Entretiens EPL Les News — 27 septembre 2011

Depuis la rentrée, chaque mardi à 20h, Mary Patrux, 32 ans, déroule la 3e saison d’une des émissions phares de l’Equipe TV lancée par Charles Biétry, il y a deux ans : « le Forum – l’Equipe » (liens vidéo dans l’article et à la fin). Un entretien en tête-à-tête avec un sportif ou un acteur du sport pour tenter, en une heure, de le faire parler de lui, de sa carrière et de certains aspects d’une vie que l’on ne voit pas toujours à l’écran, plus intimes, plus personnels. En Pleine Lucarne a décidé d’inverser les rôles, de placer Mary Patrux dans le fauteuil de l’invitée pour la « cuisiner » sur sa vie, ses envies, son travail, sa carrière, afin de vous faire découvrir un peu plus une des rares femmes journalistes sportives de la télé à posséder son magazine.

Tu fais peu de news à l’Equipe TV. Le magazine, c’était ta priorité ?

Non, c’était une opportunité. Franchement, lorsque je suis arrivée à l’Equipe TV, je n’ai pas dit « je veux faire du magazine ! ». En fait, j’étais à Eurosport depuis 5 ans. J’ai vu arriver Charles Biétry à l’Equipe TV et c’est quelqu’un avec qui je voulais vraiment travailler. Je ne me suis pas dégonflée, je l’ai appelé directement pour demander un rendez-vous. Il m’a répondu « si vous pouvez être là dans un quart d’heure, ok ! ». Et j’y suis allée avec mon DVD de démonstration dans la poche. Nous l’avons regardé et le feeling est immédiatement passé entre nous.

J’ai d’abord été embauchée pour présenter des Matinales le week-end, puis Charles a créé « le Forum » et m’a demandé de travailler avec lui dessus. Ça ne se refuse pas ! J’ai appris énormément avec lui. Quand je regardais son carnet d’adresse sur son téléphone, j’hallucinais de voir s’enchaîner autant de noms prestigieux. Et je n’ai jamais vu quelqu’un passer autant de temps au téléphone (rires)

Tu étais sur Eurosport avant. Pourquoi en être partie ?

J’ai passé cinq ans à Eurosport où j’ai commencé en tant que stagiaire. J’y faisais de tout, de l’antenne, des commentaires, des news. C’était une super école. J’adorais le basket, car j’en avais fait beaucoup étant jeune, et je me retrouvais sur le parquet à couvrir des matchs de pro A pour la chaîne, c’était génial. J’ai aussi commenté des Jeux Olympiques en ski freestyle, la médaille de Sandra Laoura (aujourd’hui consultante ski à Eurosport, ndlr), etc. J’ai vraiment touché » à tout.

Tu t’y connaissais en ski freestyle ?

Non. Mais c’est ce qui est génial à Eurosport, c’est que l’on te met sur toutes sortes d’épreuves. C’est là-bas que j’ai découvert par exemple les sports blancs et que je me suis passionnée pour le slalom ou le biathlon. Puis je suis tombée enceinte. Et à mon retour de congé maternité, l’ambiance avait changé. Il y a avait moins de challenges pour moi. J’ai senti qu’il était temps de bouger.

Pour remonter aux origines maintenant, qu’est-ce qui fait qu’une jeune fille étudiante veuille devenir journaliste sportive ? Vraie envie ou accident ?

Non, c’était vraiment une envie. En fait, quand j’étais plus jeune, je jouais beaucoup au basket, à Franconville, dans le Val d’Oise. Mon père, mon grand-père, mon oncle, mon frère… tout le monde chez moi jouait au basket. Tous à Franconville ! A une époque la famille était très présente au club (rires). Chemin faisant, j’ai atteint le niveau de Nationale 3.

