Les News — 09 juillet 2011

Depuis le 1er juillet, la NBA est en grève pour une période indéfinie. Cette grève qui oppose les joueurs aux propriétaires des 30 franchises bloque toutes les activités (transferts, négociations…), a rendu le site officiel complètement fade, et supprimé 19 années de vidéos NBA sur sa chaîne Youtube.

Ce mouvement de grève, déjà connu lors de la saison 1998-1999, va toucher dans les prochaines semaines et les prochains mois les professionnels de la NBA en France. La presse écrite et internet, les pigistes, la télévision, les photographes et autres vont se voir priver d’actualités et donc d’informations à donner à leurs lecteurs.

En Pleine Lucarne a donc recueilli les réactions de 8 acteurs du monde NBA pour connaître leurs sentiments sur cette grève et l’influence qu’elle va avoir sur leurs activités :

Fred Lesmayoux, le rédacteur en chef du magazine Mondial Basket.
Fabrice Auclert, le rédacteur en chef du site BasketUSA.com.
Christophe Elise, le photographe du site Basketsession et du magazine Reverse.
Guillaume Laroche, directeur artistique du magazine Reverse et rédacteur en chef de Basketsession.
Frédéric Schweickert, le commentateur NBA pour Ma Chaîne Sport.
Pascal Giberné, correspondant aux Etats-Unis pour Basket News et le Parisien.
Pascal Legendre, directeur de la rédaction de Basket News, Maxi-Basket News et BAM.
Arnaud Lecomte, journaliste basket pour L’Équipe.

Un constat pour tous les intervenants : la durée du lock-out est primordiale. Si il ne dure que l’été, les pertes et les conséquences ne seront pas trop fortes. Mais si il empiète sur la saison, alors les retombées seront moindres et il faudra être inventifs pour palier le manque d’actu.

Le débat est ouvert… et rien en vous empêche d’y participer par vos commentaires, ici, sur le forum ou sur la page Facebook du blog.

Votre média en quelques mots…

Fred Lesmayoux :
« Mondial Basket est un magazine historique sur la NBA en France, qui a été créée en 1991, on fête cette saison les 20 an. Il y a 6 numéros, c’était le numéro 200, donc on a vécu une longue période sur le basket américain. Le magazine a été créée en mars 1991, juste avant que Michael Jordan remporte son premier titre et à l’époque on a connu un engouement exceptionnel sur le magazine. Cela correspondait à la fois à un effet de mode, le basket dans les années 90, donc on a connu un fort succès d’entrée de jeu avec des pointes à plus de 100 000 exemplaires vendus par mois. Petit à petit ça s’est un peu dégradé par la force des choses, dans la mesure où l’effet de mode s’est essoufflé et un renouvellement à trouver de notre part puisque on a eu un phénomène playground qui s’est, lui aussi, essoufflé. Jusqu’au fameux lock-out de 1998-1999 qui déjà à l’époque n’a pas arrangé les affaires économiques de la presse basket. Mondial Basket a été aussi, il y a 3 ans, le journal officiel de la NBA avec qui on avait un partenariat, mais on l’a arrêté.
Cette année avec notre numéro 200 qui était un peu historique et exceptionnel, on a relancé une nouvelle formule qui fonctionne jusqu’à aujourd’hui très correctement.
Pour les salariés, on est dans un groupe de presse à plusieurs titres, en effectif, nous sommes 4 : moi même rédacteur en chef, un secrétaire de rédaction, un reporter, un maquettiste et on fait appel régulièrement à des collaborations externes.

Fabrice Auclert :
Sur Internet depuis 1998, Basket USA.com est aujourd’hui le premier média sur la NBA et le basket en France, et l’un des premiers en Europe, avec 2.5 millions de visites par mois, pour 10 millions de pages vues. Concrètement, plus de 400 000 internautes différents visitent chaque mois le site. A titre personnel, je suis aussi « expert » chez Yahoo ! France. Au départ pour parler de la NBA, mais les lecteurs réclament davantage de basket européen, et donc je m’y suis quelque peu replongé. C’est le seul point positif de cette grève, c’est que je vais me replonger dans la Pro A et les Coupes européennes.

Christophe Elise :
Je suis photographe professionnel indépendant, un peu spécialisé dans les sports américains, ce qui ne m’empêche pas de couvrir tous les sports, et par ailleurs de réaliser portraits et reportages dans divers domaines. Concernant la NBA, je travaille depuis plusieurs années pour le magazine Reverse (et son site BasketSession), pour lequel je couvre la saison à raison de 3 séjours par an en moyenne aux USA.

