"A l'affiche" Football Les News — 25 novembre 2011

Samedi 26 novembre à 21h15, Ma Chaîne Sport diffusera le derby de Lisbonne entre Benfica et le Sporting pour le compte de la 11ème journée du championnat du Portugal. Nicolas Vilas, qui assurera les commentaires de ce match, a accepté de décrypter cette rencontre pour En Pleine Lucarne. De l’invincibilité de Benfica au renouveau du Sporting, le présentateur du magazine « Tribune Foot » nous livre les clés de ce duel très attendu. Et nous parle également du niveau de La Liga Sagres, de son impact en France et du foot portugais plus généralement.. Avec passion, comme d’habitude.

Samedi, c’est le derby de Lisbonne entre Benfica et le Sporting. C’est aussi le deuxième du championnat contre le troisième. Ce match sent la poudre, non ?

Oui d’autant plus que cela faisait longtemps que le Sporting n’était pas aussi bien. Il n’y a qu’un point qui sépare les deux équipes. Au Portugal, ils en font des tonnes sur ce derby. Les supporters mettent la pression plus que d’habitude. Le Sporting est bien alors qu’il était au fond du trou depuis plusieurs saisons. Là, on sent que c’est peut-être l’année du renouveau pour ce club. En tout cas, ça va être un match qui va être déjà important. Un derby c’est toujours un match particulier surtout celui de Lisbonne. Forcément, ça rajoute de l’intensité.

A quel genre de match faut-il s’attendre ?

Les derbys à Lisbonne sont souvent des matchs particuliers, même si c’est un peu cliché de dire ça. Ce ne sont pas des rencontres comme les autres. J’ai des souvenirs de 6-3, de matchs complètement fous, avec des expulsions, etc. En plus, cette année, le Sporting est une équipe hyper offensive qui joue vraiment bien. Benfica prend des buts, mais en marque aussi beaucoup. Voir un 0-0 serait très surprenant étant donné la façon dont jouent les deux équipes actuellement.

Le Sporting impressionne en ce début de saison. Y-a-t-il un effet Domingo Piacencia ?

Domingo est un très bon entraîneur, il a fait du très bon boulot à Braga l’année dernière. Il a entamé une mue profonde, une révolution intéressante qui n’a pas été comprise par tout le monde. Il y est forcément pour beaucoup dans le renouveau du club. Il y a aussi la politique de recrutement qui a eu un impact. Sur le onze de départ, il n’y a que Rui Patricio et Ferreira qui étaient présents l’année dernière, sinon pratiquement tout a bougé.

Le Sporting entame un virage important. Jusqu’ici, c’était un club qui misait sur la formation et les jeunes. Maintenant, ils ont tendance à copier ce que fait Porto et Benfica. Ils vont chercher des joueurs étrangers avec des coûts plus importants et dépensent parfois des sommes folles comme l’été dernier. Néanmoins, ils continuent à valoriser les jeunes du centre de formation.

Le Sporting peut-il être champion ?

Franchement, ça va beaucoup dépendre de ces matchs-là et des autres équipes certainement. C’est très relatif. Autant, l’année dernière Porto finit champion en étant invaincu avec 20 points d’avance sans rien devoir à personne. Autant cette année, c’est serré. Parfois, tu es champion parce que les autres équipes ne tiennent pas la cadence. C’est un peu tôt pour le dire encore. Il peut y avoir des blessés, il peut se passer beaucoup de choses encore. Je pense que ça va vraiment dépendre de ce que vont faire Benfica et Porto.

Comment expliquer que Benfica soit invaincu alors que des joueurs importants sont partis ?

Benfica a compris un truc depuis deux trois ans. Le FC Porto le fait depuis quelques années déjà  alors que les clubs français ne le font pas. Ils anticipent tous les départs. C’est à dire que quand David Luiz est vendu, ils savent déjà qui va le remplacer (ndlr : Garay). Pareil pour le départ de Coentrao au Real Madrid pallié par les arrivées d’Emerson et de Capdevila. Par rapport à l’année dernière, Benfica n’a pas perdu beaucoup de joueurs. L’an passé, Benfica avait un gardien très critiqué qui n’était pas bon. Il a été remplacé par un autre meilleur et gratuit.

Ce qui est intéressant, c’est que cette équipe avait l’habitude de jouer en 4-4-2 la saison passée. Désormais, Jorge Jesus aligne deux récupérateurs. Ce qui est le signe d’une évolution. L’entraîneur démontre, malgré son âge avancé, qu’il n’est pas buté et qu’il sait s’adapter. Benfica a une vraie profondeur de banc avec le jeune Rodrigo, un jeune international espagnol très intéressant ou encore Nolito.

L’achat du jeune milieu belge Alex Witsel est-il judicieux ?

