Du 22 mai au 5 juin, la planète tennis aura les yeux rivés sur Roland Garros. Et sans doute aussi un peu sur Henri Leconte, qui se lancera un nouveau défi sur Eurosport : celui d’animateur de talk show quotidien (22h30) avec « Avantage Leconte ». Une nouvelle émission que la chaîne annonce sans langue de bois. On veut bien la croire. Interview avec l’intéressé, égal à lui-même enthousiaste, passionné et excité à l’idée d’animer une telle émission, son nouveau challenge.

« Quand je jouais, on ne se gênait pas pour me tailler »

Vous voilà à la tête d’« Avantage Leconte », un talk quotidien à 22h30. Gros challenge non ?

Effectivement. Je suis vraiment heureux, c’est un vrai challenge, pas évident. On s’est dit avec Eurosport qu’il manquait au tennis, comme pour le foot, une émission où l’on puisse dire les vérités. Parler peut faire bouger des choses. Je suis bien placé pour le savoir car à l’époque je me suis fais tailler de partout et ça m’a parfois permis de réfléchir et d’avancer.

Vous êtes réputé pour votre franc-parler. Le talk ça vous convient plutôt bien.

Oui et comme quand je jouais au tennis, je vais prendre de vrais risques dans un exercice difficile où il va falloir être pertinent, franc, dur, réaliste. Quand j’étais joueur, j’ai pu dire des choses parfois exagérées et je pense que j’en dirai encore, mais cette fois elles seront plus justes car j’ai plus d’expérience. Ce talk, c’est mon nouveau Roland Garros, avec, comme dans le tournoi, une sanction immédiate à chaque tour, celle de l’audience. Je me jette à l’eau. Il faudra que je sois moi-même. On ne fera pas de langue de bois, on ne va pas simplement faire comme les autres, à savoir donner les résultats de la journée. J’aimerais proposer quelque chose de différent, de vrai. Avec de nombreux invités en provenance du monde du sport mais pas seulement. J’espère passer le premier tour, la première semaine… et aller jusqu’à la finale (rires).

Commenterez-vous des matchs du tournoi ?

Non, ce n’est pas prévu. Vous savez, je ne peux pas tout faire ne même temps et gérer un rendez-vous quotidien comme « Avantage Leconte » c’est déjà beaucoup d’investissement. Commenter c’est facile, je connais les joueurs, j’ai suivi la saison, je connais le tennis. Mais là, pour le talk, il va falloir travailler des thèmes, aller en profondeur dans l’analyse, etc…

Ce talk sans langue de bois n’est-il pas un risque de vous brouiller avec des joueurs ou la fédération ?

Non. Et puis vous savez je n’ai jamais attendu la Fédération pour me dire ce que je dois faire ou dire. Je suis assez grand. Je pense avant tout à faire mon travail. Et puis moi, quand je jouais, on ne se gênait pas pour me tailler. Moi, lorsque quelqu’un ne joue pas très bien que ça se voit sur le terrain, je ne vois pas pourquoi je ne le dirais pas. Je pense que si je dis quelque chose, je suis un peu légitime pour le faire non ? Je ne vais pas tailler quelqu’un parce que je ne l’aime pas, ça ne marche pas comme ça. Je suis vrai, carré, droit dans mes bottes. Moi-même j’ai fait des conneries. Regarde après la finale de Roland quand je dis au public : « j’espère que vous avez compris mon jeu maintenant », quelle connerie ! Je l’ai assumée pendant un an. Le problème que j’ai, c’est que je dis trop souvent la vérité, ma vérité, je suis droit, passionné, enthousiaste, j’en ai besoin. Maintenant on va dire les choses dans « Avantage Leconte », pas se cacher derrière la langue de bois sans pour autant insulter les gens. Il faut rester politiquement correct mais un petit peu plus violent, dire la vérité, engager un dialogue pour construire, être intéressant.

« Je me chiais dans le froc avant d’aller à Roland Garros. On avait tous peur. »

Comment voyez-vous le tournoi qui s’annonce, côté masculin ?

Nadal est bien sûr le grand favori. Ce joueur est un ogre, un monstre. Il est intouchable sur terre battue et monte en puissance tous les jours, mais il n’est pas aussi souverain que les années précédentes. C’est surtout qu’il a une emprise psychologique terrible. Nadal c’est un cancer, il rentre sur le terrain et il ne lâche rien de rien pendant trois heures. Pour ma part, j’aimerais voir gagner Djokovic. Mais je m’attends aussi à des surprises avec des joueurs comme Soderling, Murray qui a plutôt bien joué à Monte Carlo, Del Potro qui est un très bon, sans oublier Federer qui n’est pas mort. Psychologiquement il accuse un peu le coup car maintenant il a deux joueurs vraiment au-dessus de lui et il a un peu changé sa façon de jouer, ça met du temps à se mettre en place.