Guillaume Laroche :
Nous avons un magazine de presse bimestriel qui s’appelle Reverse, on a un site internet Basketsession, qui parle de tous les baskets : NBA, Euroligue, Pro A, StreetBall etc…. On a aussi un site 100 % basket français, équipe de France, qui s’appelle basketactu.com et aussi un site sur le basket féminin, Ladyhoop. En tout, un magazine et trois sites internet avec 5 personnes à temps plein.

Frédéric Schweickert :
Sur Ma Chaîne Sport on a quasiment un match toutes les nuits en direct, et tous les mercredis on a une émission qui s’appelle Tribune NBA présentée par Romain Grimaud, un magazine sur la semaine écoulée. Sachant que l’on a eu aussi l’occasion de faire vivre la draft 2011 en intégralité ainsi que les Finales NBA. Donc beaucoup de choses, des magazines, des matches et des highlights tout au long de l’année. On est deux journalistes, deux consultants, on doit être 5-6 à bosser sur la NBA.

Pascal Legendre :
Il y a différents médias puisque depuis trois ans, il y a eu regroupement de BasketNews qui est le seul hebdomadaire sur le basket en France et de l’autre côté, il y a Maxi-Basket qui est le plus ancien mensuel sur le basket en France, qui date de 1982, sachant que BN date de 1996.
Et puis, il y avait MVP Basket, qui date de 1995, qui était entièrement consacré au basket américain et qui s’est métamorphosé en BAM. On a également créée un site internet qui s’appelle basketnews.net. Nous sommes dans un groupe de presse où il y a des magazines de clubs de foot : PSG, OM, St Etienne, Lille et Lens pour l’instant, et le seul mensuel en Handball.
Sur les magazines de basket, ça représente une petite dizaine de personnes.

Pascal Giberné :
Je suis correspondant depuis 1999 à New York pour Basket Hebdo, qui est devenu Basket News.
J’ai travaillé pendant un temps pour le Monde, maintenant je suis correspondant pour le Parisien pour couvrir l’actualité américaine.

Arnaud Lecomte :
Je suis journaliste basket au quotidien L’Équipe depuis 20 ans et j’ai couvert tous les évènements basket. J’ai eu la chance de couvrir les Jeux Olympiques de Sydney en 2000 qui, évidemment, étaient un bon souvenir. J’ai couvert tous les championnats d’Europe depuis 1993, trois championnats du Monde, quelques Finales NBA dont une de Michael Jordan, beaucoup de reportages partout en Europe et dans le monde ainsi que le championnat de France. J’ai rencontré beaucoup de gens, de grands joueurs, de grandes joueuses vu que j’ai couvert aussi des compétitions féminines.

Quelle influence aura ce lock-out sur votre activité ?

Fred Lesmayoux :
Tout dépendra de la durée, sachant qu’on est mensuel et que ça tombe à une période, on va dire en général calme pour nous car ça correspond aux vacances. Et ça correspond à notre gros numéro qui sort après les Finales, ce numéro là est prêt, il y a pas de souci.
Après, là où c’est plus embêtant, c’est sur la durée, de manière à prévoir un peu les choses vis-à-vis des fans de la NBA, ce sont eux les plus touchés. Ensuite, le fait que l’on soit mensuel peut permettre de nous laisser du temps. Maintenant on a la chance d’avoir un gros championnat d’Europe qualificatif pour les Jeux Olympiques en septembre. Normalement en octobre on fait le guide NBA, si le lock-out est débloqué, pas de souci, par contre si ce n’est pas le cas….
A nous d’être réactifs et originaux pour satisfaire nos lecteurs, par rapport à l’abonnement par exemple. Dans un premier temps, malgré les conséquences économiques, ça ne remet pas en cause la périodicité du magazine, c’est au niveau de l’activité que ce sera difficile sachant que dans le lock-out, les joueurs n’ont pas le droit de communiquer, les clubs non plus, pas de transfert, soyons patient. Je préfère ne pas croire à une saison 2011-2012 annulée, surtout vu l’excellente saison 2011 avec le buzz Miami et les audiences exceptionnelles des playoffs. Je préfère une demi-saison que rien du tout. Pour la presse, une saison annulée serait catastrophique, car il faudra alors regagner des lecteurs qui pour certains ne sont plus trop dans les classes d’âge adolescentes.

Fabrice Auclert :
Clairement, c’est une très mauvaise nouvelle. Nos revenus proviennent à 100% de la publicité. S’il y a grève, mécaniquement les internautes ne viendront plus sur le site. C’est difficile à encaisser lorsqu’on a mis autant de temps à parvenir au sommet, mais c’est pareil pour la concurrence. C’est un sale coup pour tout le monde : presse écrite, Internet et télévision.

