A chaque fois que Daniel Lauclair, l’homme de terrain de France Télévisions, apparaît au bord d’une pelouse, en Coupe de France ou en Coupe de la Ligue (les 25 et 26 octobre prochains,8e de finale sur France Télévisions), dans une allée de Roland Garros ou sur un terrain de pétanque, vous pouvez être sûr qu’il déclenche immédiatement le buzz sur Twitter ou Facebook. Entre fan-club sur le net et groupes Facebook « anti-Lauclair », on ne peut pas dire que le journaliste sportif laisse indifférent.

Mais le connaissez-vous vraiment ? Quel est son parcours professionnel ? Cultive-t-il un aspect « old school » volontairement décalé ou est-il naturel ? A-t-il conscience des critiques qu’il déclenche et s’en soucie-t-il ? Comment juge-t-il son travail ? Celui des autres ? Bref, qui est Daniel Lauclair ?

Pour le savoir, et puisque le journaliste est avare de confidences dans la presse et sur Internet – faites des recherches, vous verrez-vous-même – le mieux était d’aller directement lui poser toutes ces questions. Et sachez-le tout de suite, « Danny la Mèche » comme le surnomme affectueusement Cyril Hanouna, son compère à Roland Garros, est très bavard et surprenant… à l’image du titre de cette interview, volontairement choisi par mes soins. Une heure et demie d’entretien plus tard, voici ce qu’il faut en retenir. Avec, à l’appui une vidéo de ses débuts. Toute une époque !

Voici maintenant près de 40 ans environ que vous couvrez le sport à la télévision. Comment expliquez-vous votre longévité ?

Je suis le dernier poulain de Léon Zitrone. A partir de là, on a installé le décor. Je veux dire par là que pour avoir été formé par cet immense professionnel, je n’ai pas été tiré à la courte-paille ou dans une loterie pour justifier de ma présence aujourd’hui. Léon Zitrone m’a tout appris, c’était mon père spirituel. J’ai débuté au début des années 70, j’avais 20 ans et j’ai passé cinq ans à ses basques, comme homme à tout faire. Je pouvais conduire la voiture, trier les dépêches, commenter le défilé du 14 juillet avec lui puis enchaîner avec un commentaire de foot ou les courses hippiques. Je faisais de tout sauf que, petite nuance, j’ai appris mon travail avec un énormissime professionnel. L’avant-dernier poulain de Léon, c’était Michel Drucker ! Preuve que ses racines sont profondes.

Vidéo : Léon Zitrone lance la présentation par Daniel Lauclair de la finale St Etienne-Reims (1974)

Avez-vous gardé un souvenir marquant de vos débuts ?

Oui, j’ai même des tas d’anecdotes à raconter. Mais si je ne devais retenir qu’un moment, c’est ma rencontre avec Cassius Clay, au début des années 1970. J’ai eu le privilège de déjeuner avec lui et il m’en reste deux images fortes : la première, ce sont ses doigts de pianiste, fins, étonnant pour un poids-lourd, et la seconde, sa façon de manger, tout au ralenti, comme un automate. Je suis reparti de ce déjeuner avec ma carte de télévision signée « Mohamed Ali » ! Mais je pourrais également vous dire que j’ai emmené Claude François assister à ses premiers matchs de boxe. Boxe que m’a fait découvrir Jean-Paul Belmondo quand il habitait à Saint Maurice (Val de Marne), à côté de chez moi, puisque je vivais à Joinville-le-Pont.

Puisque l’on parle de votre jeunesse à Joinville-le-pont, il paraît que votre mère vous menaçait de son martinet pour vous faire rentrer chez vous car vous n’arrêtiez pas de jouer aux boules. Et vous avez même été champion de Paris Junior.

Comment savez-vous ça ? Oui, c’est exact. Je suis né à Paris et j’ai grandi à Joinville-le-Pont. Je passais mon temps à jouer à la pétanque sur la Place Mozart, qui a l’époque était un lieu fameux pour les boulistes. Il y avait la Place des Lices à St Tropez et la Place Mozart à Joinville. C’est d’ailleurs là-bas que j’ai fait la connaissance de tous les grands noms de la pétanque. C’est devenu une vraie passion et je voulais la transmettre à tout le monde.