Quelle est la recette pour battre Nadal ?

Contre Nadal, il ne faut pas le laisser s’installer dans l’échange sinon après la troisième balle, tu es mort. Il faut prendre la balle un peu plus vite, essayer d’abréger l’échange. Tu es obligé de prendre des risques, d’accélérer, de provoquer. Mais il peut y avoir des surprises. Roland Garros est l’un des tournois les plus durs à gagner. Le temps peut se détraquer, le tirage au sort peut jouer ou pas en votre faveur, etc…

Et les Français dans tout ça ?

J’espère rapidement qu’il y en ait un nouveau pour prendre la relève. Je crois en Gael Monfils car il adore jouer à Roland Garros. Il m’a fait rire un jour, m’a dit : « mon rêve c’est de jouer Roland-Garros et c’est tout. C’était en 2008, l’année où il a fait une demi-finale alors que tout le monde pensait qu’il n’allait rien faire. Comme moi en 1992. Il peut encore faire quelque chose. Le seul problème, il vieillit et le jeu s’accélère de plus en plus. Mais il peut faire quelque chose, il a tous les coups du tennis. A condition de ne pas confondre aller vers l’avant et reculer, car dans ce cas le Central devient encore plus grand pour lui.. Mais c’est un joueur qui adore défendre, un eu comme Gilles Simon. .

Et à part lui ?

A Part Gaël et Jo, ils ont tous peur de Roland Garros. Ils se mettent trop de pression, ont peur d’y aller. Mais on a tous eu peur. Je vais parler vulgairement, mais je me chiais dans le froc avant d’y aller. On avait peur. Tu ne peux pas dire à Yann qu’il n’avait pas peur… On avait peur. Mais demandez à Hagel’ (Patrice Hagelauer) comment on se préparait. On allait à Sofia-Antipolis dans le Sud, on bossait 5 heures par jour. On se tapait des paniers entiers de balles, à droite, à gauche car ce n’était pas notre surface. C’était pour nous une pression supplémentaire que de jouer à Roland. Et même si on perdait au 1er tour, on se préparait. Je pense qu’aujourd’hui la préparation n’est pas assez bonne. On prépare trop les joueurs pour les surfaces dures. On va me dire, « oui Henri toujours grande gueule ». Ok mais on a la chance d’avoir un Grand Chelem en France. Ils doivent faire l’effort, quitte à faire des impasses. Une année, Lendl avait l’impasse sur Roland Garros, sa meilleure surface, pour préparer Wimbledon car il voulait vraiment le gagner. Peut-être doit-on se dire que l’on fait l’impasse sur Key Biscane ou Indian Wells, deux tournois mal placés, pour préparer Roland. Les Français doivent faire cet effort.

Donc ce n’est pas demain qu’on reverra un français soulever le trophée ou en finale

Tant qu’on n’aura pas un joueur qui gagne sur terre, Monte Carlo ou Hambourg on ne pourra pas dire que l’on va gagner Roland. Le dernier Français à avoir gagné un tournoi sur terre, c’était Richard Gasquet à Nice, l’an dernier… Gilles Simon ? Il me fait penser à un joueur de squash ou d’échecs. C’est un marathonien, un super joueur. Mais sur terre, tu dois être percutant. Si tu ne l’es pas, si tu n’as pas un grand coup, en cinq sets et sur quinze jours, tu ne gagnes pas le tournoi. Richard Gasquet ? Tendu, trop crispé par l’enjeu… Jo ? Le seul problème qu’il a, c’est son physique, il est lourd, il me fait penser à Boris Becker. La préparation mentale est aussi très importante. Notre approche doit être différente car c’est notre tournoi. Regarde les américains à l’US Open, ils sont patriotes avant d’être joueurs.

Roland Garros ça reste des bons ou des mauvais souvenirs ?

Les deux. J’ai vécu des émotions énormes ici, des matchs de folie, et de l’autre le traumatisme d’une finale perdue. J’aurai préféré perdre en demi-finale ou au premier tour qu’en finale. Et en plus devant ton public, public qui était contre moi.

Quand vous ne tournez pas pour TF1 l’émission qui réconcilie les voisins, que faites-vous ?

Je suis depuis un an et demi le président du LSC Tennis de Levallois-Perret et je viens d’être réélu pour trois ans. Je participe aussi toujours au circuit Senior, trois ou quatre fois par an. Ca me permet de revoir les anciens et surtout me maintenir en forme car il est hors de question que je fasse de la télé avec un physique défaillant, pas bien dans mes pompes.

Propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc pour En Pleine Lucarne (mention obligatoire)

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