Entretiens EPL Football Les News — 22 mai 2011

Le 22 mai prochain, à 23h15, sur Canal+, presque un an après « Looking for Manchester », premier volet de sa série documentaire historico-sociologico-sportive sur les villes abritant de grands derbies de foot, Eric Cantona nous plonge au coeur d’une autre ville dont la passion se déchire et se partage entre ses deux clubs phares : Milan. Ce « Looking for Milano » nous dévoile donc l’histoire méconnue d’une cité où les grandes familles s’affrontent depuis 100 ans autour de l’argent, du pouvoir politique et du mécénat sportif et culturel. Le documentaire, qui débute quelques jours avant le derby du 2 avril, reprend les mêmes ingrédients que pour le premier volet sur Manchester : une rencontre avec des supporters, des joueurs (Eto’o, Inzaghi, Materrazi, Flamini…) et des dirigeants (Moratti) de chaque camp. Chacun à sa façon et selon son expérience nous parle de la rivalité entre ces deux monstres du foot européen.

Quelques jours avant sa diffusion, Eric Cantona est venu à Canal+ pour discuter autour de son documentaire. Et nous n’avons pu résister à lui poser d’autres questions, notamment sur son avenir au New-York Cosmos dont il a pris les rênes. Et, oh surprise, il y a répondu. Entretien avec un King détendu.

Après Manchester, vous voici maintenant à Milan. Pourquoi ce choix ?

Déjà parce que ce sont deux grands clubs européens. L’Italie est l’un des plus grands pays de football, avec l’un des plus grands championnats. Et puis à eux deux, ces clubs ont remporté 10 titres en Ligue des Champions. Ensuite, il y a une véritable histoire qui lie les deux clubs jusque dans leur création. En effet, au début des années 1900 (mars 1908 précisément), le Milan AC menaçait de ne pas s’inscrire au championnat la saison suivante car on lui imposait de faire jouer des étrangers. Ca a créé une crise avec les dirigeants qui eux voulaient y participer. Résultat, les dissidents ont quitté le Milan AC pour créer l’Internazionale Milan. Et c’est grâce à l’Inter que des joueurs étrangers ont pu jouer en championnat d’Italie. C’est quand même quelque chose de fort ça. Puis il y a la montée du fascisme, etc… Tout ça a influé sur l’histoire de ces deux clubs. C’est quand même intéressant de le raconter.

Vous vous sentez plus proche de quel club ?

De l’Inter, pour plein de raisons. Je me sens plus proches des couleurs de l’Inter, car c’est un club plus ouvert, il représente l’intelligentsia. Le Milan c’est plutôt le côté populaire. Mais je n’ai jamais eu de propositions pour y jouer (rires).

« Demandez à un joueur de l’OM s’il connaît l’histoire du club ? »

Cette série documentaire a-t-elle comblé un manque personnel de culture footballistique ?

Oui, bien sûr et c’est aussi pour ça que j’ai voulu la faire. Quand je jouais à Manchester United, je connaissais bien sûr la rivalité entre les deux clubs, mais je me concentrais sur le jeu. Je n’avais pas le temps d’apprendre à connaître l’histoire de la ville et des ses clubs, que ce soit United ou City, comme nous la traitons aujourd’hui dans « Looking For… ». D’ailleurs, si je produis cette série, c’est entre autres parce que je m’aperçois qu’on a beau jouer ou avoir joué dans ces grands clubs, on n’en connait presque rien, alors que c’est la base. Demandez à un joueur de l’OM s’il connait l’histoire de son club, comment il a été créé. Aujourd’hui, je suis moi-même curieux de découvrir tout ça.

Ca renforcerait peut-être aussi la notion d’amour du maillot dont on critique souvent le manque chez les joueurs actuels, les fameux mercenaires ?

Oui, peut-être que ce pourrait être un plus pour chaque joueur. En Angleterre, par exemple, il y a un vrai respect des anciens qu’on retrouve de moins en moins ailleurs. Les joueurs qui arrivent là savent qu’ils seront respectés s’ils se battent pour leur club. Maintenant, le système a permis et créé le phénomène de mercenaires. Mais on s’aperçoit que dans les pays où on a énormément de respect pour les joueurs et les anciens, ces soi-disant mercenaires, ils restent dans ces clubs. Regarde les mecs comme Giggs, Maldini, Scholes, ils ont tous fait leur carrière dans un seul club.