A tel point qu’en 1985, j’ai eu l’idée d’organiser un événement autour de ce sport convivial par excellence sous la forme d’un concours de pétanque qui réunissait de grands joueurs et des stars du show business ou de la télé. C’était la Fête de Prestige de Paris. On l’organisait aux pieds de la Tour Eiffel ou sur la place de l’Hôtel de Ville. Je me souviens, le premier parrain de cette fête fut Achille Zavatta, puis il y a eu mon ami Henri Salvador. Et tout s’est enchaîné, le succès a pris comme jamais ne pensais qu’il prendrait. Je partais à la chasse aux invités partout où je pouvais. Je me souviens même, lors du festival de Cannes, avoir abordé James Coburn, alors que je ne le connaissais pas du tout. Et il est venu ! Résultat j’ai eu des invités et des parrains tels que Robert Wagner, Bo Derek, George Hamilton, Gina Lollobridgida, Sharon Stone, Kim Basinger, Adriana Karembeu, ou encore Mathilda May, David Soul et Paul Michael Glaser, les Starsky & Hutch de l’époque. Sans parler de tous les champions du monde de pétanque parmi lesquels Philippe Quintais, Marco Foyot et compagnie. Je suis fier d’avoir réussi ça.

Daniel Lauclair et Mathilda May

Vous avez cité Henri Salvador. Il paraît qu’il était tellement mordu de pétanque qu’il pouvait réveiller ses amis en pleine nuit pour jouer une partie.

Oui, il l’a fait avec moi d’ailleurs. Il m’appelait à deux ou trois heures du matin. Lui, c’était un passionné, il jouait vraiment pour le plaisir. Un jour, alors que l’on commentait le tournoi La Marseillaise pour France Télévisions, car il fut pendant trois ans mon consultant pétanque, je commence à présenter à l’antenne le palmarès du joueur français Philippe Quintais : 12 titres de champion du monde, 11 de champion de France, etc. Henri Salvador me sort « Quel Champion : quel emmerdeur! » Nous avons éclaté de rire. Il voulait dire par-là que quand on joue avec un champion comme ça, on ne devait pas s’amuser. Or lui ne pensait qu’à ça.

Notre amitié était tellement forte que lorsqu’il a disparu, avec la bénédiction de sa femme Catherine, 6 champions du monde de pétanque ont porté son cercueil à la Madeleine. Quel symbole et quelle émotion !

Sans vous la pétanque n’aurait pas l’exposition médiatique qu’elle a aujourd’hui.

Ce serait prétentieux de dire ça, mais on ne peut pas nier que j’ai fait des choses dans ce domaine. Prenez le tournoi La Marseillaise. L’an dernier, France Télévisions proposait 5 heures de diffusion nationale. Cette année, j’ai réussi à convaincre mes patrons d’en faire 15 heures, sur le réseau national. La Marseillaise, c’est la plus belle compétition de pétanque au monde, ça fait quinze ans que je la couvre. Jusqu’à présent, La Marseillaise était surtout proposée sous forme de décrochage régional. Or, dans cas, vous n’êtes dans aucun programme télé, dans aucun quotidien, excepté quelques journaux locaux. Ça crée une frustration terrible de ne pas pouvoir faire connaître au public cet événement. Et on diffusait les finales en pleine nuit avec les femmes et les jeunes. Mais ça intéresse qui à une heure du matin ? Les cloportes, les insomniaques, les boit-sans-soif… Bref, l’année dernière, j’ai réussi à convaincre de programmer la finale de la Marseillaise, en différé certes, mais à 23h30 sur France 3. Nous avions droit à une heure trente d’antenne et coup de chance la finale a duré une heure et demie pile ! Nous sommes partis, à 23h30, à 7% de part de marché, on a terminé à 16% avec une pointe à 1,5 million de téléspectateurs ! J’ai gardé les textos de félicitations que j’ai reçus le lendemain matin (rires) !

Evidemment, j’ai remis le couvert avec la finale de l’Europétanque d’Azur de Nice, de minuit à une heure du matin. Le lendemain, on me lance dans les couloirs de France télévisions : « tu leur as fait quoi à tes boulistes ? ». On avait fait 10% de part de marché et une pointe à 1 million de téléspectateurs !

Maintenant, vous êtes aussi reconnu comme un spécialiste des courses hippiques.

