Entretiens EPL Les News Rugby — 04 juillet 2011

Depuis le 28 juin, Marc Lièvremont, le sélectionneur du XV de France, et les trente joueurs sélectionnés pour la coupe du monde de rugby en Nouvelle-Zélande, sont réunis au centre national du Rugby de Marcoussis pour débuter une longue préparation de deux mois.

Nous avons eu le privilège (En Pleine Lucarne et TV Envie), grâce à une journée presse organisée par le groupe TF1/Eurosport qui diffusera tous les matchs des Français en direct et en exclusivité (on reviendra sur le dispositif), de pouvoir interviewer longuement les joueurs et surtout leur coach : Marc Lièvremont.

Une longue interview dans laquelle le sélectionneur nous explique ce qu’il attend de ces deux mois de vie commune, comment se passeront-ils, tout en revenant, bien sûr, sur une année assez compliquée au niveau résultats pour nos rugbymen. Mais un mot d’ordre : profiter de chaque instant de cette magnifique aventure. »

La préparation pour la Coupe du monde vient de débuter. Est-ce que le plus important se joue maintenant ?

Je ne dirais pas que c’est le plus important, mais chaque instant compte. Du premier au dernier jour. Mais c’est vrai que c’est le moment où le groupe doit se former, en terme de cohésion C’est une compétition tellement magique, une compétition humaine tellement forte. Il faut profiter de chaque instant. J’en ai vécue une comme joueur (en 1999, NDLR) et je sais qu’il ne faut pas galvauder ces premiers jours.

En quoi va consister cette préparation ?

Nous en sommes aux tâtonnements, on réapprend à se découvrir. Je sais qu’on se souvient aussi de ces moments de vie, qui comptent autant que le reste. Des sorties, un entraînement difficile, des conflits finalement résolus… Tout cela compte. Je préfère ne pas avoir de regrets et ne pas être triste à en pleurer si on ne doit pas aller au bout de notre rêve. Je vais sensibiliser les joueurs à l’importance de vivre pleinement chaque instant, à donner du sens à toutes nos actions. Je ne veux pas qu’on se dise se dise « ah, si j’avais donné plus, si j’avais plus tiré dans le sens du collectif… ». Un match de rugby se joue à très peu. On essaie de planter le décor, de mettre le cadre, de faire en sorte que les joueurs s’approprient le projet. Nous en sommes aux balbutiements, c’est le début, la 2e journée de ce rassemblement et cela doit prendre de l’ampleur.

Vous avez établi un programme. Il y a beaucoup à faire ? Et à quel niveau ?

Il y a énormément de choses à faire et cette préparation va piquer (rires). La trame, notamment sur le premier cycle de trois semaines, est physique et physiologique pour commencer, avec l’intégration du rugby à petites doses, d’abord sur la technique individuelle, et le projet de jeu ira crescendo. On cherchera aussi de la cohésion, de manière un peu formelle avec des intervenants extérieurs, puis des journées de transition où on va sortir les joueurs de leur confort, de leur cadre, en les faisant travailler dans des contextes plus ou moins ludiques, plus ou moins physiques, pour les surprendre et provoquer certaines réactions et pour aller dans le sens de cette cohésion.

Allez-vous poser beaucoup de règles de vie au sein du groupe ?

Non, et les moins strictes possibles. Evidemment, je vais poser un cadre et je suis le garant de l’état d’esprit du groupe, de la situation de tous, mais je veux responsabiliser les joueurs par des relais avec certains, avec le capitaine. Tout ça doit prendre forme. C’est quelque part un groupe neuf que je récupère. C’est la première fois en quatre ans que j’ai un groupe sur la durée, avec un seul objectif commun, un solutionnement commun, avec des joueurs a priori reposés même si on a une problématique avec certains joueurs blessés. Mais il n’y a pas de règles strictes. Ils savent ce que j’attends d’eux, ils connaissent mon fonctionnement, mes réactions. Maintenant, il faudra toujours s’attendre aux coups durs. Pendant l’aventure, il y aura du stress, de la fatigue, des tensions parce que gérer cinquante personnes pendant quatre mois, c’est énorme, mais on parle aussi de plaisir. J’attends d’un groupe qu’il soit compétitif bien sûr, mais aussi exemplaire sur et en dehors du terrain. Les rugbymen ne doivent pas oublier qu’ils ont été enfants et qu’ils ont rêvé. Ils doivent redonner cette part de rêve aux enfants. Je veux un groupe ouvert vers l’extérieur, pas de vase clos. On va beaucoup échanger. J’ai accepté toutes les missions demandées par l’organisation sur place avec des enfants, des éducateurs, tout en étant, en interne, missionnés sur notre objectif.

