Entretiens EPL Football Les News — 05 avril 2011

Look impeccable, phrasé qui l’est tout autant, un sérieux et une retenue dans l’émotion dignes d’un présentateur du JT de 20h… Ceux qui ne connaissent pas Grégoire Margotton pourraient avoir un peu de mal à deviner que ce journaliste de 41 ans est un commentateur foot, qui plus est le N°1 de Canal+. Pour savoir qui se cache réellement sous le costume du commentateur des grands matchs de Ligue 1 et du chef d’orchestre des soirées Ligue des Champions (avec Nathalie Iannetta), je lui ai donc proposé une interview à la sauce « En Pleine Lucarne » : longue, décontractée, sans langue de bois. Inutile de vous dire encore une fois, que j’ai découvert un journaliste très sympathique, humble et au parcours qui  explique bien des choses sur sa personnalité à l’antenne. A vous de vous faire votre idée.

A l’antenne, tu es peu démonstratif, pas l’attitude d’un présentateur qui pourrait pourtant se lâcher un peu vu ton statut.

Question d’éducation sans doute. Je suis issu d’une famille de vrais intellos qui considèrent que le télé est un objet satanique et que travailler à la télé, ce n’est pas un métier. (rires) Je me souviens de mon grand-père, lorsque j’ai commencé à commenter des matchs de foot, il me demandait : « mais quand présenteras-tu le 20h ? ». Je lui répondais : « peut-être un jour, je comprends que ça fait plus sérieux, mais ce n’est pas vraiment mon ambition ». Quand j’étais au CFJ (centre de formation des journalistes), je me prédestinais à travailler en agence. Je voulais aller chez Reuters. Alors, quand tu me dis que je parais discret, c’est vrai. La devise « vivons heureux, vivons cachés » me convient parfaitement.

Résultat, tu t’es orienté vers le sport et tu es devenu très exposé à l’antenne. Une sacrée erreur de parcours non ? (rires)

Mais j’aimais le sport quand j’étais gosse. Tous les sports, pas que le foot. Le foot, je n’y jouais que dans la cour de l’école avec mes copains. En fait, mon truc c’était la politique ! J’étais un malade politique. Quand j’avais 10 ans, je regardais tous les débats télévisés, les Giscard-Mitterrand, etc. Je voulais faire Sciences Po, à Lyon, mais je n’ai pas réussi. Je me suis retrouvé en fac de langues sans trop savoir où je voulais aller. Puis, lors de ma licence, je suis parti un an étudier à Liverpool et grâce à l’Anglais, j’ai atterri au CFJ à Paris… J’ai tout fait comme ça, je me suis retrouvé là où il ne fallait pas me retrouver comme dans la plupart des parcours de vie professionnelle, j’imagine. Mais même au CFJ, je voulais devenir journaliste politique. Je me faisais les sorties de conseil des Ministres à Matignon…

Pourquoi ne pas avoir continué dans cette voie ?

Parce que tout à coup, je me suis rendu vite compte qu’attendre deux heures dans la cour de Matignon pour recueillir une réaction n’était pas mon truc. Ca m’a vite lassé. Maintenant, il y a longtemps que je ne suis plus dans l’état d’esprit de me dire, « je ne voulais pas devenir journaliste sportif, etc. » J’ai pris le risque de faire ça et j’y prends beaucoup de bonheur… tout va bien !

De la politique au sport, la marche est plutôt grande à franchir non ?

La transition s’est faite en 2e année de CFJ quand Charles Biétry, qui était chef du service des sports de Canal+, est venu au chercher deux stagiaires. Charles avait étudié au CFJ et se disait que c’était le bon endroit pour trouver deux jeunes journalistes formés, capables de rendre service dans l’urgence. C’était en 1992, au moment des Jeux Olympiques. La rédaction était partie à Barcelone, il n’y avait plus grand monde à Paris. Biétry avait besoin de deux gamins capables de monter des petits sujets d’une minute en cas d’actualité sportive autre que celle des JO. J’ai donc été pris avec Vincent Radureau. On n’a rien fait pendant deux mois car il n’y avait que les JO (rires).