Ayant été le poulain de Léon Zitrone, qui m’a mis le pied à l’étrier, il était normal que j’arrive dans les courses ! (sourire). J’ai présenté et commenté les courses pendant 10 ans. Dix ans pendant lesquels je me suis lié d’amitié avec tous les grands noms, du Prince Aga Khan au Président Lagardère, en passant par le Baron de Rotschild, Daniel Wildenstein ou encore Suzy Volterra, une grande dame du milieu, pour ne citer qu’eux. Et les courses, il y en a tout le temps, elles ne font pas relâche. C’est tous les week-ends, partout en France. Donc j’ai été très exposé à l’antenne, toute l’année, et j’ai acquis cette image de spécialiste hippique. J’ai couvert toutes les grandes courses, Prix d’Amérique, Grand Steeple Chase de Paris, Le jockey-Club et le Prix de Diane, l’Arc de Triomphe et la finale du Grand National de trot. En Mondovision. Puis quand les courses ont quitté France Télévisions, je me suis remis au foot. Et croyez-moi, on ne m’avait pas attendu ! Les journalistes en place ne partagent pas si facilement leur part de gâteau.

Mais vous l’avez eu votre part, puisque vous êtes aujourd’hui l’homme de terrain attitré des matchs de coupe de la Ligue et de Coupe de France. A quoi attribuez-vous votre place ?

Depuis mes débuts, ma vie professionnelle a toujours été dirigée sans approximations. Léon Zitrone ne tolérait pas l’amateurisme. Il avait le sens du respect et de la rigueur. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’on ne vient pas travailler les mains dans les poches, quel que soit le sport. Je ne suis jamais allé sur un événement sans avoir travaillé et fait mes fiches. Zitrone n’arrivait jamais sur un événement sans l’avoir préparé minutieusement. C’est la première des choses qu’il m’a enseignée à la télévision. Ce que je veux dire c’est que les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas toujours cette rigueur dans le travail.

Zitrone avait une puissance de travail exceptionnelle, et une culture énormissime. Il maniait excellemment bien la langue française. Et de ça j’en ai aussi tiré forcément des dividendes. Je prétends quand même que je ne fais pas trop de fautes de français, même si on peut toujours en commettre lorsque l’on est dans le direct.

Vous ne cultivez donc rien, pas d’image décalée, comme certains peuvent le faire sur France Télévisions ?

Non, on va s’arrêter là, je ne cultive rien et tous ceux qui me connaissent savent que je suis 100% naturel. Et si j’entretiens quelque chose, c’est cette image parce que c’est la mienne. Je suis abordable, je n’ai pas la tête comme ça (il mime ceux qui ont le melon). Le naturel, c’est mon fonds de commerce. Ce n’est pas pour rien que l’un de mes meilleurs amis était Henri Salvador. Je suis comme lui. Il était populaire parce qu’il était aussi accessible.

Parlons football. N’est-ce pas trop frustrant de n’intervenir que quelques minutes pendant un match ?

D’abord, sachez que je ne considère pas ma position d’homme de terrain comme dévalorisante, bien au contraire, car c’est un travail de journaliste au même titre que les autres. Je ne me contente pas d’une interview avant le match, à la mi-temps et après le match. Je cherche à apporter de l’info et à vendre un spectacle aussi. Il est sûr qu’à France Télévisions, nous n’avons pas l’espace de liberté que peut avoir Canal+. Je n’ai pas le même ton non plus qu’un Paganelli qui a pour lui d’avoir été ancien joueur pro. Paganelli, il tutoie les joueurs, plaisante avec et va au-delà de ce que, jamais, on me laissera faire sur France Télévisions. Mais il est dans son truc, il sait le faire. Je peux avoir de l’esprit, avoir de la répartie, être drôle à l’antenne, mais il n’en est pas moins vrai que nous sommes dans le service public. A partir de là, je vouvoie tous mes intervenants. Et ils me respectent et m’apprécient tous.

A quoi le voyez-vous ?

Une anecdote. Un jour, lors d’un match de l’OM, l’entraîneur sort Mamadou Niang. Niang sort du terrain, furieux, pas loin de vouloir casser un banc. Je l’ai suivi, me suis assis à côté de lui, sans rien dire. Jusqu’à ce qu’il m’adresse la parole. A la fin du match, Niang s’est approché de moi », il a retiré son maillot, me l’a donné et m’a dit : « Daniel, c’est pour toi. Toi tu as tout compris. » Même chose avec Albert Emon, à l’époque où il entraînait Marseille. C’était un match contre Nantes et je guettais près du banc l’occasion d’aller lui demander quelques mots au micro. L’OM menait 1-0, mais, de la tête, il me faisait signe que ce n’était pas le moment. 2-0, 3-0, 4-0. Sauf cataclysme l’OM ne pouvait plus perdre. Mais il ne voulait toujours pas répondre à une question. Puis, à dix minutes de la fin, il m’a regardé et m’a lancé « Daniel, tu peux préparer les boules ! » C’est un peu ma fierté de me dire que j’ai réussi avec le temps. J’ai installé un climat de confiance avec eux. Ils savent que je ne suis pas là pour leur faire un croche-pied ou pour qu’ils regrettent que je sois venu les voir. D’ailleurs, je peux dire que je n’ai jamais essuyé un refus d’interview avec un joueur.

