Après une saison de terre battue très disputée, le circuit retrouve le gazon londonien pour une nouvelle édition du plus vieux et prestigieux tournoi du monde : Wimbledon. L’occasion, du 20 juin au 3 juillet, pour Guy Forget et Frédéric Viard (le journaliste tennis de Canal+) de se retrouver au micro pour nous faire vivre, sur Canal+ et Canal+Sport, l’intégralité d’un tournoi cher au coeur du capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis.

A quelques jours du début des hostilités, En Pleine Lucarne a donc rencontré un Guy Forget qui se sent parfaitement bien dans la peau de consultant télé. Jusqu’à espérer un jour voir se créer une émission télé régulière sur le tennis à laquelle il serait heureux de participer.

Impressions et explications d’un passionné, qui nous parle aussi de l’évolution possible du tennis moderne pour un spectacle d’une plus grande qualité encore.

A peine deux semaines après Roland Garros, c’est Wimbledon qui s’annonce. Ne craigniez-vous pas l’overdose ?

Non, pas du tout. Wimbledon, pour moi, est un tournoi particulier. J’y ai posé mes premières raquettes en 1983 et depuis, à chaque fois que j’y vais, j’éprouve toujours une certaine émotion. C’est le temple du tennis, ici , tout respire le tennis, on joue en blanc, c’est vraiment un tournoi à part. Et puis Wimbledon est considéré par les passionnés comme la revanche de Roland Garros. On a tous envie de voir, tout de suite dans la foulée de Roland, si Nadal, l’ogre de la terre battue, va être capable de rééditer ça sur gazon. Et puis, quand on aime le tennis, on veut aussi assister à ces combats épiques entre Federer, Djoko, Nadal ou Murray, comme on attendait avec impatience ceux entre Borg et McEnroe. Logiquement, on devrait retrouver cette année les quatre mêmes demi-finalistes à Wimbledon qu’à Paris, les quatre premiers mondiaux. Et, là, je n’imagine même pas l’ambiance qu’il va y avoir chez les Anglais si Murray est en demies.

Vous avez l’air de beaucoup aimer ce tournoi de Wimbledon…

C’est le tournoi le plus prestigieux au monde, le plus suivi dans le monde entier. J’ai eu le bonheur de le jouer, j’y ai vécu des matchs mémorables et aujourd’hui, grâce à ce poste de consultant, je continue à goûter ce plaisir. Il y a des gens qui seraient prêts à n’importe quoi pour avoir une place sur le central de Wimbledon. Nous, avec Fred Viard (voir interview), on y est tous les jours, du matin au soir, on a le privilège de connaître les joueurs, d’avoir des infos, etc… Chaque année, on a hâte de se retrouver pour cette quinzaine.

Avez-vous trouvé vos marques dans la peau de consultant ?

Oui. Mon rôle est d’apporter à Frédéric Viard, le journaliste tennis par excellence de Canal, une touche un peu plus technique parfois, même si Fred connaît très bien le tennis, surtout pour les téléspectateurs passionnés qui nous suivent et qui aiment bien savoir exactement ce qui se passe, pourquoi ça se passe. Fred est là pour donner le ton du match, du tournoi et moi pour l’épauler dans son commentaire. Et puis de mon côté, je peux me permettre de dire quand un joueur est complètement hors sujet et d’expliquer. J’amène aussi mon expérience, mon amour du jeu parce que je suis passionné aussi. A nous deux, on fait vivre le match de façon différente et complémentaire. Comme au tennis quand on joue en double : chaque joueur de double a ses qualités respectives et, à nous deux, on donne un ton spécial, une complicité. On met en scène le match de tennis à notre façon.

Consultant est-il un plus lorsque l’on est aussi capitaine de l’Equipe de France de Coupe Davis ?

Oui. C’est indispensable pour moi, en tant que capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis, d’assister à ces grands tournois. Et j’ai remarqué, parfois, que le fait d’être situé en hauteur, en cabine commentateur, me permettait de voir sur certains matchs des choses chez les joueurs Français que je ne verrais pas spécialement si j’étais au bord du court ou en tribune. De là où on est avec Fred, on voit très bien la géométrie du terrain, on voit bien les coups, on a les gros plans sur les gestes et les visages des joueurs. Et puis j’ai aussi les statistiques à l’écran. Elles m’aident beaucoup à confirmer ou non une impression et me permettent d’être encore plus précis dans l’analyse ou l’idée que je peux me faire d’un de mes joueurs. Hormis le soutien qu’on peut amener à un joueur par sa présence, je dirais presque qu’il est mieux pour moi d’analyser un match en le regardant depuis le poste consultant, sur un écran avec toutes les infos et stats que j’ai à ma disposition. Et puis ça me permet aussi de regarder ce que font nos futurs adversaires en Coupe Davis par exemple. Maintenant, c’était surtout à Roland Garros que je voulais voir comment les joueurs Français se débrouillaient. Mais si à Wimbledon un garçon va très loin, ça le mettra en confiance et à un moment donné il faut en tenir compte pour la sélection finale, car la confiance en soi est primordiale en Coupe Davis.