Et tu y es resté…

Oui. A la fin du stage, Charles n’avait pas grand chose à nous proposer, mais voulait nous garder. Finalement, j’ai enchaîné un, deux, trois CDD, puis on a été engagé à Canal avec Vincent. Dans notre vie, on a tous quelqu’un envers qui être reconnaissant de nous avoir permis de vivre ce que l’on vit, moi, c’est Charles Biétry ! En plus, ça m’a permis de rencontrer ma future femme, qui travaillait Canal ! Pour revenir aux débuts, on faisait des petits sujets ou des « secours » comme on dit. Par exemple, j’ai passé un mois à couvrir toutes les soirées NBA jusqu’à 5 heures du matin. J’étais là au cas où. Comme j’adorais le basket, c’était énorme ! C’était à l’époque de la finale entre les Chicago Bulls contre les Trails Blazers, Michael Jordan contre Clyde Drexler. C’était juste après l’époque de Magic Johnson (Lakers) et Larry Bird (Celtics Boston). Exceptionnel ! Vers 6h du mat, je prenais un taxi pour rentrer chez moi. Il faisait nuit, tout était calme, j’arrivais dans mon deux pièces d’étudiant, et je me sentais comme le roi du monde.

Et le foot alors ?

En fait, j’ai eu la chance d’être là au bon moment, au bon endroit, comme on dit, puisque tout de suite après les JO de Barcelone, Canal lance l’idée de « Jour de Foot » : présenter aux abonnés des résumés de deux, trois, quatre, huit matchs, une demi-heure après la fin des rencontres. On a donc fait des essais immédiatement après Barcelone. Vincent Radureau et moi on faisait partie de ces tests. J’ai couvert un premier match qui devait être St Etienne-PSG, début août 1992. Et ça a fonctionné. Très rapidement, j’ai enchaîné les résumés pour « Jour de Foot ». Puis, en novembre, Canal m’a proposé de commenter des matchs pour en faire des résumés dans l’Equipe du Dimanche, histoire de voir ce que ça donnait. Ce premier match commenté, c’est d’ailleurs le seul dont je me souvienne avec précision. Les autres, ne me demandes pas, je ne sais pas combien j’en ai fait, ni quand… Celui-là, donc, c’était le 8 novembre 1992, la veille de mes 22 ans : Inter de Milan-Sampdoria à San Siro. J’étais tout seul à commenter, c’était un match horrible, 0-0, il faisait froid et gris à Milan, c’était terrible. Bref, je l’ai commenté. De fil en aiguille, je suis parti tout seul, tous les week-ends pendant 7-8 ans, en Angleterre essentiellement. Je passais mes week-ends à commenter les matchs de Cantona, etc. Je faisais aussi beaucoup d’interviews sur le terrain, dans le rôle que tient Paganelli aujourd’hui. Mais je ne me souviens plus du jour où l’on m’a demandé de faire un commentaire complet, avec un consultant… Je me rappelle juste que vers 1997, Charles Biétry est venu me voir et m’a demandé : « tu voudrais commenter les matchs avec moi cette année ? » Je n’allais pas répondre non quand même (rires). Et on a travaillé ensemble une partie de la saison. Quand je vois ça aujourd’hui (il écarquille les yeux)… J’avais 24 ans, j’en faisais 18 (rires) et Biétry avait déjà les cheveux blancs… On formait un duo assez bizarre. Puis, j’ai été associé à Olivier Rouyer. On commentait le 2e match car à l’époque on avait le droit de diffuser deux ou trois matchs de Ligue 1 entre le samedi et le dimanche. Dans les années 2000, on a partagé les commentaires de match avec Thierry Gilardi avant qu’il ne parte à TF1, puis avec Denis Balbir avant qu’il ne parte pour Orange Sport.

« Parfois, je n’arrive pas à me dire que derrière la caméra il y a des gens qui regardent. »

Quand tu as compris que tu commençais à devenir commentateur et moins un journaliste qui fait des reportages, de l’actu…ça ne t’a pas inquiété de t’orienter dans cette voie ?