Christophe Elise :
Le lock-out va nécessairement fortement réduire mon activité et mes déplacements aux USA dès la fin de l’année 2011. Si je couvre aussi des matchs MLB et NFL, la NBA reste majoritaire dans mon activité outre-Atlantique car c’est le seul championnat réellement suivi en Europe, donc potentiellement rentable pour un free-lance. Il est probable que je n’aille pas en octobre/novembre aux USA comme je le fais chaque début de saison. En termes de revenus c’est une perte sèche immédiate dès la rentrée. Je suis tributaire du traitement que va mettre en place Reverse de la NBA. Moins de pages sur la NBA signifie moins de parutions photos, donc moins de revenus.

Guillaume Laroche :
Pour l’instant, l’influence n ese ressent pas vraiment dans le sens où cela fait une semaine, donc l’actu NBA est beaucoup plus calme. Après, comme nous sommes pas mal occupés par l’actualité des transferts en Pro A et Euroligue, on a quand même une bonne activité. Au niveau du magazine, comme nous sommes bimestriel, on sort un numéro tout les deux mois. On espère que cela ne va pas trop nous toucher, car si tout se passe bien la saison ne sera pas amputée, et commencera en octobre. Si ça se passe mal, il pourrait y avoir un ou deux mois d’amputés. Ça pourrait agir sur notre numéro de novembre-décembre, mais comme nous ne sommes pas un magazine d’actualité, plus un magazine de fond avec des enquêtes, ce sera vraiment problématique si la saison 2011-2012 était annulée. C’est dur de dire quel impact ça va avoir sur nous, sur le court terme pas trop d’impact, sur le long terme ça pourrait être beaucoup plus compliqué.

Frédéric Schweickert :
Vu que le nom « NBA » ne doit plus être cité, vu que l’on a plus le droit de diffuser une image NBA, du coup ça risque de compliquer un petit peu les choses, c’est sûr. J’espère que la saison ne sera pas annulée; maintenant tout est possible. On espère une reprise rapide, que seulement un mois ou deux seront amputés, mais rien n’est à exclure au vu de l’avancée des négociations.

Pascal Giberné :
Il faut attendre un peu, là c’est l’été donc pour l’instant les deux parties vont se rencontrer, la semaine prochaine normalement. On va suivre ça. Quoi qu’il arrive on va pouvoir écrire sur ça, sur les différents joueurs NBA qui veulent jouer en Europe, comme Deron Williams qui a été contacté par Besiktas. Beaucoup de joueurs NBA sont intéressés par l’Europe, voir quelque chose de différent. Jusqu’à fin septembre en fait, on va pas trop être affecté. On parle normalement des transferts en NBA mais là on n’en parle pas. À la mi-septembre, si aucun accord est trouvé on va être bloqué jusqu’à décembre et le championnat ne va pas démarrer avant janvier.

Pascal Legendre :
Ça dépend, sur Maxi-Basket qui est consacré au basket français et européen, ça n’aura aucune conséquence. Sur Basket-News, pas beaucoup non plus, puisque que BN s’intéresse à toutes les formes de basket et il pourra toujours suivre le basket américain avec les conséquences du lock-
out. Après sur BAM évidemment, les conséquences seront moindres si le lock-out dure quelques mois, si ça dure toute l’année il n’y aurait plus d’actualité donc forcément… Il peut aussi y avoir une baisse d’intérêt des lecteurs. Il y a plein de choses qui rentrent en condition.

Arnaud Lecomte :
Difficile à dire pour l’instant, c’est encore un peu frais, le lock-out n’est en place que depuis une dizaine de jours. On a encore trois mois pour prévoir avec le début du championnat NBA.
L’Équipe, c’est un quotidien, donc ça n’a aucune influence sur le contenu rédactionnel. A part quelques signatures spectaculaires comme celle de Lebron James à Miami l’an dernier, il ne se passe pas grand chose l’été. Team USA (l’équipe nationale américaine) n’est pas en compétition cet été donc ce n’est pas maintenant que les choses vont se faire ressentir. La NBA dans L’Équipe c’est une présence quasi quotidienne à partir du début de la saison, maintenant le reste du basket va vivre, la Pro A et l’Euroligue.
Le seul impact à imaginer dans L’Équipe papier, c’est depuis l’an dernier, la présence le mardi d’une page spéciale NBA, qui n’existera plus. C’est pas la NBA qui détermine la pagination du journal, par contre si c’était la ligue des champions de football, là ça posera problème mais si il n’y a pas de NBA dans le journal c’est pas très grave.

