Entretiens EPL Les News — 06 octobre 2011

Mardi 4 octobre. Alors que sur les plages d’Hossegor on s’affaire en coulisses aux derniers préparatifs de l’événement de l’année dans la région, l’étape française du Quiksilver pro Tour, l’une des onze étapes que compte ce championnat du monde de surf, non loin de là, dans la superbe et immense « Boardriders House » de Caprebreton, qui abrite un camp d’entraînement pour jeunes surfeurs, l’agitation est également de rigueur. C’est là que va se tourner en direct le premier talk quotidien que la chaîne Eurosport consacrera au surf pendant toute la durée de la compétition, jusqu’au 14 octobre. Et cette agitation n’est pas due à l’organisation d’une telle émission, car à Eurosport on sait faire, mais bien au plateau d’invités prestigieux prévus pour cette première.

Le premier d’entre eux vient d’ailleurs juste d’arriver, en voisin : c’est Bixente Lizarazu, que l’on ne présente plus. Le second, lui, ne va pas tarder. Comme Bixente, il est lui aussi champion du monde, mais possède déjà 10 titres à son palmarès : c’est Kelly Slater. Un Kelly Slater qui, à 39 ans, est encore et toujours le meilleur surfeur au monde. En l’attendant, et pendant que dans un coin répètent Claire Arnoux et JP Mothes, les deux animateurs de ce talk surf, nous en avons profité pour interviewer le consultant foot de TF1 sur ce sport qui le passionne tant. Et sur Kelly Slater, un champion qui le fait réfléchir, rétrospectivement, sur sa carrière de footballeur. Le tout illustré par le « film du tournage » pris dans les coulisses de cette journée.


Toi et le surf, ça a commencé quand ?

J’ai commencé à surfer à l’âge de 10 ans. Mon père m’avait acheté une planche en m’assurant qu’elle venait de Hawaï. En fait, il l’avait acheté à Hendaye (rires). J’ai pratiqué de 10 à 14 ans, puis j’ai dû arrêter car je suis parti en centre de formation de foot à Bordeaux. Je n’en ai plus fait jusqu’à l’âge de 20 ans. J’essaye de rattraper ce temps perdu et aujourd’hui le surf prend beaucoup de place dans ma vie, c’est un des sports majeurs de ma vie même.

Quand tu évoluais aux Girondins de Bordeaux, tu n’avais pas le temps de surfer ?

Si, un peu. Je m’entrainais le matin et parfois j’allais surfer l’après-midi. Ce qui faisait énormément rigoler « Duga » (Christophe Dugarry), avec qui je ne pouvais pas surfer car nous n’avions vraiment pas les mêmes rythmes de vie (rires). A Munich, c’est sûr que je pouvais moins pratiquer, la mer était un peu loin (rires).

Te considères-tu comme un bon surfeur ?

Aujourd’hui j’aime me définir comme un surfer du dimanche professionnel. Je suis comme 95% des surfeurs d’aujourd’hui, si tu enlèves les surfeurs professionnels. Je suis comme un avocat, un dentiste, un enseignant ou un commerçant, quelqu’un de passionné et d’informé, qui travaille et qui fait en sorte de dégager du temps pour pratiquer.

Claire Arnoux et JP Mothes répètent un lancement / Bixente Lizarazu prend connaissance du planning

Aurais-tu aimé devenir surfeur professionnel ?

Oui, bien sûr, ça m’aurait plu. Je l’ai fait pour le foot alors pourquoi pas pour le surf ? De toute façon, que ce soit foot ou surf, je voulais faire du sport mon métier. Le sport en général a toujours été ma vraie passion et le surf l’un des sports que j’aime le plus. Mais la contrainte du surf c’est de voyager beaucoup autour du monde pour participer aux compétitions. A un moment donné, il doit y avoir un phénomène d’usure, tu ne peux pas vraiment te poser, créer une famille.

Ensuite, l’autre problème du surf c’est l’obsession qu’il crée. Une obsession difficile à comprendre pour l’entourage. Un surfeur passe beaucoup de temps à s’informer sur la météo, à regarder la mer si les vagues vont arriver ou si elles sont là. Très vite, ça peut devenir obsessionnel. Et si vous n’avez pas d’autres activités parallèles, après un certain temps, vous vous apercevez que vous n’avez pas fait grand-chose dans la vie. Le surf, pour moi, doit rester un refuge dans une vie bien remplie. Il faut faire attention à ne pas se laisser trop emporter. Cette passion peut vous faire aller loin dans l’obsession.