Non. D’abord parce que le commentaire c’était très nouveau pour moi, je n’en avais jamais fait. Bien sûr, à la télé, c’est bien de faire des reportages, des sujets, des portraits de joueurs, de pouvoir réaliser un documentaire sur Manchester, le foot et la musique, ou d’aller faire une interview importante, ce que j’ai fait en parallèle. Mais au final, quand tu y réfléchis bien, le sport est l’un des tous derniers domaines à la télé où le direct est roi. Tu ne connais pas le début du scénario, ni le milieu, encore moins la fin. Ce n’est jamais répétitif, c’est toujours un bonheur. Et puis, au début, je n’étais pas fou. Le commentaire ne représentait pour moi qu’une sorte de petite musique régulière, mais il y avait Gilardi et les autres et je savais que je ne commenterais pas les gros matchs tout de suite. J’ai donc pris le temps de progresser et j’ai beaucoup bossé sur d’autres choses…

Le commentaire restait quand même le moyen d’être exposé à l’antenne, un moyen de reconnaissance… L’égo c’est important quand on fait de la télé…

(il se redresse) Oh la la non ! Passer à la télé n’a jamais été quelque chose de naturel pour moi ! Encore aujourd’hui, parfois, je n’arrive pas à me dire que derrière la caméra il y a des gens qui regardent. Ca me dépasse complètement. Maintenant, je ne vais pas te mentir, j’ai une chance folle car aujourd’hui à Canal je suis le seul à pouvoir combiner les deux exercices, le commentaire des grands matchs de L1 et la présentation en plateau des grandes soirées de Ligue des Champions, comme Thierry Gilardi à l’époque. Je trouve donc cet équilibre assez parfait.

« Je n’ai jamais pris autant de plaisir professionnellement qu’aux JO de Pékin »

Ne connais-tu pas parfois un sentiment d’overdose, le besoin de t’échapper un peu de ce sport ?

Si, bien sûr. Il m’arrive régulièrement de vouloir prendre un peu de recul par rapport au foot, de m’oxygéner. J’ai la chance de pouvoir le faire avec l’athlétisme. Récemment, j’étais au meeting de Liévin par exemple, pour Sport+. C’est un autre milieu, d’autres sportifs, d’autres comportements, d’autres relations, je prends mes distances avec les footballeurs, c’est une respiration, ça me fait du bien. Et puis il y a les jeux Olympiques. J’adore commenter les grands matchs, mais les dix jours passés avec Jean Galfione et Renaud Longuèvre dans le stade olympique de Pékin, c’était une expérience fantastique. Je crois que pendant ces dix jours je n’ai même plus pensé à ma famille, à mes enfants. Je ne pensais qu’à mon boulot et je n’ai jamais pris autant de plaisir professionnellement. Je ne sais même pas si j’en prendrai encore autant un jour. A tel point qu’en rentrant de Pékin, j’ai fait une dépression post-JO (rires). Fin août, je devais pourtant commenter un St Etienne-Lyon,un gros derby, passionnant. Mais non, j’avais encore cette expérience des Jeux en tête. C’était horrible. Je me demandais : « que vais-je bien pouvoir vivre de fort maintenant après avoir vécu ça ? ». Donc, aujourd’hui encore, m’évader sur de l’athlétisme me fait énormément de bien.

Ca change des fameux « feuilletons » sportifs chers à Canal ?

Oui, le feuilleton, c’est la marque de fabrique Canal, que ce soit la L1, les championnats étrangers, le rugby, etc. En athlétisme, on avait la Golden Ligue, mais reprise par Orange Sport, excepté les meetings de St Denis et Monaco, les deux beaux meetings français, qu’on a conservés. J’espère qu’on récupèrera un jour toute la Golden Ligue, c’est une évidence, car nous avons trois quatre champions français de niveau mondial capables de nous faire vibrer.

Et les JO 2012 de Londres approchent…

Les JO ce n’est pas comme la coupe du monde de foot. Humainement, professionnellement, c’est différent. Et puis la dernière coupe du monde ne fut pas terrible. Et pour les gamins de 10 ans pour lesquels elle constituait leurs premiers souvenirs de foot, ce ne seront probablement pas de grands souvenirs excepté deux, trois vertus de jeu et de simplicité.