Mais lorsqu’il s’est agi de choisir une voie, je me suis dit que je ne deviendrais jamais une basketteuse professionnelle mais qu’il était impensable pour moi de déconnecter avec le monde du sport que j’adorais. Il me restait donc à devenir journaliste sportive. J’ai d’abord fait une licence d’histoire, car il fallait Bac+3 pour passer le concours d’entrée d’école de journalisme, et j’ai intégré l’IPJ. J’y avais comme professeurs Cyril Linette, Hervé Mathoux, etc. C’est énorme aujourd’hui de me dire que je travaille maintenant dans le même milieu qu’eux (rires).

Faire de l’antenne, c’était aussi une envie ?

Pas spécialement. Quand je suis arrivée à Eurosport en stage, je voulais bosser, c’est tout. Mais tu sais, il ne faut pas le nier, quand tu es une fille et que tu arrives dans une chaîne sportive, si tu ne travailles pas trop mal, on va te demander à un moment de faire de l’antenne.

Ça fait très « jolie plante en pot » ou « attrape-téléspectateurs » ce que tu laisses suggérer.

Non, mais c’est tout de même une certaine réalité non ? Les téléspectateurs hommes, amateurs de sport, aiment bien aussi voir des filles à l’antenne, j’imagine. Maintenant, entre le moment où j’ai commencé et aujourd’hui, cet aspect a évolué et j’ai l’impression que l’on privilégie à nouveau le professionnalisme. De toute façon, ce genre de filles-prétexte ça ne dure pas très longtemps. J’estime qu’à partir du moment où l’on te met à l’antenne c’est parce que l’on a confiance en toi, en ton travail. Si je ne devais prendre qu’un exemple en modèle ce serait Géraldine Pons à Eurosport. Elle est géniale, très professionnelle, elle tient bien ses émissions, elle les incarne bien aussi. J’ai travaillé avec elle et elle m’a appris plein de choses.

Parlons de ton émission, « le Forum ». Quel est le critère de choix des invités ? L’actualité chaude ?

L’objectif est avant tout de retracer une carrière, de remontrer des images clés, de les faire parler d’eux et pas uniquement de sport. Nous choisissons aussi des gens qui parlent bien, qui ont des choses à raconter et qui n’ont pas trop la langue de bois. Robert Pires, par exemple, que nous avons diffusé récemment, a été champion du monde de foot, il peut nous parler de l’équipe de France, de Domenech, de l’OM, d’Arsène Wenger aussi puisqu’il est passé par Arsenal, du championnat espagnol. Et comme il est aujourd’hui à un tournant de sa reconversion, il me semblait intéressant de savoir comment il abordait l’avenir. Evidemment, nous essayons de coller le plus possible avec l’actualité, mais, entre la demande d’entretien et l’accord de l’invité, il peut se passer des mois. Un Jo Wilfried Tsonga, par exemple, ça fait deux ans que j’essaye de l’avoir. Mais son agenda ne permet jamais de dégager quelques heures pour faire « le Forum ». C’est souvent le cas pour de nombreux invités. Et c’est aussi pour cela que l’on se déplace à l’extérieur pour les rencontrer, sinon, parfois, ce serait impossible.


Pour Thomas Voeckler (extrait vidéo), je voulais le diffuser plus tôt, plus près de la fin du Tour de France. Seulement, entre-temps, le jour de diffusion du « Forum » a changé (il est passé du jeudi au mardi soir), ce qui a eu pour conséquence directe de ne pas être diffusé lors de soirées de Ligue des Champions car la chaîne a souhaité le remplacer, ces soirs-là, par une rediffusion de « Foot & Co ». Et puis Thomas Voeckler, après le Tour et la popularité qu’il y a gagnée, a un peu plus verrouillé sa communication. Bref, il n’est pas toujours évident de coller à l’actualité, même si pour Voeckler on a diffusé juste avant les championnats du monde auxquels il participait.

Ces raisons font que lorsqu’un invité accepte, même si son actualité s’est un peu éloignée, je ne peux pas me permettre de lui dire, on fera ça plus tard.

