Autres Sports Entretiens EPL Les News — 20 septembre 2011

Commentateur et fidèle acolyte de Jacques Monclar, David Cozette est le monsieur basketball du groupe Canal. Il forme, avec Jacques Monclar, ce que certains jugent comme le meilleur duo de commentateurs sportifs de la télévision française et nous régale de leur enthousiasme, de leur passion, de leur complicité et de leurs bons mots. Pour En Pleine Lucarne, David Cozette revient sur les trois semaines d’un championnat d’Europe marqué par le parcours exceptionnel de l’équipe de France et un formidable impact médiatique qui pourrait aider le basket national à percer chez nous. Même si, pour David Cozette, une médaille d’argent, n’est pas suffisante. Explications.

Quelle aventure cet Euro ! Jacques Monclar l’a qualifié de « lessiveuse ». Êtes-vous d’accord avec ce terme ?

Oui, un peu. C’était intense. Je crois que nous n’avons jamais commenté autant de matches sur une compétition. Déjà parce qu’elle était plus longue que d’habitude. C’est la première fois qu’il y a 24 équipes et cela a duré presque trois semaines. D’habitude c’est plutôt deux semaines. De plus, du fait de la configuration des sites, nous avons commenté plus de matches chaque jour. Parce qu’à partir du deuxième tour, tous les matchs se déroulaient dans les mêmes salles. Forcément, nous n’allions pas demander à une autre équipe de commentateurs de commenter depuis Paris, alors que nous étions sur place. Je n’ai même pas calculé, mais j’imagine qu’on a du en faire…(Il calcule) une bonne trentaine.

En France, cela a généré un engouement énorme : France Télévisions qui diffuse la finale, les audiences de Canal+ ont battu des records, les Une de L’Équipe, la présence du basket aux journaux télévisés… Vous le sentiez depuis la Lituanie ?

On s’en doutait, même si nous ne le vivions pas directement. Moi, après certains matches, je recevais des textos d’amis qui me disaient que c’était formidable. Et ce n’étaient pas des gens qui habituellement regardaient le basket pour la plupart. Nous recevions aussi beaucoup plus de messages que d’habitude après les matches. On lisait aussi L’Équipe tous les jours, donc nous avons vu les Unes.

Pour ce qui est de la compétition, pour la première fois, depuis que la génération Tony Parker est là, on a eu l’impression que cette équipe est allée au bout des choses…

Oui, clairement. Déjà au championnat d’Europe 2005, quand l’équipe de France avait obtenu la médaille de bronze, le titre lui semblait promis. L’Espagne n’était pas encore à ce niveau là. Les autres années, il y avait eu des accidents avant la fin. Il y a eu l’absence de qualification aux Jeux de Pékin et d’Athènes mais, en plus, c’était la manière qui avait été assez déplorable. Pour aller à Athènes, c’est un match que les Français devaient gagner cent fois, et juste parce qu’ils ont été vexés de ne pas jouer la finale, ils n’ont pas joué ce match là. C’était une faute professionnelle énorme.

En 2007, c’était pathétique parce qu’ils sont passés tout près d’une qualification contre l’équipe qui termine championne, la Russie. Et derrière, il y a deux matches de classement qu’ils laissent filer. Le basket français a souvent eu en Europe une réputation d’équipe ayant un potentiel formidable, mais qui à chaque fois se prend les pieds dans le tapis.

Lors de cet Euro, nous avons reconquis le respect de la part des autres équipes, parce qu’en plus des victoires, le jeu proposé était vraiment intéressant. On peut estimer que les Bleus sont arrivés au maximum de ce qu’ils pouvaient espérer. C’est d’autant plus remarquable, qu’ils avaient eu un parcours extraordinairement difficile avec des poules très denses. Ils ont quand même battu tous les champions d’Europe des années 2000, les uns après les autres, jusqu’à buter sur l’équipe d’Espagne. Le basket français a retrouvé sa crédibilité. Après tant d’échecs…

Un petit mot sur l’Espagne, les désormais doubles champions d’Europe…

L’Espagne est au-dessus C’est la meilleure équipe du monde, avec les Américains. Ils ont joué au niveau de la finale Olympique de Pékin en 2008, qui était déjà l’un des plus beaux matches de l’histoire du basket. Ces deux équipes sont d’ailleurs les deux favorites pour les Jeux Olympiques l’année prochaine et la France doit être juste derrière.