« On ne peut pas taxer Canal de fermer les yeux ou de ne pas retranscrire ce qu’est la vérité d’un match. »

Ce ne doit pas être évident de commenter des matchs qui ne sont pas à la hauteur des attentes…

D’une façon générale, quand je commente, je m’attache d’abord à mettre l’accent sur des choses positives. Maintenant, si le match est vraiment mauvais et qu’il ne se passe rien, on ne va pas se voiler la face. Et puis, devant leur télé, les abonnés le voient bien. On ne peut pas taxer Canal de fermer les yeux ou de ne pas retranscrire ce qu’est la vérité d’un match. De plus, la chaîne a engagé des consultants qui disent plus facilement ce qu’ils pensent. Aujourd’hui, je nous trouve honnête dans le commentaire. Il n’empêche que même dans ses moments de moins bien, même à moins haut niveau, la Ligue 1 reste intéressante car chaque abonné supporter y trouve son intérêt, que ce soit de l’inquiétude si l’on aime Monaco ou du suspense et de l’excitation pour le titre, si l’on est Lillois ou Marseillais. Et ce feuilleton, ça restera notre base parce que c’est dans notre esprit, c’est dans nos gènes que de proposer un tel feuilleton : le Clasico PSG-OM, il doit être sur Canal ! Le Lyon-Lille, s’il est pour le titre, il doit être sur Canal. Et puis l’ensemble du monde professionnel du foot, des joueurs au président, sait que la Ligue 1 c’est Canal+. Ce n’est pas qu’un slogan, c’est comme ça depuis longtemps.

Commenter un match de foot, est-ce toujours la même chose ?

Comme tout le monde, je dois avoir quelques réflexes de commentateurs que mon cerveau a enregistrés et que je ressors pendant une situation de match particulière. Cela doit arriver, mais je ne me réécoute jamais et, dans l’ensemble, chaque match apporte un commentaire différent. déjà parce qu’aucun match ne se ressemble, ensuite, parce qu’on ne commente pas de la même façon en fonction du consultant qui est à côté de nous. Et ils sont souvent différents. J’ai eu la chance d’alterner avec Christophe Dugarry, Olivier Rouyer, Elie Baup, etc. Certains sont plus humains, d’autres plus techniques ou plus intellos dans leur approche du foot ou dans leur analyse tactique. Par exemple, j’ai beaucoup apprécié travailler avec Claude Le Roy parce qu’il m’a appris plein de choses, il m’a fait progresser.

Au CFJ, quand je présentais les journaux, on m’appelait « Télé Pompes Funèbres » !

Puisque l’on parle de ta façon de commenter, je suis assez étonné par ton calme, ton sérieux pendant les matchs. Là où certains s’emballent, toi tu restes dans la maîtrise des émotions, tu n’extériorises pas tes sentiments.

D’une manière générale, lorsque je travaille, assez naturellement, je quitte l’émotion. Parce que si je ne quitte pas mon émotion, je pense que je vais faire comme beaucoup de reporters sportifs à savoir que leur analyse ou leurs commentaires risquent de devenir plus importants que ce qui se passe à la télévision. Un match, c’est avant tout de l’image, un but, un geste technique, une belle action, une performance. Et si mon rêve n’est bien sûr pas un match sans commentaire, on oublie quand même un peu que le principal à la télévision c’est ce qui se passe à l’image. En fait, en en parlant avec toi, je ferai bien une analogie entre le foot et le commentaire sportif. Au foot, un joueur va faire un, deux trois contrôles, un deux trois gri-gri avant de faire la passe alors qu’un autre joueur va juste regarder et la passe partira immédiatement. La passe sera la même, mais le résultat est meilleur, car dans le second cas l’action va aller plus vite. Le commentateur c’est pareil. Il y a ceux qui utilisent vingt mots pour décrire une action et d’autres qui tentent d’en trouver cinq, mais justes, plus efficaces.

Ok, mais si le match n’est pas génial, le commentateur ne doit-il pas faire vivre les moments creux ?

