Si l’on vous dit RMC Sport, vous pensez immédiatement : Radio, « Intégrale Sport », à ses talks animés et bruyants (l’After), ses commentaires enflammés ou encore à ses animateurs, consultants vedettes et journalistes grandes gueules, Roland Courbis, Jean-Michel Larqué, Luis Fernandez, Vincent Moscato en tête.

Mais derrière ce sigle rouge et blanc ne se cache pas seulement la première radio sportive de France. C’est aussi une agence de presse, socle du projet de chaîne d’information sportive que le groupe NextRadio TV, qui possède déjà BFM TV, veut monter sur la TNT gratuite. Alors pour nous éclairer sur les rouages et les projets de ce mastodonte de l’information sportive, qui de mieux placé que François Pesenti, son directeur ? Comment explique-t-il le succès de la radio ? A quoi ressemblera la chaîne de télé ? Quelles sont ses ambitions ?

Pour En Pleine Lucarne, il répond à toutes ces questions…et à bien d’autres. Car c’est bien connu à EPL les interviews sont parfois (souvent ?) fleuves. En tout cas, celle-ci est riche et intéressante. Enfin, moi je trouve. Bonne lecture !

On vous voit très actif avec la marque RMC Sport : agence de presse, fournisseur de contenus, radio, supports digitaux, projet de chaîne d’info sportive sur la TNT gratuite… NextRadioTV, votre groupe, lance-t-elle une nouvelle offensive ?

La stratégie de notre groupe est très claire. Imposer quatre thématiques – l’info, le sport, le business et l’informatique (01Net, SVM…) – que l’on veut décliner sur tous les supports : la télé, la radio ainsi que sur le web et les supports mobiles. En sport, sur la radio, c’est fait, nous sommes n°1. Nous avons lancé sur les supports digitaux, un journal sportif quotidien. Nous ne sommes pas numéro 1, mais les téléchargements de l’application I Pad par exemple sont déjà énormes. La chaîne d’info sportive sur la TNT gratuite est le dernier maillon de la stratégie à mettre en place. Et l’ensemble s’inscrivant dans une démarche 100% gratuite.

Parlons donc télé d’abord, avec ce projet de création de chaîne d’information sportive sur la TNT gratuite. Vous en sentez-vous vraiment capables ?

L’information sportive est évidemment le nerf de la guerre d’un tel projet. Or l’information est une matière que peu de rédactions nationales travaillent en dehors de RMC Sport ou de l’Equipe. Nous, nous pouvons le faire parce qu’avec RMC nous sommes présents partout, sur tous les terrains, sur tous les événements, sur toutes les compétitions. Nous avons également, dans le groupe, l’expérience de la TNT gratuite avec BFM TV qui est devenue la première chaîne info de France, là où tout le monde nous voyait à la traîne de LCI ou d’I-Télé, avec des pertes de plusieurs millions d’euros chaque année, etc. Nous avons montré, avec un budget modéré, une rigueur en termes de gestion, quelques idées et en partant de rien, que nous avions un certain savoir-faire. D’ailleurs, nous sommes toujours partis de rien. Prenez RMC. Lorsque nous l’avons reprise en 2001, la radio partait en lambeaux. C’est aujourd’hui la première radio sport française.

Vous allez vous heurter à « Infosport+ » et « l’Equipe TV », deux sacrés concurrents non ?

Non, parce que ces chaînes ont des positions et des économies différentes de notre projet puisqu’elles font partie de l’univers payant et fonctionnent avec des abonnés. Dans l’univers gratuit, celui de la TNT, il n’existe pas de chaîne d’info sportive. Et si l’on regarde ce qui existe en matière d’offre sportive sur les chaînes gratuites, que ce soit TF1 ou France Télévisions, il n’y a pas tant de choses que ça. J’estime donc que, non seulement une telle chaîne manque mais, en plus, qu’il y a une attente des téléspectateurs pour ce type de produit. Nous savons faire de la télé gratuite, nous savons faire de l’info sportive, notamment grâce à l’agence RMC Sport que nous avons créée et qui est aujourd’hui capable d’alimenter en reportages énormément de supports multimédia, radio, télé, mobiles ou internet. Aujourd’hui nous possédons 80% des ingrédients d’une telle chaîne. J’espère que le CSA comprendra que notre groupe offre de sérieuses garanties, assez pour nous accorder une fréquence TNT gratuite.