Quels changements sont à prévoir sur votre façon de travailler ?

Fred Lesmayoux :
A nous d’être malin. Le site officiel je m’en sers pour les chiffres, pour avoir les chiffres officiels pour le reste…Youtube je ne suis pas très concerné non plus en tant que presse écrite. On a 20 ans d’expérience, donc on a aussi 20 ans d’archives. Si il y a besoin, par rapport à tout ça, on a de la matière. Si il faut ressortir pourquoi pas un magazine rétro, là dessus je ne suis pas embêté, c’est plus embêtant pour le fan qui tous les matins se jette sur nba.com. Pour le traitement quotidien, il va y avoir une période de disette.

Fabrice Auclert :
La NBA est en grève, pas le basket. Pour l’instant, cela reste un été quasi classique avec priorité au basket international que nous couvrons chaque année. Nous étions à l’Euro 2009 et au Mondial 2010. Nous serons donc en Lituanie pour l’Euro 2011. Tout cela va nous emmener en septembre. A ce moment-là, on verra s’il y a des changements à prévoir au niveau éditorial. Au niveau humain, j’ai prévenu ceux qui pigeaient toute l’année pour Basket USA que je ne pourrais pas les rémunérer pendant le lock-out.

Christophe Elise :
Compte tenu de l’état du marché en France de la presse, et du fait que la photographie de sports est un secteur niche, ce n’est pas si simple de reporter le travail perdu sur le sport en France. Par exemple, cela fait plus de 3 ans que je ne shoote pas la pro A qui n’est pas assez rentable. Selon les commandes que je peux avoir en France par des agences de presse, je vais couvrir plus de football, et les divers événements internationaux de sport organisés sur le territoire. Par ailleurs, il est probable que je m’investisse dans d’autres sujets, d’autres domaines que le sport, que – faute de disponibilité – je ne traitais pas jusqu’à présent. Ce pourrait toutefois aussi être une opportunité pour accéder à des joueurs NBA pour des portraits, ce qui préparerait l’after-lockout. Dans ce cas la, j’irai peut-être spécifiquement aux USA dès la rentrée pour des portraits.

Guillaume Laroche :
On risque de mettre plus d’effectif sur l’Euroligue et la Pro A et moins sur la NBA, vu qu’il y aura moins de choses à dire. Sur le court terme ça va pas changer grand chose, l’actualité basket va être chargée sur le mois d’aout-septembre avec l’Euro basket 2011. Après c’est la reprise de la saison de Pro A, ensuite de l’Euroligue, logiquement on enchaîne sur la NBA en octobre-novembre. Donc jusqu’en octobre-novembre, pas de changement de prévu.

Frédéric Schweickert :
Ça ne dépend pas de moi, c’est au chef d’antenne de décider mais c’est sûr qu’on aura beaucoup moins de liberté que si il n’y avait pas ce lock-out. Tant qu’il n’y aura pas de match, que ce soit pour les journalistes ou les consultants, on risque d’être au chômage technique comme on dit.

Pascal Giberné :
Je continuerai d’écrire sur les discussions autour du lock-out, chaque semaine il y aura des choses à dire, moins que d’habitude certes. Il y a aussi la NCAA, le championnat universitaire à couvrir.
On pourra se reposer sur la Pro A et l’Euroligue qui ne vont pas s’arrêter, l’Euroligue sera encore plus excitante si des joueurs NBA sont présents. Ça sera excitant et ça comblera le manque de la NBA.

Pascal Legendre :
Encore une fois, ça dépend de la durée du lock-out. En 1999, il y avait eu une demi-saison, ce qui n’avait pas trop changé les choses, c’était passé relativement vite. Si ça dure une année complète, oui ça impliquerait des changements. Mais pour nos trois médias, ça ne changera rien.

Arnaud Lecomte :
Non, pas particulièrement. On n’irait pas en NBA, on n’irait pas faire des reportages. On a un correspondant permanent aux États-Unis, Olivier Pheulpin, basé à San Antonio qui lui, par contre, aurait moins de travail, ce qui pourrait lui poser des problèmes au quotidien. Il n’y a pas que la NBA aux États-Unis, nous on a fait un reportage par mois là-bas, on envoie quelqu’un de Paris couvrir un événement ou un joueur. Mais ça peut être compensé par un reportage en Turquie pour aller voir une vedette NBA. Il y aura peut être une baisse de la pagination basket, je dis bien peut-être, je ne suis pas convaincu, c’est difficile à prévoir. Au mois de mai par exemple, on a une couverture plus importante, ça devient un sport, pas majeur, mais qui a une bonne couverture dans le quotidien.

