Entretiens EPL Football Les News — 28 septembre 2011

Recruté pour animer « Culture Foot », une émission d’entretiens hebdomadaire, le dimanche entre 18h45 et 19h45, Thomas Hugues, l’animateur de « Médias le Mag », sur France 5, a surpris son monde en arrivant sur la chaîne 100%Foot de la TNT payante CFoot lancée en septembre. Pourtant, on ne le sait pas, mais Thomas Hugues est un vrai passionné : joueur non pas du dimanche, mais du lundi soir entre potes, supporter abonné du PSG et de Bordeaux son club de coeur, et téléspectateur assidu, le foot fait partie de sa vie. Nous sommes allés lui en demander un peu plus sur ce virus du ballon rond contracté…devant la télé en 1976.Votre arrivée à la tête d’une émission d’entretiens, « Culture Foot », le dimanche soir sur « Cfoot », a surpris bon nombre de personnes, les spécialistes foot particulièrement. On est venu vous chercher ?

Oui, c’est Jean-Michel Roussier, le président de la chaîne, et Eric Hannezo (le producteur des contenus) qui m’ont proposé de venir sur « CFoot » pendant ce que l’on appelle le mercato (sourire). Ça peut surprendre car cette passion du foot est un aspect de ma personnalité qui n’était pas connue du grand public car je suis plutôt issu du milieu généraliste avec la présentation des JT ou Sept à Huit sur TF1.

Si le foot est une passion, pourquoi ne pas avoir fait vous-même la démarche plus tôt ?

Parce que, depuis le début, j’étais plus dans une logique de journaliste généraliste. J’aime bien parler de tout, m’intéresser à tout, à toute l’actualité. Le foot n’avait toujours été jusqu’à présent qu’une passion très personnelle, hors télé, quand je joue le lundi avec mes copains, quand je vais voir un match au stade ou que je le regarde devant la télé. Et ce n’était pas, dans mon esprit, appelé à devenir une des facettes de mon métier de journaliste.

Si on ne vous l’avait pas proposé, jamais vous n’auriez parlé de foot à l’antenne ?

Oui, sans doute. Je n’aurais peut-être pas fait la démarche. Par manque de légitimité peut-être. Je ne suis pas une bible du football, comparé à mes confrères qui font ça depuis longtemps, même si je lis l’Equipe tous les jours et que j’ai quelques références. Je ne me suis donc jamais vraiment senti une légitimité pour venir présenter une émission de sport. Mais, de l’autre côté, « Culture Foot » n’est pas vraiment une émission de spécialistes. C’est un entretien qui vise à faire découvrir la personnalité d’un joueur ou d’une personne qui est passionnée de foot. On parle bien sûr de foot, de la carrière des joueurs, mais aussi de choses qui sortent du domaine du sport.

Nul besoin donc d’être journaliste spécialisé pour faire « Culture Foot » ?

Il suffit d’être journaliste et intéressé par le foot. La qualité journalistique prime. C’est un entretien en profondeur de 52 minutes qui s’attache à toutes les facettes d’une personnalité, passion, carrière, jeunesse, histoire personnelle, ses zones d’ombre, etc. Ce sont finalement les questions que tous les journalistes se posent quand ils ont à interviewer quelqu’un dans ce genre d’exercice. Il suffit de bien travailler en amont, de bien se documenter. D’ailleurs, je ne reçois pas que des joueurs de foot. Nous avons déjà reçu Thomas Njigol, je vais recevoir Louis Bertignac dans quelques jours. J’espère aussi qu’il y aura des hommes politiques d’ici à la fin de la saison. Nous ne sommes pas 100% Foot dans cette émission.

La culture foot est importante. Pensez-vous que l’on en manque en France ?