Il va tout de même vous manquer des images, les droits sportifs importants (foot, rugby, etc) appartenant soit au groupe Canal, soit au groupe TF1, soit à France Télévisions.

Oui, c’est un fait, mais une chaîne d’info sportive comme nous l’imaginons n’a pas besoin de tant d’images que ça. Il y a trois pans dans un tel projet. D’abord, les personnalités de l’antenne, les consultants capables de faire l’opinion et d’attirer le public. Avec les Luis Fernandez, Moscato, Roland Courbis, Jean-Michel Larqué, etc. nous en avons déjà une trentaine. D’ailleurs, souvent nos personnalités sont considérées comme la première marque de fabrique de RMC Sport. On vient chez nous pour elles.

Ensuite, nous avons la force de frappe de reportage puisque nous avons la chance d’être présents partout avec une vingtaine de JRI et des moyens de production qui nous rendent capables de tourner beaucoup plus images que ce dont a besoin BFM TV pour ses pastilles d’info sport dans ses JT.

Enfin, oui, il nous faudra en effet quelques images de droits dits majeurs. Je dis « quelques » parce que notre démarche sera d’abord basée sur le reportage et les plateaux et non pas sur la retransmission d’événements en direct. Nous ne voulons ni faire « Infosport+ » qui profite en effet du carnet de droits télé du groupe, ni l’Equipe TV. Il faut trouver un juste milieu, un autre format, différent.

Avec beaucoup de talk ?

Pas nécessairement. Il y aura beaucoup d’images. Il faut penser autrement que « foot » ou « rugby ». La télé de RMC Sport compte passer énormément de partenariats avec les différentes fédérations et ligues sportives plus ou moins médiatisées, ou encore, par exemple, avec le CNOSF qui peut contribuer à nous amener les sports olympiques qui, lors des JO, font beaucoup d’audience. On peut aussi passer des partenariats avec les clubs.

Vous vous êtes d’ailleurs rapprochés du CNOSF qui, lui aussi, veut sa chaîne sportive.

Oui, nous avons même été les premiers à le solliciter car à la radio nous sommes très actifs sur l’olympisme qui plaît aux auditeurs. Malheureusement, il y a beaucoup de disciplines dont on ne voit pas les images alors que nous avons de grands champions. Prenez, par exemple, les prochains championnats du monde d’escrime, une discipline dans laquelle la France brille quand même régulièrement et depuis longtemps. Eh bien ces championnats n’ont trouvé aucun diffuseur ! Il y a aura juste une équipe de reportage de France Télévisions qui passera filmer pendant le week-end… et RMC Sport sur toute la durée de l’épreuve. On peut multiplier les exemples. Et là nous parlons des championnats du monde d’escrime, pas du bilboquet ou de je ne sais quoi.

Il y a donc pour une chaîne 100% sport qui émettrait du matin au soir, encore énormément de matière à exploiter et qui ne l’est pas aujourd’hui. Il y a vraiment de la place pour toutes ces disciplines sur une chaîne comme la nôtre.


D’accord, mais il faudra quand même voir chez vous des images de Ligue 1, de Ligue des Champions ou du Top 14 non ?

Après, en effet, sur les grands événements, il faudra dégager un peu de budget pour acheter des images fortes. Ça on le fera aussi. Comme nous le faisons déjà pour BFM TV, par exemple, grâce à des accords passés avec le groupe TF1 ou France Télévisions pour un achat d’images raisonnable qui permet de nourrir nos flashs infos sport. Là, nous parlons de centaines de milliers d’euros, pas de centaines de millions d’euros ! Nous ne serons pas des diffuseurs d’événements dans leur intégralité, mais nous pourrons monter des résumés, des magazines.

L’objet de notre chaîne sera d’abord d’être une chaîne d’information. Maintenant, si nous voulions faire une chaîne de diffusion d’événements, il y aurait largement de quoi faire, même si nous n’aurons pas la Formule 1 ou la Ligue des Champions. Mais ce n’est pas la vocation d’une chaîne comme celle de RMC Sport qui veut démarrer avec un budget d’environ 30 millions d’euros.

On vous sent très motivé…

NextRadio TV possède non seulement une forte volonté de développer un tel projet mais a envie de prendre ce risque et d’offrir la possibilité de ne plus avoir un seul organe de référence en matière d’information, organe qu’est actuellement l’Equipe. Notre projet a reçu un accueil formidable de la part des fédérations et des acteurs du monde du sport contactés. Nous sommes très confiants dans la pérennité de cette chaîne. Reste au CSA à bien vouloir nous l’accorder (sourire).

