analyser l’état des forces en présence, fort de son expérience professionnelle renforcée par un contact permanent, chaque semaine avec les clubs de Ligue 1. Et s’il voit le Paris Saint-Germain champion en fin de saison, il n’est pas exclu que le FCGB puisse créer la surprise dimanche soir.

Bordeaux, 15e actuellement, et qui n’a pas fait mieux que 11e au classement depuis le début de saison, est-il vraiment à sa place ?

Oui. Je crois fondamentalement qu’après 12 journées peut se dégager une vraie tendance. Une tendance forte pour le Paris Saint Germain, et, pour Bordeaux, même si je pense qu’ils termineront le championnat à une meilleure place, aujourd’hui force est de constater que les Girondins ne méritent pas tellement mieux avec le début de saison qu’ils ont fait.

Comment l’expliquer ?

Il y a trop d’irrégularités, il y a vraiment un manque de talent comparé à il y a deux, trois saisons, et certains joueurs importants n’ont pas été remplacés. Je ne pense pas spécialement à Marouane Chamakh ou Yoan Gourcuff, mais à un Fernando par exemple. C’était un joueur important pour une équipe qui est en transition comme Bordeaux. Fernando pouvait apporter de la perforation au milieu, un peu d’assurance technique, ce qui n’existe plus aujourd’hui à Bordeaux.

Francis Gillot est arrivé, en faisant venir deux joueurs – Nicolas Maurice-Belay (Sochaux FC – 3 ans) et Landry Nguemo (Nancy FC – 3 ans) – en pensant que c’était ce qu’il fallait. Mais il a très rapidement fait le constat qu’en matière de talent pur, sans faire injure aux Bordelais, il n’y en avait pas plus qu’à Sochaux.

Les gens disent que c’est un groupe qui a du mal à se faire violence, que des reconductions de contrats ont peut-être installé certains joueurs dans un certain confort, etc. Je ne pense pas que ce soit le cas car, pour en connaître certains, je sais que cet été des joueurs ont suivi une préparation personnelle comme jamais ils ne l’avaient pas auparavant, ont mis toutes les chances de leur côté pour être performants. Ces joueurs avaient envie de bien faire.

Alors où est le problème, s’il n’est pas psychologique ?

Il est psychologique, en partie. Mais il résulte aussi d’un déséquilibre, d’un déficit dans l’équipe avec trop de jeunesse à certains postes, avec trop de joueurs qui étaient importants et qui n’ont pas encore réussi à retrouver leur niveau et leur statut de cadre. Je pense notamment à Marc Planus. Il avait un rôle central à jouer dans ce groupe, mais, aujourd’hui, il n’en est pas capable.

Au-delà de ça, il faut aussi noter l’absence d’un buteur depuis les départs de Chamakh et Fernando Cavenaghi. C’est pourtant un poste clé dans une équipe qui a des ambitions. Or il n’y en a pas un qui s’est détaché pour le moment. Cheick Diabaté est encore jeune, il ne faut pas trop lui en demander. Yoan Gouffran, depuis le début de saison, n’a pas mis un pied devant l’autre, mais il a recommencé à marquer à Ajaccio. Anthony Modeste est très irrégulier. Il y a un vrai manque de talent à ce poste pour le moment aux Girondins. C’est peut-être la priorité de recrutement si Bordeaux le fait au mercato hivernal. Leur place se situe autour de la 8-10e.

Des points positifs tout de même à mettre à l’actif des Girondins ?

Oui, à Bordeaux, les orages passent souvent sans déclencher de crises très médiatiques comme à Marseille ou Paris. Et puis il y a Francis Gillot. Il y croit encore ! C’est un entraîneur qui a une force intérieure importante, qui possède des convictions de jeu. Il sait aussi s’adapter, mais il vient de passer deux mois et demi à tatonner pour essayer de tirer le meilleur de ce qu’il avait et voilà, il n’y est pas encore arrivé. D’après moi, dans son équipe, il n’a que trois ou quatre joueurs sur onze qui sont de très bons joueurs de Ligue 1.

Il y a deux saisons, Chalmé, Trémoulinas, Ciani étaient aux portes de l’équipe de France… Aujourd’hui on ne les reconnaît plus.

Parce que Bordeaux ne joue plus de la même façon, ni avec les mêmes qualités. Quand il y avait Gourcuff, Chamackh, Fernando, Diarra…, les latéraux comme Matthieu Chalmé et  Benoît Trémoulinas pouvaient se montrer offensifs, déborder, centrer. C’est pour ça qu’on les trouvait forts. Aujourd’hui, ils évoluent dans un autre style de jeu, ils défendent autrement. Et ils ont deux trois ans de plus. Et puis, on le sait tous, l’équilibre d’une défense est très compliqué, très fragile aussi, il suffit d’un rien pour que la confiance se dérègle. Cette confiance qu’ils avaient il y a encore peu a totalement disparu.

