Football Les News — 13 mars 2011
Peut-être êtes-vous passé à côté des premières interviews d’En Pleine Lucarne. Déconnectées de l’actualité ou épurées par nos soins pour les besoins de ce Replay, elles nous font découvrir des personnalités connues ou moins connues du monde sportif des médias. Voici donc l’interview de Faro réalisée en décembre 2010. Faro, alias Christophe Faraut, n’est autre que l’auteur des planches de dessins qui illustrent les pages de grands magazines de sport. Les lecteurs de l’Equipe Mag, eux, le connaissent déjà bien puisque Faro illustre chaque semaine les pages télé de l’hebdo sportif de sa vision de l’actu.
Vous l’avez compris, Christophe Faraut, 41 ans, est l’un des rares dessinateurs de presse sport en France. Un métier à la fois d’artiste, de journaliste et d’éditorialiste, méconnu. Pour le découvrir rien de tel qu’une interview avec ce dessinateur tout terrain.
Un petit coup de téléphone en Espagne…où il habite. Et c’est parti.
- Bonjour Christophe, on débute par la question la plus classique : ça t’a pris quand de vouloir faire du dessin de presse ton métier ?
…(rires) Et la réponse est toute aussi classique car on a tous commencé pareil, à faire des dessins quand on était gamin. Je n’échappe donc pas à la règle. J’habitais à Nice où je suis né et je me suis vite rendu compte que mes dessins faisaient rigoler les copains, que je me débrouillais pas mal. J’ai continué.
- Tu as donc fait des études dans ce sens…
Pas du tout ! J’ai eu un bac scientifique puis j’ai suivi des études d’électronique en IUT. Je ne savais alors pas du tout ce que je voulais faire à l’époque. Sorti d’IUT, j’ai commencé à bosser en stage dans une entreprise qui s’occupait d’ascenseur et là je me suis dit : « non, ce n’est pas pour moi, pas question ».
- Mais quel métier voulais-tu faire quand tu étais étudiant ?
Je ne savais pas trop, je n’avais pas vraiment d’idée. Je ne me suis pas trop posé de questions pendant mes études. J’ai fait de l’électronique, histoire de faire quelque chose. Ces questions me sont venues un peu trop tard en fait. Heureusement, ça a marché pour moi. Du coup, après ce stage, et avec mes bases scientifiques, je suis parti en Belgique, à Bruxelles, dans une école de technique audiovisuelle. Et de la technique je me suis vite dirigé vers l’artistique en réalisant du dessin et des images de synthèse en 3D, technique assez nouvelle à l’époque. J’ai glissé alors vers l’infographie. Et comme c’était aussi l’époque où Internet cartonnait, je suis aussi devenu directeur artistique, je créais des sites, j’illustrais des dvd, des cd Rom…
- Et dessinateur de presse sport alors, c’est venu par hasard ?
Non. En fait, autour de 2002, j’ai perdu mon boulot, je me suis retrouvé célibataire. J’ai alors rencontré celle qui est devenu ma femme. Elle était espagnole et je suis parti vivre avec elle en Espagne. Je n’avais rien, pas de boulot. Pour être juste, avant de partir en Espagne, en 2001, quand j’étais encore directeur artistique, j’avais commencé à envoyer quelques dessins autour de l’actu sportive au site internet Football 365. J’envoyais ça à Raphael Raymond, qui travaille aujourd’hui à l’Equipe. Ce n’était pas rémunérateur mais ça me permettait de me former dans ce domaine. Ca l’a intéressé et ça a tout de suite super bien marché ; sur le site, j’avais des stats de visiteurs énormes. Du coup, une fois en Espagne, je me suis servi de cette vitrine pour proposer d’autres dessins à d’autres supports de presse.
- Mais tu t’y connaissais en sport ?
Quand j’étais jeune, je pratiquais le basket, un peu d’athlétisme et du squash, mais jamais de foot en club. Je m’y suis mis seulement à l’âge adulte (rires). Mais, oui, je m’intéressais beaucoup au sport en général, à tous les sports, depuis longtemps. Pas simplement à l’événement, à l’actu, mais aussi la culture du sport, celle des différentes disciplines. Et j’avais – j’ai toujours – une certaine facilité à retenir les choses, les événements, même du passé et de la facilité à faire de l’humour dessus. Super vite donc, depuis l’Espagne, j’ai envoyé des dessins à des journaux et j’ai eu beaucoup de réponses positives. Le premier à avoir répondu fut un groupe de presse…économique, ForumEco, qui éditait 7 ou 8 journaux. J’ai commencé avec eux en 2004 et je continue encore aujourd’hui avec eux. C’était ma première collaboration régulière.

