Entretiens EPL Les News Rugby — 30 septembre 2011

Samedi 1er octobre, à 7h00 du matin, en direct sur Canal+, le XV de France jouera son dernier match de poule, décisif contre le Tonga. Lui, il a joué deux fois contre les Tonga. Bilan, une défaite et une victoire. Lui ? C’est Thomas Castaignède. Ancien « petit prince » du rugby français, il donne aujourd’hui dans l’analyse télé dans le magazine du week-end « Jour de Coupe du monde« , sur Canal+, pendant toute la coupe du monde de rugby. Alors, faut-il se méfier des Iles Tonga ? Comment la France vit-elle sa coupe du monde ? Que peut-on espérer ? L’ancien demi d’ouverture/centre/arrière du Stade Toulousain, de Castres, de Saracens et de l’équipe de France répond à aux questions d’En Plein Lucarne, évidemment. Et en bonus , le programme rugby du week-end sur les antennes du groupe Canal.

Thomas, comment voyez-vous les Français à la veille de ce match face aux Tonga ?

Pour savoir exactement dans quel état d’esprit les joueurs sont, il faudrait être réellement dans le groupe. Je vois pas mal de spéculation sur ce qui est dit. Je pense même que les journalistes ne savent pas ce qui se passe au sein de l’effectif. Pour avoir vécu de l’intérieur ce genre de compétition (ndlr : Thomas Castaignède a participé à la coupe du monde 1999. Il a joué le match face au Canada, avant de se blesser), je sais qu’il est  dur d’avoir des informations lorsqu’on n’est pas impliqué. On essaye au travers de petites phrases de deviner, mais on n’a pas toujours les tenants et les aboutissants.

On ne peut quand même pas dire que tout va bien dans le meilleur des mondes au sein du XV de France ?

Il est évident que la confiance n’est pas au maximum. Mais la véritable coupe du monde va commencer pour le XV de France à partir de ce match couperet. Une défaite nous éliminerait. Il est difficile d’envisager ce cas de figure. On a largement les arguments pour battre cette équipe des Tonga. Il faut que les Bleus montent en puissance. Notre coupe du monde va se dessiner à partir des quarts de finale, face à l’Angleterre surement. Si on arrive à passer cet obstacle, on va être reboosté en terme de capital confiance et on pourra peut être envisager d’aller très loin dans cette compétition… Cela ferait taire certaines critiques acerbes qui ont été lancées.

Comment expliquer les tensions entre les joueurs et Marc Lièvremont ?

C’est normal qu’un joueur qui sort à la mi-temps dise qu’il n’est pas content. C’est le contraire qui serait étonnant. Y a rien de mal à ça. Mais tout est médiatisé maintenant, on essaye d’expliquer l’inexplicable…

Dans les choix du staff ou les prestations des Bleus, pour l’instant, peu de choses sont rassurantes…

Si c’est pour battre les Canadiens de 70pts ou 90pts et perdre en quarts de finale, il n’y a pas grand-chose à retenir. C’est difficile de faire un bilan dès maintenant. Ce qui est évident, c’est qu’il y a eu des soucis dès le départ à toutes les coupes du monde, mis à part peut être 1995, où les Français étaient peut être le mieux préparé. Les montées en puissance ont été très poussives et on a souvent été surpris à partir des phases finales. L’échéance commence à arriver et il y aura une composition d’équipe qui sera faite pour jouer l’Angleterre. Les critiques vont surement permettre de resserrer les joueurs et d’élever le niveau de jeu. Dans un match éliminatoire, on va enfin pouvoir voir comment l’équipe se comporte.

Quel regard portez-vous sur la composition de Marc Lièvremont, pour affronter les Tonga ? Y a-t-il des choix discutables ?

Marc Lièvremont a bien précisé que le style de jeu ou la tactique que l’on va employer face aux Tonga ne seront pas les mêmes que ceux utilisés pour jouer l’Angleterre. Contre les Tonga, il faudra développer un jeu ouvert, en essayant d’utiliser les extérieurs. Contre l’Angleterre, il va falloir resserrer au niveau des intentions. Ce sera totalement différent. Maintenant, c’est vrai qu’il y a beaucoup de sélectionneurs en ce moment en France… Tout le monde a été surpris, moi le premier, par le fait que Morgan Parra soit reconduit à l’ouverture. Personnellement, je ne suis pas de cet avis, même si Morgan a fait deux fois dix bonnes minutes face au Japon et au Canada, et qu’il s’en est sorti correctement face à la Nouvelle-Zélande. Dans des matchs importants comme ça, je pense qu’on aurait plus besoin d’un garçon qui évolue à ce poste régulièrement. François Trinh-Duc n’est peut être pas au sommet de sa forme actuellement, mais le rôle d’un entraineur, c’est aussi de prendre un joueur et de le ramener vers l’excellence. François nous a montré par le passé qu’il était capable de rivaliser avec les meilleurs.

Justement, n’est-ce pas une preuve de confiance que de le mettre sur le banc des remplaçants ?

Psychologiquement, ça doit être très dur pour lui. Mais je ne peux pas croire que face à l’Angleterre, François Trinh-Duc ne soit pas aligné, dans un match de cette importance. Il présente tout de même pas mal de garanties défensives ou dans le jeu à la main. C’est aussi dommage de se dire qu’il y en France des ouvreurs de qualité qui ne sont pas présents. Je pense à Lionel Beauxis ou Jonathan Wisniewski. On a l’impression que c’est un échec de la formation, que de voir un demi de mêlée jouer à l’ouverture.