Comment aviez-vous géré en 1999 ?

Fred Lesmayoux :
On ne s’était pas trop mal débrouillé en 1999. Comme nous sommes dans un groupe de presse, on a d’autres magazines : du football, du rugby, du cyclisme etc…. Donc en 1999, le lock-out arrive fin 1998, on sortait d’une période de coupe du monde de football gagnée par la France, donc par rapport au groupe on avait fait énormément de hors-séries pour cette coupe du monde 98. La rédaction de basket était décalée sur le football. Concrètement sur le basket, on a sorti deux numéros hors-série, l’un exclusif sur Tariq Abdul Wahad qui était venu s’entraîner pendant cette période là sur Paris.
On avait retracé son histoire, avec des photos de famille etc… qui avait plutôt bien marché. On s’était aussi rapproché de la NCAA, le champion de basket universitaire qui passionne pas mal les lecteurs de basket américain. On avait rien changé, on était resté en mensuel.

Fabrice Auclert :
A l’époque, c’était la transition définitive entre le Minitel et Internet. Basket USA avait été revendu à Sportal, et mon CDI s’était transformé en pigiste. C’est à ce moment-là que je me suis orienté vers la presse informatique (Ordinateur Individuel, puis Micro Hebdo). J’ai donc plus ou moins délaissé Basket USA pendant cette période même si le site existait toujours. Aujourd’hui, je combine les deux via une agence de presse (Eureka Presse) co-fondée en 2007.

Christophe Elise :
J’étais alors journaliste à l’écrit et ne travaillais pas sur le sport.

Guillaume Laroche :
On n’existait pas. Basketsession a été lancé de façon pro en 2001 et vraiment a partir de 2003. Et le magazine a été lancé fin 2004.

Pascal Giberné :
Les ventes de magazine avaient souffert. Le lectorat NBA était un peu frustré. Mais ma façon de travailler n’avait pas changé tant que ça. On ne va pas dire que l’on était pris en otage, ce serait un peu fort, mais on savait qu’un accord serait trouvé et en effet, en janvier la saison a démarrée.

Pascal Legendre :
C’est plus la NBA qui avait été touchée que nous. En 1999, c’est à la fois la fin de la période Michael Jordan et l’absence de compétition. En France, il y avait eu la coupe du Monde de football et l’impact énorme que ça a eu sur les jeunes de cette époque, ça avait été très négatif sur le plan du produit lui-même. Le produit NBA avait été égratigné. Après, pour nous, ça n’avait pas changé les choses fondamentalement, ça avait été relativement court finalement. Ça avait concerné trois mois de compétition donc ça va, c’est pas trop long.

Arnaud Lecomte :
Il faut fouiller dans la mémoire, on avait je crois à l’époque une page hebdomadaire sur le sport US et donc au-delà de la NBA. Il me semble qu’on avait maintenu cette page et forcement un contenu limité à la NFL (football américain). Comme il n’y avait que peu de français, pour ne pas dire aucun, avec la seul présence de Tariq Abdul Wahad, on avait une couverture NBA moins importante qu’aujourd’hui.

Peut-on dire que seul la NBA fait vendre le basket en France ? Peut-on vendre sans NBA ?

Fred Lesmayoux :
Je pense que le fan NBA ne va pas forcement se jeter sur la Pro A ou sur l’Euroligue, maintenant pourquoi pas si quelques joueurs NBA viennent mais ce serait assez compliqué d’après ce que j’en sais. C’est peut être une chance pour le basket français de tirer profit d’une clientèle qu’il n’a pas pour le moment et qui pourrait pourquoi pas s’intéresser à leur championnat. Maintenant, je pense que quand ça va redémarrer tout le monde va se rebalancer sur le championnat NBA.

Fabrice Auclert :
Si je me fie à l’audience de Basket USA ou aux journaux existants, je pense que la NBA est le moteur de la presse basket en France. Je suis donc inquiet pour BAM, Mondial Basket, 5 Majeur et Reverse si la grève devait se prolonger. En 1999, la presse (alors essentiellement écrite) avait été durement touchée. Maintenant, je pense aussi qu’il y a une demande des lecteurs pour de la Pro A et de l’Euroligue, mais je pense que la cible est moins grande, et plus âgée.