Vous avez de vrais signes d’espoirs ?

Disons que le rachat de Direct 8 et de Direct Star par le groupe Canal+ a, quelque part, fait accélérer certaines choses. Aujourd’hui, tout le monde veut sa chaîne TNT gratuite, TF1, M6, NRJ, nous. Espérons que tout le monde soit entendu. Il n’y a qu’une chose qui nous a vraiment refroidis, c’est le projet de changement de norme pour la TNT, la fameuse norme DVB-T2. Si le gouvernement adoptait ce changement de normes alors tous les Français seraient obligés de changer leur décodeur TNT actuel. Si tel est le cas, vous imaginez bien que ce rééquipement prendra des années. Or, dans ce cas de figure, nous ne pouvons nous permettre de lancer une chaîne en se disant qu’on ne touchera à peine 20% de téléspectateurs la première année, faute d’équipement, et que l’on perdra 25 millions par an le temps que tout le monde se soit adapté à cette nouvelle norme. Maintenant, beaucoup espèrent que le gouvernement renoncera à cette nouvelle norme même si, à l’origine, il pensait que c’était une bonne nouvelle pour les acteurs de l’audiovisuel, puisque, en théorie, le DVB-T2 permettrait de créer de nouvelles fréquences sur le réseau hertzien gratuit et une meilleure qualité d’image. Ce dernier point étant encore à prouver car la différence d’image ne serait pas si extraordinaire que ça finalement.

On vous a vu arriver en télé sur « Cfoot », avec « Coach Courbis » et Jean-Michel Larqué, émission que vous produisez. C’est pour vous entraîner en vue de la chaîne TNT ?

(sourire). C’est d’abord pour faire tourner l’agence RMC Sport dont la vocation est de vendre et de fournir du contenu à divers supports extérieurs au groupe, parmi lesquels la télévision. Mais produire pour « CFoot », c’est aussi, et vous avez raison, un moyen de nous tester un peu, d’acquérir une expérience télé. Et, en même temps, de créer un partenariat fort avec cette chaîne qui appartient aux clubs professionnels et à la Ligue de Foot professionnel avec lesquels il est évidemment intéressant de travailler dans l’optique d’échanges d’images ou de facilités de reportages car il n’y a pas que les buts qui nous intéressent. Bref, beaucoup de choses qui peuvent alimenter une future chaîne d’info sportive au quotidien.

En retour, nous pouvons offrir à « CFoot » notre savoir-faire sur certaines choses, sur l’opinion, le talk ou avec nos consultants qui, par leur présence, renforcent le statut de cette chaîne 100% Foot. Ce qui permet aussi de verrouiller des contrats télé pour l’agence RMC Sport. On peut se permettre d’exposer nos consultants vedettes sur « Cfoot », car ce n’est pas un concurrent.

A ce sujet, j’imagine que voir arriver Jean-Michel Larqué sur l’Equipe TV, la saison dernière, a du sérieusement vous déranger alors ?

Oui, clairement. Pas au départ, mais à partir du moment où notre groupe a décidé d’aller en frontal contre l’Equipe TV pour la création d’une chaîne sur la TNT gratuite. Et puis les règles du jeu n’ont pas été respectées, on peut même parler de coup bas, puisque l’Equipe TV s’est servie de Jean-Michel Larqué pour le mettre dans sa campagne de publicité, « le 5 majeur » et ainsi revendiquer son image alors que Jean-Michel est avant tout un consultant très marqué RMC Sport, un membre à part entière du groupe. Mais bon, leur campagne n’a pas duré longtemps et Larqué n’est plus sur l’Equipe TV.

Deviendriez-vous aussi exclusifs que Canal+ qui interdit à ses consultants d’aller sur d’autres supports selon l’argument : « les abonnés payent, ils doivent avoir de l’exclusivité. »

Non, nous ne sommes pas à ce point exclusifs car jusqu’à présent nous n’avions pas de projet télé. Mais il est évident qu’aujourd’hui notre réflexion ne doit plus se cantonner à la seule radio, mais s’inscrire dans une logique de marque dès le moment où l’on ambitionne de créer une chaîne. Toutefois, avec Canal+, nous n’avons pas du tout le même mode de fonctionnement. Eux fonctionnent et vivent avec des abonnés et je comprends leur logique d’exclusivité qui interdit la dispersion de leurs vedettes. Si on veut les voir, il faut s’abonner à Canal et ne pas les retrouver sur des radios, marques ou autres supports complémentaires qui revendiqueraient alors, eux-aussi, l’image ou la paternité de ce consultant vedette.

