Avez-vous déjà lu une interview de Bixente Lizarazu où l’on ne parle pas de football ? Eh bien En Pleine Lucarne a réussi l’exploit de vous prouver que c’était possible et tout aussi passionnant. Comment ? En demandant au journaliste sportif le plus médiatique ou médiatisé de France – il travaille sur TF1 (Téléfoot et commentaires), RTL (Club Liza chaque lundi soir) et l’Equipe – de se confier sur son nouveau métier, sur sa reconversion professionnelle.

Comment la vit-il ? Comment juge-t-il son travail et cette profession dans laquelle il est désormais un acteur majeur et non plus un simple intervenant en plateau ? A quel avenir pense-t-il ?

Interview avec un journaliste dont l’un des exemples est Jean-François Zygel, le prof de musique classique de France Télévisions, et pour qui le dictionnaire est devenu un livre de chevet !

On vous aura prévenus : un Bixente Lizarazu comme vous ne l’avez pas souvent vu.

Deux saisons après tes arrivées simultanées sur TF1 et RTL, tu es aujourd’hui considéré comme un « homme de média », catégorie dans laquelle tu as été élu « homme de l’année 2010″ par le magazine GQ. C’est vraiment ce que tu penses être ?

De toute façon, le terme de consultant a toujours été un titre qui m’agaçait beaucoup. Aujourd’hui, on parle d’homme de média, et je trouve, en effet, que cela me correspond mieux, même s’il est encore difficile de trouver le terme exact pour me qualifier, car je suis à la fois animateur d’une émission, « le Club Liza » sur RTL, journaliste, chroniqueur à Téléfoot, commentateur sur TF1, éditorialiste et, quelque part, encore un consultant. Le terme d’homme de média recouvre ces différentes fonctions et, finalement, reflète bien tout ce que l’on doit apprendre dans le domaine du journalisme sportif. Je fais tout ça.

Dans lequel de ces rôles te sens-tu le plus à l’aise ?

C’est marrant, parce qu’à une époque je pensais que je ne préférais qu’être en plateau, dans le rôle d’éditorialiste. Et, en fait, plus ça va et plus j’aime le commentaire en direct. On se fait des idées sur ce qu’on croit préférer et tu t’aperçois que plus tu pratiques les différents genres, plus tu progresses aussi, et plus tes goûts évoluent. Aujourd’hui, je n’ai pas vraiment de préférences car je suis encore dans la découverte de ces aspects du métier et ils me plaisent tous.

La seule préférence que je peux avoir, c’est le rôle que je joue dans « le Club Liza », sur RTL. Mais c’est normal parce que c’est mon émission, je la maîtrise de A jusqu’à Z. Et puis je suis quelqu’un de très indépendant, qui recherche la liberté totale, ce que j’ai sur cette émission radio. Sur RTL, j’ai mon petit truc à moi.

Le « Club Liza« , c’est donc ce qui te correspond le mieux ? C’était pourtant loin d’être évident pour toi de devenir animateur.

C’est sûr que c’était loin d’être évident. Au début même, ça été chaud, chaud, de devenir animateur, présentateur. Je n’avais jamais fait ça. J’ai du beaucoup travailler, j’étais hyper tendu, je suivais mon conducteur d’émission à la lettre, je n’arrivais pas toujours trop à m’en sortir. Puis, à force, tu arrives à te libérer de l’émotion et tu deviens naturel. J’ai trouvé assez rapidement mes marques, bien aidé par toute l’équipe de l’émission.

Mais, encore une fois, pour en revenir à mes différentes activités, j’ai eu la possibilité d’avoir mon émission sur RTL et, de l’autre côté, je commente les plus grands matchs, les plus grands évènements sur TF1. Et plus je commente, plus j’aime ça. Rappelez-vous quand même que ça ne fait que la 2e année que je fais vraiment du commentaire de match.

Ce qui est important à mes yeux, c’est que partout où je travaille, que ce soit à TF1 ou à RTL, j’ai mon espace de liberté et je traite des sujets qui m’intéressent. J’ai trouvé un très bon équilibre.

J’imagine que « Club Liza« , avec son rythme hebdomadaire, t’a permis de progresser rapidement ?

Oui, c’est sûr. Sans oublier l’expérience de la coupe du monde en Afrique du Sud avec TF1, parce que j’y ai été extrêmement sollicité par les JT de 13h, les 20h, les éditions spéciales, avec l’actualité que l’on a tous connue, sportive et extra-sportive. Ce rythme très soutenu a accéléré mon apprentissage.