Kelly Slater : Le dieu du surf arrive à la Bordriders House pour le Surf Talk d’Eurosport

Tu vas partager le plateau du talk Surf d’Eurosport avec un dieu vivant de la discipline, Kelly Slater. Tu suis un peu les compétitions ?

Je suis bien sûr au courant grâce à Internet. Je suis les résultats de Jérémy Flores, avec qui j’ai déjà surfé, ou de Kelly. Maintenant, je ne vais pas me lever à 5h du matin pour aller suivre une épreuve en direct sur le net (le Quiksilver pro est retransmis en Live sur le site de la marque quiksilver.com). Pour moi, comme pour de nombreux surfeurs, le surf c’est avant tout de la pratique. C’est d’ailleurs l’un des paradoxes du surf : on aime le pratiquer mais on ne le suit pas forcément à la télé ou sur Internet. Et quand bien même on le voudrait, c’est un sport qui est très difficile à médiatiser. Et il y a une raison bien simple, entre autres : il est impossible pour une chaîne de télé de programmer une compétition de surf en direct parce que si les vagues ne sont pas là, il ne peut y avoir de compétition. Or, c’est la mer qui décide ! Ça fait très « Brice de Nice » ce que je dis (éclat de rires) mais c’est vrai. Bien sûr, on peut s’informer cinq à six jours à l’avance des conditions de houle, de vent, de l’état des bancs de sable, etc. mais tout peut changer très vite.

N’y-a-t-il pas aussi un phénomène tribu qui peut repousser le grand public ?

Sans doute. Le surf est un sport peut-être encore trop réservé aux initiés, pas facile d’accès pour le grand public.

Il faut dire aussi que le surfeur n’a pas la réputation d’être partageur lorsqu’il s’agit d’aller sur un spot qu’il pratique.

C’est vrai. Le surf est un sport fabuleux, les écoles se développent, le nombre de pratiquants aussi du coup et il y a de plus en plus de monde à l’eau. Avant, on avait du plaisir à partager ses coins secrets, ses spots, avec ses amis, on aimait communiquer ses bonnes adresses. Maintenant, on ferme la boutique ! Car le surf est un sport fabuleux à partir du moment où il n’y a pas embouteillages. Or si tu donnes tes adresses à tout le monde, sur certains sites ça devient vite le périphérique parisien aux heures de pointe. L’évolution du surf est normale, cette discipline le mérite, mais, conséquence, il y a de moins en moins d’endroits vierges et il faut aller les chercher de plus en plus loin.


Tu surfes avec des professionnels comme Jérémy Flores ? Est-ce vraiment un autre monde ?

Oh là, oui ! J’ai surfé avec Jérémy et Miki Picon (le nouveau directeur de l’épreuve française du Quiksilver Pro Tour, ndlr). Ce qui m’impressionne le plus c’est de les voir passer dans des endroits où je pensais qu’il était impossible de passer. C’est réellement un autre monde. Tu les regardes et tu te dis « pourquoi je n’y arrive pas ? », « Pourquoi je ne vole pas comme eux sur la vague ? » Avec eux, tu as l’impression d’avoir un semi-remoque accroché au derrière (rires). Mais bon, si je les mets sur un terrain de foot et si je leur demande de pousser un ballon, eux aussi auront cette impression (rires). Mais quand tu vois ce qu’ils sont capables de faire, tu prends conscience du talent et du travail que ça représente.

les animateurs de Surf talk : JP Mothes, Claire Arnoux et Miki Picon

J’imagine que Kelly Slater doit être le plus impressionnant ?

Je n’ai jamais surfé avec mais Kelly c’est le Zidane du surf ! A 39 ans, je me demande comment il fait pour trouver encore de l’enthousiasme en permanence, pour trouver la motivation. Ce qu’il réalise à son âge est très rare dans le sport professionnel car, dans toutes les disciplines, il y a un âge limite au-delà duquel, pour continuer, il faut trouver de nouvelles sources de motivation, se surpasser mentalement. Au foot, par exemple, à un certain moment, tu ne supportes plus les mises au vert, la vie en communauté. Au surf, j’imagine que voyager 8 mois de l’année autour du monde, ne pas avoir de maison ou de famille, ça doit aussi peser. Mais Kelly Slater, lui, il a beau avoir 10 titres de champion du monde, quand il arrive sur une compétition, il s’éclate ! Je ne sais pas comment il fait pour se régénérer mentalement. Il a cette capacité à désacraliser l’événement et repousser la pression sur les autres.

