Rugby — 10 novembre 2011


Thomas Lombard sera aux côtés d’Eric Bayle, samedi 12 novembre à partir de 14h30 sur Canal+, pour commenter l’entrée en lice de Montpellier, face au champion d’Europe en titre, le Leinster (voir calendrier tv complet). Le consultant de Canal+ présente pour En Pleine Lucarne cette affiche intéressante et inédite. Les forces en présence, l’enjeu, la différence d’appréciation qu’ont les clubs français et britanniques de la H CUP, Thomas Lombard décrypte tout… et même son métier de consultant rugby. Après avoir lu son interview, il ne restera plus qu’à attendre le coup d’envoi du match Montpellier-Leinster.

« Une belle vitrine pour le club de Montpellier »

Thomas, que peut-on attendre de cette équipe de Montpellier, qui va découvrir la H CUP, face au champion en titre, le Leinster ?

On peut attendre beaucoup de choses dans la mesure où, elle va avoir une certaine absence de pression dans cette rencontre, de surcroît face au champion en titre. Même si pour sa grande première dans cette compétition, ce sera difficile, car, on le sait, il y a un apprentissage immuable lorsqu’on veut participer à la coupe d’Europe. Cela demande un certain temps d’adaptation. Mais il est clair que les Montpelliérains – par rapport au jeu qu’ils proposent lorsqu’ils sont sans pression et que les conditions sont bonnes – peuvent proposer des situations très intéressantes.

Va-t-il y avoir un surplus de motivation dans ce contexte, où le MHRC affronte un gros morceau et que le match a été délocalisé ?

Je ne pense pas qu’il y ait une grosse différenciation qui se fasse entre le championnat et la H CUP en termes de motivation. En France, tout le monde veut gagner le Top 14 et tous les clubs espèrent gagner la coupe d’Europe. La différence est là. Il y a beaucoup de données qu’on ne maîtrise pas dans cette compétition. Le tirage au sort, les places qualificatives pour un quart de finale à domicile et encore un tirage au sort pour les demies. L’arbitrage est aussi différent par rapport à ce qu’on voit dans le Top 14. Tout cela fait qu’il y a un certain voyage dans l’inconnu pour les clubs français. Il est beaucoup plus difficile de mettre en place des objectifs clairs pour cette compétition.  Mais il y aura une montée en régime pour les Montpelliérains en vue de la H CUP par rapport à la représentativité régionale du club. Le match est délocalisé à La Mosson (ndlr, le stade de foot de Montpellier, 33 000 places) car le MHRC accueille une des meilleures équipes d’Europe. C’est forcément un événement pour lequel on a envie de se montrer à la hauteur.

Surtout que la visibilité de la compétition est prédominante…

La H CUP offre un rayonnement européen qui n’a pas de prix. La donnée économique est prépondérante en rugby. Montpellier a trouvé un sponsor qui l’a fait basculer dans de nouvelles ambitions à la fin de la saison dernière. Les clubs sont toujours à la recherche de moyens financiers pour pérenniser leur situation. La participation à une coupe d’Europe est de point de vue là essentiel. Cela permet aussi d’attirer de nouveaux joueurs, notamment des étrangers.

Les partenaires de Ouedraogo peuvent-ils avoir un complexe d’infériorité vis-à-vis de leur adversaire ?

Les Montpelliérains n’auront peut être pas un complexe d’infériorité mais une certaine pression, qui doit logiquement s’évacuer par rapport à leur relatif manque d’expérience dans cette compétition. S’ils gagnent, ce serait un sacré exploit, c’est certain. Mais il y a un fossé très important entre le Top 14 et la coupe d’Europe. Cette dernière nécessite des repères et de l’expérience. Ce n’est pas que Montpellier n’a pas le potentiel pour le faire, mais le club aura certainement besoin d’un petit temps d’adaptation pour comprendre tous les rouages. Sur une première saison, c’est toujours compliqué d’être au rendez-vous de la coupe d’Europe. Mais ils n’ont pas de véritable enjeu dans la mesure où tous les résultats qu’ils prendront seront positifs. S’ils ne se qualifiaient pas pour les quarts de finale, ce ne serait absolument pas un échec.

Sur le match de samedi, c’est vrai qu’en face, c’est la moitié de l’équipe d’Irlande qui se déplace… Contrairement aux équipes françaises, les provinces irlandaises font de la H CUP un objectif prioritaire. Les équipes celtes misent leur saison sur cette compétition. C’est la finalité et l’aboutissement. C’est là qu’ils veulent figurer. Cette semaine dans les journaux, Léo Cullen (deuxième ligne du Leinster) disait que l’ambition du club était clairement de remporter une deuxième fois la coupe d’Europe. C’est un exploit que seul Leicester a réussi jusque là, en 2001 et 2002.

Comment jugez-vous cette province du Leinster, dernière vainqueur de la compétition ?

Elle va abattre sa carte la plus forte lorsque la H CUP va débuter. C’est son ambition. Le rugby irlandais existe au travers de la coupe d’Europe. Cette équipe est impressionnante. Elle est un peu plus mature que les saisons précédentes. Le Leinster a disputé deux finales en trois ans, et elle en a remporté deux (2009 face à Leicester et 2011 face à Northampton). Elle peut faire un doublé cette année. A part l’absence de Brian O’Driscoll (blessé pour six moins), elle parait aussi forte voir meilleure que les autres années. La seule interrogation qu’on peut nourrir, c’est l’état de forme des mondialistes. Le dernier levier, c’est l’ouvreur, Jonathan Sexton, le grand artisan de la victoire au printemps dernier. C’est un jeune joueur qui tarde à s’affirmer au très haut niveau, en termes de régularité. Si Sexton joue sur le même registre que la dernière phase finale, il sera très compliqué d’aller les chercher.