Mais le « Club Liza« , c’est un peu comme mon centre de formation, c’est mon école permanente. J’y expérimente un peu tout et sa fréquence hebdomadaire m’a sans doute aussi permis d’être plus à l’aise à la télé. Car, pour moi, passer au 20h de TF1 n’a jamais été un exercice facile. Parce que tu as deux minutes à peine pour tout dire et parce que, mine de rien, c’est le 20h, un moment important d’information qui te met une sorte de pression supplémentaire. Cette coupe du monde avec TF1 m’a fait avancer. On aimerait qu’il y ait tout le temps des coupes du monde comme ça quand on exerce ce métier (rires). Journalistiquement parlant, c’était tout de même passionnant.

Le fait qu’il n’y ait pas de caméras dans le studio de RTL a-t-il aussi permis de progresser plus vite ?

La question est très intéressante, car derrière tu me demandes en fait si j’aurais pu animer une émission de télé dès mes débuts. Il est évident que la problématique de la télé est différente de celle de la  radio à cause, notamment de l’image. Je ne sais pas si j’aurais pu le faire comme je présente « Club Liza« . En télé, comme j’y étais surtout en tant qu’éditorialiste ou consultant, j’ai toujours été dans l’improvisation. En radio, au contraire, je peux m’appuyer sur de l’écrit, je peux jouer sur les mots, compter sur une préparation. En télé, je ne peux pas faire ça, ou alors en utilisant un prompteur. Mais je ne sais pas faire ce genre de choses. Je ne me sens pas à l’aise avec ça.

Mais, encore une fois, c’est une question d’entraînement. Il faut que j’apprenne à regarder mes notes et en même temps à lever la tête vers la caméra. C’est comme en football. Au début, tu as tout le temps la tête baissée, à regarder uniquement tes pieds, concentré sur ton ballon. Et plus tu progresses, plus tu lèves la tête, tu regardes où sont tes partenaires, et à la fin tu ne regardes même plus ton ballon. Je pense que c’est exactement la même chose pour la télé.

Tu as connu ça à la radio aussi ?

Oui. Aux débuts du « Club Liza« , j’avais du mal à sortir le nez de mon conducteur. Il faut y aller progressivement. C’est pour ça que je pense qu’un jour je serai capable d’animer une émission en télévision, mais il faut me laisser le temps. Il n’est pas question pour moi de me jeter dans le grand bain n’importe comment. Il y a un apprentissage obligatoire et je pense que la radio, à ce titre, représente une excellente formation. D’abord parce que ça m’a appris à construire une émission, à l’animer, à la faire vivre, à écrire un conducteur, à faire des interviews. C’est déjà très bien car on suit un peu le même principe en télé. Et puis, à la télé, c’est tout de suite une grosse machine qui se met en place. Il y a plein de monde, alors qu’en radio, tu poses un micro, tu prends un réalisateur et c’est parti.

Finalement, le talk te conviendrait bien si on devait te proposer quelque chose…

Pourquoi pas, oui, un jour, une émission autour du foot, à ma façon. Mais on verra, il n’y a rien qui presse et je ne suis pas prêt. Et puis il est vrai que j’ai un peu tendance à ne jamais faire attention où est placée la caméra (rires), il faudrait que je fasse un effort. Ce que je vais dire est une évidence, mais c’est tellement vrai : l’image c’est important en télé. Mais je bosse sur le sujet (rires).

Oui, ça se voit, même au niveau du look (rires). Ca a du te faire tout drôle de te mettre en costume pour GQ !

Grave ! Je me suis éclaté à faire la séance photo. Passer à la télé m’a permis de prendre conscience de l’image que je renvoyais. Jusqu’à présent, je ne m’en souciais pas. C’est sûr qu’il y a trois ans, quand je me levais le matin, j’enfilais un tee-shirt et ma garde-robe n’était pas très fournie (rires). Mais à force d’être entouré de maquilleuses, de stylistes, de marques de fringues, j’ai appris, non pas à me créer une image, car je suis quelqu’un d’avant tout naturel, mais j’ai appris à découvrir des styles et des vêtements qui me convenaient bien, à me créer un style qui me corresponde. Aller sur un plateau en costume-cravate, je ne pourrai jamais, mais chercher à bien m’habiller tout en conservant ma nature, ça me plaît de plus en plus.

Tu cumules RTL, TF1 et l’Equipe, les trois plus grands média dans leur domaine. Ton influence médiatique est énorme. As-tu conscience que, dès que tu t’y exprimes, cela a un impact important sur le grand public ? Un peu comme quand Zidane parle et qu’il est immédiatement repris par tout le monde ?

