Entretiens EPL Football Les News — 07 mai 2011

A la tête des « Spécialistes » et des soirées d’Europa Ligue sur Canal+Sport, présent au Canal Football Club sur Canal+… et commentateur de matchs de hockey sur glace sur Sport+, passion qu’il pratique à l’ACBB de Boulogne Billancourt, Romain Del Bello, 36 ans, trois ans à peine après son arrivée, est l’une des valeurs montantes de Canal+. Success story avec un journaliste sympathique qui a la tête bien calée sur les épaules. Interview.

Devenir journaliste sportif : hasard ou réel rêve de gosse ?

C’est vraiment ce que je voulais faire, même si, quand j’étais gamin, je rêvais comme beaucoup d’autres, de devenir footballeur professionnel. Une fois que j’ai compris que je n’y arriverais pas alors le métier de journaliste sportif s’est naturellement imposé. C’est ce qui se rapprochait le plus de mon rêve –le foot – et j’adorais la télévision depuis tout jeune. Je m’arrangeais d’ailleurs pour toujours avoir une télé dans ma chambre, notamment l’été où j’arrivais à la confisquer à mes parents pour suivre les JO, les coupes du monde, etc. Donc c’était une évidence que ce métier était fait pour moi. Après le bac, comme je pensais qu’il était trop tôt pour intégrer une école de journalisme, j’ai d’abord fait une licence droit. Comme je l’ai eue de justesse, je me suis dit que ce n’est pas dans le droit que je trouverais un avenir et j’ai donc intégré une école de journalisme.

Très vite, tu intègres Infosport.

Oui, après une petite année de piges en sortant de l’école, je suis entré à Infosport qui se créait en 1998. Je n’y ai même pas commencé à la rédaction, mais à ce que l’on appelle le trafic. C’est là où l’on reçoit les images sportives de partout et l’on est chargé de les renvoyer sur les ordinateurs des journalistes, etc. Mais, comme pour toute création, Infosport avait vu un peu court en effectif comparé au travail qu’il y avait à faire, très vite on m’a demandé de faire les tableaux de résultats de la Ligue 1, puis des sujets. Je me souviens du premier, c’était sur la course en solitaire du Figaro. Je n’y connaissais rien en voile (rires). Et j’ai enchaîné. J’ai touché à tout, je passais des heures en salle de montage, je couvrais tous les sports, voile, basket, etc…

Comment t’es-tu fait repérer par TF1 ?

Grâce à l’Euro 2000 qu’Infosport m’avait demandé de couvrir avec un autre journaliste Antoine Le Roy, qui est à Canal+ aujourd’hui (l’un des réalisateurs-concepteurs d’Intérieur Sport). La chaîne avait très peu de moyens à l’époque et on était parti là-bas (Belgique-Pays-Bas) en camping car ! Bon, après dix jours, on n’en pouvait plus du camping-car et on a terminé l’Euro à l’hôtel (rires). Cet Euro fut une super école. On réalisait tous les des sujets, on les montait dans le camping-car, on faisait aussi des plateaux, dans des conditions pas faciles. Il fallait aussi que l’on trouve les moyens de d’envoyer nos sujets et parmi eux, il y avait le car TF1. CommeTF1 et TPS étaient partenaires dans Infosport, on a pu utiliser le car de la Une. Evidemment, travailler à côté des équipes de TF1, ça crée des contacts. Après l’Euro, à la rentrée de septembre 2000, Téléfoot cherchait un journaliste et confie à Sylvaine Mignona (ndlr : qui n’est plus présenter dans le milieu du foot-média) la responsabilité de le trouver. Sylvaine, qui nous avait vu bosser pendant l’Euro, s’est d’abord adressée à Antoine Le Roy, que l’on avait plus vu à l’antenne que moi car je couvrais plutôt les à-côtés de la compétition. Mais Antoine était en contact avec Canal+ et il a décliné son offre. Sylvaine est donc venue me demander.

Tu arrives dans une grosse chaîne du foot à l’époque. Pas trop de pression ?