« La fierté est un vecteur important »

Sur quels éléments le MHRC peut-il s’appuyer avant ce match ?

Le retour de certains internationaux qui s’est fait au compte-goutte et qui va se clore avec les rentrées de Fulgence Ouedraogo et François Trinh-Duc va être le levier numéro un. Ensuite, cette délocalisation qui prouve qu’on veut proposer une belle vitrine du club. Il faudra répondre présent et faire un match intéressant. La fierté sera aussi un vecteur important. La plupart des joueurs vont débuter dans cette compétition, ils vont avoir l’occasion de se mesurer à des internationaux en puissance. Ce sont trois données fondamentales lorsqu’il s’agit de réveiller un groupe et de le mettre face à un enjeu important.

Quel rôle peuvent avoir Thibault Privat, Rémy Martin ou même Yoann Audrin, qui ont déjà disputé la H CUP avec Clermont, le Stade Français et Montauban ?

Ce sont des joueurs qui peuvent décomplexer certains de leurs coéquipiers. Ils peuvent remettre un événement dans des proportions plus justes. Puis faire prendre conscience qu’en coupe d’Europe, un exploit est toujours possible. Si Montpellier en est arrivé à se qualifier pour la H CUP en jouant une finale de championnat de France, c’est qu’ils ont été invités à ce niveau de jeu global. Avec des joueurs qui connaissent l’événement et cette dimension, en termes de pression et de rythme de jeu, c’est forcément un élément fédérateur qui peut rassurer.

Comment peut-on expliquer le fait que Montpellier est un petit peu en retrait par rapport à la saison dernière ?

Je pense que l’explosion montpelliéraine aux yeux du grand public a été compliquée à gérer. C’est difficile pour un club de conserver de la consistance dans ses performances lorsqu’on arrive du jour au lendemain à une place de finaliste du Top 14. Le MHRC a changé de visage. Et la participation à la coupe du monde de joueurs-cadres comme Ouedraogo, Trinh-Duc, Gorgodze ou Matadigo a compliqué dans ce début de championnat. Ils n’ont peut être plus beaucoup de marge de manœuvre en Top 14.

Dans ce cadre, la H CUP peut-elle servir de tremplin ?

Oui, elle arrive à un moment où Montpellier a besoin de se relancer. Dans ce but là, il vaut mieux avoir une compétition propre en termes de jeu comme peut l’être la H CUP. C’est une opportunité pour eux de faire de bonnes choses et d’emmagasiner de la confiance. La coupe d’Europe est une bouffée d’oxygène pour tous les clubs en souffrance dans le Top 14.  Eric Béchu et Fabien Galthié ont en tête qu’ils peuvent utiliser cette compétition comme un socle pour repartir avec d’avantage de certitudes.

« J’essaye de progresser »

Comment analysez-vous votre rôle de consultant sur Canal+ ?

Si je ne prenais pas de plaisir, il vaudrait mieux arrêter ou faire autre chose. Le plaisir est la motivation principale. J’ai la chance d’évoluer dans un milieu qui a été le mien pendant presque quinze ans. Sur Canal+, on a une belle vitrine pour amener une expertise. J’essaye de progresser, de continuer à apporter quelque chose au téléspectateur. Notamment par rapport à l’expérience que j’ai eue en tant que joueur. C’est un rôle qui n’est pas évident. Il ne faut pas tomber dans le rôle du juge. On est là pour expliquer les décisions de l’arbitre, qui sont en ce moment très importantes dans le rugby, et très difficiles à déchiffrer pour téléspectateur. On donne aussi des éclairages tactiques sur ce qu’il se passe sur le terrain, sur les enjeux ou les forces en présence.

Comment définir la nuance entre le jugement et l’analyse ?

Juger les performances d’un joueur ou même d’une équipe n’est pas le rôle du consultant. Vous savez, quand on est joueur on n’aime pas être jugé. Je sais de quoi je parle. C’est toujours difficile pour un rugbyman d’ouvrir les journaux, de subir les critiques ou de voir les notes qu’on nous attribue. Il faut aussi avoir cela en mémoire lorsqu’on passe de l’autre côté de la barrière. Il y a un mur à ne pas franchir.

Vous auriez aimé être journaliste ?

C’était mon ambition et mon souhait avant que le rugby ne devienne professionnel et qu’il fasse de moi un joueur de haut niveau. Le journalisme m’attirait. Je suis heureux d’avoir finalement eu cette chance de reconversion. Maintenant, je ne suis pas journaliste mais consultant. J’aime ce contact avec le rugby. J’ai la chance d’être sur une chaîne où beaucoup de moyens sont mis à notre disposition. Nous sommes dans les meilleures conditions pour rendre quelque chose de propre aux téléspectateurs. C’est très appréciable. Mais cela demande aussi un retour important de notre part par rapport à l’approche qualitative du travail que l’on doit fournir.

Propos recueillis par Thomas Perotto (3e année école de journalisme de Nice, @thomasperotto) en exclusivité pour En Pleine Lucarne

photos : Canal+ / DR

 

 

Share

About Author

Vincent Rousselet-Blanc

(3) Readers Comments

  1. Pingback: « A l’affiche  (H Cup) : Ospreys – Biarritz et Stade Toulousain – Gloucester… par Matthieu Lartot (France 2) « En Pleine Lucarne

  2. Pingback: H Cup : Canal+ conserve son « AAA … et Eric Bayle veut le « BBB  « En Pleine Lucarne

  3. A la manière dont s’exprime Thomas Lombard, on ne peut que lui donner raison sur sa reconversion. Un consultant intelligent, toujours juste dans l’analyse et qui reste simple comme bonjour. Très bonne interview!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>