Ce qui s’est passé avec Bixente Lizarazu qui a quitté Canal+ parce qu’on lui interdisait d’intervenir parallèlement sur RTL.

Oui, c’est un exemple. Notre logique à RMC Sport est différente puisque nous possédons une radio dans le groupe, qui plus est leader sur le sport. Ce qui, si demain nous avons une chaîne de télé, nous permettrait d’offrir à nos consultants une exposition maximale tout en les conservant à l’intérieur de la marque RMC Sport. Sans oublier le web, où ils pourront également être présents. Mais, je vous concède qu’à l’arrivée le résultat sera le même puisqu’il y aura une écurie exclusive Canal, une écurie RMC Sport, une écurie l’Equipe…

Bernard Laporte, votre consultant rugby, intervient sur Canal+ pendant la coupe du monde de rugby d’ailleurs. Etrange non ?….

Canal+ accepte de partager les consultants… quand ils viennent de l’extérieur (rires). Si aujourd’hui nous acceptons ce genre de partage avec certaines chaînes, comme Luis Fernandez également présent sur Orange Sport, ou Laporte sur Canal+, c’est parce que nous savons que ces consultants portent d’abord la marque RMC Sport et sont reconnus comme tels par les téléspectateurs amateurs de sport.

Parlons radio un peu. On a l’impression que vous avez anéanti la concurrence. Europe 1 a quasiment abandonné le terrain du sport, RTL se concentre sur l’essentiel et sur Bixente Lizarazu. Vous observez encore la concurrence ?

En radio, il est vrai qu’aujourd’hui le sport c’est sur RMC Sport, voilà. Je ne sais pas si c’est à cause de nous que la concurrence a abandonné le terrain ou si, plutôt, c’est avant tout à cause d’eux parce qu’ils n’ont pas su se renouveler ou n’ont pas eu l’envie, les moyens ou l’ambition de faire mieux ou plus. De toute façon, les radios généralistes ont décidé de se battre sur les deux tranches qui représentent le prime time de la radio : la matinale et la tranche 16-20h. Et le sport, hors grands événements, n’est pas un ingrédient majeur pour attirer l’audience à ces heures-là en semaine. D’ailleurs regardez RTL, elle place ses émissions sportives après 20h (le Club Liza le lundi par exemple, ndlr), dans des créneaux où il n’y a plus vraiment grand monde qui écoute (tout le monde est devant la télé, ndlr). Et de toute façon, RTL a déjà largement fait le plein d’auditeurs avant 20h.


Comment expliquer le succès de RMC Sport ? L’avènement du talk ?

D’abord, nous nous sommes concentrés non pas sur la concurrence, mais sur ce que nous voulions faire de RMC Sport : de l’info, du Live, de l’intégrale et du talk. Quand nous sommes arrivés, à l’époque, il n’y avait pas grand-chose, excepté le talk que faisait Europe 1 le soir. Nous avons dû vraiment réinventer le genre et nous avons choisi des concepts développés autour de personnalités : « Luis attaque », « Coach Courbis », « Larqué Foot », « Moscato Show », etc. Nous avons désegmenté le sport qui, jusqu’alors, était un peu trop sérieux, trop dans l’analyse, le résultat brut. Nous lui avons donné un aspect « show », « entertainment », divertissant, à des créneaux horaires où, ailleurs on ne parle que de choses plutôt graves.

Le plus bel exemple de cette alternative est le « Moscato Show » qui, entre 18h et 20h, offre une respiration extraordinaire, de l’humour, du show, de la détente, tout en parlant sport. Les auditeurs savent qu’ils vont retrouver une bande qui a de l’énergie et l’écoutent avec plaisir après une bonne journée de travail.

N’est-ce pas dangereux de personnaliser à ce point vos programmes. Il suffit que l’une de vos vedettes s’en aille pour perdre tous les auditeurs avec !