 

- C’est tout de même Football 365 qui t’a ouvert les portes de la presse sportive non ?
Oui. Suite à ma collaboration avec eux, j’ai travaillé avec le site ActuFoot. A l’époque, ils avaient plein de petits magazines de clubs, ActuFoot Montpellier, St Etienne, Nice. Je bossais beaucoup avec eux. Et ça s’est enchaîné. J’ai collaboré avec les Cahiers du Football, j’ai pigé à So Foot, puis pour le magazine BUT quand il a été racheté par Sporever, l’éditeur du site football 365, puis pour France Football. Je crois que j’ai fait tous les canards de foot (rires). J’ai aussi bossé pour Téléfoot magazine, il n’y a eu que deux numéros je crois. Puis je me suis diversifié avec des collaborations Hors sport pour la presse satirique par exemple avec Bakchich hebdo, Vigousse, le Canard Enchaîné Suisse, ou encore depuis 2009 pour Nice matin, Corse Matin,Var Matin. Et puis l’Equipe. D’abord sur le web pour l’Equipe Junior, puis pour l’Equipe Mag, d’abord en piges occasionnelles et aujourd’hui de façon régulière puisque depuis 2009 je leur livre un dessin chaque semaine autour de l’actu sport télé. Attention, je te livre un résumé rapide, tout ça a pris du temps à se mettre en place quand même (rires).

- Qu’est-ce qui t’inspire le plus lorsque tu dessines, ce qui te fait réagir immédiatement ? L’événement en lui-même, l’image qu’il te procure, ses conséquences, tout ce qu’il y a autour de l’événement ?
Pour tout te dire un dessin, c’est un tout.Ce n’est pas un événement mais une combinaison d’événements, une succession d’infos qui me permet alors de trouver le petit détail qui va provoquer une réaction, un trait d’humour ou d’humeur.

