Entretiens EPL L'Actu Média Les News Rugby — 06 septembre 2011

La Coupe du Monde de rugby débute dans trois jours (calendrier) et les médias s’affolent, au même titre que le public et les joueurs. Sur Eurosport, le mondial néo-zélandais sera à suivre avec attention (dispositif). En plus des résumés et grands formats des matchs retransmis en différé, la chaîne du groupe TF1 proposera chaque soir à 22h30 un grand-rendez-vous « Au contact de la Coupe du Monde », émission sur laquelle Eurosport fonde de grands espoirs (voir ici).

Cette émission quotidienne sera co-animée par Géraldine Pons et un certain Xavier Garbajosa. Un nom familier pour les amateurs de rugby, encore plus pour les inconditionnels du Stade Toulousain. Rappelez-vous, « Garba », pour les intimes, est celui qui avait les cheveux bleus lors de la légendaire demi-finale face aux Blacks en 1999, un des meilleurs arrières tricolores de sa génération.

Pour En Pleine Lucarne, l’ex-ailier du XV de France (32 sélections, sept essais), dresse le portrait de l’émission. Avec son accent bien marqué, le Toulousain de cœur passe également en revue le XV de France, les favoris et ses meilleurs souvenirs de coupe du monde. Et pour vous donner une idée, regardez la bande annonce


La Coupe du Monde démarre le 9 septembre et vous allez y prendre une part active sur Eurosport. Qu’allez-vous faire exactement sur la chaîne ?

Je vais animer avec Géraldine Pons « Au contact de la Coupe du Monde », une quotidienne d’une heure trente, diffusée durant toute la durée de la compétition à partir de 22h30. Nous aurons aussi en plateau des consultants de marque, comme Jean-Pierre Garuet et Philippe Dintrans (ndlr : le premier est un ancien pilier du XV de France, tandis que le second jouait talonneur), Abdelatif Benazzi, Pierre Berbizier (entraîneur du Racing-Métro 92), Jean-Baptiste Lafond (ailier des Bleus et meilleur marqueur de la Coupe du Monde 1991) et le président du RC Toulon, Mourad Boudjellal. Ils seront présents en alternance suivant les émissions. Nous recevrons aussi des joueurs en activité, suivant le calendrier du Top 14. Le concept est de revenir sur les matches de la journée, ou plutôt de la nuit, les matches de l’équipe de France et sur ceux à venir.

Le décalage horaire n’est-il pas handicapant ?

Nous serons en direct à 22h30, heure française, donc nous aurons eu le temps d’analyser en profondeur les matchs qui se seront déroulés le matin (heure française toujours). Nous allons aussi retransmettre tous les soirs à partir de 18h30-19h les matches du matin que les gens n’ont pas forcément eu l’occasion de voir. Ils seront en différé. Toute l’équipe reviendra sur les aléas de ces rencontres, les résultats, les bonnes surprises et le jeu proposé par les équipes.Et nous serons en direct à l’occasion des entraînements du matin et des conférences de presse du XV de France.


« Nous n’allons pas donner de leçons »

C’est votre première émission quotidienne. Que ressentez-vous ?

Beaucoup d’impatience ! Tout le monde est impatient que ça commence d’ailleurs. Nous en parlons entre nous depuis un moment… Nous sommes impatients de voir comment cela va se passer, savoir si l’on va bien mener notre barque, etc. Il ne faut pas trop non plus se prendre la tête. La compétition va nous amener son lot de surprises quotidiennes, que nous allons pouvoir utiliser. C’est assez exceptionnel d’avoir la chance de passer à la télé pour parler d’un sport dans lequel on a joué pendant des années. Je vais en profiter à 200%, c’est une certitude.

Y a-t-il une préparation particulière à adopter, physique ou mentale pour ce type de rendez-vous ?

Pas spécialement, même si tout cela est assez nouveau pour moi. Ce qui est dur, c’est que je vais être loin de ma famille et de ma femme pendant deux mois. Ils vont me manquer, il va falloir faire avec. Mais c’est pour la bonne cause, on ne m’a pas obligé, loin de là ! J’ai accepté bien volontiers. C’est une opportunité qui sera sûrement enrichissante.

Quelle ambiance allez-vous privilégier sur le plateau ?

Nous serons très détendus, évidemment. Nous n’allons pas donner de leçons à tout le monde, loin de là. Mais simplement faire une émission qui sera riche dans l’analyse, la tactique et répondre aux attentes d’un public connaisseur mais aussi néophyte, qui s’y connait un peu moins au rugby. Nous ferons découvrir des joueurs méconnus, nous mettrons en avant des joueurs de nations moins médiatisées. Bref, nous proposerons le tour de la planète rugby en quelque sorte.

« Une gestion humaine »

Selon vous, qu’attend le public ?