Je pense que c’est un très bon achat puisqu’il n’a coûté que 7 millions d’euros. Il avait été soulier d’or en Belgique et ça fait plusieurs saisons qu’il se fait remarquer là-bas. Ce qui m’a beaucoup étonné c’est qu’un mec comme lui, d’origine martiniquaise, francophone, qui joue en Belgique n’a jamais été suivi par un club français. Il a coûté presque aussi cher qu’Alou Diarra. Witsel a une vingtaine d’années et est titulaire en équipe de Belgique. C’est une bonne chose pour le foot portugais. C’est un très bon joueur. La preuve, la saison dernière Jorge Jesus jouait avec un milieu défensif Javi Garcia.  Il a adapté son système de jeu pour Witsel. Quand tu adaptes ton schéma de jeu pour un joueur, c’est que ce mec doit avoir de la qualité.

« Les clubs portugais sont sur les talons des clubs français« 

Quel est le niveau du championnat portugais par rapport à la Ligue 1 ?

Tout dépend de quelle Ligue 1 on parle. Si on parle du haut de tableau, je ne suis pas convaincu que les clubs portugais soient en dessous des trois leaders du championnat de France. Le haut de tableau du Portugal vaut largement celui de Ligue 1. En ce qui concerne le ventre mou, je pense que c’est assez équitable avec un léger avantage pour la France. Par contre, si on parle du bas de classement, c’est clair que les clubs français sont meilleurs que les clubs portugais.

En même temps, avoir un bas de classement meilleur que celui du Portugal, ça ne sert à rien. Si on regarde les confrontations européennes l’année dernière, Lille qui a fait le doublé coupe – championnat a été battu par le Sporting qui était en crise. Benfica a éliminé le PSG en Ligue Europa même si c’était ric-rac. Il faut aussi regarder le ranking UEFA. Les Portugais sont sur les talons des clubs français. Certes, le championnat portugais est à trois vitesses : le haut, le milieu et le bas de tableau. En France, ça change complètement. L’année dernière, il y avait dix équipes qui jouaient le maintien et cinq ou six l’Europe.

En Liga Sagres, c’est plus déséquilibré, mais il y a des locomotives qui tirent le championnat vers le haut. Au final, ça permet d’avoir des clubs installés de façon structurelle en haut de tableau qui ont une réelle culture européenne. Il suffit de regarder le palmarès des équipes  portugaises au niveau européen. La Liga Sagres est un championnat de seconde zone, intermédiaire, où l’on fabrique des stars pour les revendre.

Selon vous la Liga Sagres est-elle sous-estimée en France ?

Complètement. Même si ça a évolué ces dernières années notamment en raison des résultats des clubs portugais sur la scène européenne. C’est un championnat qui a été très sous-estimé mais qui commence maintenant à être plus valorisé aux yeux de tout le monde.  Des joueurs comme Lisandro et Lucho qui évoluent en Ligue 1 donnent du crédit au championnat portugais. Falcao qui part pour 40 millions d’euros et finit meilleur buteur de la Ligue Europa l’année dernière valorise également la Liga Sagres.

Si les clubs étrangers mettent le prix pour acheter des joueurs du championnat portugais, c’est que quelque part ce n’est pas un championnat de merde. Maintenant, pour le supporter français moyen, la Liga Sagres reste de la merde. Même si son club se fait taper par Benfica ou Braga, il continuera à croire que son championnat est meilleur.

Pourquoi les chaînes de télévision, comme Canal+ par exemple, boycottent le championnat portugais ?

Aucun observateur objectif et rationnel ne dira que le championnat portugais mérite de jouir de la même notoriété que la Premier League, La Liga espagnole voire même que la Série A qui est en pleine crise. Mais si Canal + a lâché le foot portugais, ce n’est pas en raison du niveau du championnat en lui-même.

Au Portugal les droits sont détenus exclusivement par un opérateur qui s’appelle Sport TV qui est l’équivalent de CanalSat en France. Il y a plein de Portugais en France qui s’abonne à Sport TV. Canal s’est donc dit que ça ne servait à rien de faire le foot lusitanien car tous les Portugais installés en France vont regarder Sport TV.

Le foot portugais est-il le produit d’appel phare de Ma Chaîne Sport ?

Nos audiences sont très bonnes et augmentent de mois en mois. Beaucoup de gens sont abonnés à Sport TV mais préfèrent regarder le foot portugais sur MCS parce qu’on a un point de vue plus objectif que les chaînes locales. La Liga Sagres marche bien sur Ma Chaîne Sport parce que ça fait trois ans qu’on la diffuse. Une certaine fidélisation s’est créée avec le téléspectateur parce que les gens voient qu’on suit de près ce championnat. On a nos informations en terme de transfert, nos interviewes, nos analyses et ça attire des gens qui ne s’y intéressaient pas avant.

La Liga Sagres a donc de l’avenir sur Ma Chaîne Sport.

Oui, d’autant que cette année on a les trois gros qui se tiennent en un point. Ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps. Je souhaite sincèrement que le suspense sera présent jusqu’au bout. Peu importe le scénario pourvu que le suspense dure jusqu’à la fin.

Propos recueillis pour En Pleine Lucarne par Florent Gazeau (étudiant 3e année école de journalisme de Nice)

photos : MCS

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Vincent Rousselet-Blanc

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