On vous reproche souvent, sur certains forums Internet, de faire les questions et les réponses lors de vos interviews…

(rires) A une certaine époque, peut-être. Plus maintenant, je me suis corrigé. Mais j’avais ce défaut-là effectivement. A un moment, on veut tellement bien faire, tellement tout mettre dans la même question, car on n’en a souvent qu’une à poser, que les questions deviennent plus longues que les réponses. C’était évidemment une erreur. Il vaudrait mieux dire trois mots et avoir une vraie réponse. Même si dans une bouteille d’un litre, j’essaye encore parfois de mettre 101 centilitres. (sourire)

Pourquoi a-t-on l’impression que vous n’êtes pas légitime sur le foot alors que cela fait des années et des années que vous le couvrez ?

Ca n’est pas une question de légitimité, mais contrairement à Canal qui diffuse du foot chaque semaine, nous, à France Télévisions, nous avons une politique d’événements, avec la Coupe de la Ligue et la Coupe de France. Si nous sommes donc mieux exposés médiatiquement, on est moins sur le terrain et on peut avoir le sentiment que c’est une découverte pour les téléspectateurs de me voir sur le bord des terrains. En plus, ce sont des événements que nous n’avions pas à une certaine époque. Cela ne fait que dix ans que nous les couvrons. Et lorsque nous n’avions pas ces compétitions, je couvrais les courses hippiques. Je me suis donc remis au foot avec une image de turfiste sur le dos. J’ai dû faire la démonstration que l’on pouvait me confier des dossiers. N’oubliez tout de même pas que j’ai quand même eu des patrons comme Charles Biétry ! Biétry était un patron dur, mais c’était un professionnel qui savait apprécier la qualité des gens qui travaillaient avec lui. J’en dirais de même de mon patron actuel Daniel Bilalian.

Jacques Tati : les Vacances de Mr Hulot (1953)

© Les Films de Mon Oncle

Lors d’un match de coupe de la Ligue, l’an dernier, je vous ai entendu faire une référence à un film de Jacques Tati et je dois vous avouer que j’ai trouvé ça décalé par rapport aux jeunes générations qui regardent le foot aujourd’hui.

Si vous posez cette question, il faut juste se rendre compte à qui nous nous adressons sur France Télévisions. Nous sommes le service public et nous nous adressons à un public qui n’est pas un public forcément de spécialistes mais qui est un public généraliste. Mon rôle n’est pas de donner des tas de statistiques ou de parler de 4-4-2, 4-3-3. S’il y en a un qui doit le faire chez nous, c’est le consultant, pas Daniel Lauclair. Moi, je suis plus là pour parler de références, d’histoire du foot, en interviewant par exemple un Daniel Horlaville, qui est l’emblème du football amateur et le seul amateur à avoir été en équipe de France. Ce sont des histoires qui me plaisent à raconter. Et si j’ai fait cette allusion c’est qu’il y avait sans doute un gars pendant le match qui s’agitait comme Tati dans « Les Vacances de M.Hulot ». Et puis, je dois vous avouer, j’ai tourné dans « Mon Oncle » avec Jacques Tati ! J’étais un des gamins du film.

Vous avez été acteur ?

Oui. J’ai tourné dans un film en 1982, pour la télé, qui s’appelle « Les Nerfs à Vif », réalisé par Yves Ciampi, réalisateur qui avait fait tourner dans sa carrière des acteurs tels que Pierre Fresnais, Louis de Funes ou encore Yves Montand, Jean Marais.

Finalement, le showbiz, c’est votre élément.