Christophe Elise :
En terme de marché, non, je ne pense pas que seule la NBA fait vendre le basket en France. Il existe un marché, des titres, une couverture du sport. Mais à titre personnel, en tant que freelance, je ne peux pas gagner le quart de ce que je gagne avec la NBA, avec un quelconque autre basket en France. Le marché est trop étroit du fait d’un nombre de titres assez faible et que la presse nationale consacre peu de place à ce sport.
Et un photographe est en bout de chaîne, pour ne pas dire la dernière roue du carrosse. Nombreux sont les titres en France qui n’accordent aucune importance à l’image, qui estiment que cela ne fait pas plus vendre donc que ce n’est pas nécessaire d’y consacrer des ressources, ni de la place. C’est particulièrement vrai sur le web, mais cela affecte jusqu’à la presse nationale. Les quelques titres qui traitent de basket hors NBA, pour lesquels je pourrais travailler, sont déjà pourvus en photographes. Et sur un marché de niche, les places sont chères et ne tournent pas.

Guillaume Laroche :
Ça c’est une question assez difficile. À la base ce qui attire le plus grand nombre c’est effectivement la NBA, ça attire les plus jeunes. Le basket français attire mais pas le même public, il y a un peu des deux. Je pense qu’il y a moyen d’intéresser les gens avec ce sport. Jusqu’à présent la comparaison entre le basket français et le basket NBA a toujours été compliquée parce que on a beaucoup d’images, de highlights du basket NBA. On voit ça sur internet, c’est très facile de voir des images donc c’est facile de devenir fan de ce sport qui est très spectaculaire. Le basket français est moins spectaculaire et il est surtout beaucoup moins mis en valeur donc on voit pas d’images à moins d’avoir une chaîne câblée, comme Sport+. Sur internet, on ne voit rien et sur les sites, ça reste assez pauvre au niveau médiatique. Il y a moyen, mais il faudrait que les chaînes de télévision notamment décident de montrer un peu plus.

Frédéric Schweickert :
Non. Non parce que les fans de NBA ne sont pas forcément des fans de basket français. Les gens qui aiment le basket français l’auront toujours, mais ceux qui aiment que la NBA, ils attendront patiemment la reprise de la NBA. Je ne peux pas être catégorique pour tout le monde mais dans la majorité, je pense que la NBA est tellement un sport à part que la personne qui est fan de NBA ne va pas forcément se retrouver dans le basket européen, encore plus peut être dans le jeu français.
C’est tellement deux dimensions différentes, deux approches du même sport différentes que, du coup, pas sûr que les fans purs de NBA trouveront leurs comptes. On ne peut que souhaiter que les gens découvrent un autre basket, maintenant ça s’annonce compliqué.

Pascal Giberné :
La NBA est le moteur, c’est un support très vendeur, mais encore une fois si les joueurs NBA viennent en Europe, ça va créer une curiosité et une envie de les voir. Est-ce qu’ils vont s’adapter au jeu européen, certains oui, certains non. Je pense que certains lecteurs seront intéressés. La popularité de la NBA est telle en France ou en Europe que ça sera difficile. Il y aura un coup de moins bien c’est clair.

Pascal Legendre :
Ah oui. Si jamais il y avait lock-out, si certains joueurs français venaient jouer en France. Ça donnerait un coup de projecteur sur le basket français, il y a énormément de médias généralistes qui voudront couvrir le championnat de France parce qu’il y a des joueurs NBA. Ça permettrait de faire un pont entre la NBA et le basket français.

Arnaud Lecomte :
Moins forcement, la couverture médiatique du basket dans les médias nationaux est NBA. Je ne pense pas que ce soit un souci entre novembre et avril à part peut être pendant le All Star Game et encore il faut qu’il y ait un français qui y brille. Après on en parle sur I-Télé, Infosport, tous les jours il y a les images de la nuit, mais on en parle pas tous les jours sur RTL, Europe 1, TF1, France télévisions ou encore France Info. On aura moins de basket, mais ça peut être une bonne chose pour la Pro A. Je suis peut être naïf en disant ça mais ça va inciter certains médias à donner plus de nouvelles sur le basket français. Je ne suis pas convaincu, mais ça peut être intéressant de voir, pourquoi pas.

Croyez vous à un exode des joueurs NBA vers l’Europe ?