Ce pourrait effectivement constituer un risque. Mais vous remarquerez que depuis six ans la grille a très peu évolué à ce niveau-là. Toutes nos têtes d’affiche nous sont restées fidèles. Pourquoi ? Parce que seule RMC Sport peut leur offrir autant d’exposition et de liberté d’expression. Ailleurs, ils seraient consultants parmi d’autres et n’auraient sans doute pas de show à leur nom. Nous avons donc tous des intérêts très liés d’où la stabilité de notre grille. Ce qui n’est vraiment pas plus mal car les radios sont de gros paquebots, très ancrés, remplis d’habitudes de la part des auditeurs et le moindre petit changement peut avoir des conséquences importantes. Mais tout ça ne nous empêche pas d’essayer d’innover en permanence, de trouver de nouveaux concepts, de nouvelles personnalités et d’enrichir avec de l’événementiel. Et puis, il faut dire aussi que ces programmes personnalisés marchent très bien.

Vous parliez d’innovation, et l’on va revenir sur la télévision. Certaines chaînes comme « Infosport+ » ou « Cfoot » ont récemment réfléchi à créer un multiplex Ligue 1 sans images mais en association avec des Multiplex radio qu’elles filmeraient (voir ici). Qu’en pensez-vous ?

J’en ai entendu parler en effet, mais il reste à trouver la bonne idée car, comme pour les talks, je ne crois pas au succès de la « radio télévisée ». Et si nous lançons RMC Sport sur la TNT ce ne sera surtout pas de la radio télévisée. Et puis, pour nous, ce serait se tirer une balle dans le pied puisque notre Multiplex Ligue 1 est un produit phare. Aujourd’hui notre démarche est plutôt de développer ce Live de Ligue 1 en travaillant notamment sur la mobilité avec le développement d’une application pour mobiles qui permettra de suivre le Multiplex par écrit ou par audio où que l’on soit. J’avoue qu’on n’a jamais encore vraiment réfléchi sur un développement du concept en télé, même si l’on en a déjà discuté. D’ailleurs, pour le moment, Canal+ et « CFoot » ont renoncé à ce concept.

De toute façon, aujourd’hui le Multiplex, c’est une tradition radio.

Oui, c’est avant tout un produit radiophonique génial. Je n’arrive pas, par exemple, en tant que téléspectateur, à me passionner pour le Multiplex télévisé de Canal+. Il est bien fait, mais il me manque toujours quelque chose, dans l’instantanéité, dans l’émotion. Le but, même s’il arrive vite, arrive toujours un peu en décalé alors qu’à la radio c’est du Live, de l’immédiat. On appuie sur le bouton et on a le but en temps réel. Et toute l’émotion qui va avec.

Chaque soir de match télévisé, nombreux sont ceux sur les réseaux sociaux à avouer baisser le son de leur télé pour mettre RMC Sport sur les images. Avez-vous l’impression d’avoir apporté quelque chose au commentaire sportif ?

Je ne sais pas si on l’a révolutionné mais lorsque nous avons démarré RMC Sport nous nous sommes dits, il faut proposer un show aux auditeurs parce que pour les gens le sport c’est de la passion, de l’émotion, un moment pendant lequel ils veulent vibrer pendant 90 minutes ou plus. Un match du PSG, pour certains qui écoutent, c’est leur part de rêve de la semaine. Donc il faut leur procurer ce rêve d’autant plus qu’ils n’ont pas les images. Alors on en fait un show. Sans faire de généralités, la télé reste encore un peu trop neutre dans le commentaire de ces grands événements alors que quand on se met devant la télé pour suivre du sport, on veut s’éclater. A RMC Sport nous avons donc pris le parti d’en faire des tonnes, de proposer des habillages très FM, avec de la musique qui envoie, des consultants qui gueulent, du bruit, de la vie. Nous n’avons pas hésité à nous inspirer de ce qui se faisait chez nos confrères étrangers, sur les radios portugaises, espagnoles, brésiliennes, qui ont des idées parfois géniales ou délirantes. Les auditeurs qui viennent chez nous savent ce qu’ils vont y trouver.

On parle sans cesse des prix exorbitants des droits télés. Je me suis toujours demandé si, en radio, vous payiez aussi des droits pour toutes les épreuves que vous retransmettez ?

