Après neuf ans à commenter les Grands Prix de Formule 1 pour TF1, et une jeunesse marquée par les sports mécaniques, la passion de Christophe Malbranque est intacte. S’il fait toujours de la F1 sa priorité et de Twitter un nouveau mode d’information et de communication de plus en plus privilégié, il ne ferme aujourd’hui la porte à aucun projet télé.

A la veille du Grand Prix de Monaco, entretien avec un commentateur à la ferveur et l’enthousiasme contagieux !

Comment devient-on commentateur de la F1 sur TF1 ?

Un peu par hasard. TF1 a lancé un casting fin 2002. Roger Zabel, mon patron à Eurosport à l’époque, m’a appelé pour me dire : « TF1 organise un casting demain matin pour trouver un commentateur pour les Grand Prix, il faut que tu y ailles ».  J’ai d’abord pensé que c’était une plaisanterie ! J’y suis donc allé très détendu, les mains dans les poches et, au final, je me suis retrouvé dans une petite régie avec Jacques Laffite et Jean-Louis Moncet. De l’autre côté de la vitre, tous les responsables de la chaîne étaient réunis. Après ce premier casting, nous n’étions plus que trois. J’ai finalement reçu un coup de fil des responsables de la chaîne, quatre jours avant le départ du Grand Prix, pour m’annoncer que je partais. A ce moment là, j’ai ressenti un gros stress : devoir me préparer en quatre jours pour aller commenter mon premier Grand Prix en direct sur TF1 !

D’où vous vient cette passion pour les sports mécaniques ?

Tous les petits garçons veulent devenir un jour pompier ou pilote de course, c’est un rêve de gosse ! Mon père m’a également initié aux sports mécaniques parce qu’il aimait ça. On suivait les épreuves à la télévision. Je faisais aussi des compétitions de modèles réduits avec lui. Pendant un Championnat d’Europe, j’ai été amené à faire mon premier reportage. J’ai écrit les textes et pris les photos. A la fin de ce championnat, j’ai compris que c’était ce que je voulais faire. J’ai ensuite fait quelques stages avant d’arriver en télé. J’ai été engagé sur Eurosport, puis je suis arrivé sur TF1.

Est-ce que vous pilotez vous-même ?

Non, pas du tout. C’est une question de moyens au départ. Je me suis lancé dans le modélisme car c’était beaucoup plus abordable qu’une saison de karting! Mais je n’ai jamais ressenti de frustration ! En fait, cela ne m’a jamais vraiment tenté de prendre place dans les baquets.

Comment se passe un Grand Prix pour vous ? Quand arrivez-vous et comment le préparez-vous ?

Il y a une distinction entre les Grands Prix européens et extra-européens. Pour les épreuves les plus lointaines, nous partons plus tôt, en général le mardi à cause de la durée du voyage. Pour les Grands Prix qui se courent en Europe, nous partons le jeudi matin. Dès que nous sommes sur place, notre premier travail consiste à essayer de récolter un maximum d’infos, en allant rencontrer les contacts noués au fil des années. Nous réalisons aussi des interviews de pilotes, nous avançons sur des montages vidéo…

Ensuite, dès le vendredi matin, nous sommes à l’antenne sur Eurosport pour les commentaires des essais libres en direct, puis le samedi pour les séances qualificatives du matin et de l’après-midi. Le dimanche, le direct commence dès 13H20 sur TF1 avec F1 à la Une. Je gère les traductions en simultané des interviews réalisées par Denis Brogniart sur la grille de départ. C’est seulement la partie visible de l’iceberg car le gros du travail se fait en amont, en dehors des Grands Prix, avec l’équipe F1 de TF1 et, comme pour tout journaliste, en entretenant son réseau avec la FIA, les écuries, tous les acteurs de la F1…

C’est votre neuvième année aux commandes des Grands Prix sur TF1, ressentez-vous toujours du stress avant de prendre l’antenne ?

Non et je n’en ai jamais ressenti. Je ne suis pas d’un naturel stressé et je suis en général très impatient que ça commence. J’aime être à l’antenne, j’aime le direct. Je suis à la limite plus stressé quand il s’agit d’enregistrer des plateaux. Le direct, c’est une bonne dose d’adrénaline qui me plait mais ne m’inquiète pas.