J’y compte beaucoup d’amis. C’est aussi ma longue expérience professionnelle qui m’a amenée à côtoyer des gens célèbres et à devenir ami avec eux. Quand je me retrouve sur le court Suzanne Lenglen à Roland Garros, coaché par Henri Leconte, à jouer contre Mansour Barami ou échanger des balles avec John McEnroe , c’est parce que je couvre le tennis pour la télé, et, notamment le Trophée des Légendes, pour France Télévisions avec Cyril Hanouna. Et quand j’ai comme consultant un Michel Leeb qui commente les matchs dans toutes les langues, ça crée une certaine convivialité. C’est aussi parce que durant la quinzaine, je fais 150 interviews, que je vais voir tous les joueurs, sur les courts, à l’entrainement, dans les allées, partout. Si « Bebel » accepte de répondre à mes questions en tribune de Roland Garros, c’est parce que je le connais depuis des années et des années et lorsque j’évoque le combat Monzon-Bouthier à Roland Garros, il s’émerveille…

Revenons au foot, avouez tout de même que vous pouvez paraître décalé par rapport aux hommes de terrain d’aujourd’hui.

Rapporté comme ça, peut-être. Mais vous savez bien, ces bonnes phrases, ces bons mots ou petits traits d’humour, s’ils sont jetés comme ça en pâture au cours d’un match, ça fait plouf. Si c’est raccroché à quelque chose, ça peut être pertinent. Et puis, je ne suis pas là pour compenser l’inculture des téléspectateurs ou, éventuellement, apporter une formation pour le jeune public qui ne sait pas qui est Jacques Tati. Je ne suis là que pour relater un fait. Ensuite, il y a ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Je ne suis pas là pour dire « au fait, vous ne connaissez peut-être pas Tati », raconter sa vie et donner sa filmographie et justifier mon intervention. Quand j’ai commenté la coupe du monde 1990 en Italie, dans la rue les gamins me disaient : « ah Just Fontaine, capocannoniere ! »… Ils connaissaient. Pourtant ce n’est pas d’aujourd’hui Just Fontaine.

Oui, mais c’est de la culture foot, pas Jacques Tati.

Oui, mais c’est intéressant de temps en temps de sortir un peu du football. D’ailleurs, j’aime bien avoir toujours une question décalée à poser. Quand j’aborde le Président de la République, Nicolas Sarkozy, en finale de coupe de la Ligue entre Lens et le PSG et que je lui demande : « Mr le Président, faites-vous partie des 6 millions de cinéphiles à avoir vu « Bienvenue chez les Ch’tis » ? – ils n’étaient pas encore 20 millions à cette époque. Il m’a regardé et m’a dit : « justement, j’en ai parlé avec Carla, on va essayer d’avoir une copie DVD pour se faire une projection ». Tout d’un coup, alors qu’il était encore dans sa bulle du match qu’il venait de voir, il a oublié qu’on était à la télé et il m’a parlé comme si nous n’étions que tous les deux. Et je l’ai ramené sur le foot en lui disant : « Mais tout de même M. le Président, le scénario est dur pour les Lensois. » Le lendemain, on n’a parlé que de sa réponse sur les Ch’tis ! Voilà l’état d’esprit dans lequel je suis quand je fais mon métier. A partir du moment où c’est au Président de la République auquel je m’adresse, je ne vois pas pourquoi je ne saurais pas faire Gameiro, Pastore, Ménez et les autres.

Avec Nicolas Sarkozy lors de la finale de Coupe de France PSG-Monaco

Finalement vous n’avez pas conscience du buzz que vous crééz quand vous intervenez sur un match, ni même des critiques…

Non et il n’y a pas un seul endroit où je vais dans le foot où quelqu’un me dit « Daniel, tu n’es pas assez technique, tu n’es pas assez ceci, cela ». Vous savez, à la télévision vous pouvez tout faire ou tout dire, tant que vous êtes professionnel, mais une seule chose marque les gens : le trait d’esprit ou d’humour que vous leur donnerez au cours de la rencontre. Et ça, je sais faire.

C’est la pétanque qui vous a donné cet esprit, cette « gouaille » comme le dit votre patron Daniel Bilalian qui vous appelle parfois le « Petit Audiard » ?

Non. Moi, mon moteur, c’est la passion. Je suis un homme de passion. Comme disait Saint Augustin : « il vaut mieux se perdre dans sa passion, que de perdre sa passion. » Je suis un passionné. Et ça me désole de voir des jeunes qui ont à peine trente ans et qui ne le sont pas. Moi, je rends tout son sens au mot populaire.