Les moments creux d’un match sont aussi importants que les moments d’émotions. Dans un moment creux, il peut se passer plein de choses. On n’est pas obligé de les combler par la parole. Cela peut aussi passer par un sourire. je l’ai appris à l’école et depuis. Quand tu commentes avec le sourire, ta voix change, les téléspectateurs le sentent. J’essaye de le faire le plus possible car je suis d’une nature assez renfermée. Je te dis ça car au CFJ, quand je présentais les journaux, on m’appelait « Télé Pompes Funèbres » ! C’était mon surnom. Super agréable n’est-ce pas ? (rires). La base du commentaire, c’est le changement de rythme, comme dans n’importe quoi, que ce soit dans l’écriture d’un livre ou dans un doc télé. Au foot, le changement de rythme t’es donné par l’action de jeu. Ton commentaire n’est qu’un accompagnement. Aller chercher une analyse ou donner une vérité quand on en a besoin, ce n’est pas accompagner le jeu et on prend alors le risque de polluer le match. La pollution sonore peut très vite arriver, oui. Parfois, je me sens pollueur et je m’auto-censure.

« Parfois, un match se suffit à lui-même »

Les statistiques, la palette, les interviews près du banc de touche, etc… ça peut aussi contribuer, à mon sens, à une certaine « pollution » du match. Qu’en penses-tu ?

C’est la patte Canal. On en a ajouté, on en a retiré aussi, ce qui ne marchait pas ou ne plaisait pas. On apporte de l’info et on essaye toujours de s’adapter au match. Pour ma part j’essaye toujours d’avoir le réflexe de ne pas trop en faire. Un bon commentateur doit donner de l’intérêt au match et un consultant doit très peu intervenir, mais doit toujours le faire à propos, quand c’est important. Parfois, le match se suffit à lui-même, il n’y a plus besoin d’intervieweur, plus besoin de palette, plus besoin de rien. Ca arrive par moment. Un jour, lors d’un match où, à la 75e minute, il y avait 2-2 et que la fin de partie était très chaude, j’ai demandé à Paganelli de ne pas faire d’interviews, de nous laisser le match se dérouler, que les gens profitent de cette tension.

On a l’impression que le métier de commentateur a énormément évolué en vingt ans.

Oui ! Il y a vingt, trente ans, c’était sans doute plus simple d’être commentateur. Aujourd’hui, je dois à la fois avoir du recul et être dans le match. Cette dichotomie est super intéressante à vivre.

Aujourd’hui, tu es le commentateur vedette de la chaîne du foot, donc une grosse responsabilité, en terme d’image tout du moins. Tu vis une pression particulière vis à vis de ça ?

Ecoute, j’ai mis 15 ans à arriver là et jamais je ne m’étais posé la question. Mais, c’est marrant que tu me demandes ça car depuis six mois j’ai ces questions là en tête et je ne sais pas du tout comment réagir par rapport à ça. Je commence à me rendre un peu compte de ce statut quand dans les stades certains supporters m’arrêtent pour me dire : « ah, la voix du foot…Grégoire Margotton… ». Ce sont toujours des choses positives, donc je prends le bonheur qu’il y a à prendre là-dedans, mais sinon, dans l’ensemble, je n’arrive pas à mesurer tout ça…

… »La voix du foot », c’est un vrai compliment, un peu comme si on te comparait à Thierry Roland, lui aussi voix du foot, quoi qu’on en pense…

(la conversation s’emballe) Non, non, j’en suis très très très loin ! Je ne suis que le commentateur régulier de Canal+ depuis deux trois ans et un petit point de repère dans le cerveau des gens depuis 19 ans à Canal+. Les abonnés savent que j’ai fait du basket, de l’athlétisme, du foot, que j’ai fait plein de choses sur Canal. Peut-être aussi qu’on pense ça à l’extérieur parce que je suis un peu l’un des derniers des Mohicans quand même ! Thierry Gilardi n’est plus là, Denis Balbir est parti, Biétry aussi, plein d’autres qui ont eu l’image Canal et qui ne sont plus là. Je me dis que, finalement, après 19 ans de présence, les abonnés qui me voient les dimanches et les mardis ou mercredis se disent « Margotton c’est un tête d’affiche de la chaîne ». De mon côté, je n’arrive pas à m’y faire et ça ne m’intéresse pas, même d’y penser. Le seul baromètre de popularité dont je tiens compte est celui des relations avec ma hiérarchie. Et de ce côté-là, c’est assez royal, j’ai la paix, une liberté totale. Personne ne m’appelle pour me dire « c’était pas bon » ou « c’était bien ».