Donc, vous êtes de l’avis d’Antoine Rigaudeau qui pense que la France peut être sur le podium aux J.O à Londres ?

Oui, elle le peut, en valeur absolue. Tout le monde a en tête une finale USA – Espagne, car ce sont deux équipes qui semblent avoir de la marge sur les autres. Si l’équipe américaine est avec ses grandes stars. Parce que sans elles, elle peut passer à la trappe avant. Les deux équipes au complet, cela devrait faire une finale de rêve. Donc il reste une médaille à prendre.

La France a largement les moyens d’aller la chercher. Et puis, après, on sait que dans un tournoi olympique, il y a toujours des surprises. Si une équipe favorite a un petit accident dans le parcours et ne se retrouve pas première de sa poule, ce sont deux équipes, USA et Espagne, qui peuvent se retrouver en demi-finale. Et cela peut permettre à l’équipe de France de se faufiler jusqu’à la finale. On n’en sait rien, et la France n’est pas à l’abri d’un exploit contre l’Espagne. Elle devra revenir plus forte l’année prochaine et pourquoi pas faire un exploit. Tout ça c’est de la science fiction, mais une médaille en valeur intrinsèque oui, le titre olympique ce sera compliqué.

Lors d’une interview pour EPL avec Jacques Monclar, il avait eu des mots assez durs : « la France ne connaît rien au basket ». Pensez-vous qu’on va s’appuyer sur cette performance et enfin faire décoller le basket en France ?

Je vais un peu modérer ces propos. Oui, la France a été vice-championne olympique, mais c’était en plein milieu de la nuit, en 2000. Ce match, pas grand monde l’avait vu à l’époque. Et, il ne faut pas oublier que le handball a été plusieurs fois champion du monde avant qu’il y ait une réelle exposition de son championnat et avant que les gens s’y intéressent.

Ce n’est pas parce que l’équipe gagne une fois que derrière tout doit s’enchaîner. Le basket c’est comme le hand, ils sont contraints de gagner des médailles chaque année pour continuer de garder les français en éveil, pour après les inciter à aller sur les championnats. Une médaille d’argent, ça ne suffit pas. Ils sont quasiment obligés de gagner une médaille aux J.O, obligés de revenir très forts au championnat d’Europe et ainsi de suite.

Mais ce titre de vice-champion d’Europe peut valoriser le championnat de France, car la NBA est en grève. On peut espérer voir des joueurs français NBA, médaillés, rejouer en France comme Nicolas Batum à Nancy, ou, c’est dans les tuyaux mais pas encore fait, Tony Parker à l’ASVEL.Ou encore Boris Diaw à Bordeaux. Ce serait quelque chose de formidable, du bonus, et il va falloir qu’on arrive à le faire savoir tout simplement. C’est aussi le rôle de la Ligue Nationale de Basket.

Petite parenthèse, pourquoi le championnat Pro A ne fait pas plus recette malgré le traitement de Canal+?

Parce qu’il ne touche que les amateurs de basket. Ceux qui suivent l’équipe de France jusqu’à présent. On ne touche pas assez les amateurs de sport. L’Euroligue, par exemple, pourrait toucher plus largement les amateurs de sport si il y avait chaque année une équipe française performante. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Et l’un des principaux problèmes du basket français, dans sa médiatisation, c’est de ne pas avoir d’équipe qui brille au niveau européen. C’est un vrai souci.

Il faut qu’on arrive à avoir des équipes compétitives. Un Cholet-Barcelone par exemple, intéressera forcément car on passe alors dans une autre dimension. Notre challenge, c’était de donner envie aux gens de venir voir ces matches de l’Euro et de dire « vous vous êtes régalés, alors venez voir ce spectacle dans les matches du vendredi soir ».

Vous attendiez-vous à un tel succès d’audience ?