Bordeaux peut-il connaître le sort d’un FC Nantes, d’un RC Lens ou de Monaco, tous relégués en Ligue 2 ?

Non, je ne pense pas. Bordeaux jouit encore d’un palmarès, d’une histoire récente en Ligue 1 faite de victoires, de coupe d’Europe, etc. Le club possède encore un public, a des projets de nouveau stade, ce qui en général galvanise tout le monde, qui est source d’espoirs de développement, de buts, de spectacle pour les supporters et qui peut attirer de nouveaux bons joueurs. Je pense que le club possède encore des gages de maintien sans problème en ligue 1 et de construction pour l’avenir. Je ne crois pas que les Girondins connaissent le sort de Nantes.

En revanche, pour justement ne pas s’enfoncer dans une spirale négative, ils ont besoin de retrouver rapidement un peu de confiance, un peu de légèreté dans les têtes, un peu de jeu, d’arrêter les déclarations dans la presse, de communiquer peut-être un peu plus entre les joueurs, pour éviter toute forme de résignation. Quelques signes montrent que c’est possible. Il était important par exemple de gagner contre Ajaccio, et ils l’ont fait. Il était important pour Gouffran de marquer. Il leur faudrait maintenant un match plein, maîtrisé et une victoire contre le PSG pour peut-être vraiment les relancer. Ce serait vraiment très très important pour eux.

Sont-ils vraiment capables de battre Paris dimanche soir ? De sortir le match de référence alors que jusqu’à présent ils n’y sont pas parvenus ?

Sur un match, ils sont tout à fait capables. Ils sont encore capables de moments intéressants au cours d’une rencontre. On l’a vu dans les rencontres précédentes, Bordeaux peut faire de bonnes mi-temps, gêner de belles équipes, encore leur faut-il être réguliers sur 90 minutes et ne pas faire deux matchs en un, un bon et un mauvais. Ce sont les stigmates d’une équipe qui se cherche. Il faut juste arrêter de prendre des coups sur la tête pour que la situation ne devienne pas irrémédiable. Mais à l’heure où je vous parle, je ne vois rien d’irrémédiable dans leur situation.

Et le Paris Saint Germain alors ?

La grande différence d’avec les Girondins de Bordeaux c’est que le PSG possède le talent individuel ! Parce que, fondamentalement, on ne peut pas encore dire que le PSG forme une équipe équilibrée. Le PSG n’apparaît pas comme une équipe en place d’où on sent s’échapper une force collective importante…Mais il n’empêche qu’il y a du talent à tous les postes clés et que le PSG s’en sort toujours jusqu’à présent.

De toute façon, partout où ira le Paris Saint-Germain cet année, ce sera un match de gala pour l’adversaire et Paris aura toujours face à lui une équipe qui aura envie de les battre. Ce sera le cas de Bordeaux.

Le potentiel du PSG est tout de même impressionnant.

Oui et ce d’autant plus qu’Antoine Kombouaré soulage ses quatre vedettes offensives des tâches défensives, mais exige d’eux en contrepartie d’être efficaces. D’où le sentiment que l’on peut avoir que Paris a une mauvaise défense. Or c’est la meilleure du championnat avec Toulouse si l’on regarde les stats !  Seulement, Pastore, Menez, Gameiro ou Néné ne pourront pas toujours tous être efficaces. Pour le moment, quand Pastore est un peu effacé, c’est Néné qui se montre – comme c’est bizarre – et marque, etc.. Mais tout ça ne fait pas encore une équipe. Prenons plutôt exemple sur ce que fait José Mourinho cette saison avec le Real Madrid, qui commence vraiment à trouver un vrai équilibre, un vrai jeu collectif, un vrai système de gestion de ses joueurs malgré toutes ses individualités. Le Real commence à vraiment ressembler à une équipe. Paris est encore loin de dégager le même sentiment sur ce point-là. Mais le talent du PSG est très important et pour l’instant il suffit largement pour la Ligue 1.

Suffisant terminer champion après 38 journées ?

Oui, bien sûr. D’autant que derrière, les gros clubs comme Lyon, Marseille ou Lille sont aux prises depuis le début de saison avec leurs problèmes internes. Ils doivent d’abord penser à se soigner eux. Ils n’ont pas tous encore retrouvé leur niveau de jeu optimal et préfèrent se pencher sur leurs difficultés plutôt que de s’occuper du PSG. De cette situation est né un sentiment qui se généralise de plus en plus, qui n’est pas de la résignation, mais qui semble indiquer que ces clubs ont déjà tiré un trait sur le titre.