Fred Lesmayoux :
Je le souhaite. Plutôt que ne pas jouer du tout, autant en voir quelqu’un en Europe. Au niveau rédactionnel, ça peut nous intéresser de les voir d’un peu plus près, de les jauger par rapport à d’autres championnats même si ces joueurs là n’ont plus tellement de preuves à faire.
C’est une question de contrat, d’assurance et seuls de gros clubs pourraient se payer ce genre de joueurs. Il y a des risques énormes quand même, si un joueur vient jouer pour son club de cœur ou d’origine et qu’il se blesse gravement pour ne pas revenir dans son club NBA, c’est le même problème qui se pose avec les sélections nationales pour certains. Il y a des gros risques et je ne suis pas persuadé que les clubs européens peuvent se payer ces joueurs, au moins les assurances.
Ça peut aussi fausser les championnats, on ne saura pas les durées des contrats vu que les joueurs eux-mêmes ne savent pas combien de temps va durer le lock-out. Si c’est pour faire une pige de 2 mois, les clubs devront tout changer en plein championnat, car les américains repartiraient aux États-Unis.

Fabrice Auclert :
Je n’y crois pas, et pour une raison simple : les clubs capables de s’offrir des joueurs NBA se comptent sur les doigts des deux mains. Et encore…A moins que les joueurs NBA ne décident de jouer pour 30, voire 50 000 euros par mois, je ne m’attends pas à voir débarquer de grands noms.

Christophe Elise :
Si exode il y a, il sera très provisoire de toutes façons. Il ne changera pas grand chose, ni sur le marché européen, ni sur le marché NBA. L’Europe peut-elle accueillir des contingents de joueurs NBA ? Je ne le crois pas, pas dans des conditions appréciables pour ces joueurs. La NBA est réellement un autre monde, de moyens, de conditions de travail, de vie, d’ambiance. Les joueurs NBA autres que des européens vont vite déchanter s’ils jouent en Europe. Combien pourraient vraiment à moyen ou long terme faire le choix de l’Europe ? Une poignée négligeable selon moi.
Je crois surtout que les joueurs ont tout à perdre de ce lock-out, que c’est un rapport de force qu’ils ne peuvent gagner, que la saison est probablement morte, et que, de fait, ils devront plier, et accepter des conditions plus défavorables encore que celles proposées récemment. En attendant, un paquet de personnes qui vivent plus ou moins directement de la NBA vont se retrouver sur le carreau.

Guillaume Laroche :
J’y crois pas vraiment. C’est possible qu’il y en ait certains, ceux en fin de contrat, avec aucune assurance, qui vont aller dans les grosses écuries d’Europe avec des salaires conséquents. Des gros contrats dans des grosses équipes, type Milan, la Liga ACB ou même en Turquie où il y a l’air d’avoir pas mal d’argent cet été. Après sur les grosses stars, à mon avis, elles vont plutôt rester tranquillement chez elles car il y aura toujours ce problème d’assurance, en plus on ne sait pas quand ça va reprendre. A moins d’un signal fort qui dit que toute la saison va être annulée, il y a peu de gros joueurs NBA qui vont partir. Mais l’annulation de la saison, je n’y crois pas. Les propriétaires n’ont pas de pression, ils peuvent attendre que les joueurs fléchissent, mais aujourd’hui les joueurs sont très solidaires pour éviter de perdre en masse salariale. Mais au bout d’un moment, avec le chômage et le fait que l’on ne touche pas d’argent, certains vont peut être se dire qu’il faut reprendre. Là ils sont forts car c’est le début mais quand, comme un joueur NBA l’explique, les dettes arrivent il faut payer les factures. Si en fin d’année ça n’a pas repris, la grosse majorité des joueurs NBA qui ne touchent pas cinq millions de dollars la saison vont vouloir reprendre. Si on perd une saison c’est pas bon pour le sport, la NBA, les joueurs, les propriétaires et les fans.

Frédéric Schweickert :
Dans les grands clubs européens oui. On pense à Nicolas Batum qui apparemment atterrirait du coté de Nancy, Boris Diaw qui pourrait aller à Bordeaux. À la limite, Tony Parker, qui, il n’y a pas si longtemps de ça, disait que si jamais il y avait un lock-out, il jouerai à l’ASVEL, même dans un rôle de sixième homme, mais dans sa dernière déclaration il était beaucoup plus mesuré à son retour en France. Donc les problèmes d’argent font que si il doit y avoir des joueurs qui doivent atterrir en Europe, ce sera plus dans des clubs avec des budgets beaucoup plus élevés par rapport à des clubs français. Sauf si le joueur décide de payer son assurance ou de revoir ses prétentions salariales à la baisse, en attendant la reprise NBA. À part des équipes comme Olympiakos, le Pana, et éventuellement Barcelone voire le CSK Mouscou, je vois difficilement des clubs français se renforcer sauf si le joueur y met de sa poche.
Il n’y aura pas de grosse stars, il faut pas s’attendre à voir Kobe Bryant à Olympiakos, Lebron James au CSK ou Dwight Howard au Panathinaikos mais ça peut être des sixièmes, septièmes homme. Des joueurs qui ont quand même un rôle en NBA, pas forcément important mais des rôles NBA quand même qui peuvent tenter une aventure en Europe car imaginez qu’un joueur se blesse pour toute la saison. Je ne vois pas de grosses stars, elles vont plutôt conserver leur propre système en parallèle pour garder la forme. D’après Antawn Jamsion (joueur de Cleveland), les stars sont beaucoup plus soudées qu’en 1998-1999, elles participent plus aux discussions et aux discours, ça veut dire que des deux cotés on est pas prêt à lâcher le morceau.