Sans fausse modestie, oui. Ce n’est pas propre au basket. Dès qu’une équipe nationale d’un sport référencé est performante – et le basket est universel – aussitôt ça touche tout le monde. Là, on touche les amateurs de basket, les amateurs de sport mais aussi le simple téléspectateur, qui, par curiosité et parce qu’il aura entendu tous les matins à la radio que l’équipe de France avait encore gagné, vont irrésistiblement être attirés par ça. Ils auront envie de participer à la belle aventure.

Donc, je ne suis pas surpris que ça ait fait un carton. En plus, Tony Parker est une star, mais un peu virtuelle vu qu’il est aux USA toute l’année. Pareil pour Joakim Noah, c’est le fils de Yannick Noah, mais on ne l’a jamais vraiment vu jouer. Là, le fait de savoir qu’on peut les toucher d’un coup de télécommande, forcément ça attire pas de mal de gens.

Sur internet, un bingo a été créé, on reprend vos plus belles expressions, on parle de vous comme le meilleur duo de commentateurs en France….

Nous sommes évidemment super contents avec Jacques de voir que nous touchons les gens, que nous les faisons rire. Pour nous c’est quelque chose d’important. Si jamais on a pu gagner quelques centaines de téléspectateurs, c’est formidable. Mais ce n’est pas ce qui nous pousse. Nous faisons ce métier parce qu’on adore ça et toute l’année nous sommes sur Sport+, le vendredi soir, et nous commentons de la même façon.

Le plus beau compliment que l’on m’ait fait, on l’a fait aussi à Jacques, notamment pour la Pro A, c’est lorsque l’on nous dit « qu’en deuxième mi-temps, quand le match est plié ou qu’il ne se passe rien, on continue de regarder parce qu’on se fend la gueule ».

Comment fonctionne votre duo, vous préparez-vous ou est-ce de l’improvisation ?

La seule préparation, ce sont les fiches. Pour moi, les biographies de chaque joueur pour me souvenir où ils sont passés et leurs palmarès. Et puis, leurs statistiques au quotidien, qu’on réactualise.

Le reste, on ne le travaille pas du tout. Ni les expressions, ni quoi que ce soit. Après, on balance une expression, ça nous fait rire mutuellement, on se dit « tiens, là on a touché », on la ressortira plus tard et ça reste. Mais ça ne se travaille pas en amont. Il faut plus nous voir comme deux copains avec de la complicité et, quand on fait rire le collègue, alors les gens doivent eux aussi sourire.

Comprenez-vous les critiques et autres polémiques des téléspectateurs en France sur les diffusions en crypté et en clair, ou le passage de l’équipe de France sur Canal+Sport plutôt que sur Sport+ ?

C’est une question de respect. On peut toucher beaucoup plus de monde sur Canal+Sport que sur Sport+. Je pense qu’on participe à la promotion du basket français et le mettant sur Canal+Sport comme nous le faisons pour un produit premium avec le handball par exemple. Nous avons rediffusé les matches de l’équipe de France en léger différé juste derrière, sur Sport+ avec les autres matches de la compétition.

Propos recueillis par Jonathan Demay, en exclusivité pour En Pleine Lucarne

photos : @Canal+

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Vincent Rousselet-Blanc

(7) Readers Comments

  1. Sport + n’est la chaine du basket que de ceux qui n’ont pas Canal… C’est un raisonnement egoiste.

    On peut aussi dire que la majorite des vrais fans de basket sont abonnés à Canal pour voir la NBA (pas juste le match du dimanche). Car y a bien plus de fans de NBA que de Pro A….

    Et comme il est impossible de diffuser le match sur deux antennes à la fois en meme temps (pensez à ceux qui aiment pas le basket), et bien vous pourrez raler indefiniment, ça ne changera jamais. Et tant mieux !