Le public a envie de voir des belles rencontres, de pouvoir se faire une idée du niveau des autres équipes. Et surtout de voir les Français, voir comment ils vont aborder ce premier match contre le Japon. L’équipe de France a fait deux bons matchs de préparation contre l’Irlande, même si les enseignements ne sont pas valables pour tirer des plans sur la comète. Mais on a quand même l’impression qu’un XV type se dégage.

Pensez-vous réellement que le staff a déjà en tête son XV de départ « type » ?

Pour l’avoir vécu, une équipe qui commence une coupe du monde n’est pas forcément celle qui finit. En 1999, nous avions 30 à 40% de l’équipe de départ qui n’a pas été présente à la fin… De toute façon, je pense qu’on aura une équipe compétitive, quelle que soit les quinze joueurs alignés.

C’est tout de même plus important de terminer la compétition que de la commencer, non ?

Non, pas toujours. Il est toujours bien et intéressant de faire partie du premier wagon, cela joue sur le moral, je crois. S’il n’y a pas de blessures, de méformes, de choses comme cela, si tu n’es pas dans le premier wagon, tu risques de regarder la coupe du monde dans les tribunes. Le premier match est très important, et ce, quel que soit l’adversaire. Il faut prendre tout le monde le plus sérieusement possible. Mettre un « XV-type » peut aussi permettre de travailler les automatismes, les rouages, en vue de matches plus importants.

L’effectif va-t-il tourner en fonction des matches ? On pense notamment face au Canada, l’équipe logiquement la plus faible, ou au contraire face aux Blacks, pour ne pas prendre le risque d’une blessure ou d’un coup au moral…

C’est à l’appréciation de l’entraîneur, en fonction de la façon dont il ressent son équipe. C’est aussi une histoire d’hommes, il ne faut pas oublier cela. Il est difficile de faire de tels choix. Doit-on mettre les meilleurs à chaque match, ou, au contraire, fait-on un « cadeau » en envoyant joueurs ceux qui ne sont pas titulaires lors des deux premiers matches ? Il faut prendre garde à ne démoraliser personne. Dans ce type de compétition la gestion humaine est très importante.

« Une place en demi-finale »

Comment jugez-vous les Bleus jusqu’à maintenant ? Sont-ils prêts ?

Je ne suis pas devin, sinon j’irais jouer au loto… (Rires). Je pense que ce sera une Coupe du Monde très ouverte, certaines équipes ont progressé depuis quatre ans. L’histoire des Français est une histoire qui se répète : nous sommes capables de battre n’importe qui, mais nous ne sommes pas réguliers dans la performance. J’espère que cette année, ça changera. Attention à ne pas prendre les autres équipes à la légère, notamment le Tonga. Ils auront à cœur de jouer à fond, ils ne sont pas loin de chez eux et leur entraîneur – Isitolo Maka, passé par le Stade Toulousain – connaît un peu la mentalité française. Ils espèrent jouer un vrai huitième de finale contre nous lors du dernier match. Il ne va pas falloir mettre la charrue avant les bœufs.

Pour le moment, les Bleus n’ont pas vraiment proposé un niveau de jeu spectaculaire…

Je suis d’accord dans le sens où l’on n’a pas vu trop de jeu. Mais il y a pas mal de joueurs qui n’ont pas fait toute la préparation, qui reviennent de blessure. Ils n’ont pas forcément l’habitude de jouer ensemble, ils doivent apprendre. Je pense notamment à la paire de centre ou à la charnière. François Trinh-Duc était plus souvent associé à Morgan Parra. Aujourd’hui, il va certainement jouer avec Dimitri Yachvili. Après, le niveau de jeu, le spectacle, tout ça c’est sympa, mais je préfère un match de merde…que l’on gagne à la fin.

Pensez-vous que l’Equipe de France puisse aller en finale ?

Difficile encore une fois de répondre à cette question. Il y a tellement de paramètres qui entrent en compte, tellement de choses peuvent se passer. Il peut y avoir des blessures sur un poste clé. Imaginez que l’on perde un garçon comme François Trinh-Duc, dépositaire du jeu français par exemple. C’est comme si les Néo-zélandais perdaient Dan Carter ou Richie McCaw. Ce serait quand même de grands coups de canif dans la toile de maître. En 1999, nous avons été capables de battre les Blacks, alors que si on rejouait le match dix fois, on le perdrait neuf fois ou neuf fois et demi. Je crois qu’en sport on ne peut pas faire de paris, encore plus au rugby. Maintenant, ce qu’on pourrait attendre aujourd’hui, c’est au moins une place en demi-finale…

Selon vous, les Blacks sont-ils les favoris intouchables ?