Pas tant que ça. D’abord parce qu’au début, on me donnait des résumés de matchs de Ligue 1 à faire pour Téléfoot. Mais très vite, on m’a fait participer au plateau de la Ligue des Champions avec Roger Zabel, Guy Roux, la grande équipe de l’époque. Puis, je suis aussi intervenu en plateau sur Téléfoot au côté de Thierry Gilardi. Tu imagines bien que pour moi qui regardais Téléfoot quand j’étais gosse, ce que ça a pu me faire, c’était une émission mythique. Le fait d’avoir toujours baigné dans le foot depuis tout jeune a sans doute permis de m’ôter toute pression. Je me suis tout de suite intégré. Je suis resté 8 ans à TF1, jusqu’en septembre 2008…

…jusqu’à ce Canal+ te contacte…

Oui. Je sortais d’un Euro 2008 compliqué, je ne m’étais pas trouvé super bon, je me posais plein de questions d’ordre professionnel et privé, Thierry Gilardi avait disparu quelques mois plus tôt, en mars, tout ça avait été dur à encaisser. Cyril Linette avait entendu dire que c’était le moment pour moi de bouger même si je me sentais très bien à TF1. Il m’a appelé. Rien que le fait d’entrer dans son bureau, je lui disais « oui » ! (rires). C’était Cyril Linette, Canal+, le foot… Impossible de refuser.

Pourquoi te fait-on venir ? Pour le Canal Football Club qui se crée au même moment ?

Oui. L’émission se créait et ils partaient dans l’inconnu. De mon côté, j’avais l’expérience de Téléfoot. Et même si le CFC n’était pas Téléfoot, cette expérience semblait utile à leurs yeux. Puis, un mois plus tard, on me propose « les Spécialistes » (rires). Lionel Rosso, son animateur, s’en allait. Ce n’était pas du tout prévu au départ. Là encore, je n’allais pas refuser. J’ai donc fait le CFC où j’étais pas mal présent et les Spécialistes en parallèle.

Avec l’image d’expert du foot que revendique Canal+, c’était un sacré pari que de te donner les Spécialistes non ? D’autant que tu n’avais jamais vraiment animé d’émission auparavant ?

Clairement. D’autant plus que les Spécialistes, c’était le bébé de Cyril Linette, son émission. J’étais tellement heureux de le faire que finalement ça pris le pas sur le stress. Et puis je me suis retrouvé face à une bande de consultants formidables, gentils, des bons mecs. J’ai vite compris qu’ils n’allaient pas m’envoyer dans le mur. J’avais un rôle très précis. Eux étaient Spécialistes et moi je devais leur donner la parole, organiser l’émission, faire respecter le rythme et le conducteur de l’émission.

Deux ans et demi plus tard, on a l’impression, parfois, que tu es aussi devenu un spécialiste. Tu prends plus part aux débats, tu ne te contentes plus de lancer l’un ou l’autre…

Non, non. En fait, comme je connais maintenant parfaitement tous les intervenants, quand je les relance ou que j’interviens sur une question ou un débat c’est que je sais pertinemment que ça va provoquer une réaction chez eux. C’est facile car je connais à l’avance leurs avis, on se voit souvent la veille sur le CFC, on sait de quoi on va parler… Mais jamais je ne me permettrais de dire à un Deschamps, à l’époque, ou à un Elie Baup ou à un Christophe Dugarry aujourd’hui, que je ne suis pas d’accord avec leur analyse, etc… Si je donne l’impression de le faire c’est uniquement pour provoquer et relancer la discussion. Souvent, il n’y a pas besoin de le faire. Les Spécialistes c’est comme un feu. Parfois je mets des bûches pour l’attiser un peu, parfois je n’ai pas à le faire car ils l’entretiennent tout seuls (rires).

As-tu du beaucoup travailler pour t’imposer à leurs yeux comme un interlocuteur valable ?