Plus le championnat avance et plus je sens que l’on admet peu à peu, et donc assez tôt dans la saison, que ce soit chez les supporters, chez les spécialistes et, petit à petit, au sein même des autres clubs, que le PSG sera champion, que le PSG, même mené ou malmené dans un match arrivera toujours à s’en sortir.

J’ai comme l’impression, et je dis bien que c’est un sentiment diffus pour le moment, que tout le monde a déjà fait du PSG le champion de France, comme on le faisait avec Lyon à l’époque où ils enchaînaient titres sur titres. Mais, je préfère garder une réserve car je n’ai pas le sentiment de connaître encore le vrai PSG. J’ai l’impression que la défense est encore un vaste chantier, même si chez  Antoine Kombouaré  se détache apparemment une préférence pour une charnière centrale Sakho-Bisevac. Seulement, dans ce cas, il faudra gérer le cas Lugano, faire tourner l’effectif en Coupe de France et en Europa Ligue. Ces joueurs accepteront-ils de tourner ?

Lugano, est-ce un vrai bon joueur ?

Oui et c’est un compétiteur. Et je veux bien croire l’excuse que l’on avance actuellement pour justifier ses contre-performances selon laquelle il est arrivé à Paris sans vraie préparation. C’est pareil d’ailleurs pour expliquer les absences de Javier Pastore pendant ses matchs. Maintenant, Lugano est-il plus fort que Sakho et Bisevac ? Je n’en suis pas sûr du tout.

L’arrivée possible de David Beckham cet hiver ne va pas forcément permettre d’accélérer la cohésion de l’équipe puisqu’il devra à son tour s’adapter, ou l’on devra s’adapter à lui. Que penses-tu de ce transfert s’il se fait ?

Beckham à Paris, c’est une bonne idée ! Sportivement, d’abord, parce qu’il n’a pas la prétention de jouer tous les matchs comme titulaire, et il peut encore rendre des services sur certains matchs. Et puis c’est un super professionnel ! Ça ne l’empêchera pas de s’entraîner comme les autres. Et c’est un homme important dans un vestiaire. Tous ceux que je connais et qui ont joué à ses côtés n’arrêtent pas de lui dresser des louanges. Beckham à Paris c’est presque que du gagnant-gagnant pour tout le monde. Ce serait même phénoménal pour l’image du club car Beckham est un héros positif, il est humble, pro.

Une question sur Javier Pastore : est-ce son jeu de ne pas se montrer pendant les ¾ d’un match pour sortir de l’ombre et réaliser un coup d’éclat, scénario que l’on peut actuellement constater au PSG depuis son arrivée ?

Bien sûr que non, mais comme je l’ai dit, je pense qu’il a souffert d’un manque de préparation à son arrivée et qu’il le paye un peu aujourd’hui, physiquement. Son jeu nécessite impérativement d’être en forme. Maintenant, il ne faut pas oublier que c’est encore un gamin. Il a peut-être encore du mal à gérer sa motivation pour un match dans un stade comme celui d’Ajaccio, plutôt qu’à Santiago Bernabeu. Je ne dis pas qu’il choisit ses matchs, mais il se motive forcément un peu moins lorsqu’il joue des matchs de moindre envergure.

En fait, il faut aussi imaginer qu’il a peut-être encore un petit problème d’adaptation. N’oublions pas qu’il a brusquement endossé un statut de star à assumer, avec un transfert faramineux, des vagues médiatiques déferlantes chez nous. Je trouve qu’il s’en est déjà pas mal sorti avec tout ça sur les épaules. Maintenant, c’est à l’entraîneur de savoir gérer ce genre de choses, de le préserver. Et c’est pour ça que le travail d’Antoine Kombouaré n’est pas toujours si facile qu’on le pense.

Sans te demander un pronostic, comment vois-tu le match de dimanche ?

Il n’y aura pas 0-0, ça me paraît impossible, et je ne vois pas un match nul. PSG ayant joué Jeudi en Ligue Europa contre Bratislava, il y aura forcément pendant le match, au début ou à la fin, un contrecoup physique logique qui fait que Bordeaux peut profiter de cette petite chance. Mais je vois bien une victoire parisienne. En même temps, Bordeaux est très près des places de reléguables, la pression sera également sur eux. Ça va être chaud !

Propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc, en exclusivité pour En Pleine Lucarne

Pour en savoir plus sur Grégoire Margotton, lisez l’interview précédente qu’il avait accordée à En Pleine Lucarne

Photos : Canal+

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Vincent Rousselet-Blanc

(1) Reader Comment

  1. Très belle interview avec une analyse très juste.

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