Pas facile pour progresser de ne pas être critiqué. Mais bon, tu as l’image d’un bosseur. J’ai lu une phrase de Karim Nedjari, le directeur de la rédaction des sports, qui disait : « une phrase de Margotton, c’est deux jours de travail… »

(rires) Il se trompe. Ce n’est pas que je ne travaille pas, car je travaille fondamentalement mes matchs, techniquement, tactiquement, les infos, etc, mais ma façon de commenter est instinctive, naturelle.

« Si un soir de titre, il y a un journaliste qu’on lance dans la piscine avec les joueurs et qui continue à faire ses interviews, ce sera moi. »

C’est peut-être qu’on tient vraiment à te coller l’image du mec hyper pro, sérieux, du premier de la classe ?

Je sais aussi rigoler tu sais (rire). Bon, il est sûr que si un soir de titre, il y a un journaliste qu’on lance dans la piscine avec les joueurs et qui continue à faire ses interviews, ce sera moi. Pourquoi, je ne sais pas. C’est comme ça. Mais je me dis aussi que si je ne renvoyais que cette image, ça ne marcherait pas auprès des abonnés. J’arrive à me lâcher. Je ne sais pas si tu as vu le match Marseille-Lille que j’ai commenté récemment. Sur le but d’Eden Hazard. Je ne sais pas si c’est parce qu’il y avait deux mois de frustration sans buts en Ligue 1 (rires), mais le ballon vole, vole, vole, jusque dans la lucarne. Et pendant tout ce temps, j’ai crié. Je ne m’écoute pas à l’antenne, mais si je l’avais fait j’aurais pensé : « mais il est fou ce garçon, il est insupportable, je vais changer de chaîne ». Je suis donc capable de beaucoup crier en sport et en foot. Et puis en même temps, cinq secondes après c’est « boum », je suis redevenu sérieux. Quand j’étais jeune j’aimais bien les commentaires et les voix de Pierre Cangioni ou de Bernard Père, en basket. J’aime les commentaires élégants. Je te le redis, ma mère est prof de français, latin grec, mon père, prof d’allemand à la fac, ils aiment bien le sport, mais voir un match de foot avec mes parents, dans le milieu dans lequel je vivais, c’était rejeter tout réflexe nationaliste, tout commentaire populiste, etc… Inconsciemment, je me définis comme quelqu’un ayant eu les réflexes inverses d’un Thierry Roland.

« C’est un compliment que de me demander de qui je suis supporter »

Ca ne devrait pas être facile pour toi de commenter un match de l’équipe de France, ou même d’un club français en Ligue des champions, où l’on attend justement un certain engagement, un certain soutien de la part du commentateur, non ?

Oui, tu es obligé. On m’en voudrait de ne pas le faire, mais j’aurai du mal à le faire. Beaucoup de mal. Avec la Ligue 1, j’ai beaucoup plus de recul, de facilités. D’ailleurs, quand les gens dans la rue ou au stade me demandent « Mais vous êtes supporter de qui ? », je prends ça comme un compliment que l’on me fait, car cela signifie que l’on ne décèle pas de parti pris dans mes commentaires. Et si je dois m’enflammer dans un match de l’équipe de France, c’est pour la France que je m’enflammerai, pas contre l’adversaire. Mais je ferai d’abord un travail sur moi-même et je rappellerai à qui veut l’entendre qu’il ne faut pas oublier que ce n’est que de foot qu’il s’agit. Dire, en direct en parlant de l’arbitre, « M. Foot vous êtes un salaud ! », ne serait plus possible aujourd’hui. Je ne juge pas, mais je pense tout simplement que ce n’est plus de notre époque. J’ai vécu un an en Angleterre et j’ai autant d’amour pour les Anglais, les Français, que pour les autres. Je n’ai jamais intégré aucune forme de clichés que l’on pouvait avoir avant du genre « l’Italien est un tricheur », etc…. Je préfère parler de foot, de talents.