Non car comme je te dis, mon rôle n’est pas d’être un spécialiste mais de les diriger. Et puis tu sais, je travaille énormément depuis que je fais ce métier. A TF1, j’ai passé des heures et des heures en salle de montage, à réaliser de sujets, j’ai touché à tout, la Ligue des Champions, la Ligue 1, le foot européen. Pareil à Canal, sauf que là je ne monte plus de sujets du tout. Mais avec le CFC et l’Europa Ligue que je couvre aussi, plus mes goûts personnels concernant les championnats européens et un résumé de match de Ligue 1 pour Jour de Foot une fois par mois, pour m’aérer et rester au contact du terrain, je maîtrise quand même les sujets (rires).

C’est toi qui choisis les Spécialistes pour chaque émission ? Le casting est fait en fonction des thèmes ? Est-ce une émission facile à remplir ?

C’est le rédacteur en chef, Jean-Yves Lair, qui se charge du casting. Et étant donné les agendas de chacun, ceux qui se décommandent, etc., c’est un vrai travail et on n’attend pas le dernier moment pour les programmer. De toute façon, quels que soient les sujets, tous les consultants sont capables d’intervenir dessus. Concernant le contenu, on dépend énormément de l’actu du week-end, notamment des matchs du dimanche après-midi et du dimanche soir qui peuvent nous donner des idées de dernière minute si on est un peu juste. Dernier exemple en date, il y a quelques semaines, le dimanche matin, on n’avait pas énormément d’idées pour les Spécialistes. Puis il y a eu le match Lyon-Nice avec tout ce qu’il a comporté comme rebondissements. Ca nous a fourni de quoi faire une belle émission qui pourtant, sur le papier, ne l’était pas spécialement quelques heures plus tôt. Et puis Cyril Linette nous donne aussi des idées parfois, comme ce sujet « les Français aiment-ils leurs stars » suite aux sifflets contre Gourcuff, etc… Le sommaire de l’émission se définit à 90% le dimanche soir. Et si une actu survient le lundi matin, on l’intègre en réunion de rédaction.

Essayez-vous de respecter un équilibre dans le choix des consultants ?

Oui. On essaye d’avoir un entraîneur (Roux, Baup) à chaque fois pour le côté technique, un ancien joueur (Dugarry) pour l’expérience personnelle du terrain, Jacques Crevoisier pour l’aspect plus psychologique, un Olivier Rouyer ou un Paganelli pour leur humour. Et à l’inverse, la composition du casting peut faire naître des sujets. Récemment, j’avais Pauleta, Dugarry et Rouyer, que des anciens attaquants. Eh bien on a abordé une thématique sur Lisandro.

Aujourd’hui, de nombreuses émissions de débats, les fameux talk, se sont installées à la télé et à la radio. « Les Spécialistes » est-elle dans cette catégorie ?

Non. D’abord parce que nous, nous avons les images, et parce que ces images sont commentées et analysées par des acteurs du monde du foot et non par des journalistes. Les avis des Spécialistes sont, c’est le cas de le dire, avisés, légitimes. Ce sont des références, il n’y a rien de mieux qu’un Baup ou un Dugarry pour t’expliquer la tactique ou l’état d’esprit d’un joueur : ça fait toute la différence. Quand Dugarry parle des Français qui sifflent leurs stars, il sait de quoi il parle puisqu’il l’a lui même vécu en 1998. Je n’ai rien contre les talks et par exemple quand « on refait le match » a démarré, j’ai adoré. Mais aujourd’hui, ça tourne un peu en rond. Quand j’avais Didier Deschamps comme consultant qui donnait ses explications tactiques, j’étais fasciné, j’apprenais à chaque émission. Ca m’a fait quelque chose quand il est parti. Bon, j’ai été content parce qu’après il a été champion de France. Et je me console en pensant que tout le travail qu’il a pu faire à Canal+ et aux Spécialistes en particulier, a peut-être contribué à ce qu’il le devienne, même si ce n’est qu’à 0, 01%. Cette année de recul lui a permis d’analyser le foot français dans son ensemble, de voir l’autre côté du miroir, d’avoir une réflexion différente sur le jeu, etc.