Oui, la culture foot est très importante parce que c’est une façon de comprendre ce qui se passe aujourd’hui. On ne peut pas comprendre le tollé provoqué par Knysna, par exemple, si on n’entend pas les deux générations de joueurs précédentes, lorsqu’elles parlent de leur attachement au maillot. Puis il y a d’éternels débats qui font se comparer des générations ou des équipes d’époques différentes. Javier Pastore est-il meilleur que Zidane ? Est-ce que Zidane vaut Maradona ? Etc. Je ne sais pas si les jeunes, fans de foot, possèdent ou non cette culture foot. De toute façon, je ne conçois pas la passion du foot sans elle. Il est vrai aussi aujourd’hui que la culture « people » a gagné du terrain et qu’il est possible que l’on s’intéresse moins à la technique d’un joueur qu’à sa femme qui fera autant de couvertures de magazines que lui.

D’où vous vient votre passion pour le foot ? De votre jeunesse Bordelaise ?

Oui, même si ça a commencé un peu avant car je suis arrivé à Bordeaux, j’avais une dizaine d’années. Mon premier grand souvenir de foot n’est pas au stade mais télévisuel. Comme des millions de gens, c’était la fameuse finale de coupe d’Europe 1976 perdue par les Verts de Saint-Etienne. J’avais dix ans à l’époque. Ce match représente même mon tout premier grand souvenir télévisuel tout court. Quand on me demande ce qui m’a marqué à la télé quand j’étais jeune, ce ne sont pas des dessins animés ou des émissions pour gamin, c’est ce match !

Avez-vous été supporter ?

Oui. Mes premières grandes émotions de gosse ont été vécues avec les Girondins de Bordeaux, au Parc Lescure, comme s’appelait le stade avant. C’était la génération des Battiston, Tigana, Giresse, l’équipe magique des années 80. J’y ai vu de grands et beaux matchs, notamment un qui m’a énormément marqué, une demi-finale de coupe d’Europe contre la Juventus de Turin; Bordeaux avait perdu 3-0 à l’aller et s’est imposé 2-0 à Lescure. Nous étions éliminés mais jamais je n’avais vu la ville vivre avec autant de ferveur autour de l’équipe. Cette rencontre avait enflammé la ville qui, pourtant, a plutôt la réputation d’être calme. C’était hallucinant. On avait l’impression qu’on fêtait une qualification alors que nous étions éliminés.

Aujourd’hui, vous ne cachez pas votre amour pour le PSG. Vous êtes même abonné au Parc des Princes. Peut-on être supporter de deux équipes ?

C’est le grand débat ! Je vais au Parc effectivement, j’assiste quasiment à tous les matchs, donc, forcément, on peut me considérer comme supporter du PSG. Mais mon cœur est toujours un peu resté à Bordeaux car je pense que le foot c’est avant tout des émotions d’enfant. Et quand tu rentres sur un terrain par exemple – je joue tous les lundis avec des copains – tu redeviens un gamin. Les premières émotions de supporter sont celles qui marquent à vie, et moi c’était à Bordeaux. Mais je suis aussi capable de m’enflammer devant Lyon en Ligue des Champions, à l’époque où l’équipe faisait vraiment partie des grands d’Europe. Je suis capable de m’enflammer pour un club quand il y a de l’enjeu et que ce club est français.

Je sais que si l’on place une caméra sur vous au Parc des Princes, on risque de ne pas reconnaître l’homme qui a la réputation du gendre idéal, bien éduqué, etc… je sais même que vos voisins de stade peuvent souffrir de votre enthousiasme.

(Rires) oui, c’est vrai. Je vis toujours un match à fond. Je me lève, je crie, j’essaye de rester poli mais ce n’est pas toujours facile (rires). C’est vrai au stade, mais c’est également devant ma télé. Quand j’organise des soirées à la maison pour regarder un match, il y a régulièrement des gens que je ne connais pas bien qui me regardent avec un drôle d’air quand je hurle pour la première fois(rires).

Comment expliquer ces débordements d’émotions que provoque le foot ?