On a un peu l’impression qu’il y a un manque de cohésion sur le terrain.

Les joueurs ont besoin de repères et d’automatismes pour jouer dans une même équipe. C’est vrai qu’on commence à regretter les absences de certains joueurs. On a changé beaucoup de choses jusqu’à aujourd’hui, et on verra à la fin du mondial si la tactique des entraîneurs était payante. Le cinq de devant a constamment été déplacé, on a l’impression qu’ils ne se connaissent pas vraiment. Je regrette qu’il n’y ait pas un Yannick Jauzion, qui aurait pu calmer tout le monde. Quand on voit ce qu’il est capable de faire aujourd’hui à côté d’un Luke McAlister en grande forme, de part sa présence et technique, il permettrait d’avoir ce petit plus capable de dominer les adversaires un peu plus facilement. Certains joueurs, avaient de la stature et de l’expérience, mais malheureusement, ils ne sont pas là.

Comment jugez-vous cette équipe des Tonga ?

C’est une équipe qu’il faut prendre un peu au sérieux. Ils nous ont déjà battus. Elle a montré qu’avec une préparation sérieuse et des joueurs à disposition, elle était capable de proposer un jeu intéressant et un peu plus construit. Ils ont quelques soucis défensivement. Ils peuvent se laisser emporter par leur désir de châtier l’adversaire. Mais par notre intelligence de jeu et notre tactique, on pourra prendre les points, concrétiser nos temps forts et prendre le large. On a vu qu’ils avaient une mêlée qui s’était largement améliorée. Ils ont de fortes individualités, des joueurs assez puissants, capables de dominer physiquement leurs adversaires. On les a vu pas trop mal face à la Nouvelle-Zélande, avant de connaître un passage à vide contre le Canada (défaite 25-20) qui leur a fait très mal. C’est une équipe qui est largement à notre portée et qui va, je l’espère, nous permettre de rentrer complètement dans cette compétition. La dimension physique sera importante, avec une grosse intensité physique entre les joueurs. Il faudra tenter de mettre en place notre jeu tactiquement, en créant des phases dangereuses. Pour l’instant, on a tendance à marquer sur des contre-attaques ou sur des ballons de récupération.

Selon vous, que peut maintenant ambitionner le XV de France ?

Le tableau est ouvert désormais. Si on bat les Tonga, la confiance peut revenir et faire taire les critiques. On peut avoir des ambitions comme peuvent en avoir l’Angleterre, l’Irlande ou même le Pays de Galles. Les Bleus peuvent aller jusqu’en finale ! On peut espérer quelque chose de bien. Si on prend la valeur intrinsèque des équipes, seules la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud paraissent vraiment au dessus du lot. L’Afrique du Sud est une équipe pour gagner des titres et la Nouvelle Zélande est l’équipe la plus accomplie avec des joueurs talentueux à tous les postes. Le fait de jouer à la maison est un énorme avantage pour les Blacks. Voir une finale Nouvelle-Zélande – France ou Afrique du Sud – Pays de Galles, cela ne me choquerait pas. Tout est ouvert en ce moment.

Surtout que la France pourrait éventuellement prendre l’Irlande en demies. C’est tout de même plus facile que l’Australie, non ?

Psychologiquement, oui. Mais après, sur un terrain, c’est 80 minutes pour aller en finale. Il n’y a plus de noms, ni de numéros dans le dos.  C’est une guerre qui dépasse tous les résultats qu’il y a pu avoir par le passé…

Propos recueillis par Thomas Perotto en exclusivité pour En Pleine Lucarne

@photos : Canal+

LES MATCHS DU WEEK-END

8 rencontres à suivre entre vendredi matin à lundi soir sur Canal+ et Canal+Sport dont:

- AUSTRALIE / RUSSIE samedi 1er octobre à 04h25 en direct sur CANAL+

- FRANCE / TONGA samedi 1er octobre à 06h45 en direct sur CANAL+

- ANGLETERRE / ECOSSE samedi 1er octobre à 14h00 sur CANAL+SPORT

- ARGENTINE / GEORGIE dimanche 2 octobre à 01h50 en direct sur CANAL+

- NOUVELLE ZELANDE / CANADA dimanche 2 octobre à 04h15 en direct sur CANAL+

- PAYS DE GALLES / FIDJI lundi 3 octobre à 12h20 sur CANAL+SPORT

- IRLANDE / ITALIE lundi 3 octobre à 14h00 sur CANAL+SPORT

Sur place Bertrand Guillemin, Philippe Sella, Rodolphe Pires et Yann Delaigue sont aux commentaires.

JOUR DE COUPE DU MONDE

Vendredi, samedi et dimanche, en direct de 18h à 19h sur CANAL+

Présenté par Eric Bayle et Isabelle Ithurburu avec Jean Pierre Elissalde et Philippe Guillard.

INVITES SUR LE PLATEAU : Serge Blanco, Bernard Laporte, Fabien Pelous, Richard Dourthe, Thomas Castaignede, Byron Kelleher.

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Vincent Rousselet-Blanc

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