« Je ferai de la radio dans ma vie. Pas forcément pour commenter des matchs. »

Cela fait 19 ans que tu es à Canal. C’est un peu ta maison…

Je suis Canal ! Je crois vraiment être dans ce que j’imagine être Canal. Donc ce n’est pas dit que je changerai un jour.

Animer le Canal Football Club, est-ce un exercice qui te plairait ?

Non. En revanche, faire évoluer les soirées de Ligue des Champions que j’anime avec Nathalie Iannetta, ça oui, parce que c’est une émission géniale, avec de grands moments qui dépendent beaucoup des consultants en plateau. Je pense que cette émission est évolutive. On a eu de belles périodes avec Lizarazu, Deschamps. Là, nous sommes en train d’installer quelque chose d’intéressant, mais ce n’est pas facile. Le rôle du consultant est primordial. J’aime ces émissions où le principal reste le match, ce qu’on peut en dire, confronter les idées des uns et des autres. Le fait aussi d’encadrer un direct pendant trois heures, de s’installer dans un canapé avec les abonnés et de vivre la soirée avec eux. Le CFC est une trop grosse machine pour moi. Mais je trouve que l’émission a très bien évolué et sur ce que j’en vois aujourd’hui, quand je ne suis pas sur les terrains, ça me correspond plus aujourd’hui qu’il y a deux ans.

Qu’est-ce qui pourrait vraiment te décider à changer de vie professionnelle ?

La radio ! Depuis que je suis gosse, je n’ai jamais pu faire de la radio. J’étais fan d’Europe 1, quand j’étais jeune. Pour moi, Europe 1 c’est le Canal+ de la radio, c’est lié à ça, à la liberté de ton. Je ne sais pas ce que je ferai dans dix ans, dans quinze ans, mais je sais une chose : je ferai de la radio dans ma vie. Pas forcément pour commenter des matchs d’ailleurs. Gérer un multiplex, animer une émission omnisports, ces choses-là pourraient me plaire.

Propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc pour enpleinelucarne.net. mention obligatoire.

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Vincent Rousselet-Blanc

(13) Readers Comments

  1. Pardon pour la faute sur le nom de Grégoire Margotton. Désole !

  2. Un commenteur,présentateur qui s’appelle Messaoud benterki qui est l’un des meilleurs dans son rôle de présentateur sportif ainsi que animateur,avec une joie très réceptif. Je luis souhaite une grande carrière ce que je n’en doute pas bonne continuation Messaoud et à toute l’équipe Canal+ Et Canal sport.

  3. Je pense que Grégoire Marmoton est le meilleur commentateur sportive de la chaîne Canal+,et très prêt derrière Christophe Dugarry avec c’est analyses très juste et pertinente. L’élève dépassera le maître. Je vous souhaite à tous les deux une grande carrière journalistique sportif et plein d’autres choses. Bonjour à Pierre ménez que j’aime beaucoup Pour ses analyses à sa hauteur. Merci. Numero1:Mg;N*2:Dc;N*3:Mp.

  4. Monsieur Margotton, je pense que en tant que journaliste sportif vous ne devez prendre position dans aucun cas, alors que vous vous extasiez pour une approche de but de Marseille à 15 mètres
    Je pense que vous devriez respecter toutes les équipes et ne pas afficher vos préférences.
    Prenez exemple sur Elie Baup.
    Et la Palette devrait faire la même chose

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  11. Excellent interview qui permet de connaitre un homme qui se fait extremement discret…
    C’est vrai que j’aimerais le voir un peu plus se lacher… on comprend un peut mieux maintenant…
    Il permet de poser le ton et avoir une image totalement professionnelle.. ca fait contraste avec les consultants ^^

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  13. C’est plus RMC la radio où il y a une plus grande liberté de ton… Margotton dans l’After, j’aimerais voir ça :P

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