Ils ont la chance de disputer cette compétition à domicile, ils sont très attendus par leur public, leur famille, leurs enfants. C’est vraiment une culture très à part là-bas. Les Blacks se sont pris les pieds dans le tapis lors des dernières éditions, notamment contre les Français et ils vont subir énormément de pression. Le match d’ouverture face au Tonga va déjà donner le ton. Après, les Australiens me paraissent relativement en place en terme de jeu, avec une équipe très rajeunie, qui a notamment gagné cette année le Super 15 avec les Reds. Les Blacks restent une équipe mythique, mais il va falloir compter avec l’Australie qui vient de remporter le Tri Nations.

Selon vous, quelle pourrait être l’équipe « surprise », capable d’atteindre les quarts voir les demies ?

Les Gallois ont fait des bonnes choses sur les matches de préparation, même si encore une fois cela ne veut rien dire. Mais je les ai trouvés bien en place.

« On a gagné ce match avec nos tripes et nos ressources »

Vous qui avez joué une Coupe du Monde et même une demi-finale, est ce vraiment un événement à part ?

Anecdote personnelle et vécue : en 1999, nous faisons un Tournoi des V nations très moyen, puis on part en Tournée dans les Iles Pacifique. On bat tout juste les Samoa sur un hold-up, on perd aux Tonga, il faut quand même le rappeler, et on prend cinquante points chez les Blacks, juste avant de commencer le Mondial… Je ne sais pas si vous imaginez dans quel état pouvaient être le groupe, le staff ou même la Fédé. Ce que je veux dire, c’est qu’on pouvait ne pas être prêts à un certain moment et puis petit à petit, monter en puissance. C’est surtout une histoire humaine qui a fait la différence dans les moments clés. Nous n’étions pas très bon dans le jeu, mais nous avons a su nous resserrer et aller chercher au fond de nous certaines valeurs qui nous amené à cette réussite. Cela fait aussi partie du jeu.

Les Blacks en 1999, c’est votre meilleur souvenir ?

Cette demie reste un excellent souvenir pour tous ceux qui ont suivi le match. On se rend compte qu’aujourd’hui, énormément de monde se souvient de cette victoire face au Blacks (43-31). C’est toujours un plaisir et une fierté d’avoir participé à l’aventure. Nous n’avons n’a pas gagné ce match sur la stratégie, mais avec l’envie, nos tripes, nos ressources intérieures. C’est pour cela que le rugby est un sport si particulier, qui parfois, au-delà de stratégie et la tactique, peut sourire avec d’autres armes.

Question piège : Stade Toulousain ou Equipe de France ?

C’est compliqué. J’ai de très bons souvenirs dans ces deux équipes… Le Stade Toulousain, c’est mon club de toujours, j’ai passé beaucoup d’années là-bas. Avec les joueurs, on se voyait tous les jours, on mangeait ensemble, on dormait ensemble, on vivait ensemble, etc. C’est vraiment comme si c’était une deuxième famille. Au Stade Toulousain, on avait un projet de jeu avec cette volonté de soutien en permanence. C’est une émulation en dehors du terrain, qui se retranscrit finalement sur le terrain, en match. L’envie d’apporter une solution à chaque instant. Il y a toujours eu une unité, quel que soit l’âge et la génération. Il y a beaucoup plus d’accointances, de liens, qui nous unissent avec un club plutôt qu’avec une équipe nationale. Même si, pour une compétition comme la Coupe du Monde, avec la préparation, on arrive quand même à représenter la même chose et recréer un vrai groupe.

Un petit pronostic pour terminer

(Longue hésitation…) Les Australiens m’ont fait une très grosse impression…

Plus que les Néo-zélandais ?

Par amour du jeu, par amour de cette équipe et de ce qu’elle représente, je dirais les Blacks. Mais ils ont toujours eu du mal à concrétiser leur domination. Je me dis que chez eux, ils seront très attendus et on ne leur laissera rien passer. Mine de rien, le jeu mis en place par Robbie Deans (le coach australien, d’origine néo-zélandaise), s’appuie sur des talents impressionnants. Souvent, les Blacks dominent sur un certain nombre de domaines mais ont du mal à concrétiser. Les Australiens ont de la fougue, de la jeunesse et de la créativité. Et même s’ils ne gagnent pas cette année, ce sera une sacrée expérience pour eux, ils pourront continuer à travailler sur des bases intéressantes.

Propos recueillis par Thomas Perotto pour En Pleine Lucarne (mention obligatoire)

@photos : TF1/Eurosport / DR

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Vincent Rousselet-Blanc

(3) Readers Comments

  1. Pingback: Rugby – Arnaud Simon (Eurosport) : « Nous réfléchissons à un Au Contact Tournoi des VI Nations  « En Pleine Lucarne

  2. avec le recul, on s’aperçoit de la pertinence de cette interview et du contenu de celle-ci! chapeau Eurosport! réservez-nous encore des surprises telles que celles-là!

  3. Pingback: La coupe du monde de rugby sur Eurosport : Bande annonce (vidéo) « En Pleine Lucarne

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