Ca va être moins facile de faire le même documentaire à Barcelone ou Madrid…

Non, je ne crois pas. A Madrid, l’Atletico a une belle histoire et, sportivement, a connu de beaux moments. De toute façon, d’une manière générale, on cherche des clubs ayant, certes, une vraie rivalité sportive, mais au sein d’une même ville qui elle-même possède aussi une histoire forte qui crée également une vraie rivalité. Il peut très bien y avoir une ville avec deux grands clubs, mais si historiquement il ne s’est pas passé grand-chose dans cette ville, ce sera moins pertinent. Le foot est un milieu que je connais bien et j’essaye d’en apporter aux téléspectateurs une vision originale, qui mêle le sport, l’histoire, les histoires humaines, etc…

On imagine, en plus que votre nom permet d’ouvrir certaines portes plus facilement pour rencontrer Moratti ou les joueurs ?

(Cantona fait mine de s’offusquer, son producteur prend le relais) : Nous sommes avons fait les demandes classiques, par l’intermédiaire des services de communication des clubs…

(on le coupe) Donc le nom de Cantona ne vous a pas aidé…

(Canto lâche alors un appuyé) : « Mais oui ça a aidé, bien sûr » (rire général)

« Pour le NY Cosmos, le modèle c’est le FC Barcelone »

On vous croyait définitivement parti du foot pour faire l’acteur et vous venez de prendre le poste de directeur sportif du club du New-York Cosmos. Pourquoi pas Manchester ?

(Ses yeux pétillent, son sourire traduit un vrai plaisir). New-York et moi, c’est l’histoire d’une rencontre. Le Cosmos New-York , c’est plus qu’un club, c’est autre chose, une légende, ce qu’il représentait avant (Pelé y termina sa carrière, ndlr), ce qu’il y a à faire aujourd’hui. Ce n’est pas simplement aller dans un club pour prendre la suite. Là, il y a tout à faire, enfin pas tout, car c’est un pays qui a un potentiel énorme, une qualité de joueurs, mais disons qu’on repart de la base.

Comment allez-vous concilier votre métier d’acteur et ce poste ?

Ca va être un peu compliqué, mais je ferai en sorte d’organiser mon calendrier de tournage. Concrètement, je passerai huit mois de l’année à New-York, parce que la saison de foot dure huit mois et quand je serai là-bas ce sera uniquement pour m’occuper du club, un job à plein temps, j’y serai à 100%, 24h/24. Et je me réserve quatre mois en France pour exercer mon métier de comédien.

Quelle est votre ambition pour ce club ?

J’ai deux projets. Un à court terme qui est de gagner des choses avec l’équipe que l’on construit et l’autre, à plus long terme, qui concerne la formation des jeunes, à partir de huit ans. Le modèle c’est Barcelone. J’aimerais faire comme à Barcelone où quand tu entres dans un club à 8 ans, dans un schéma de jeu qui a une vraie identité, il est clair que quand tu arrives en équipe première tout le monde est performant car les gamins jouent ensembles depuis des années et jouent le même jeu. A Barcelone, à tous les âges, ils jouent tous le même football.

Quelles seront les prochaines destinations de « Looking for… » ?

On a prévu 6 volets pour le moment. On s’intéresse à l’Amérique du Sud avec le Brésil et son « Fla-Flu » (Flamengo-Fluminense) , et l’Argentine, à Buenos Aires, avec Boca-River, à la Turquie ou encore à Glasgow avec la rivalité Celtic-Rangers basée sur la religion. A l’Afrique aussi, pourquoi pas. Il y a plein d’endroits.

Propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc pour En Pleine Lucarne (mention obligatoire)

« Looking for Milano », DOC, Dim 22/5, 23h15, Canal+

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Vincent Rousselet-Blanc

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  4. Je pense que c’est une bonne chose que des joueurs s’investissent dans des clubs de Major League, ça permet de populariser le football aux Etats Unis et surtout d’améliorer leur compétitivité… dans les prochaine coupe du monde les USA auront une vrai carte à jouer, j’en suis certain.

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