  2. Pour la diffusion sur C+ sport et sport+ je ne suis pas d’accord! Oui sur C+ sport vous pouvez toucher plus de monde, mais c’est sport+ la chaine du basket, celle sur laquelle on s’abonne toute l’année pour l’EL, la proA et la NBA. Et quand viens l’heure de l’équipe de France on passe au 2e plan?! Si vous voulez toucher tout le monde, passez sur les 2 en même temps! Surtout quand c’est pour mettre du golf à la place… Surtout que le « très léger » differé c’est une blague, souvent le match était à 20h et rediffusé à 00h…

  3. Et aussi celle-ci (qui dépasse le cadre du basket): est-ce que Canal+ va diffuser les JO de Londres? Il me semble que pour l’instant seul France TV détient les droits. Y a-t-il négociations en cours? En général, Canal+ rachète les droits quelques mois avant les JO, cela sera-t-il encore le cas cette fois-ci. Les amateurs de basket croisent les doigts, croyez-moi!!!!

  4. Merci EPL pour cette interview du meilleur commentateur sportif français. Avec Jacques, on sent vraiment la passion en vous. Vous avez porté le basket français pendant ces années difficiles, on compte maintenant sur vous pour l’amener le plus haut possible.

    La question que j’aurais voulu lui poser est celle-ci : y a-t-il, à la lumière des scores d’audience réalisé par l’euro, la possibilité que des matches de Pro A voire d’Euroligue (Nancy avec N. Batum pourrait à ce titre être porteur en termes d’image) soient diffusés sur Canal+ Sport? J’aimerais bien savoir quels enseignements C. Linette tire de cet euro. David peux peut-être nous apporter des éléments de réponse en commentaires ici?

    Je voudrais aussi remercier Sport+ de diffuser cette année les matches du tour préliminaire de l’Euroligue. le format ramassé sur 3 jours doit aider à la diffusion! Malheureusement, c’est l’une des rares occasions de voir des clubs français compétitifs en Euroleague désormais!
    David et Jacques retournent en Lituanie (il faudrait penser à vous acheter un petit pied à terre là-bas pour diminuer les notes de frais :-)

    Et enfin, un gros reproche et à ce titre, la fin de l’interview de David est inexacte. Les matches de l’équipe de France n’ont pas tous été diffusés en très léger différé. Il y avait souvent plusieurs heures de décalage. Je crois même que le quart de finale n’a pas été diffusé et que la demi la été le lendemain. Il y a là quand même un problème central car de nombreuses personnes (les vrais fondus de basket) s’abonnent à Canalsat uniquement pour Sport+ (c’est mon cas) et se retrouvent floués au moment de la compétition la plus attendue. Et je dis ça alors que je n’ai pas été touché étant également abonné à Canal+ et Canal+ Sport).

    • Bonjour felixgray,

      J’ai du mal à croire qu’on puisse assister à des matches d’Euroleague sur C+ Sport, même si Batum y participe avec Nancy.
      De l’aveu même de David Cozette, lors d’une interview donnée l’an dernier à Gaëlle Million dans l’émission SportBuzz sur l’Équipe TV, l’Euroleague capte une audience largement inférieure à celle des matches de Pro A diffusés sur Sport +, lesquels rassemblent déjà… à peine 100 000 abonnés en moyenne.
      L’absence d’équipes françaises compétitives en Euroleague expliquent ces scores.
      Le constat est simple : Pas d’équipe française, peu d’intérêt du public « sport » élargi, hors niche des aficionados du basket.
      Alors c’est vrai, l’arrivée de Batum à Nancy et la possible présence de quelques NBAers chez les cadors d’Euroleague pourraient ajouter un peu d’intérêt porté à la compétition et drainer une audience un peu plus grande, mais de là basculer sur C+ Sport, ça paraît peu probable.
      La seule solution pour passer sur C+ Sport serait qu’une équipe française se qualifie pour le Final Four. Autant dire qu’on en est pas encore là.

      PS : D’accord avec toi sur le supposé :  » léger différé « .

      • Helo,
        je vois que vous êtes toujours à fond les gars. Super. J’espère que David lira cette interview (je pense que oui) et prendra le temps de répondre à vos remarques car je ne détiens pas non plus toutes les réponses ;-)
        Heureux de vous lire. Ciao

      • Allez, David « boîte à muscles » Cozette, une petite réponse!!!

        Sinon, oh oui, on est encore à fond! Allez les bleus! Allez le basket! Ras-le-bol de voir dans quel état médiatique était le basket avant cette médaille. Il faut que ça change!!!

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