L’entretien se déroule en une heure chrono, dans les conditions du direct ?

Il n’y a pas de règles. Pour Thomas Voeckler, nous avons réussi à l’avoir 4 heures pour nous. Dans ce cas, nous tournons tout le temps, partout, même dans la voiture, pour obtenir quelques petites respirations, obtenir des moments de vie à intercaler pendant l’entretien qui lui est long tout de même. Il faut rendre le programme vivant. Mais pour Tony Parker en revanche, je n’avais le droit qu’à une heure et pas une minute de plus. Là, je l’ai fait dans les conditions du direct.

T’est-il arrivée d’avoir des mauvais clients ?

Oui, disons des moins bons que d’autres, qui n’arrivent pas à s’ouvrir. Mais, dans l’ensemble, le format long, d’une heure, oblige les invités à se libérer. Il peut y avoir un quart d’heure d’échauffement, mais ensuite ça part. Avec Paul Le Guen, j’ai eu beaucoup de mal, il était très introverti. Mais c’était il y a deux ans, il a peut-être changé (sourire). Au contraire, Tony Parker (extrait vidéo), lui, a joué le jeu à fond. Mais bon c’est Tony Parker, tel qu’on le connaît !

Maintenant, généralement, à partir du moment où les invités acceptent de venir au « Forum », ils jouent le jeu car souvent ils connaissent déjà l’émission, son concept…ou Charles Biétry, à l’époque (rires). Car il faut tout de même dire que c’est grâce à son carnet d’adresses que Charles a créé « le Forum » et qu’il a fait connaître l’émission. Ça aide !

Etre une femme c’est un avantage pour faire parler les invités ?

Je pense que oui, même si souvent certains invités me testent dès le début de l’émission pour savoir à qui ils ont à faire.

Quel genre de test ?

Si j’aborde un moment précis de leur carrière, un match ou une course, certains peuvent me dire : « mais il y avait un autre match, ou une autre course importante avant celle-là », histoire de voir si je connais leur parcours, si je maîtrise le sujet. Il suffit que je leur dise « oui, je sais » et que je cite le match ou la course en question, et là ils savent que j’ai travaillé mon entretien et que je sais de quoi je parle. Et ils me laissent mener l’entretien.

Pour en revenir à mon statut d’intervieweuse femme, il est évident que le rapport est différent d’avec un homme car je pose sans doute des questions différentes, surtout lorsque l’on parle des enfants ou de la vie privée puisque je suis mère de famille. Il arrive d’ailleurs parfois qu’à la fin d’une émission un invité me fasse justement remarquer ces différences dans les questions posées. Je prends ça comme un compliment car cela signifie qu’ils ont passé un moment différent, et c’est là l’objectif, même si nous ne révolutionnons pas l’art de l’entretien.

Devoir illustrer une carrière d’un sportif peut coûter cher en droits d’achat d’images. Or, j’imagine que vous n’avez pas d’énormes budgets. Quelles sont les recettes pour arriver à tout retracer ?

Je passe mon temps à ça ! D’abord, je vais à la doc de l’Equipe et de l’Equipe TV, collecter tout ce que je peux trouver sur l’invité, pas simplement les articles sportifs, mais aussi ceux de Paris-Match, les reportages que la chaîne a pu faire dans le passéetc.. Ensuite, je file à l’INA pour visionner des vidéos. Puis, quand il me manque des choses, l’astuce est d’illustrer par de belles photos, là aussi prises dans les archives de l’Equipe. Ça aide d’être dans un tel groupe. Ensuite, l’autre palliatif est d’aller interviewer des proches de l’invité, que ce soit d’autres sportifs, des amis ou sa famille qui vont nous parler de ces moments-là. Ces interviews de proches constituent également toujours des moments de surprise agréables et divertissants pour l’invité, parfois émouvants quand il s’agit d’un ami qu’il n’a pas revu depuis des années, etc..