Parfois, on voit les débats partir dans tous les sens…Est-ce une émission facile à tenir, et n’as-tu pas parfois la tentation de devenir spectateur quand les discussions atteignent de hauts niveaux ?

Ce pourrait être tentant en effet d’être spectateurs, mais j’ai un producteur dans l’oreillette qui me rappelle que j’ai un conducteur à tenir ! (rires) Maintenant, si un débat s’étend et s’il est passionnant, je ne vais pas m’en tenir au conducteur. On le laisse se dérouler et il arrive très souvent que certaines séquences prévues avant l’émission ne soient pas diffusées. Sinon, oui, l’émission est facile à tenir. Car même quand ça prend bien, j’arrive à maintenir la laisse. Je la laisse filer un peu, puis je reprends la main. J’ai une grande liberté. Bien sûr, parfois, ça m’échappe, ça part, mais c’est marrant. Et puis, je les connais tous assez pour savoir jusqu’où ça peut aller. Sauf Paganelli qui parfois peut te sortir un truc tout droit venu de la lune (rires). Là il faut essayer de rebondir dessus. Guy Roux lui est plutôt dans l’anecdote étant donné sa longue expérience, et je sais très bien que quand je lui pose une question il ya de fortes chances pour qu’il te réponde sur un autre sujet. On joue avec ça. C’est génial car tout ça fait que l’émission n’est jamais lassante, ni répétitive. Et pourtant ça fait deux ans et demi que je la pilote, record battu puisqu’en générale, la moyenne à la tête des Spécialistes tourne autour d’un an et demi.

Parlons aussi des soirées Europa Ligue que tu animes. C’est un tout autre exercice non ?

C’est sûr. Là on fonctionne un peu comme dans le 11 d’Europe puisque je suis en plateau avec Olivier Rouyer ou Sonny Anderson ou Pedro Pauleta. On assure la continuité antenne pendant 5 heures, enfin, au début de la compétition, avec un match à 19h, un autre à 21h et le résumé de toutes les rencontres à 23h. Là, nous intervenons dans le feu de l’action, avant les matchs, à la mi-temps des matchs et immédiatement après. Alors quand c’est au début de la compétition avec 24 matchs, ce sont de grosses soirées à faire. Mais c’est génial car il faut sans cesse être sur le qui-vive, trouver des angles d’analyse pertinents, des anecdotes… Un très très bon exercice professionnel, très complet.

Et puis cette compétition commence à prendre un peu d’envergure…

Oui, j’adore l’Europa Ligue. Déjà parce qu’il y a de gros clubs qui y participent, parce qu’elle s’est organisée dans son déroulement, elle devient moins confuse puis elle nous permet de découvrir des joueurs stars dans leur club que l’on n’aurait peut-être pas trop l’occasion de découvrir autrement et des clubs surprises avec des entraîneurs qui méritent un coup de projecteur. Regarde Porto, Braga… Bon cette année, dommage que des clubs comme la Juventus, Liverpool, Manchester City ou encore Naples se soient faits éliminés prématurément. Mais il reste d’autres attractions avec les clubs portugais par exemple.

La Ligue 1 avec les Spécialistes, le CFC et Jour de foot, la Ligue Europa… il ne te manque plus que la Ligue des Champions pour occuper les trois grands pôles foot de la chaîne…

La Ligue des Champions, je la suis… en tant que téléspectateur. C’est bien, ça me laisse un peu de vie à côté (rires), encore que, à une époque, il m’est arrivé de faire des plateaux de Ligue des champions.

On sait que Canal+Sport est une des antichambres des futurs grands animateurs de la chaîne. Tu te sens dans la peau d’un de ceux-là ?

Ca fait à peine trois ans que je suis à Canal et faire de l’antenne, du plateau, est un tout autre métier que celui que j’exerçais avant à TF1. Il est évident qu’à l’avenir je souhaite progresser, prendre plus d’importance encore dans la chaîne, mais aujourd’hui je me considère toujours en apprentissage et, pour le moment, je savoure les excellents résultats de Canal+Sport auxquels je participe.

propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc pour TV Envie et En pleine Lucarne (mention obligatoire)

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