- Et l’idée te vient vite généralement ?
Ca dépend. Normalement, par expérience je te dirais que les meilleurs dessins sont ceux qui te viennent immédiatement à l’esprit. Tu as l’info, tu réfléchis deux secondes et paf l’idée de dessin arrive. Dès que tu galères à la réflexion, tout devient plus compliqué. C’est que la base de réflexion n’est peut être pas bonne. Mais tout ça est difficilement définissable. Moi, par exemple, pour trouver l’idée, je m’allonge pour réfléchir.Mais sinon, généralement, on ne m’impose jamais rien, j’ai carte blanche. Je traite l’actu sportive comme je veux même si le foot revient en priorité.
- L’actualité sportive est en majorité monopolisée par le foot. Est-ce que ça t’empêche inconsciemment d’aller explorer d’autres sports, sachant que celui-là fait lire et vendre ?
Je ne m’interdis rien mais il est vrai que le foot est le sport n°1. C’est donc une priorité dans le dessin sportif. mais ce n’est pas grave car le foot permet d’aborder des aspects si différents. il y a tellement d’à côtés qui ne touchent pas spécialement au match en lui-même que ça facilite l’imagination. mais de toute façon, ce que je fais aujourd’hui à l’Equipe Mag est différent car on me demande de suivre l’actualité télévisuelle du sport.
- Tu imposes tout tes dessins, tes idées, ou on te les commande ?
Il n’y a pas de règles. On peut me demander une illustration précise qui accompagnera un article avec un angle spécial ou on me refusera une idée de dessin parce que le journal traite de la même idée dans un article deux pages avant. Mais en règle générale, on ne m’impose jamais rien, j’ai carte blanche. Je traite l’actu sportive comme je le veux, même si le foot revient en priorité. Je commence à avoir l’habitude. Parfois, au début d’une collaboration, je discute avec mes employeurs pour savoir sur quelle voie éditoriale nous allons. Ensuite, je suis autonome et indépendant.
- Dessinateur tu l’es, mais te sens tu journaliste ?
Oui je me sens de plus en plus journaliste, même si je n’ai pas ma carte de presse pour des raisons purement fiscales (moins de charges, etc.), mes employeurs préférant me payer en droits d’auteur ou sur factures. Mais je possède les critères pour que l’on me délivre une carte de presse. Peu importe. Au début, j’ai fait ce métier parce que je savais desisner. Puis petit à petit j’ai mesuré l’impact de mes dessins. C’est comme un édito dans un journal, je fais passer de l’humour certes, mais aussi des idées, une vision de l’actu. Et de plus en plus aujourd’hui je mesure ce côté journalistique. j’apprécie de pouvoir décrypter l’actualité pour les lecteurs car non seulement on peut faire passer des messages super importants par le dessin de presse mais aussi toucher énormément de monde.
- Comment choisi-tu tes sujets ?
J’essaye de prendre celui qui me paraît être le sujet d’actu du moment, le plus connu du grand public et de le rendre encore plus accessible. Maintenant, la frustration du métier est de ne pas savoir comment ce dessin est perçu et compris surtout. Car s’il y a un peu de texte, toute la compréhension passe quand même par le dessin. J’espère à chaque fois que l’on va comprendre le message que je veux faire passer. D’autant plus quand, dans ces dessins, je fais référence à des événements parfois un peu moins récents pour illustrer une actualité qui elle est toujours très récente. Il faut donc que je fasse en sorte de faire référence à un passé que tout le monde connaît. On en revient à la combinaison d’idées, d’événements ou d’histoires passés qui me sont nécéssaires pour faire naître mon dessin.
- Par quels moyens t’informes-tu ?
Je surfe beaucoup sur Internet. Je lis la presse écrite aussi et je regarde la télé bien sur, mais pas trop. Je préfère Internet pour trouver l’info.
- La télé pourrait pourtant te donner des idées d’images, de situations…
Non. Ce n’est pas l’image qui déclenche chez moi l’idée du dessin, l’image de mon dessin vient de la réflexion, de l’info, de l’histoire. L’accumulation d’infos, ce que j’en ferais en les associant, c’est ce qui donnera ensuite naissance à l’image que je veux montrer au public. Le fait brut n’est pas toujours intéressant mais s’il a une histoire avec ou derrière lui alors là oui. C’est par exemple aussii pour ça que j’ai dessiné une BD sur Raymond Domenech en 2007, publiée en 2008. Le personnage et tout ce qu’il véhiculait autour de lui m’intéressaient, les médias ne le lâchaient pas, c’était un personnage très controversé. Et encore, ça a été pire pour lui après l’Euro 2008. J’ai été un précurseur dans le domaine car deux autres BD sont sorties sur lui cet été je crois.
- En dehors de la situation de tes dessins, fais-tu évoluer le trait de tes personnages en fonction de leur personnalité ?
Oui. Par exemple je prends Didier Deschamps. C’est ma mascotte (rires). C’est un bon exemple car je l’ai dessiné des dizaines, de fois pour ActuFoot, quand j’étais à Nice, et donc à côté de Monaco où il entraînait et encore aujourd’hui pour l’Equipe Mag. Avec lui, j’ai fait progresser mon trait. Au début, quand tu portraitises un personnage, tu ne lui donnes pas immédiatement une personnalité, un caractère, une signature. Deschamps, à force de le dessiner, je l’ai fait beaucoup évoluer à travers le caractère et la personnalité qu’il me renvoyait. C’est très subjectif, ce n’est peut-être pas sa vraie personnalité que je retranscris, mais je ne peux plus le dessiner autrement que comme je le fais aujourd’hui. tout ça fait partie de la signature de mes dessins, de mon style.
- Techniquement, tu dessines encore sur papier ?
Je fais juste l’ébauche du dessin sur papier. Ensuite je le scanne et je réalise tout le reste sur l’ordinateur en dessinant sur une tablette graphique. C’est exactement comme si je peignais mais sur ordi. Et puis, aujourd’hui, ça me prend moins de temps que la méthode traditionnelle. Il faut dire aussi que ça fait plus dix ans que je fais ainsi, j’ai le tour de main (rires). D’ailleurs je n’ai même plus l’habitude de dessiner à la main. Et puis quand tu veux vivre ailleurs que près des groupes de presse pour lesquels tu travailles, ce qui est souvent le cas des dessinateurs de presse, c’est quand même la meilleure, voire la seule méthode. J’envoie mes dessins par Internet…et je peux vivre en Espagne ! (rires)

– A part le dessin de presse, as-tu d’autres projets ?
Oui, deux trois. J’ai des projets en association avec des scénaristes qui vient du cinéma et qui a un projet qui n’a rien à voir avec le sport et avec un scénariste de télévision qui veut raconter des histoires de sport. J’ai aussi écrit deux trois petits scénarios courts sur des supporters. Je ne peux pas en dire plus pour le moment car rien n’est en route.Et j’aui un site Internet où je mets quelques dessins en ligne. Il s’appelle illustranette
- Tu ne manques pas trop de travail de toute façon
Non, j’ai la chance depuis que j’ai commencé dans ce métier de ne jamais en manquer. J’espère que ça continuera.

propos recueillis par Vincent Rousselet-Blanc pour « En Pleine Lucarne »
Tous droits de reproduction sans citation interdits

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Vincent Rousselet-Blanc

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