Tu es la Jean-Pierre Foucault du sport dis-moi ? (rires)

Oui, « le Forum », parfois, c’est un peu « Sacrée Soirée » ! (rires)

Quand tu regardes ce qui se pratique à l’extérieur, il y a quelque chose que tu rêverais de faire ?

Moi, j’adorerais être Agathe Roussel, la journaliste de Canal+ qui couvre les grands Chelems pour interviewer tous le grands joueurs de tennis ! J’aime beaucoup le tennis, j’ai grandi avec à Eurosport qui avait les grands tournois et accueillir Roger Federer sur « le Forum » fait aussi partie de mes rêves et de mes challenges. Comme celui d’avoir Michael Jordan ! Mais celui que j’aimerais vraiment avoir face à moi, c’est Usain Bolt.

Plus généralement, ce qui peut me manquer à l’Equipe TV, c’est le rapport que j’avais avant avec l’événement. J’en suis un peu trop déconnectée aujourd’hui car l’Equipe TV n’est pas un diffuseur de droits télé, excepté le foot anglais. J’aime vraiment l’excitation que d’être plongée dans l’actualité d’un grand événement. Mais bon, avec la formule du Forum, à l’extérieur, je prends l’air et ça fait évoluer l’émission.

Aller interviewer les invités dans leur élément et non en plateau, permet qu’ils se sentent plus à l’aise car ils sont sur leur terrain. Ils se livrent plus facilement, l’ambiance est plus détendue, on arrive à décrocher de vrais séquences drôles ou insolites.

Tu trouves que le traitement du sport est devenu un peu trop sérieux aujourd’hui ?

Oui, pour certains sorts en tout cas. Prends le foot, parfois j’entends des commentaires (elle prend un ton solennel, presque grave) : « Lille-Sochaux 1-1 », comme si l’on annonçait une catastrophe ! (rires). Franchement, le sport c’est avant tout un jeu, un divertissement, ça doit rester convivial et chaleureux. On doit admettre les erreurs ou les imperfections, que ce soit celles des sportifs, ou les miennes, quand je bute lors d’une question et que plutôt que de dire « coupez, on la refait », je poursuis mon entretien (sourire). Il ne faut pas dénaturer ce qu’est le sport.

L’Equipe TV, malgré le prestige de la marque, est une chaîne qui doit souvent faire, faute de moyens, avec le système D, la bonne volonté et l’énergie de tous. Eurosport aussi est assez rockn’roll. Travailler dans un groupe très carré comme Canal+, tu pourrais ?

(Haussement de sourcils) Non, je ne pourrais pas ! (Rires). Mais évidemment que travailler à Canal+ fait envie à tout le monde ! Et puis moi je suis de nature à aimer tout ce qui est carré, bien à sa place, j’aime la rigueur. Concernant Eurosport, je suis partie juste avant qu’Arnaud Simon prenne ses fonctions. Et j’admire le travail qu’il fait là-bas car il est arrivé à vraiment enrichir et à incarner tous les grands événements de la chaîne avec des magazines sympas.

Des regrets d’en être partie ?

(elle réfléchit). Non car je fais des choses qui me plaisent vraiment à L’Equipe TV, j’ai mon émission, ce qui n’est tout de même pas courant. Mais bon, à quelques mois près… je ne sais pas ce que ça aurait pu donner . Aujourd’hui, j’avance, sans objectifs professionnels précis et je profite à fond de ce que j’ai.

Toutes les vidéos disponibles du Forum-L’Equipe sont ici

(JM Pochet / L’Equipe)

Propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc pour En Pleine Lucarne

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Vincent Rousselet-Blanc

(5) Readers Comments

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  3. Très bonne émission animée par une vraie journaliste. Bravo.

  4. Excellente interview de la non moins excellente et jolie Mary Patrux. Je regrette qu’elle soit partie d’Eurosport.

  5. Grand Interview , cette Mary Patrux a l’air d’avoir une personnalité riche ! :)

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