Sa psychologie est très intéressante et me fait réfléchir car quand je compare sa carrière à la mienne, quand je vois ce qu’il réalise encore à son âge, rétrospectivement je me dis que je n’ai pas eu la bonne approche pour gérer ma fin de carrière. Dans le sens où j’ai toujours voulu garder jusqu’à la fin une espèce de rigueur physique, ce côté compétiteur qui ne lâche rien, surmonter sans cesse cette difficulté d’accepter le temps qui passe. Le parcours de Kelly Slater me fait dire que j’aurais pu avoir une autre approche. Il aurait fallu, à un moment, que je me dise que je ne serai plus jamais aussi bon partout comme quand j’avais 28 ans mais que si tu te concentres sur certains secteurs de jeu, sur certains types de jeu, en dosant tes efforts, tu peux encore être le meilleur, apporter quelque chose. Si tu n’adoptes pas cette position alors les gens te jugent encore sur le niveau que tu avais à 28 ans. Et là, évidemment la comparaison est faussée possible et, finalement, te porte préjudice.

Kelly Slater est donc intelligent dans son approche très détendue aujourd’hui car, de toute façon, il sait qu’il va perdre un jour ou l’autre. Mais quand ça arrivera, il y sera préparé et ce sera moins difficile à accepter que pour moi qui ai toujours eu trop d’exigences vis-à-vis de mon physique ou de mon mental et qui ai toujours voulu montrer que j’étais aussi fort à 32 ans qu’à mes 28 ans. Or, ce n’est pas possible. C’est là que je me dis aujourd’hui que, fort de mon expérience, que j’aurais pu à 36 ans être encore efficace sur un terrain, dans des types de jeu bien précis, adaptés à mon âge et à mes capacités physiques.

Tu as vu évoluer le surf, que penses-tu du surf d’aujourd’hui ?

Aujourd’hui, les jeunes surfeurs adoptent une tendance un peu plus skate dans leurs figures. Je ne suis pas très fan de ça. Moi, j’aime prendre la vague sur sa longueur, j’aime les belles trajectoires, un surf un peu à l’ancienne, ce côté un peu épuré, qui paraît simple. Or ce qui est le plus simple est souvent le plus dur à réaliser : prendre la trajectoire qui va te permettre de remonter au bon endroit, puis de repartir, la précision. Regardez Zidane. Il est capable de faire le contrôle parfait, celui qui permet d’enchaîner une action. Ça peut paraître simple, mais essayez, vous verrez que c’est le plus compliqué. C’est là où l’o se rend compte du travail que ça exige. Kelly Slater est de ces gens-là. Ça fait 20 ans qu’il suit toutes les évolutions techniques du surf, tous les gamins de 20 ans arrivent sur la plage en se disant qu’ils vont le battre, et il est toujours le meilleur.

La photo de famille de fin d’émission avec Arnaud Simon (en haut à gauche), le directeur d’Eurosport, fier de cette première

Surfer des grosses vagues, est-ce un rêve, un challenge ?

Ni l’un ni l’autre, car ça demande beaucoup d’expérience que je n’ai pas. Surfer des vagues de 15 mètres exige un travail spécifique pour éviter la catastrophe qui peut arriver très vite. Il y a déjà eu des morts dans les grosses vagues. Soit parce que tu te fais projeter sur des rochers, soit parce que tu peux te noyer. Mon frère, Peyo, lui, possède cette expérience car il surfe ces vagues depuis 15-20 ans. Moi, je suis réaliste sur mon niveau, mon expérience. Je ne veux pas jouer les kamikazes, je veux encore profiter du surf (rires). Aujourd’hui je fais du surf pour le plaisir et je n’ai pas assez de temps pour espérer relever ce challenge un jour. Il faudrait que j’arrête tout ce que je fais pour ne faire que du surf. Et encore, la préparation physique seule ne serait pas suffisante. Il faut aussi l’expérience des grosses vagues, être déjà resté sous l’eau longtemps, car là tu n’es pas dans ta baignoire. Quand tu te fais prendre dans une vague, tu te fais défoncer, tu n’as pas toujours le temps de prendre vraiment ta respiration. Je sais ce que ça fait de passer dans la lessiveuse comme on dit, et encore ce n’étaient que des vagues de 3-4m : tu es brassé, broyé, tu es dans le noir, tu ne sais pas où est le haut, le bas. Il faut savoir gérer la panique, le stress… Alors, imagines dans les grosses vagues ! Tout ça s’apprend avec l’expérience. Ça prend des années. J’aime bien repousser mes limites mais je ne suis pas fou.

Propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc, pour En Pleine Lucarne

photos DR/Quiksilver

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