Je vais répondre par Oui et par Non. Oui, j’ai conscience de ça et ça m’impose du coup une vraie rigueur, ça m’impose de travailler pour être prêt sur tous les sujets que je peux aborder. Quand je prends la parole quelque part, c’est que je suis parfaitement au courant des sujets, c’est obligé.

Et Non, je ne m’auto-censure pas pour autant, malgré l’importance des médias pour lesquels je travaille, car il faut garder de sa nature, de sa spontanéité. Une partie du public attend aussi ça de moi, que je dise ce que je pense, que je m’engage, tout en réprimant un peu l’émotion. C’est la facette éditorialiste de mon métier. Et il faut assumer le fait qu’obligatoirement mon avis, mon opinion, va plaire, bien sûr, mais surtout ne va pas plaire à un certain nombre de personnes.

A chaque fois que je prends position, je crée une division dans l’opinion des auditeurs ou des téléspectateurs. C’est comme ça, on ne peut pas plaire à tout le monde et ce n’est pas mon objectif. Je ne vais pas aller dans un sens pour qu’on m’apprécie. Je vais dans le sens de mon instinct, de mes convictions. Ce n’est que mon avis, mais c’est ce qui me différencie ou me caractérise. Mais, avec l’expérience que j’ai aujourd’hui, j’arrive à prendre du recul, à dépassionner les débats, à apparaître comme quelqu’un de sérieux, qui travaille ses interventions.

Depuis tes débuts sur Canal+ comme consultant, à aujourd’hui, ton ascension a plutôt été fulgurante non ? En quoi, 3-4 ans ?

Pas au début. Pas les deux premières années car, quand je regarde un peu en arrière, sur Canal+ par exemple, il est vrai que je prenais le truc un peu à la cool, parce que je sortais de 20 ans de carrière de footballeur et que je ne savais pas encore quelle serait ma reconversion. Mais quand j’ai vraiment su que je voulais m’orienter sérieusement dans les médias, alors je me suis mis à vraiment travailler. C’est pourquoi je pense que ces deux dernières années j’ai beaucoup plus progressé que lors des deux premières. De par mon implication, mais aussi parce que j’ai accepté le Club Liza et TF1, ce qui m’a donné une somme de travail importante et des responsabilités vis à vis du grand public. Tout ça m’a forcé à toujours être sur le coup. Et pour être sur le coup, être crédible et toujours sur l’actualité, il faut bosser, il n’y a pas de secrets.

Pour progresser, t’es-tu inspiré du travail de certains professionnels qui t’entourent ? Tu cites souvent Jean-Michel Apathie (chroniqueur politique de RTL) en exemple.

Oui, bien sûr. Je passe beaucoup de temps à écouter les conseils, que ce soit sur TF1 ou RTL, à observer les autres, à essayer de retenir des petits trucs qui apportent un plus. Au Club Liza, je suis entouré par Christian Olivier, le patron de sports, et par deux jeunes journalistes talentueux. Pendant les premières émissions, ils ne m’ont pas lâché une seconde, ils m’ont appris à faire un conducteur, etc… Puis ils m’ont fait confiance. C’était quand même osé de la part de RTL de me donner une émission d’une heure, de 20h à 21h, à une heure d’écoute importante.

Je cite aussi jean-Michel Apathie en référence parce que ce journaliste arrive à t’intéresser à la politique même si au départ ce n’est pas un domaine qui t’attire. C’est fort d’arriver à ça. Alors je l’observe pas mal. J’adore aussi le côté pédagogue de Jean-François Zygel, qui présente une émission de musique classique sur France Télévisions. Lui aussi il arrive à t’intéresser à un genre musical que tu pensais ne pas aimer du tout avant de le voir. J’apprends beaucoup en le regardant car il a un vrai talent. D’une manière générale, j’essaye de m’imprégner de ce qui est bien chez les autres.

Et quels sont tes points faibles aujourd’hui ?

Aujourd’hui, par exemple, si je devais animer une émission télé, même j’estime qu’il est encore trop tôt pour que je le fasse, il faudrait que j’apprenne à regarder une caméra quand je parle. Pour moi, regarder une caméra n’est pas un réflexe naturel. Je n’arrive vraiment pas à m’imaginer que, derrière,  il y a des gens à qui je m’adresse.