Pascal Giberné :
Un exode, non. Il y a toujours un problème culturel avec l’adaptation et les efforts à fournir pour jouer dans un pays différent, pour pratiquer un basket différent. En NBA, les joueurs sont quand même traités comme des coqs en pâte, ils ont des chambres individuelles dans des hôtels cinq étoiles, ils se déplacent en jet privés, c’est agréable. En Europe, les conditions sont plus, on va pas dire spartiates, mais plus modestes. Certains joueurs vont venir, curieux, comme un Kobe Bryant, ou pour le fun. Certains joueurs NBA gèrent mal leur argent, donc, en décembre, si la saison n’a pas repris, venir en Europe pour gagner un à deux millions de dollars peut être tentant pour certains. Vous faites venir un Deron Williams, chef d’orchestre de votre équipe, vous gagnez plein de matches, jusqu’en décembre, et tout d’un coup l’identité de votre équipe change avec le départ de Williams et l’important c’est de gagner les matches à la fin du championnat, pas au début. Donc c’est un risque, ça va faire venir les fans, c’est super mais quand il part, il défigure votre équipe. Certains clubs vont réfléchir à deux fois avant de signer un joueur NBA, certaines stars européennes vont venir, elles sont à la maison, pratiquent un basket qu’elles connaissent mais pour les joueurs américains, l’engouement sera moins affirmé. Donc un exode massif, je n’y crois pas, je serais très surpris.

Pascal Legendre :
Je crois pas. Parce qu’ils ne sont pas tous attachés à l’Europe. Ceux qui viendrait en Europe, ce sont des européens, pas des américains ou alors vraiment très peu. Après il y a les problèmes d’assurances et de salaires. Il peut y avoir quelques cas en France. Boris Diaw a déjà annoncé vouloir jouer à Bordeaux (Pro B) il a vraiment envie, vu qu’il est président du club. Possibilité de voir Nicolas Batum avec Nancy en Euroligue. Tony Parker à Villeurbane, le club dont il est en partie propriétaire.

Arnaud Lecomte :
Je crois pas. J’ai pas l’impression, il y a beaucoup d’effet d’annonce, mais on va voir pour Deron Williams, si c’est du lard ou du cochon. C’est possible, je connais suffisamment bien le basket méditerranéen ou de l’Est de l’Europe pour savoir qu’il y a des gens fortunés capables de faire des coups en proposant des contrats assez attractifs. Là, le contexte est différent, il y a les assurances qui coûtent très chères, les gens vont être effrayés pour les grosses stars. Des joueurs qui n’ont pas de contrat, eux vont venir, j’en suis sûr, ils vont avoir besoin de jouer. Rappelez-vous les déclarations des joueurs français ces dernières semaines qui vont tenter quelque chose, ne serait-ce que pour garder du rythme, vous ne savez pas combien de temps ça va durer. Vous ne pouvez pas vous permettre quand vous êtes un athlète de ce niveau là de perdre le rythme des matches, de la compétition, pendant trois-quatre mois pourquoi pas, pendant huit mois-un an, non ce n’est pas possible. Les joueurs moyens évaluent la situation, je pense que c’est aussi très dépendant du cas-par-cas. Pour les grosses stars, je n’y crois pas, mais je peux me tromper.

Propos recueillis par Jonathan Demay en exclusivité pour En Pleine Lucarne (mention et lien obligatoires)

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Vincent Rousselet-Blanc

(3) Readers Comments

  1. Je suis bien contant que la saison à repris je pensais que la greve n’allait jamais finir…

  2. Pingback: Un cadenas sur la NBA | 42 Sports Images

  3. Pingback: Grève NBA : quelles conséquences pour la presse spécialisée en France ? | Basket USA - Les news de la NBA au quotidien

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