Avez-vous réglé en interne le chapitre de l’Italie ?

Tout n’est jamais complètement réglé. L’Italie, c’était lié au contexte de l’organisation du rugby français, compliquée, qui fait que les joueurs sont pris entre le marteau et l’enclume, entre l’équipe de France et les clubs, entre des sensibilités différentes, des entraîneurs différents. J’en suis à minuter mes séances d’entraînement et on fait, quand on compare avec nos adversaires, souvent du bricolage. Là, c’est la première où je vais avoir tout le monde sous la main pendant longtemps. Maintenant, des non-dits, des tensions, il y en aura toujours, à nous de crever les abcès, d’une certaine manière. Il faut se dire les choses. Je parle beaucoup des valeurs de fraternité, d’altruisme. Il faudra se comporter comme une famille de trente frères.

Et concernant le jeu, allez-vous innover ?

Il y a une continuité, il y a des changements, le rugby bouge énormément. il y a un contraste en terme de jeu entre le rugby du Top 14 et celui pratiqué dans l’hémisphère sud notamment. On a eu récemment un bon exemple avec la Coupe du monde des moins de 20 ans, avec des directives d’arbitrage qui vont dans le sens du rugby du Sud, et pas celui de nos joueurs, centré sur les fondamentaux, la conquête, la défense. A nous de trouver un juste milieu entre le jeu que savent pratiquer nos joueurs et celui que pratiquent nos adversaires. Il y a aussi les directives d’arbitrages qui changent. La préparation est obligatoirement basée sur le physique, sur la cohésion, après, on va amener les joueurs sur l’aspect jeu. De toute façon, la réussite d’une équipe s’est toujours faite par la prise en main collective du projet de jeu encouragé par les sélectionneurs. J’attends des joueurs qu’ils amènent leur pierre à l’édifice. La réussite dans un sport collectif se fait soit quand une équipe s’approprie le projet collectif. On va beaucoup échanger avec les joueurs.

Avez-vous vos petits trucs à vous pour motiver vos joueurs ?

Chaque entraîneur essaie de trouver des artifices dans la motivation de son groupe. La remise de maillot par exemple, dans le cadre d’un match international, est un moment très important avec un contexte émotionnel fort qui tient compte de ce qui s’est passé avant. Il faut trouver ces moments clés pour faire masser parfois des messages. Parfois ça marche, d’autres fois non.

Vous vous êtes intéressé à vos adversaires de cette phase de poules, notamment aux moins connus (Japon, Canada) ?

Oui, bien sûr. On a des observateurs dans les différentes compétitions étrangères, on a aussi des images des matchs du Japon et du Canada. Les Néo-Zélandais, c’est plus simple, on les connaît par coeur. Ce n’est pas pour ça qu’on ne les étudie pas. Mais il faut avant tout travailler sur nos forces et nos faiblesses.

Etes-vous impatient d’y être ? Surtout dans le pays du rugby ?

Oui. Comme je vous l’ai dit une coupe du monde c’est un moment magnifique, surtout dans le pays du rugby, c’est comme une coupe du monde de football au Brésil. Il y a une passion terrible là-bas, une pression terrible aussi, et en même temps, chaque instant compte à compter du premier jour de préparation. On réapprend à se découvrir. On se souviendra avec autant d’émotion des moments de la préparation, des moments de vie commune, que des matchs. Mais le ciment d’un groupe est la victoire. On n’a pas été super bien servi ces dernières années, j’en ai la responsabilité car je porte le projet. Vous parliez de tensions, il y en a entre la FFR et la Ligue, entre les présidents entre eux, c’est le contexte français. Le groupe vit bien, vous le verrez, on sera très très ouverts, je n’ai aucune crainte par rapport à ça. La semaine entre l’Italie et le Pays de Galles a été magnifique humainement. On est entraîneur pour ça, pour ces émotions. On passe de la colère, à l’apaisement, de la frustration, on réexplique, on réimplique les joueurs, puis vient une forme de pardon.

propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc pour En Pleine Lucarne.

Et à venir dans TV Envie, un dossier 4 pages spécial coupe du monde de rugby.

photo : Press Association Images

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Vincent Rousselet-Blanc

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