Votre triplette avec Jacques Laffite et Jean-Louis Moncet fonctionne depuis longtemps. Qu’est-ce qui, selon vous, explique cette osmose ?

Il y a parfois de belles rencontres dans la vie. Là, ce sont deux belles rencontres, deux personnes extraordinaires. Ils m’ont beaucoup aidé à mes débuts. Pour mon premier Grand Prix, je crois qu’ils étaient d’ailleurs plus stressés que moi. J’arrivais à peine d’Eurosport. Ils se demandaient si le trio allait fonctionner car ce n’est jamais simple en télé, surtout en direct. Il faut apprendre à se connaître, trouver les bons réflexes, ce qu’on n’avait pas encore eu le temps de faire.

A la fin de la première course, Jean Louis Moncet a poussé un « ouf » de soulagement. J’ai alors senti que tout s’était bien passé et que je rentrais dans la famille. En dehors de la cabine, ils ont aussi tout fait pour me présenter les bons contacts, m’introduire dans le milieu et m’expliquer les codes, les rouages du fonctionnement du paddock. J’en fais mes pères spirituels de la F1. Nous nous voyons régulièrement pour parler entre passionnés.

Quel est votre souvenir le plus intense en tant que commentateur ?

Difficile à dire. Mais je pense à l’accident de Robert Kubica au Canada, en 2007. Sa monoplace s’est complètement désintégrée après une sortie de piste à plus de 200 à l’heure ! Il était inconscient et on se demandait si c’était aussi grave qu’Ayrton Senna. C’était une image très forte car la voiture était vraiment en mille morceaux, plus de roues, plus d’amortisseurs, plus d’ailerons…. On voyait les pieds, les mains et la tête de Kubica qui ballotaient. Et là, en direct, je me suis dit : « Aie, j’espère que ça va aller », mais nous n’avions pas d’infos. Des tas de médecins s’agitaient autour de lui et nous nous disions : « S’ils font tout ça, c’est que ça doit être très sérieux ! ».

Pas très heureux comme souvenir…

L’histoire s’est plutôt bien terminée. Il se trouve que nous étions dans le même hôtel. Je l’ai croisé le lendemain matin et, en voyant mes yeux écarquillés, il m’a dit en éclatant de rire :  » Tu as vu un fantôme ? ». Je lui ai répondu que je ne m’attendais pas à le voir sur pied aussi vite ! Il en était sorti indemne mais nous avons vraiment eu très peur pour lui. Un souvenir très fort de direct.

Parlez nous un peu de ce début de saison…

C’est une saison qui tient ses promesses. Il y a eu pas mal de changements dans la règlementation, notamment l’arrivée des pneumatiques Pirelli qui ont permis aux pilotes de se dépasser presque partout. Il n’y a jamais eu autant de dépassements en F1 et à des endroits assez inattendus, dans des zones de gros freinages mais aussi dans des entrées de courbes, ce qui était rarissime auparavant. Cela rend les courses plus spectaculaires et incertaines.

Concernant l’issue du championnat, Redbull semble être encore un peu plus en avance sur les écuries rivales que la saison dernière. En 2010, ils faisaient des erreurs qu’ils ne commettent plus aujourd’hui. Redbull est donc favori, même si les écarts se réduisent. Mais il suffit d’un petit grain de sable dans la mécanique complexe d’une écurie pour que tout soit remis en cause. Nous savons que tout peut arriver et c’est excitant !

Sébastien Vettel semble au dessus du lot cette saison. Qui pourrait jouer les troubles fêtes ?

Au vue de la première partie de saison, et notamment du Grand Prix d’Espagne (qui s’est couru la semaine dernière, victoire de Vettel, ndlr), ce serait logiquement Hamilton ou Alonso. Ce sont les candidats les plus sérieux. Mais il ne faut pas non plus oublier Mark Weber, le coéquipier de Vettel chez Redbull, qui n’a pas non plus dit son dernier mot.

Le Grand Prix de Monaco a lieu ce week-end. Est-il le plus important de la saison pour TF1 ?

Je ne sais pas si c’est le plus important de la saison. C’est en tout cas le plus glamour, le plus mythique. C’est un Grand Prix à part, c’est certain. Il se coure en ville avec un circuit très étroit, très dangereux, face à la mer… tous les ingrédients sont réunis ! Ca attire forcément du monde et des téléspectateurs.