Non, heureusement ! Nous payons uniquement pour retransmettre la Formule 1, les coupes du monde de football et de rugby. Prenons la coupe du monde de football par exemple. Nous nous acquittons d’un ticket d’entrée qui est le même pour toutes les radios et qui doit tourner autour de 150 000 euros. Ensuite, en fonction du nombre de matchs que nous voulons couvrir, nous devrons payer pour l’installation technique du poste commentateur. Ce qui coûte quelques milliers d’euros supplémentaires par match. Si bien que si l’on couvre tous les matchs d’une coupe du monde nous doublons ou triplons le ticket d’entrée. C’est pareil pour la coupe du monde de rugby sauf que le ticket d’entrée est bien moins cher. En dehors de ces événements, les épreuves que nous retransmettons sur RMC Sport sont gratuites, excepté les frais d’installation technique.

Cette gratuité est normale puisque, contrairement aux chaînes de télé, nous ne rentabilisons pas nos retransmissions de Ligue 1 ou de Top 14 par l’exploitation d’images ou de magazines, ni par la publicité ou des partenariats. Il n’y a pas d’économie récurrente possible sur les droits radios. Nous sommes dans l’instantanéité. On commente et on s’en va débattre en studio. Il n’y a que sur des événements de type coupes du monde que nous cherchons des partenariats pour rentabiliser les frais. Sur la Formule 1, on n’amortit rien. Mais les week-ends Formule 1 marchent très bien et en termes d’image et de prestige pour RMC c’est parfait. Si nous devions payer des droits pour tout ce que nous commentons, en plus du coût technique et des frais que cela occasionne, financièrement aucune radio ne pourrait s’en sortir.

Ce qui vous permet finalement de reporter vos moyens sur le programme en lui-même.

Exactement. Ce qui m’amène, puisque qu’on en parlait tout à l’heure, à l’autre ingrédient du succès de RMC Sport, qui est le concept de l’intégralité. Et dès que nous allons sur des événements de type coupe du monde, nous pouvons complètement changer la grille pour en faire un programme permanent, qui peut durer des heures. Si bien que lorsqu’un auditeur cherche ce gros événement, il vient directement chez nous plutôt que de zapper partout ailleurs car il est sûr de tomber dessus. Et chaque fois que nous l’avons fait, ça a été un vecteur d’audience formidable, que ce soit lors de la coupe du monde 2002 lorsque l’on a vraiment mis en place ce système d’intégrale sport, qu’aux JO d’Athènes ou comme nous le faisons aujourd’hui pour la coupe du monde de rugby.

Propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc en exclusivité pour En Pleine Lucarne (mention du lien obligatoire en cas de reprise)

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Vincent Rousselet-Blanc

(10) Readers Comments

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  3. Excellente interview. Bravo.
    Bel éclairage sur cette radio que je suis depuis pratiquement une dizaine d’années, et qui n’a pas eu de concurrence, hormis feu RTL-l’Equipe. D’un point de vue personnel, si certaines émissions me semblent dispensables car trop superficielles (Luis Attaque par exemple), les directs (avec un peu trop de pub, hélas…), les talks type After, et surtout les créneaux horaires réservés à un sport donné sont une vraie valeur ajoutée.

  4. Pour ma part, je lui aurais demandé ce qu’il pensait du fait de payer ses journalistes au Smic et ses pigistes… bien en-dessous. Là aussi, il est très fort et domine toute la concurrence.

    Mais visiblement, il est plus intéressant de parler des vedettes comme Rolland Courbis…

    • Peux tu aller au bout de ta logique ? As tu des infos à donner sur ce que tu dis ou des exemples concrets ?
      Merci d’etre transparent car c’est le but de ce blog.

  5. @VRB : Bonne itw, bien poussée. Vous avez oublié de lui demander si les polémiques Larqué ( sur Arsenal et Sonor ) l’avaient poussées a prendre des sanctions contre l’ancien de TF1.
    Et aussi de lui parler du flop du  » 10 sport « . Car son premier combat contre  » L’équipe » a été une défaite.
    Enfin si le coté radio-bistrot assumée est transposable à la télé ou des retouches sont obligatoires. ( Courbis est aseptisé quand il est sur BFM Tv alors qu’il est abrupt quand il est sur RMC ).
    Bonne itw quand même . Merci. A quand la prochaine itw du patron d’Orange sport….

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  7. Assurément l’une des meilleures interviews d’EPL, chapeau !

  8. Génial. Merci pour l’itw, la retranscrire a du etre un boulot de fou. Passionnante. Merci. RMC Sport fait envie. A suivre

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