Je pense que c’est à cause du souvenir des émotions que l’on a vécues lorsque l’on était jeune. On se souvient du plaisir et des émotions que l’on a connus au stade ou devant la télé par le passé et on a envie de les revivre. C’est pour cela que je suis comme ça devant un match de foot. D’ailleurs, le cri le plus puissant que j’ai poussé de ma vie c’était lorsque Wiltord a égalisé en finale du championnat d’Europe 2000 contre l’Italie. Je pense que tout le quartier a su que j’étais devant le foot ! Quel hurlement ! (rires)


Pour en revenir à « Culture Foot« , est-ce facile d’interviewer un joueur de foot ? Ils n’ont pas la réputation de bien s’exprimer. Vous entretenir avec eux a-t-il fait tomber quelques clichés ?

J’ai plutôt été très agréablement surpris jusqu’à présent car, bien sûr, on a tous des à priori sur les footballeurs. Mais les entretiens que j’ai pu mener avec Didier Deschamps, Grégory Coupet, ou même Luis Fernandez dans son genre particulier (diffusé dimanche prochain), ont été vraiment très bons, intelligents et passionnants. Même avec Robert Pires, ça été bien moins lisse qu’on pouvait l’imaginer avant l’interview.

On a beau dire que les footeux ne savent pas parler, etc, quand un Luis Fernandez veut exprimer quelque chose, il trouve les bons mots, croyez-moi ! Mais je pense encore que c’est un milieu qui a l’habitude de la langue de bois. Et je le comprends. Le foot est le sport majeur mondial, les moindres paroles, les moindres faits et gestes des footballeurs sont décortiqués partout dans les médias, repris, copiés, collés d’un site internet à l’autre et donc ils se protègent. Ils sont quand même assez prudents. Le challenge de « Culture Foot » est de les faire sortir de cette prudence.

Un vrai pari

Oui, car réussir à ça n’est pas aussi simple qu’il n’y parait quand on voit le produit fini à l’antenne. Ça demande beaucoup de travail, de l’enquête, de la documentation, des contacts, etc. Toutes les émissions ne se valent pas évidemment. Nous en avons fait une dizaine et je crois qu’il y a eu des moments forts, sincère. Celle qui sera diffusée avec Luis Fernandez dimanche est une de celles-là je pense. Celle avec Didier Deschamps parlant de la mort de son frère, en est une autre.

Avec « Médias, le mag » sur France 5, comment trouvez-vous le temps de préparer cet entretien chaque semaine ?

J’ai une équipe à « Cfoot » qui m’aide, qui défriche la documentation, qui prend les contacts avec les témoins et les proches de l’invité et qui réalise leurs témoignages, qui recherche les illustrations, les archives, la petite image ou le reportage indispensable pour mieux comprendre l’invité. Quand je prends en main le dossier, j’ai déjà un très bon résumé de la situation. Il me reste à m’en imprégner. Sans cette équipe, ce ne serait pas possible car c’est une émission assez lourde à préparer si l’on veut essayer un peu de comprendre en profondeur ces gens-là.

Le commentaire de match, cela vous plairait d’essayer un jour ?

Oh là, commenter est sans doute bien plus difficile que ça en a l’air. Et là, pour le coup, il faut avoir une connaissance du foot que je ne pense pas avoir. Mais, pour répondre, oui, ça m’intéresserait de tester cet exercice un jour et de voir ce que ça donne (rires)

Dernière question : quel est le joueur que vous rêvez voir assis en face de vous ?

Sans discuter : Zinédine Zidane. Il m’a fait rêver. C’est le joueur qui m’a le plus bluffé. Celui aussi que j’ai vu jouer sur un terrain contrairement à Maradona, Cantona ou à Platini que je n’ai pas eu la chance de voir dans un stade. Enfin si, Platini, avec la Juventus justement, contre Bordeaux, mais j’étais trop jeune. Et puis ce but de Zidane, en finale de Ligue des Champions avec le Real Madrid, reprise de volée surréaliste du gauche dans la lucarne ! Je me demande encore comment il peut prendre le ballon à une telle altitude. Mais bon, on peut se dire les choses, il est en contrat avec Canal+, donc je ne l’aurai jamais !

Propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc pour En Pleine Lucarne

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