Ce week-end, je m’attends à un Grand Prix spectaculaire car à mon avis, il y aura des dépassements, faits extrêmement rares en règle générale sur le Rocher.

Globalement, comment se passe la saison pour TF1 ? Les audiences sont-elles au rendez-vous ?

J’ai pour habitude de ne pas m’y intéresser de trop près. Peut-être parce que je viens d’Eurosport où elles sont moins essentielles que sur TF1. C’est un baromètre important pour la chaîne mais, parfois, un Grand Prix passionnant fait de mauvaises audiences, alors qu’un Grand Prix moyen peu avoir plus de succès. Il n’y a pas vraiment de logique, de règle, alors je préfère regarder tout cela avec distance.

Vous avez un compte Twitter (@f1alaune) sur lequel vous êtes très actif et qui est très suivi. Êtes-vous surpris par un tel succès ?

Oui, je suis quand même un peu surpris car, au moment du lancement, je n’avais aucun chiffre en tête, je ne savais pas combien de personnes seraient susceptibles de suivre un compte de cette nature. Je pense que les gens s’y intéressent car ils se disent que je suis sur les 19 Grands Prix de l’année, du mercredi au dimanche, de 7h à 22H ! Je suis au cœur du paddock et donc susceptible d’avoir des infos fraiches et fiables. En tout cas, ça veut dire que la F1 a du succès en France car Twitter n’est pas un média encore très populaire dans l’Hexagone, même si on en parle de plus en plus. Alors avoir 25 000
« followers » sur une niche aussi particulière que la F1, c’est impressionnant !

Et les profils qui vous suivent sont très divers…

Oui, il y a des Anglais, des Allemands, des Italiens, des supporteurs de Renault, de Ferrari, des météorologues… Je pense que le fan absolu de F1 est en demande permanente d’infos. Il lit les livres, la presse, Internet et, pour les vrais « boulimiques d’infos » sur la F1, il y a aussi mon compte Twitter !

Comment vous est venue l’idée de « twitter » pendant les Grands Prix ?

Avec le service communication, nous avions parlé de faire un blog pour prolonger les Grand Prix. Mais ça représentait trop de temps car il doit être alimenté presque au quotidien. Comme je suivais le Twitter de Lance Armstrong et que cela m’amusait beaucoup, j’ai pensé à créer mon compte. C’est une façon de dire : « Si vous n’en avez pas assez sur l’antenne, avec mon compte, vous pouvez prolonger et avoir des infos un peu plus confidentielles ou techniques ». Je le vois comme un complément de l’antenne et ça me plait de le faire dans cet esprit.

Aimeriez-vous faire autre chose que de la F1 à la télé ?

Oui pourquoi pas. Je suis ouvert à tout. J’ai accumulé de l’expérience et je regarderai avec beaucoup d’attention les idées que l’on pourra me proposer. Je me sens en mesure d’apporter mes compétences sur d’autres projets. Mais je ne pourrais pas dire : « j’aimerais faire telle ou telle émission ».

Forcément dans le sport ?

J’aime commenter la F1. C’est ma passion, c’est en direct, elle me procure de l’adrénaline et j’en ferai toujours ma priorité. Mais je ne suis pas bloqué sur le sport, tout dépend des projets proposés. Par exemple, j’aime bien l’émission d’Alessandra Sublet sur France 5 (C à vous, ndlr). C’est très loin de ce que je fais mais je trouve le concept marrant et l’atmosphère positive et sympathique. Je suis vraiment ouvert à tout en télé !

On vous retrouve l’année prochaine aux commentaires de la F1 ?

Avec plaisir!  Sauf cataclysme, je serai là !

propos recueillis par Vincent Lascault pour En Pleine Lucarne (mention obligatoire)

F1 -GP DE MONACO en direct SUR TF1, dès 13h20 (essais et qualifs sur Eurosport)

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Vincent Rousselet-Blanc

(0) Readers Comments

  1. pour quand ton mariage avec Alonso??

  2. Coup de gueule contre TF1 à quelques jours de la diffusion tronquée du GP du Canada de F1 !
    http://goo.gl/fb/P5Jxo

  3. Pingback: Formule 1 – Tout sur la saison 2011 avec le livre de Christophe Malbranque (TF1) « En Pleine Lucarne

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