Lorsqu’il s’agit de faire des coups marketing, les Anglais ne sont pas les derniers à avoir des idées. Ainsi, la marque de bière américaine Budweiser, nouveau sponsor depuis juin de la FA Cup (la coupe d’Angleterre)à hauteur de 24 millions de livres, soit une quarantaine de millions d’euros par an pendant trois ans, proposera ce soir à partir de 19h45, la retransmission du match Ascot United contre Wembley FC en streaming sur sa page Facebook ! Une grande première pour le réseau social qui laisse entrevoir d’autres opérations dans le genre. Jusqu’à bouleverser le marché des droits du foot ? Possible.

Ascot United – Wembley FC en 1er tour que qualification de la FA CUp ? C’est un peu comme si l’on vous proposait un match entre deux bourgades évoluant en promotion d’honneur ou division de district de votre département pour le premier tour de Coupe de France. Bref, à part les familles des joueurs qu’elles seules connaissent, pas de quoi se mettre devant son ordinateur ce soir à partir de 19h30 (coup d’envoi 19h45).

Pourtant, vous devriez tout de même jeter un oeil sur le produit proposé car c’est une grande première.

Si l’affiche ne devrait pas réunir plus de 500 personnes dans un stade qui en contient à peine plus d’un millier, Budweiser, à l’origine de l’opération compte bien éveiller la curiosité de quelques-uns des 750 millions d’utilisateurs – et consommateurs de bière – potentiels du réseau social Facebook sur lequel le match sera retransmis en direct, sur la page Facebook de la marque (il faut avoir 18 ans)grâce à une application développée pour l’occasion.

Bien sûr, Budweiser ne compte pas faire exploser l’audimat, même si son directeur marketing Ian Newell affirme à la BBC que si sa marque « s’est associée à l’un des plus grands événements de foot au monde c’est pour la rapprocher de ses supporters dès le premier coup d’envoi de la compétition ». Mais au-delà de ce discours de principe – il ne va tout de même pas dire qu’il fait ça pour attirer plus de fans sur sa page Facebook et vendre plus de bière – ceux qui seront devant leur écran ce soir pourraient être les premiers témoins du début d’une possible vraie révolution dans la diffusion du sport dans les médias, le fameux second écran tant annoncé devenant une vraie réalité.

Ce test grandeur nature ne rapportera rien à personne, ni aux joueurs, ni aux deux clubs, « sauf la possibilité de se faire connaître du monde entier pendant 90 minutes », selon le président de Wembley FC, Brian Grumm, et quelques euros générés par d’éventuelles recettes publicitaires, ni à la Fédération Anglaise qui a déjà touché l’argent des droits tv de la compétition pour trois ans. Enfin, pas immédiatement en tout cas. Car selon la qualité de la retransmission, qui sera primordiale, et l’audience, et si ce type d’opération se répète,les réseaux sociaux pourraient alors à l’avenir devenir de vrais diffuseurs d’événements sportifs et donc de vrais concurrents des médias traditionnels télévisés. Ce qui entraînerait alors, lors des prochains contrats de renégociation de droits télévisuels la création de nouveaux lots incluant les médias sociaux. Et donc des revenus supplémentaires pour les fédérations sportives concernées. A quand la Premier League sur Facebook ?

Ce n’est pas si utopique. Rappelons qu’une première expérience du genre avait été tentée, déjà en Angleterre, en direct, en exclusivité et en pay per view sur Internet, avec la diffusion en 2009 du match de qualification pour la coupe du monde 2010 entre l’Angleterre et l’Ukraine. 250 000 à 300 000 internautes avaient alors accepté de payer une dizaine d’euros de moyenne pour suivre leur équipe nationale, pour un total de « télé »spectateurs estimé à 500 000. Et Youtube, cet été, a retransmis en direct la Copa America.

En France, si Facebook ne s’est pas encore inscrit sur ce marché des diffusions sportives, Dailymotion, qui a déjà diffusé de la Ligue 2 et de la Coupe de la Ligue, a pris position sur le marché des droits télé européens en retransmettant, hier soir,la rencontre d’Europa Ligue entre l’Etoile rouge Belgrade et Rennes. Largement de quoi commencer dans les chaînes à organiser quelques réunions, qui, si elles ne sont pas encore de crise, devraient inciter à réfléchir sérieusement à l’avenir très proche de la diffusion du sport à la télé.

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Vincent Rousselet-Blanc

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