C’est sûr que commenter la Pétanque, le PMU et le Foot, ça vous installe une image populaire…

C’est exactement ça ! Je suis journaliste dans les catégories les plus populaires. On mettra le tennis à part, encore que…

Ce n’est pas innocent si vous avez pratiqué dans ces trois domaines…

Je vais vous faire une confidence. A une époque, on m’avait tout prédit en termes de carrière à la télé, notamment l’animation d’émissions de variétés. J’aurais par exemple dû animer « Intervilles ». J’étais très ami avec Guy Lux. Mais j’ai été noir corbeau car au moment où j’ai eu l’opportunité d’animer « Intervilles », le jeu est parti dans la maison d’en face (TF1). Et j’ai dit non, je ne pouvais aller faire une pige estivale aléatoire puis me retrouver sans rien après. Pourtant, j’aurais adoré animer ce jeu, car je me sentais vraiment capable de le faire. En son temps, celui de « la Lorgnette », Jacques Martin aussi voyait en moi le présentateur d’une émission de variétés. Mais ça ne s’est pas fait car, il l’a très bien dit lui-même chez Bouvard, « la télé c’est une drogue, difficile de passer le relais aux autres.». Je suis donc resté dans les starting-blocks.

Vous le regrettez aujourd’hui ?

Ne pas avoir fait Intervilles ? Oui. Cela aurait un « héritage » logique puisque j’ai commencé avec Zitrone et que j’étais ami avec Guy Lux. Le duo mythique de ce jeu le plus populaire à la télé.

propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc en exclusivité pour « En pleine Lucarne » (mention obligatoire)

@photos : France Télévisions / DR

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Vincent Rousselet-Blanc

(14) Readers Comments

  1. Bravo à daniel lauclair pour son parcours , bravo aussi pour ces réponses sincères et naturelles , bravo au journaliste qu’il est , homme de terrain homme sincère et naturel qui vient chez sans être invité par la télévision mais qui est toujours bien reçu bravo à vous Mr Lauclair

    • Je suis la maman d’Alexandra Lauclair, vous me faites rire en lui faisant des compliments, j’ai le connais vraiment mieux………………….!!!

  2. pourriez vos m offrir un maillot merçi je suis handicapé et je peux pas me deplacer sur un stade de foot merçi a vous

    • opportuniste!

      • tout à fait et encore pas assez dit …….!!!

  3. Pingback: Coupe de la Ligue : l’intégralité des 8e de finale sur France Télévisions « En Pleine Lucarne

  4. Pourtant pas plus intéressé que cela par Daniel Lauclair, je dois avouer que cette interview fut plus qu’un plaisir à lire ! Quelle carrière Monsieur Lauclair !
    C’est pour ce genre d’article, où le journaliste et l’interviewé(e) jouent vraiment le jeu, que je serais prêt à payer la lecture (papier ou web).

    • eh bien Florent, tu me cloues sur place ! merci en tout cas car je ne pensais pas déclencher l’intérêt avec Lauclair mais plutôt les critiques :-) Comme quoi… Ciao et à un prochain tournoi ;-)

      • Idem, super itw et je vois pas pourquoi il est critiqué. Sans doute des critiques professionnels. Moi je trouve son ton décalé très agreable. On le sent à l’aise, il est pas en stress, il gère quoi. Vraiment personnage sympathique, ce que l’itw confirme

        Comme il le dit lui meme, il se fait pas jeter, lui, justement car il arrive qd il faut. Je le prefere nettement à bien des hommes de terrain de Foot +, angoissés comme pas deux

  5. Il n’a quand même pas conscience de tout ce que l’on peut dire à son sujet quand il est homme de terrain au foot, ce qui dénote d’une autocritique carrément incomplète… et d’un amateurisme affligeant à notre époque, lui qui se dit professionnel jusqu’au bout des ongles !

    Mais le problème, quelque part, ce n’est pas lui, car il restera ce qu’il est, mais plutôt les dirigeants de France Télé et Bilalian en tête qui le nomment à ce poste ! D’ailleurs, pas mal de journalistes sportifs du service public ne comprennent toujours pas ce choix…

    Sinon, très bonne interview d’une personne que l’on ne connaissait pas, en fait !

    • Merci ! et je ne préfère pas commenter cette interview car j’ai halluciné à certaines réponses en effet :-)

      • J’imagine bien ! Les joies des interviews et leur lot de surprises !

  6. Très intéressante cette itw. Je savais pas qu’il avait fait tout ça le Daniel :)
    Sacré carrière

  7. Pingback: Interview Daniel Lauclair : « J’aurais du animer Intervilles » – En Pleine Lucarne | Douk Saga

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