J’ai aussi des progrès à faire sur les interviews que je réalise pour Club Liza ou Téléfoot. Mes questions sont parfois trop longues. Je n’arrive pas encore à toujours donner le bon tempo après la réponse de mon invité ou alors à lui apporter une sorte de contradiction ou de relance. En fait, je suis un peu prisonnier de mes différentes casquettes, entre chroniqueur, éditorialiste, journaliste, etc… Parfois, je les mélange. Je commence tout juste à arriver à séparer tout ça pour ne pas parasiter le rôle que je dois tenir quand je fais des interviews.

Et les mots, que ce soit à l’oral ou à l’écrit ? Tu es arrivé à te faire amis avec ? Tu aimes jouer avec ?

J’adore !!! J’adore ça !!!! Je passe énormément de temps à écrire. A titre personnel, je tiens un cahier où je note tous les jours ce qui m’a marqué, ce qui m’a intéressé, des idées, des angles. Ensuite, un truc que j’ai découvert et que j’adore aussi, c’est écrire un sommaire, un lancement de sujet et rédiger seul les conducteurs de mes émissions. C’est un exercice passionnant car tu apprends à faire vivre une émission sur le papier avant même de prendre le micro. Tu dois y mettre de l’humour, de toi, des changements de ton, de rythme, etc… Ca me procure un énorme plaisir de réussir à faire ça.

Je trouve le pouvoir des mots fabuleux. C’est un exercice très difficile et plus tu le fais, plus tu progresses, plus c’est excitant de choisir ses mots. D’ailleurs, comme tous les journalistes j’imagine,j’ai toujours un dictionnaire à côté de moi, que je consulte très souvent pour trouver les mots justes, faire des phrases qui ont de l’impact, qui soient précises. C’est d’autant plus important qu’aujourd’hui les gens m’écoutent et, parmi ces auditeurs ou ces téléspectateurs, ils sont nombreux à relever le moindre mot, la moindre chose, le moindre défaut. J’adore.

Tu as toujours revendiqué faire les choses et en changer, par plaisir, par instinct. Journaliste sportif, c’est une passade ou une vraie voie professionnelle ?

Non, c’est sûr que si je vis pour le plaisir et que je n’ai jamais eu de plan de carrière, mais je suis trop frais dans ce métier là pour en avoir marre dans un an ou deux. J’ai l’énorme chance de concilier la télé avec TF1, la radio avec RTL et la presse écrite avec l’Equipe. Il est impossible que je me lasse avec tout ça, car ce supports médias entretiennent chacun à leur façon, chacun leur tour et de façon quotidienne, mon plaisir et l’envie de travailler. Ils m’apportent chacun de la nouveauté tous les jours. Et, surtout, ils me laissent la liberté à laquelle je tiens tant. Et puis ça me passionne.

On verra dans dix ans si je connais un phénomène de lassitude. Mais pour le moment c’est loin d’être le cas car je vis au rythme de l’actualité, ce n’est jamais la même, je suis dans un domaine d’activité toujours vivant, toujours en évolution et j’ai encore plein de choses à y faire. Et puis j’ai toujours la possibilité, si l’un de ces supports ne m’apporte plus autant de plaisir ou de nouveauté, d’arrêter pour me consacrer un peu plus à un autre.

Donc tu n’auras pas le temps d’aller t’inscrire sur la liste de Nicolas Hulot – c’est une blague -, toi le défenseur de l’environnement ?

La défense de l’environnement, de la mer en particulier, pour tout ce qu’elle m’a apporté dans la vie, a toujours fait partie de mes préoccupations quotidiennes. Mais mon engagement n’est pas un métier. Il est plus à considérer comme une contribution personnelle, par mon attitude ou mon comportement au quotidien, car il est bien évident que mon métier me prend beaucoup de temps, que j’ai aussi besoin de faire du sport à côté pour m’entretenir, parce que je suis encore un compétiteur dans l’âme et que j’ai besoin de ça et, enfin, j’ai une famille. Mais je m’impose toutefois de participer à quatre-cinq opérations par an pour soutenir ceux qui oeuvrent au quotidien.

propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc pour En Pleine Lucarne (mention obligatoire)

Photos RTL : (Crédit Abaca Press pour RTL)

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Vincent Rousselet-Blanc

(8) Readers Comments

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  5. oui la premiére radio de FRANCE §§§§§§§§§ BONNE JOURNEE

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  7. Belle itw mais j’ai juste une chose à dire. Tu dis qu’il s’exprime dans les 3 plus grands médias. Mais en radio, pour le foot, RMC > RTL. En audience (L’After Foot est la 2eme émission de radio le France, tous styles confondus derrière Skyrock. Et en qualité.

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