On sait que le double est souvent décisif en Coupe Davis. Encouragez-vous vos joueurs à y participer ensembles ?

Oui, je les encourage à le faire et je regrette que certains ne les jouent pas plus. Je préfèrerais que certains joueurs Français qui participent aux doubles dans les tournois le fassent ensembles et que ceux qui ne le font pas le fassent de plus en plus. Maintenant, ce sont des joueurs professionnels, ils sont grands.

On entend de plus en plus dire que le tennis moderne manque de joueurs de caractère. Le pensez-vous ?

Evidemment, quand on pense à des caractères, on pense à Mc Enroe, le vrai garnement du circuit, à Jimmy Connors aussi, deux joueurs pas très lisses. Maintenant, il y a eu aussi Borg, qui, lorsqu’on regarde en arrière avec un peu de recul, était quand même un peu ennuyeux. Un Borg-Vilas à Roland Garros, on savait à l’avance comment allait se dérouler le match, combien de temps ça allait prendre, etc… Je trouve aujourd’hui qu’il y a des personnalités intéressantes sur le circuit. Rafael Nadal, qu’on le veuille ou non, est tout sauf un garçon lisse. Quand il joue il dégage quelque chose, on ne peut pas dire le contraire. Pareil pour Djokovic ou Federer, chacun dans leur registre sur le court. Murray aussi a du caractère. Je l’aime bien lui, car je pense que son jeu, assez atypique, va évoluer, qu’il va devenir plus offensif à l’avenir. Et puis on a aussi des Français, comme Tsonga ou Monfils qui montrent aussi du caractère, de l’excentricité, de la sympathie, de la force.

Faut-il, comme certains le prônent, changer certaines règles du tennis pour le rendre plus attractif, comme ne plus compter les balles Let, raccourcir les sets en nombre de jeux, jouer avec des balles plus grosses, etc. ?

Non, je ne suis pas sûr que le changement soit toujours une bonne chose. Certes, ne plus compter les balles let, ce pourrait être bien. C’est une règle qui n’a plus lieu d’être. Et puis ça donnerait dans le match, une dizaine de points incroyables. Imaginez une balle de break, service let, le joueur se jette pour la rattraper, fait une contre-amortie, etc. Les gens seraient comme des fous dans le stade. Mais, pour le reste, j’en doute. En tant que spectateur, aujourd’hui, je trouve le tennis masculin très divertissant. En revanche, ce qui donnerait un vrai intérêt au jeu, c’est d’autoriser les coaches à venir sur bord du terrain à certains moments de la partie pour conseiller leur joueur. Comme ça se fait en Coupe Davis ou chez les femmes. Marre de l’hypocrisie qui laisse le joueur regarder dans son coin, communiquer avec son coach par signe, etc. On connait l’importance psychologique de la présence d’un coach pour certains, autres que Nadal ou Federer qui n’en ont pas besoin pour se sortir de situations difficiles. Les laisser aller sur le court, pour aider un joueur en difficulté, par exemple, pourrait peut-être parfois permettre des retournements de situation qui, là, donneraient de l’intérêt supplémentaire à une rencontre et amélioreraient la qualité du spectacle.

Eurosport a donné un talk à Henri Leconte pendant Roland Garros. Vous aimeriez, vous, participer à une émission régulière sur le tennis ?

Oui ça m’intéresserait. J’aimerais qu’un jour on arrive à mettre sur pied, avec Fred Viard et toute une équipe, une telle émission car je pense qu’il y a la place pour parler tennis de façon régulière à la télé. Il y a bien des émissions sur le foot, le sport auto, sur le rugby. Au moins, au début, qu’on le fasse pour les grands tournois. On y a déjà un peu réfléchi. Mais il faut faire une émission attrayante, chouette à regarder, à écouter aussi, avec de bons intervenants, une émission où la parole rebondit, avec des gens qui ne sont pas uniquement issus du monde du sport, avec des témoignages, qu’on parle de l’actualité. Là, je serais content d’en faire partie. Mais pas d’en être le présentateur (rires), à Canal+, il y a des gens faits pour ça.

Propos recueillis pour En pleine Lucarne par Vincent Rousselet-Blanc

@crédit photo : Canal+

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Vincent Rousselet-Blanc

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